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XIV

i . Suprême sacerdoce de Pierre.

« Tibi dabo claves regni cœlorum. » Matth. XVI, i9.

En instituant son premier apôtre pierre fondamentale de l'Église, avec l'assurance que jamais les portes de l'enfer ne prévaudraient contre elle, Jésus-Christ faisait une allusion sensible au fondement du temple de Jérusalem, repoussant dans les profondeurs de la terre les eaux qui mugissaient sous ses assises iné< branlables. En ajoutant ensuite : « Et je te donnerai les clefs

(1) Gregor.f Epist. ad Eulogium episcop., i. II, p 888 : Quis enim nesciat sioctam Ecclesiam in apostolorum principis soliditate firmatam, qui firmitatem mentis tnudtin nomine, ut Petrus a potra Tocaretur? Qui veritatis Toce didtur : Tibi dabo claves regni coelorum. Gui rursus dicitur ; Et tu aliquando conversus, confirma fratres tuos. Iterumque : Simon Joannis, amas me? Pasce oves raeas.

Note du traducteur, L*auteur, en restreignant ici le sens des paroles du divin Maître pour en faire naître sa division, n'a pas dessein sans doute de nier qne ces paroles n'aient un sens plus générai. Les mots tibi dabo claves le rapportent directement à la puissance du gouvernement, dont les clefs sont le signe. Gompar. Isaïe, xxii, 22. G'estia promesse de la primauté avec tous les droits qui en découlent. Les mots Pasce oves meas, où nous trouvons Taccomplissonent de cette promesse, ne sont pas moins généraux. Ils expriment le droit et le devoir de.paître et de nourrir par le pain de la parole, par la grâce des sacrements, aussi bien que la royauté on puissance législative de Pierre.

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du royaume des cieux, » il faisait une allusion non moins évidente poiu* tous les Juifs à la souveraine pontificature, dont les clefs, dans TAncien Testament, avaient été constamment le symbole (1). Chez différents peuples de l'antiquité, chez les Ronoains, par exemple, ainsi que parmi les tribus germaniques, les clefe étaient considérées comme un emblème de Tautorilé, et notamment de Fautorité domestique conférée à la femme par le mari. De là aussi, chez ces mêmes peuples, Tusage de symboliser le divorce ou la répudiation par le retrait des clefs des mains de la femme (2). Ainsi en usait le Christ à Tégard de la synagogue, cette épouse stérile et infidèle : il rompait Y ancienne alliance pour conclure la nouvelle avec TÉglise, sa fiancée fidèle et immaculée (5). Autrefois Dieu, réprouvant un ministre prévaricateur, lui avait dit par la bouche dlsaïe : « Je te déposerai de ton emploi et de ta dignité, et j'appellerai mon serviteur Éliakim, et je le revêtirai de tes ornements, et je mettrai la clef de la maison de David sur son épaule, et il ouvrira, et il n'y aura personne pour fermer, et il fermera, et il n* y aura personne pour ouvrir (4). » Le même prophète, faisant allusion au pouvoir des clefs placées emblématiquement sur l'épaule du grand prêtre, avait dit du Messie : « Sa puissance est sur ses épaules (5) ; » locution que Jean modifie à peine quand il dit : « Voici ce que dit le saint, le véritable, celui qui a la clef de David, qui ouvré, et personne qui puisse fermer ; qui ferme, et personne qui puisse ouvrir (6).. » Jés\^s- Christ ps^rlait le même langage quand il disait à Pierre : « Je te donnerai les clefs du royaume des ciem, et ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. » Il lui dis^t équivalemment : « Je te fais pontife suprême dans mon Église, mon royaume

(1) Belîarmin, de Rom. pontif., I, c. xiii, p. 302. — LupoH, Jur. eccles. prœlect., v. I, p. 107. — Devoti, Jus canon, univ., I, p^ 25.

(2) Cicero, Philipp., II, 28. — Griww, Deutsche Rechtsalterthumer, s. 276.

(3) Sepp., loc. cit., s. 279.

(4) Isaïe, XM, 19.

(5) baie, ix, 10.

(0) Apec, III, 7.

PIERRE , PRINCE DES APOTRES. 7i

sur la terre. Moi qui vis dans réternité, et qui ai les clefs de la mort et de Tenfer (1), je te confère le pouvoir pontifical des clefs, et ce que tu auras lié sur la terre restera éternenement lié, et personne ni sur la terre ni dans le ciel, sans m'excepter moimême, ne le déliera jamais; comme aussi ce que tu auras délié sur la terre restera éternellement délié, et personne, ni sur la terre ni dans le ciel, sans m'excepter moi-même, ne le liera jamais, i Jésus-Christ ne pouvait parler d'une manière plus claire, plus explicite, plus énergique. Ultérieurement, il donne aussi aux apôtres le pouvoir de lier et de délier ; mais ce pouvoir, semblable chez tous, quant à l'objet en général, est dans Pierre le pouvoir suprême, dans les autres un pouvoir subordonné. Le premier est le centre, le second le rayonnement. Les apôtres, eux aussi, peuvent lier et déher, mais seulement ce que Pierre n*a pas lié ou délié lui-même ; tandis que Pierre peut lier ou délier ce qui a été délié ou lié par les autres ; car, ayant reçu leur pouvoir en commun avec Pierre, ce n'est qu'autant qu'ils l'exercent en commun avec lui que l'usage qu'ils en font est ratifié dans le del. Oui, le pouvoir suprême des clefs a été donné à Pierre, à Ferdusion de tout autre, sans excepter TÉglise elle-même; c'est ce qui résulte évidemment des paroles du Sauveur (2); et il esf impossible, sans en renverser la contexture si simple et si naturelle, de les entendre drjis ce sens, que Jésus-Christ a confié ce pouvoir immédiatement à l'Église, et que Pierre Fa reçu de la main de celle-ci (3).

(1) Apoc., 1,18 : Ego sum vîveos in sœcula sœcoloruin, et babeo clavés mortis et inférai.

(2) Léo, Serm. 3 in anniv. assumpt. sue, c. 4, 24, q. 1. — S. Pet. de Marca^ de Discrim. cleric. etlaïc», p. 103. : Quœ pollicitatio Petro facta ad oeteros quoque aposlolos pcrtinebat et ad Ecclcsiam universam cjusque pastores in fotunim pneficiendos, scilicet ut scirent omncs pontificii potes- Ulem femper cum Pelri Ecclesiae capitis communione et unitale retinen- ^; ad quod ipse praecipue cum potestate ligandi contumaces huic unitati cogère posset.

(3) Tertull, Scorp., c. 10 : Mémento cîaves hicDominum Petro et pcr WïcEcdeaiœreliquisse. — SrcMafrflfe, Anliquit. eccles., t. Il, p. 132: Cum ttim immédiate antea locutus fuisset de Ecclesia, dum dixit : Ports inferi non pnevalebunt adversus eam, quidnam obstat, quominus adjutixissct et

n 00 DROIT ECCLÉSIASTIQUE

C'est à peiue si uous avous besoin de dire que les Pères de l'Église, dont nous ayons déjà plusieurs fois invoqué le témoignage, si éclatant, en faveur de la primauté de Pierre, voient dans la collation du pouvoir des clefe celle de la suprême pontificature, dignité, du reste, dont le prince des apôtres était déjà virtuellement investi en tant que pierre fondamenUtle de TÉglise. En s'attacbant à faire ressortir que c'est à Pierre, à Pierre seul, que Jésus-Christ a dit : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieui, » ils le proclament par cela même hautement le dépositaire des célestes clefs (1). « C'est lui, disent-ils, qui a reçu les clefs I)Our les transmettre aux autres (2). C'est lui, dit notanunent saint Hilaire, qui a les clefs dans sa main ; et c'est pourquoi ses jugements terrestres sont des jugements célestes (5). »

Nous avons vu à combien d'interprétations erronées avaient donné lieu certains commentaires faits par les Pères de l'Église (lu passage : Tu es Pierre. On ne pouvait manquer d'abuser également des passages de ces saints docteurs relatifs au pouvoir des clefs (i). On a dit : Le pouvoir des clefs est dans TÉglise; car c'est ainsi que parlent les saints Pères. Et on a dit vrai : tel est en effet le langage de plusieurs d'entre eux, de saint Augustin en particulier, et ce langage est parfaitement exact. Mais s'il est i\e tout point indubitable que le pouvoir des clefs est dans l'Église, il ne l'est pas moins non plus que ce pouvoir a été conféré à Pierre, comme chef de l'Église, et que l'Église en est investie par l'intermédiaire de Pierre (5). On peut donc dire en toute vérité, pourvu qu'on l'entende bien, que le pouvoir de lier et de délier est dans l'Église. Le pouvoir royal est, sans contredit, dans

Dabo ilU claves regni, si illas immédiate dare voluissel Ecclcî^iaî? Non dixit illi sed Dabo tibi.

(4) Basile, Serm. de Gontub.

(2) Optai. Milev. C. Parmeii., VU, 3 : Claves regni cœloruip communicandas cœteris solus accipit.

(3) Uilar., Trin., VI, 37 : Hinc regni cœlorumhabet claves, hinc terrena ejus judicia cœlestia sunt.

(4) V. Ballerini, de vi ac ratione primatusRom. pontif., c. ix.

(5) V. l'ouvrage : Quis estPetrusVp. 5, 94. — Petav., deEccl. hierarch.,

III, c. XVI.

tout État monarchique, et, en disant cela, on n'entend dire autre chose sinon que dans TÉtat il existe un pouvoir royal, personnifié dans un seul, et dont tous les autres émanent en lui restant subordonnés. Quel chaos dans TÉglise, si le pouvcnr des clefs existait dans le sens que Ton voudrait donner au passage allégué ! Or c'est précisément pour conserver Tunité, pour fermer la voie aux divisions et aux schismes, que Jésus-Christ a déposé le pouvoir suprême sur les épaules de Pierre, comme son représentant, son vicaire dans le souTerain pontificat de la nouvelle alliance. En vertu de ce pouvoir, ceux qui se séparent de lui et refusent de rester dans sa communion ici-bas, il les exclut aussi de la communiou du royaume de Dieu dans le ciel (1).

g XV.

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