L'Eglise, une, sainte, catholique et apostolique
Il y a sur la terre pluralité de royaumes, mais il n'y a qu'uu royaume de Dieu (1). L*Église, fondée par un seul Christ sur une seule pierre, forme un corps unique qui n'a qu'un seul chef : 1 evêque de Rome, lieutenant du Christ sur la terre (§ 17). Elle a une foi, une espérance, une charité, une communion de sacrements et de grâces (2), et les diverses églises particulières répandues sur toute la terre, formant chacune une unité particulière, se réunissent dans Tunité générale à la grande Église universelle. « C'est, dit saint Cyprien (3), un soleil dont les rayons sont innombrables, mais dont la lumière est une; c'est un arbre dont les rameaux sont en grand nombre, mais dont le tronc est un ; c'est une source qui se divise en plusieurs ruisseaux, tout en conservant à tous une seule et même origine. Interceptez les rayons du soleil, vous n'aurez plus de lumière; détachez une branche de l'arbre, elle ne pourra plus repousser ; séparez un ruisseau de sa source, il séchera aussitôt. » Ainsi il en est du royaume du Christ : c'est une Église, mais qui renferme plusieurs églises; il n'y a qu'un épiscopat, mais il y a multiplicité d'évêques. De là ces images de la sainte Écriture pour figurer cette parfaite uuité dans la pluralité : un troupeau et un pasteur, un cep et plusieurs sarments. De là aussi cette sollicitude du Sauveur pour la cimenter dans la triple mission qu'il donne à ses apôtres (4) . Ils doivent aller enseigner tous les peuples (unité de doctrine), les
(1) Moehler, die Einheit der Kirche. — Gotti, Veia Eccl. Ghristi, vol. I, p. 15 sqq. — Lupolif Jur. eccl. prasl., vol. I, p. 46. — Devoti,3\is can. univ., vol. I, p. 46 et 143. — Klee, Dogmatik, Bd. I, S. 82, u. ff. — Roihe, die Anfsnge der christl. Kirclie, Bd. I, S. 595, u. il.
(2) Cyprian.y de Unit. Eccl., col. 463, c. 18, c. 24, q. 1, supra, § 17, note 6.
(3) Idem, ibid., col. 465.
(4) Lupolif loc. cit., p. 48.
ROYAUME DU CHBTST SUR LA TERRE. i49
kptiseï' (unité de sacrements), leur prescrire de garder tout co qae le Christ leur a donné mission d'enseigner et d'instituer (unité de gouvernement) .
Les hommes doivent être sanctifiés dans l'Église; c'est là le bot de leur union avec elle, le but de leur entrée dans son sein, et l'Église seule peut les y conduire par Faction de F Esprit-Saint qui opère au milieu d'elle. Sainte, à raison de cette vertu d'enhant, sainte dans sa mission sanctificatrice, elle Test encore dans les moyens dont elle est pourvue pour la remplir ; elle est sainte dans les sacrements, sainte dans sa doctrine (1), qui est la parole de Dieu, sainte par le sacerdoce institué dans son sein. Sans doute, elle n'est pas sainte dans tous ses membres; grand nombre d'entre eux, marchant en sens inverse de la fin pour laquelle elle existe, pour laquelle ils y ont été appelés, sont dans une siloation spirituelle (2) qui, s'ils n'en sortent pas, les rendra indignes de figurer dans la construction de la cité céleste que Dieu élève à la gloire de ses élus, et dont ils sont appelés à devenir eux-mêmes les assises vivantes (3) ; tous même, comme hommes imparfaits et fragiles, ont un besoin incessant de sanctiBcation ; mais la sainteté même de l'Église n'en souffre nullement, elle n'en reste pas moins l'épouse immaculée du Christ et le temple de Dieu (4). Une ville peut être riche, encore qu'elle compte des pauvres parmi ses habitants ; une armée peut justifier le titre de brave, encore qu'elle voie des lâches dans ses rangs. Chaque fidèle peut donc toujours dire : .le suis saint ! car il a reçu la grâce du baptême (§ 2) et la rémission des péchés (5) ; il appartient à la race choisie, au sacerdoce royal, au peuple saint (6). Il
[1] August., de Civit. Dcii, lib.II,c. 28: Nihil io christianis ecclcsiis turpe et flagitiosum spectandum imitandumquc proponittir, ubi vera Dct prœeepla insinuantur, aut miracula narrantur, aut dona laudantur, aut bénéficia postolantur.
(2) Bellarmin, de Eicles. milil., lîl, 9. — ITÏce, loc. cit., S. H8, u. ff. - WalUr^ Lehrbuch des Kircbenrechts, S. 29.
(3) Htrmas, lib. l, vis. 3, c 60. — Rothe, loc. cit., S. 600, u. ff.
(4) Ephes. V, 25 sqq. — U, 21, 22.
(5) Auguttin., in Psalm. LXXXV.
(6) 1 Petr., II, 9.
J50 DU DROJT ECCLÉSIASTIQUE.
est ici-bas comme le pèlerin siir une terre étrangère ; mais il a deyant les yeux la troupe sacrée de ceux qui l'ont précédé dans le royaume de Dieu et qui partagent avec le Christ Téternelle royauté du ciel ; et, en les prenant pour modèles et pour guides, il vit, en vertu de l'union intime qui rattache étroitement l'Église militante à l'Église triomphante, dans la communion des saints, associés par leurs prières à ses labeurs et à ses combats.
Par la fondation de son Église une et sainte, Jésus-Christ a effacé la ligne de séparation qui existait avant lui. Juifs et païens, il a tout appelé à une sanctification commune. La synagogue ne renfermait que les juifs à l'exclusion de tout autre; l'Église veut voir entrer dans son giron tous les hommes, elle les invite tous, elle les appelle tous à s'unir à elle et au Seigneur, au Kupic; (§ 2). Établie pour réunir dans son sein tous les habitants de là terre, elle est donc, par le fait seul de sa destination, de tous les temps, de toutes les générations ; elle est universelle, elle est catholique (\), C'est avec ce caractère qu'elle a été annoncée dans les oracles prophétiques de l'Ancien Testament (2j, avec ce caractère qu'dle a été fondée par Jésus-Christ ; car il veut que FÉvangile soit annoncé à toute créature (5) , il a envoyé ses apôtres pour enseigner et baptiser tous les peuples , et c'est pourquoi leur voix a retenti jusqu'aux extrémités de la terre (4). Ce que l'Église une et sainte a enseigné depuis sa fondation est catholique (5); celui qui le professe, sur quelque point de ce vaste globe qu'il se trouve, est cathoHque. <( Mon nom, dit Pacien de Barcelone, est chrétien, mon surnom catholique ; le preoiier dit qui je suis ; le second, ce que je suis (6). »
(1) Gotti, loc. cit., p. 8. — Lupoli, loc. cit., p. 52. — D«t>o(t, loc. cit., p. 145. — KUe, loc. cit., S. 95, u. fî. — Rolhe, loc. cit., S. 55^1, u. ff. S. 576.
(2) Gènes. XII, 3; XV, 5. — Psalm. II, 8; IXXI, et passim. — Klee, lue. cit., S. 104, notes 3 et 4. — Th. Stapletorif Vere admiranda, seu de magnitudine Rom. Eccl., p. 3 et 4.
(3) Marc, XVI, 5. - Matth., XXIV, 14.
(4) Psalm. XVIII, 5. — Rom. X, 18.
(5« Vincent. Urin.^ Commonit., c. 3.
(6) Paecian,, Ëpist. 1, ad Sympron.
ROYAUME mj CH«IST SUR LA TERRE. 151
A quelle époque TÉglise a-t-eUe commencé à prendre ellemême ou à recevoir des écrivains la dénômiriâtiôn de catholique? Cette queslicm est complètement oiseuse et dénuée de toute importance. Ce nom signale h tendance, la mission, la nature de FÉglise, et non une situation actuellement réalisée. Ouverte à tous les hommes, TÉglise est catholique, quoique tous les hommes ne sment pas entrés dans son sein (1). D est donc au fond d'un médiocre intérêt de prouver que le symbole des apôtres, et Texpression d'Église catholique (^) qui y figure, viennent des apcfares; les apôtres avaient mission de ftmder l'Église, appelée à être catholique; tout est là. Ainsi donc encore, alors même que mms ne pourrions pas invoquer le témoignage si ancien de saint Ignace (3), qui, ainsi que le fait peu à près lui l'Église de Smyme dans sa lettre â celle de Philomâîum (4), se èert de cette expression, la^ eatholieité n'en serait pas moins l'un des caractères essentiels à la nature de l'Eglise, et dont le sentiment a vécu, dès son origine, dans sa conscience, comme on le voit par celte parole de saint Paul aux Romains : « Votre foi est annoncée dans le monde entier (5). » Encore moins était-il nécessaire qu'un décret impérial vînt obliger ceux qui avaient embrassé cette foi des Romains à pteridre le nom de catholiqtws (6) ; en le leur imposant, Finténtiôn de l'empereur Gratien était d'opposer à Th^ésie (7), considérée, dès les temps des apôtres, comme ce qu^il y a de plus contraire à l'essence même du chritianisme, une dénomination qui en est la négation directe, radicale (8).
[i] Augustin., Epiât. 199, ad Hes^chium : In quibus ergo gentibus nondum est Ecdesia, oportet ut sit, non ut omnes, qui ibi tuerint, credant; omîtes enka gentas ptMnbssB sunt, non omnes bomines onmium gentiam. Non enim onmium eist iides.
(2) Symb. Apost. IIi<TTtuw tyiv à-yiav ÉxxXYioiav xaOcXtxviv.
J3) Ignat.y Epist. ad Sœym., c. 8. ôarou âv H Xpioroç tnaouç, ImI ^ diiKti ÉxxXTiota.
(4] Buieb., Hist. ecd., lY, 15. 6 ÉxxXvioia toû 8ecu f^ iroipoixouoalixupvflw Ty, iwtpoMCouaii iv <lHXc(AY)Xi(d xai iràijati; Taîç xocra wàvra tottcv -riHç i'^icLi xoi6oXuc^c ExxXiQoia; trapotxiouc. p) Rom. I, 8, comparez avec Mattb., XXIV, 14.
(6) L. 2. Cod., de Sumnia Triniiate.
(7) Hothe, loc. cit., S. 565, u. ff.
(8) I Cor., XI, 19. — 2 Petr., II, 1. — Gai. V, 20.
152 DU DKOIT ECCLÉSIASTIQUE.
Celte qiialificaiiou de TÉ^Iise ne penl rieu de sa dgnîGcalion ni de son importance, ponr être appliquée à telle ou telle Église particulière (i). Si chaque diocèse peut , comme membre de l'Église, prendre le titre d'église, comme membre delà grande Église catholique, il peut également prendre celui d'Église catholique. Si autrefois cette honorable qualification a été plus spécialement affectée aux cathédrales, c'est qu'étant non-seulement sièges épiscopaux, mais encore églises baptismales, en leur appliquant ce nom, on y rattachait l'idée de l'entrée des hommes dans l'Église par le sacrement de la régénération spirituelle (2).
Fondée, propagée sur toute la terre par les apôtres, mise par les apôtres en possession de la foi qu'elle professe , et en vue de laquelle le Christ a prié pour tous ses disciples fidèles (5), dotée par les apôtres des institutions qui font sa vie et sa force, gouvernée par ses évoques, successeurs des apôtres, et par Tévéque de Rome, héritier de la primauté du prince des apôtres, l'Église est apostolique (4). C'est là un de ses caractères essentiels, distinctifs. Aussi tous les saints Pères, surtout saint Iréuée et Tertullien (5),ront-ils opposé victorieusement aux hérétiques, qui sentaient si bien la puissance irrésistible de l'attaque, que plusieurs d'entre eux ne voyaient d'autres moyens d'y échapper qu'en essayant de s'emparer de l'arme, et en revendiquant pour euxmêmes l'apostolicilé (6).
g xxvin.