‹ Du droit ecclésiastique dans ses principes générauxChapitre 36 sur 85 · L'Église visible · texte numérisé non relu

L'Église visible

Jésus-Christ a fondé TEglise et en a fait son royamne sur la terre; il à institué Pierre son représentant au miheu d'elle. Au

(1) DwoHf Jus can. univ., vol. ], p. 129.

(2) Petr. Paludan. de caus. immed. Ëcclcs. pot. art. il. — L'bpinioii qui présentait les curés comme les successeurs des disciples de Jésus- Christ a été condamnée en Tan 1794 par le pape IHe VI dans la bulle : Auclotem

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chef suprême et aux apôtres, ses subordonnés, il a confié la direction de cette Église pour Tadministration des sacrements, la propagation de la doctrine du salut et le maintien de Tordre extérieur; enfin, il a pourvu à la succession en fixant la primaulé dans le siège de Rome, et l'apostolat dans le corps des évéqiies. L'Église forme donc un royaume, où tous ceux qui croient eu Jésus-Christ sont réunis en communion de doctrine et de sacrements, sous le Christ, leur dief invisible, représenté visiMeoienl par Févêque de Rome,, et sous les autres évéques légitimes

(§ii).

Tous ces points se rattachent essentiellement à Fidée de FÉgUse, et doivent, dans un temps surtout ou elle est attaquée dans son ensemble et dans chacune de ses institutions, être vivement mis en lumière, comme ses qualités ciu^actéristiques (1). Le baptême, il est vrai, imprimant à celui qui le reçoit un caractère indélébile, est la marque distinclive de tous ceux qu'il iucoipore à l'Église par sa vertu ; mais, tout en étant baptisés, ceux qui refusent de la reconnaître pour le royaume du Christ en sont exclus, exclus par leur propre l'ait (2).

L'Église est le royaume de Jésus-Christ sur la terre; comme telle, elle rentre dans la catégorie de tous les royaumes ten^estre^, et s'assimile à eux par certains traits généraux. Mais, si elle a avec eux des attributs communs, elle en a aussi de particuliers, qui lui donnent son caractère propre et exclusif, caractère tracé primordialement par la main de Dieu même, puis se développant dans Fhistoire et développant l'histoire à son tour. Ces attributs spéciaux forment sa physionomie et sont les signes caractéristiques par lesquels elle se révèle comme l'Église, c'est-à dire comme le royaume de Dieu, distinct de tout royaume humain.

Royaume unique du Seigneur, il est im. Placé sous le sceptre de celui qui est la source de la sainteté, il est saint. Appelé à **éunir sous ses lois l'universaUté des hommes, il est universel (3j.

(i) Dei'oti, Jus caii. univ., vol. 1, p- iS^J. l2J Idem, A. a. 0., p. 131».

(3) Cifprian.y Epist. 5'i, ad Anloiiian., c. '20 ; Uiiu Kucic&ia pei luluui orbeni in mulla ineinbru dr.is:!.

Fondé par les apôtres, il est apostolique. Telles sont les quatre notes (1) assignées à l'Église par le symbole de Nicée et de Constantin(çle, et qui doivent être considérées comm^ ses caractères Mnctifs.

L'Église est Fœuvre de Jésus-Christ, accomplie par le ministère des apôtres ; elle est une, sainte, universelle; tout homme doit donc en faire partie. Il n'y a de salut qu'en Jésus -Christ, et il n'y a pour l'opérer que sa doctrine, telle qu'elle est conservée dans son Église impérissable et dotée de Y infaillibilité. Or, établie par son céleste époux pour régner sur toute la terre, destinée à opérer le salut de l'humanité, elle a dû être constituée dans des conditions appropriées à la nature humaine : elle doit étreî;wîWe(2).

Aussi voyez : Dieu veut lui-même en être le fondateur ; il se rend visible en se révélant sous la forme de l'humanité. 11 se manifeste aux yeux des honmies sous la figure d'un enfant ; il grandit au milieu d'eux ; il leur enseigne la doctrine du salut de ses lè?i0BS divines; il fonde son Église sur Pierre; il établit les sacrements, et offre lui-même, à la face du monde, le sacrifice de la rédemption. Il est déposé dans le sépulcre, mais le sépulcre ne le dérobe pas aux regards des hommes ; il ressuscite, et se montre de nouveau au milieu d'eux. Il disparaîtra enfin pour ne plus se manifester ; mais ce ne sera qu'après de fréquentes apparitions renouvelées pendant quarante jours. Et d^à il avait donné à son Ég^se, pour suppléer à sa présence, un chef \isible, et étabh dans les apôtres un gouvernement visible. Si, pendant sa vie mortelle, il se les est associés comme témoins de sa parole et de ses actes (§ XVUl), c'est précisément pour qu'en annonçant au monde ce qu'ils ont vu et entendu, ils puissent lui servir d'organes humains et visibles (5). C'est par la même raison qu'il

(1) Bellarmirij de nolis Ecclesi», en distingue quinze.

(2) Itipo/t, Jur. eccl. prœl., p. 26 sqq. — Klee, Dogmatik, Bd. I, S. 154. u. ff. — Moekler, Symbolik, S. 538, u. ff.

(3) Rom.f X, 17 : Fides ex auditu, auditus aulcni per Terbum Chrisli. — De là cette invitation si fréquente de Jésus-Christ : Qui habet aures audiendi, audiat. — MaUh. XJ, 15 ; Xlïl. 9, 25. — Marc, IV, 9, 23; VII, J6. -Luc, XIU, 8 ; XIV, 34. — Apoc. il, 7, 11 . 27, 29 ; 111,(5, 15, 22 ; XU1,9,

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institue les sacrements, ces signes sensibles qui servit d'enveloppe extérieure à la grâce. Le don céleste n'arrivera ^ rhooime qu'en passant par le do^lame des sens. ,La grâce d^ son iniliaMon spirituelle, en particulier, est attachée à une forme matérielle qui iipprime un signe visible à son admis^on dan^ l'Église.

Mais rÉglise ne doit pas seulement être visible, il faut de plus qu'elle brill^e comme une lumière éclatante, m Et voilà que dans les derniers temps, dit Isaïe, la maison du S^gnéur sera comme une n\ontfigne placée sur la cime des monts, et elle s'é)èvera audessus des coUines, et tous les peuple^ a£Queront vers eUe (1). ji Se servant de la même image^ h Christ compare aussi l'Église a une ville située si^r le h^t d'une montagne (2), où elle peut être aperçue de tous les yeux, et où tous les yeux doivent être touinés. Et en effçt, §i elle ne se manife^t pas avec éclat, comment pourrait la découvrit^ se réunir à elle, celui qui ne la ocmnsût pas, ou qui ne la connaît quei sous un (aux jour (5) ? Cionmiient la distinguer? Comment aller à elle, l'interroger, se faire instruire par eUe de la vérité? Ajiiçsi FÉglise, peu contente de resplendir par elle-m^me, comjnei 1^ foyer de la lumière (4), veut-elle encore voir dans tous ses me];nbres con^ne autant d'astres lumineux qui fassent de toute.pçirt éclate^ la vérité aux. yeux deeeux qui l'ignorent ou qui la méconnaissent. Car enfin, l'Église, prise dans sa composition même, qu'est-ce auti^e qhos^. qu'une agrégation d'éléments visibles, une société dlhQ^vnes v/hiw sous un chef, dont l'ensemble forme TÉglise militante, et qui se manifeste tout entière dans deux catégories parfa(temeat distinctes et perceptibles ; d'une part, des pmUriSS qui enseigneiit et qpi gouvernent; de l'autre, des disciples qui sont enseignés et gouvernés? Entre autres attfibutioi^s, elle a reçu le pçuyoir 4e lier .^t de délier (5) ;

(1) Isaias, II, 2. — Chryioat,, In h. \. -^ Augutt., Tracl. I, in Episl. S. Joan., n. 13.

(2) Matth., V, 14.

(5) C'est ce qu'avoue luinnéme Ant(m. de Domin., de Bep. Ecd., Ub. VII, c. 10, n. 28 : Iniidelis, qui velit in Ecclesiam caUiolicam ingredi, ubinam illam quœret, si illam non congnoscat^

(4) Psalm. XVin, 6. — Augwt., Tract. Il in Epist. S» Joann., n. 3.

(5) Act.XX,28.

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si elle ne peut agir d'une manière visible, comment exercerakDe ce pouvoir? Comment bannira-l-elle de son sein celui que le Christ lui a ordonné de regarder comme un païen et un publicain, celui qui refuse de lui obéir (1)1

D'ailleurs, toutes les voix de l'histoire nomment, montrent, signalent cette Église militante, ce royaume en état permanent de combat et de, défense. Les prodiges (2) opérés, à Fexanple et aanom du Christ, par les apôtres et par. tant d'autres de ses saints; les martyrs (3) qui ont scellé ss^ f^îde leur sai^g, la perpétuité de son épiscopat, sa propagation sur toute la terre, la dmlede tant,4*égti8es élevées pw Ferreur, de tant d'empires terinestres qu'elle a vus s'écrouler, tomber en ruines autour de son roc inâ)ranlable (4)^ la longue 4urée des sociétés humaines qui se sont aj^y^yé^ sur eUe, tous, ces phénomènes et tant d'autres, ne sont-ce pas etutant de rayons lumineux qui convergent sur die pol^' la manifester avec éclat à tous les yeux? ,.

Cependant TÉglise n'est pas visible sous toutes ses faces; elle a aussi son coté invisible, ou plutôt uniquement visible pour Ueu (5). Et cela est vrai non-seulement de l'Église triomphante et de l'Église souffrante, mais encore de l'Église militante sur la terre, qui, e^e aussi, renferme l'élément spirituel, intérieur, accessible à l'œil de Diie^ seul* La conscience humaine, l'élévation de l'âme vers Diçiji par. la prière, les opérations internes de la grâce surnaturelle, les intentions des hommes, et généralement tonte lair vie intérieure, ne sont connues que de Dieu ; encore peut-on dire que cette vie intérieure elle-mêpie s'échappe, s'irradie dans le jnonde extérieur et s'y manifeste par les actes.

(1) lUtOb, XVUI, 17. — Vevoti, a. a. 0., p. 142.

(2) Gottiy Vera Eccl. Christi, vol. I, p. 16 sqq.

(3) Idem, loc. cit., 0., p. 63 sqq.

(4) StapUtonf Vere admiranda, seu de magnitudine Rom, Eccl., p. U.

(5) Lupùliy loc. cit., p. 23. — KUe, loc. cit., S. 157. — Walter, Lclirbachde» Kirchenrcchts, S. 28;

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