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B. Glossateurs et commentateurs des Décrétales de Grégoire IX. — Diverses éditions de ces Décrétales.
Comme œuvre législative, la grande compilation de Grégoire IX était aussi complète que possible; mais elle présentait, sous un autre rapport, une lacune très-regrettable : les chapitres empruntés aux cinq anciennes compilations étaient accompagnés de leur glose; mais ces compilations avaient opéré de nombreuses éliminations dans le texte et dans la glose des Décrétales. Ces éliminations rompaient Venchainement des chapitres et obscurcissaient aussi souvent . le sens de la loi. Il en résultait, sous ces deux points de vue, de grandes difficultés dans la pratique (1); or, les mémes coupures existant dans la collection grégorienne, elles y avaient produit les mémes effets. De plus, les nouvelles constitutions et lettres décrétaliennes de Grégoire IX, ainsi que les extravagantes, n’avaient pas encore de glose. Cette lacune attira tout d’abord les regards des canonistes, qui entreprirent de la combler au moyen d’un nouveau commentaire, embrassant tout l’ensemble de l'œuvre de Raymond de Penafort.
Les premiers qui mirent la main à ce travail furent : Vincent, dont nous avons déjà parlé bien des fois, et Goffredi de Trano (2), disciple d’Azo, qui, après avoir été attaché à Grégoire IX en qualité d’aumonier, fut élevé au cardinalat par le successeur de ce pape.
La glose de Vincent, disciple d’Accursius , est pleine de développements inspirés par le droit romain (3), et peut bien avoir contribué, pour une bonne part, à introduire dans les constitutions papales, qui puisaient fréquemment dans la
(1) Vid. Albert. Gentil., de Libr. jur. can. Disp., €. 3, p. 31 sq.
(2) Vid. Sarti, De clar. archigymn. Bonon. profess., tom. I, p. I, p. 341. — Une magnifique édition de sa Somme est celle qui a pour titre : Summa perutilis Gofredi super libris Decretalium, Venetiis noviter impressa per Bernar-
dinum de Tridino de Monte Ferrato, 1481, die 26 januar., fol, - (3) Sarti, loco citato, p..333.
glose tant du droit canon que du droit civil (4), diverses dispositions empruntées à la législation romaine, et qui ont été bien souvent incomplétement comprises. Cet alliage est un fait incontestable; mais, quelque nécessaire que puisse être d’ailleurs, pour l'interprétation du droit canon, une connaissance exacte du droit romain, s’autoriser de ce fait pour prétendre que ce qu’il y a de mieux dans le premier a été pris dans le second (5), c’est tomber dans une erreur grossière, qui accuse une profonde ignorance des lois de l'Église. Les papes et les canonistes de cette époque ont sans doute largement puisé, pour l’édification de leurs travaux scientifiques, dans les sources de la législation romaine , mais ils u’y ont pas puisé servilement ni exclusivement, et, : sans parler de l'influence considérable qu’exercait déjà le droit germanique, ils avaient encore des lumières d’un ordre plus élevé, qui leur enseignaient la voie à suivre dans l’établissement des principes régulateurs de l'éducation morale et religieuse du peuple chrétien.
Toutefois, la science et la législation marchaient, sur ce terrain, d’un pas si égal, que le pape Innocent IV- luimème (6) (1243-1254), qui composa également une compi- “lation (§ 23), voulut prendre place parmi les glossateurs des Décrétales de Grégoire IX, dans les rangs desquels figuraient déja un grand nombre d’évéques, et publia à cet effet un Apparatus complet (7).
(4) Notamment dans Ja glose de Martin de Gosia, appelé, à cause de sa mémoire extraordinaire, Copia Legum. Voy. Sarti, loco citato, p. 40. — V. Savigny, Geschiclite des Rôm. Rechts im Mittelalter, tom. IV, § 42, p. 197. .
(5) Vid. Cujacius, Comment. ad Greg. IX Decret. libr. 11, V. (Lugd. 1606, fol.) Cap. Quod ad consultalionem, 15, X, de Sent. et re judic. (II, 27), fol. 131, et omnino quidquid præclarum est in hoc jure, ex jure civili est, nec hujus interpres idoneus quisquain, nisi sit juris civilis peritissimus.
(6) Vid. Sardi, loco citalo, p. 344 sq.
(7) L'une des meilleures éditions de cet ouvrage est celle de Francfort, de l’armée 1570, sous ce titre : Commentaria Jnnoc. IV — cum Margarita Baldi de Ubaldis Perusini, et où on lit à la première feuille : Apparatus Dom, Iunocentii Quarti Poutificis Maximi, et Doctoris subtilissimi, super quinque libris Decretalium nuper recoguitus, cunctisque mendis (quoad fieri licuit) expurga-
Sinibaldus Fliscus (Fiesco), c’est le nom patronymique d'Innocent ; avait étudié le droit romain à Bologne (8), sous trois professeurs célèbres, Azo, Accursius et Jacob Balduini, et, après y avoir suivi les cours de Laurent, de Vincent, de Jean Teutonicus et de Jacques d’Albenga (9) sur le droit canon, il y avait lui-même enseigné ce droit. 11 acquit en peu de temps une telle réputation de science et de génie, qu’il reçut de l’admiration publique, non-seulement le nom de Monarque du droit et des lois, mais encore ceux de F lambeau le plus éclatant des décrets, de Seigneur des canonistes, de Pére et d’instrument de la vérité (10). Il termina son Apparatus, immédiatement après le concile de Lyon, qu’il avait convoqué au milieu des orages soulevés par la lutte de l'Église avec Frédéric II. Cet ouvrage embrasse tout l'ensemble des questions déférées à la cour romaine , et, malgré un peu d’obscurité qui résulte nécessairement du vaste cercle de la matière, il n’est pas une seule de ces questions qu'il n’éclaire plus ou moins et dont il ne donne ou
gatus. Additis insuper a d. L. Paulo Rhosello non minus utilibus quam necessariis Summariis, quæ in aliis hucusque impressis minime reperies.
(8) Diplovatacci, dans la Vita Innoc., qui se trouve dans l'édition mentionnée dans la note précédente.
(9) La supposition que Huguccio avait été son professeur repose évidemment sur la confusion faite de son nom avec celui d’innocent I. Voyez Joann. Andr., Nov. sup. 1 Decret. Cap. Litteras, 13, de Temp. ordin. (fol. 109, col. 1). Voyez encore § 15.
& (10) Voyez Diplovatacci, loco citato. — Gui. Durantis , Specul. jur. prowm., fol. 2, col. 4, dit de lui et d’Hostiensis : Novissime autem dnæ stella lucidissimæ nostris temporibus mirifice rutilarunt ; v. g. sanctissimæ recorda tionis D. Innocentius Papa 1V vester patruus (Cardinal Ottobonus), Pater juris, et reverendus pater dominus meus Henricus, Dei gralia Hostiensis episcopus, lumen juris; quorum yeneranda memoria fulget ut splendor firmamenti perpelui, velut stella in æternitates perpetuas permansuræ, ut Extra de mag, Super specula, quorum etiam majori excellentia nil est altius , ut C. Li. XII de consul. 1,1, cum cunctos incomparabiliter transcenderiut cujuscunque Magnitudinem majori excelleutia obumbrantes : ut de pe. D. 2, prin. prope fiuem (Can. Principium, 45, § Hujus, i. f.), sicut eorum opera indicant evidenter’, extra de stat, mouach. Quod Dei i. pr. extra de re ju. #s¢ole. 86, Di. Tanta. Quidquid namque alibi circa juris theoricam quærilur in eorum sciiptis perfectissime reperilur, 37, di, § Hinc enim, versus fin. (Dict. Grat. ad Can. Legi-
mus, 7.) 15
ne fraye la solution (11). Innocent IV fit plus tard encore quelques additions à son Apparatus, en même temps que son aumônier Bernard de Compostelle, qu'il ne faut pas confondre avec l’archidiacre (12) du mème nom (§ 18), composait l'extrait connu sous le titre de Margarita Compostellana (13).
Innocent, qui destinait ses gloses à l’étude libre et à la pratique, plutôt qu'à l'enseignement universitaire (14), et qui n'entendait nullement qu’elles fussent considérées comme des décisions pontificales, mais uniquement comme les opinions personnelles d'un simple docteur (15), avait, diton (16), l'intention formelle de les faire adjoindre aux travaux des autres glossateurs ; mais on croit que la publication de Bernard de Botone le fit renoncer à ce projet, et le décida à publier ses Commentaires en un ouvrage à part.
Bernard de Botone, appelé plus habituellement Bernardus Parmensis (17), du nom de la ville de Parme, où il était né, est l’auteur de la Glossa ordinaria sur les Décrétales. 11 avait recueilli les éléments de son travail dans les Commentaires de Vincent, de Goffrède et d’Innocent IV, et n'avait ainsi puisé que médiatement dans les gloses plus anciennes d’ Alain, de Laurent, de Tancrède et autres. Tancrède avait été le
(11) Diplovatacci, loco citato : Qui Apparatus est tante auctoritatis, secundum Bernar. Compostell. in proæmio Decretalium circa medium, quod in Ro: mana curia, ad quam de totius mundi partibus negotia veniunt, sicut causarum experientia declarat, vix occurrit quaestio, que per ipsum congrue decidi hon possit.
(12) Comme le fait la Bibliotheca Española, tom. I, p. 583.
(13) Vid. Sarti, loco citato, p. 347.
(44) {nnoc. IV, Appar. Proem., n. 3: Nec miremini, si alicubi 4 sunt difficiliores ad intelligendum, quia hoc facit intricatio negotiorum et casuum varietas, qui in eis ut melius potuimus extricantur. Igitur tam doctor quam auditor dum in scholis legunt, multa de prædictis glossis poterunt omittere et studio cameræ pro discussionibus et diftinitionibus causatum pro tempore reservare, etc,
(15) Vid. Innoc. IV, loco citato, Cap. Per tuas, X, de Simon. (V, 2), n. 4, p. 355 sq.
(16) Diplovatacci, loco citato.
(17) Voyez, sur ce qui concerne cet auteur, Sardi, loco citato, p. 355 sq.
professeur de Bernard, qui, du vivant de son maitre et avant la publication des Décrétales de Grégoire IX, occupait déjà lui-même une cliaire à Bologne, qu’il conserva jusqu'à la fin de sa vie avec une brillante réputation de savoir et d’éloquence. Il mourut en 1266, et selon toute apparence, peu après avoir mis la dernière main à son ouvrage; car une de ses gloses a été écrite au moins en 1263 (18). Bernard ajouta à ses Commentaires une collection de questions de droit, sous le titre de Casus longi, qui ont paru dans plusieurs éditions différentes (19).
Sa Giossa ordinaria n'est pas le dernier produit des élucubrations de la science à l’endroit des Décrétales; elle ne termine pas non plus, bien s’en faut, la chaine des travaux exécutés sur le Décret de Grégoire IX. Outre plusieurs commentaires spéciaux, il est un livre remarquable et d'une grande importance pour l'étude du droit cation, que nous ne devons pas passer sous silence. Ce livre, qui appartient eneore au règne d’'Innocent IV, est le Speculum majus du dominicain Vincent de Beauvais (20) (1264), et se divise en trois parties : Speculum naturale, doctrinale et historiale ; en y a joint plus tard le Speculum morale, ouvrage conçu dans un tout autre esprit, et qui est du quatorzième siècle (21).
(18) Vid. Glossa Diu dalur, ad Cap. Quod sicut, 28, X, de Elect. (I, 6) : De hoc quod dixit Hug. quæsitum fuit a me Bernardo Parmen, canonico Bonon., capellano domini Papæ ia consecratione domini Octaviani, Bonon. Ep. Ce sacre appartient à la date de 1263.
(19) Bernardi Parm., jurisconsulti, Casus longi super quinque libros Decretalium. Paris., ap. Petr. Cesaris et Joann. Stoll., 1474, fol. — Bonon. impr. p. Henr. Harlem et Joh. Vulbeech., 1477.— Sarti, loco cilato, p.359, not. a. — Lovan. ap. Rod. Læffs de Driel, 1484. — Tailliar, Notice de Manuscrits concernant la législation du moyen âge, p. 59.
(20) Quétif et Echard, Scriptores ordinis Prædicatorum, t. 1, p. 212 sqq. — Touron, Histoire des hommes illustres de S. Dominique, t, 1, p. 186 et suiv. — V. Savigny, loco citalo, vol. V, § 136, p. 434 sqq. — Fr. Chr. Schlosser, Vincenz von Beauvais, p. 191 sqq. É
(21) Vid. Quétif et Échard, loco citato, p. 215. L'édition des Specula sous le titre de Bibliotheca mundi (Duaci, 1624, 4 vol. fol.) contient aussi le Speculum morale, dont Panteur a retouché la préface de Vincent au point de vue de son but particulier. — Quétif, t. I, p. 818, cite une édition particulière du
228 DU DROIT RCCLESLASTIQUE,
Vincent, qui était entré dans l’ordre des Frères précheurs peu après sa fondation, fut appelé à la cour de France en qualité de précepteur des enfants de saint Louis (22), ce qui lui permit d’avoir avec ce prince des relations très-intimes. Ayant à sa disposition la Bibliothèque royale, qui renfermait déjà une riche collection des meilleurs ouvrages, il put plus facilement exécuter le grand travail qu'il avait projeté et qui se compose presque exclusivement de traités empruntés à d’autres auteurs. Parmi les dix-sept livres du Speculum doctrinale, il en est quatre (§ 12) qui contiennent des extraits des sources du droit ecclésiastique et d’un grand nombre d'ouvrages sur ce droit et sur le droit civil, et qui ont une grande valeur scientifique. Le premier de ces quatre livres traite des droits et des devoirs des particuliers; le second, de la procédure ; le troisième et le quatrième, des crimes.
Indépendamment du Décret et des Décrétales de Grégoire IX (23), Vincent cite encore les recueils de droit canonique suivants : la collection de Hugues de Chalons (24), la somme de Raymond de Peñafort (25), la Glose du dominicain Guillaume de Rennes (26), la somme de Damase (27), sans parler de plusieurs autres sommes d'auteurs incon-
Speculum naturale (typ. Joh. Vercellini, 1472, fol.). — Quétif, loco citato, LI, p. 818.
(22) Indépendamment de plusieurs autres onvrages , il a écrit un manuel pour l'éducation des enfants des rois, dont Schlosser a donné une traduction. — Voyez encore Touron, p. 18.
(23) Régnligrement Extra, une fois (VII, 104) : Extravag. 3 d. Præscriptionibus, et une autre fois (VII, 35) : In Extravagantibus, id est de Constitutionibus Innocen. 3 (C. Cum omnes 6).
(24) Specul. doctr. VII, 47, 48, 50.
(25) Vincent emploie pour cette œuvre divers modes de citation : Summa de Pœnitenlia (VI, 71), Raymundus (X, 82), frater Raymundus (IX, 144). Summa de Casibus. Vid. note 28.
(26) Vid. Quétif et Échard, loco citato, tom. I, p. 130 sq. Le mode de citation pour l'œuvre de cet auleur est aussi très-varié : Summa fratris V (VIII, 130), Summa fratris V. Rodonensis (Rhedonensis, IX, 1, 36; X, 30, 81), Frater V. (IX, 144), Guilhelmus (X, 86), frater Guilhelmus (IX, 146), V (X, 91). Voyez § 19, note 15,
(27) Spec. doctr. VIIT, 119} X, 47.
nus, Où il puise aussi très-fréquemment, et dont il est resté jusqu'ici impossible de déterminer les liens réciproques, la parenté scientifique (28); tout ce qu'il y a de certain, c'est que la Summa de Casibus n’est autre que celle de Raymond de Peñafort (29). :
Au premier rang des commentateurs des Décrétales dont les œuvres figurent à la suite de la Glossa ordinaria, se Place le célébre Henri de Suze (30) (H. de Segusia) , désigné ordinairement sous le nom d’Hostiensis, à cause du titre de cardinal-évèque d’Ostie, qui lui avait été conféré en 1261, par Urbain IV. De Bologne, où, après avoir suivi les cours de Jacques Balderini (31) et d'Homobonus (32) pour le droit romain, et ceux de Jacques d’Albenga (33) pour le droit canon, il était monté pour la première fois dans la chaire
(28) Ces Sommes sont : Summa juris (VII, 33), Summa de Casibus Decretalium (VII, 48, 49), Summa Decretalium (VU, 51), Summa juris canonici (VI, 50, 56, 58), Summa juris Decretalium (VII, 99). — Savigny, p. 436, tient toutes ces Sommes , en y ajontant celle qui a pour titre Summa de Casibus, pour identiques, et cette opinion paraît, au premier abord, assez plausible à ne consulter que le mode de citation de Vincent. Mais, comme la Summa de Casibus ne fait avec la Summa de Penitentia de Raymond qu'un seul et même ouvrage, et, par cette raison, doit être soigneusement distinguée de toutes les autres, il n’est guère possible non plus de ne pas révoquer en doute l'identité de la Summa juris et de la Summa juris canonici. En effet, que l’on rapproche VI, 54, de VII, 56 et 58, et l'on verra clairement que dans la partie indiquée, comme du reste dans toutes les citations empruntées aux autres, l'élément dominant du premier ouvrage est l'élément civil, tandis que la Summa juris canonici envisage constamment le point de vue canonique. La même opposition se produit entre la Summa juris et la Summa juris Decretalium ; comparez VIE, 98, avec VII, 99.
(29) Comparez Spec. doctr. VII, 28, avec Raym., Summa I, de Raptor., § 17; X, 3, avec 11, 7, de Homic., § 3. S’il pouvait exister sur ce point le moindre doute, ce doute s’évanouirait au premier coup d’œil jeté sur un manuscrit existant dans la bibliothèque de la Cour de Munich. (Cod. lat. 9666, sxe, XII, 8°.)
(30) Vid. Sarti, loco citato, p. 360 sqq.
(31) Hostiensis, Summa aurea, Procem., n. 5, col. 5 : Secundum dominum meum Jacob. «de Belvi (I. Bald.), quem semper in legibus principaliter dominum meum voco. — Vid. v. Savigny, loco citato, vol. V, § 39, p. 107.
(32) Hostiensis , loco citato, lib. V, Tit. de oper, nov. nuntiat., n. 11, v. Qualiter tollatur, p. 1507 : Sicut andivi a domino Homine bono. — Vid. Savigny, loco cilato, § 125, p. 384 sqq.
(33) Joann. Andr., Addit. ad Spec, Proæm., v. Porro,
académique , il se rendit à Paris (34) et posa le fondement de la haute considération dont il jouit plus tard dans le monde scientifique, par les succès éclatants qu’il obtint dans © la carrière de l'enseignement. Il était en grande faveur auprès d’Innocent IV et d'Henri III, roi d'Angleterre, qui l’envoya comme ambassadeur à la cour romaine, en 1244, et quand il fut promu au cardinalat, il avait déjà été revêtn de hautes dignités ecclésiastiques : d'abord prévôt d'Antibes , il avait été nommé au siége de Sisteron (1244), puis à l'archevéché d’Embrun (1250). C’est dans le cours de ses fonetions métropolitaines qu'il écrivit sa fameuse Summa aurea (35), à laquelle on donne aussi, pour cette raison, le titre de Summa archiepiscopi (36) : c'était la seconde fois qwil exécutait ce travail, le premier manuscrit ayant été détruit dans un incendie (37). Alors qu'il professait le droit à l’université de Paris, il avait déjà commencé, à la prière de ses auditeurs, ses commentaires (lectura) sur les Décrétales (38); cependant, ce ne fut que dans les dernières années de sa vie, et même fort peu de temps (39; avant sa mort (1271), qu'il y mit la dernière main. Sa réputation comme canoniste était si cousidérable, que Hostiensem sequi était devenu synonyme d’ Etude du droit canonique; on lui donnait une foule de qualifications, dans l'esprit du temps, toutes plus flatteuses les unes que les autres : on l’appelait le Pére des canons, le plus éminent des docteurs, le flambeau le plus
(34) Du Boulaye, Histor, univ. Paris., t. III, p. 688.
(35) Il n’en a pas encore été fait d’édition parfaitement correcte ; je me sers de l'Edit. Colon., 1612, fol.
(36) Sarti, loco citato, p. 365.
(37) Hostiensis, loco citato, Fpilog., col. 1735 : Opus quasi desperatum et nimis difficite, quod in officio minori exceperam et demum in incendio amiseram, in majori constilutus officio revocavi, cursum operis consummavi, fidem servavi.
(38) Lectura sive Apparatus domini Hostiensis super quinque libris Decret. Impensis J. V, doctoris Georgii Uebelin: Joannes Schottus Argentinæ impressit. Anno Chr. 1512, 2 tom. fol. — Vid. note 45.
(39) Hostiensis, sup. I Decret. ad Cap.. Tum ex litteris 5, de in integr. rest. (4, 41).
lumineux des décrets. Néanmoins, on lui reproché d’avoir critiqué trop fréquemment les opinions d’Innocent IV, qu'il ” trouve trop sévères, et d’avoir transporté dans le domaine du droit canon l’indulgence constante que Martin de Gosia (40) avaitintroduite dans le droit civil, en ’exagérant avec excès, et sur des points où elle aurait pu aisément conduire au relachement du frein salutaire de la discipline (41).
"Après Hostiensis, mais dans un ordre inférieur (42), vient Pierre de Sampson (43), autre disciple de Jacques d’ Albenga; on a pareillement de lui un Commentaire (Lectura) des Décrétales, que l'on rencontre dans certaines éditions, sous le titre de Distinctiones, et qui est fréquemment cité par des canonistes plus modernes. Pierre était Francais de naissance et chanoine de Narbonne. L'histoire nous montre encore, au commencement'du quatorzième siècle, un Pierre de Sampson, chargé par Raymond IT, évèque de Nimes, de rédiger les statuts synodaux de ce diocèse (44); mais il est fort douteux que ce-soit le mème personnage que l’auteur du commentaire (45).
Pierre eut pour disciple un ‘canoniste du plus grand mérite, mais dont le véritable nom est resté ignoré de la postérité; on le connait seulement sous celui d’Abbas, et plus encore sous celui d’Abbas antiquus qui lui fut donné plus
(40) Vid. Hostiensis, sup. 1 Decret. ad Cap. Per twas, de Arhitr. (I, 43). Voy. plus haut note 4.
(41) Sarti, loco citato, p. 365. — Bandini, Catal. Manuscr, latin. Biblioth. Medic. Laurent., t. IV, col. 51.
(42) Jean de Dieu (§ 15) prend rang de plein droit dans eette énumération de sommités canoniques. Nous en avons déjà parlé ailleurs, nous nous bornons ici à signaler parmi ses nombreux ouvrages le livre intitulé : Casus Decretalium cum Canonibüs concordati, Distinctiones super toto jure canonico, et Summa = titulos Decretalium. Vid. Sar/i, loco citato, p. 350 sq.
(43) Vid. Sarti, loco citato, p. 366.
(44) Vid. : Die Didcesansynode, p. 66.
(45) C’est une question que nous croyons pouvoir nous dispenser de résoudre, ainsi que celle de savoir s’il y a identité entre l’un de ces deux écrivains et Sampson de Calvomonte, professeur à Langres et auteur d’un extrait de la Lectura d’Hostiensis. Vid. Bandini, loco citato, col. 49.— Tailliar, loco eitato, p. 61 et suiv.
tard, pour le distinguer de Nicolas de Tudeschis (v. infra, not. 80). Ce canoniste a composé un commentaire sur les cinq livres des Décrétales (46), et un autre sur les Constitutions d’Innocent IV (47).
Tous les professeurs de droit canon dont nous avons parlé jusqu’à présent appartenaient à l’état ecclésiastique; Régidius de Fuscarariis est le premier laïque qui parvint à cette dignité (48). Auteur d’un Commentaire des Décrétales souvent cité par Jean Andrée, Régidius jouissait pendant sa vie d'une très-grande célébrité parmi les savants de tous les pays, et sa mort (1289) fut houorée d’une loi qui autorisait clercs et séculiers à suivre les obsèques des canonistes, revétus d’un manteau d'écarlate, usage réservé jusqu'alors aux funérailles des légistes et des chevaliers.
Dans la seconde moitié du treizième siècle, à laquelle appartient également le grand Guillaume Durantis, avec ses deux ouvrages (49), le Speculum judiciale et le Repertorium ($ 16), nous rencontrons encore un commentateur des Décrétales, l'Espagnol Garcias Johannis (50). Sur les confins de ce siècle et du suivant, nous trouvons aussi Guillaume de Mandagoto (51), archevêque d’Embrun en 1295, nommé au siége d’Aix en 1305, et décoré de la pourpre en 1312. Guillaume était un canoniste éminent ; il avait composé une Summa (§ 24) super Decretales et une Practica electionum et postulationum (52). Aprés la mort de Clément V, il fut question de l’élever au trône pontifical (53); mais sa candi-
(46) Cod. lat. 6349, fol. 50.
(47) Cet ouvrage se trouve dans le manuscrit de Munich, cité dans la note précédente, mais seulement jusqu’au quatorzième chapitre.
(48) Vid. Sarti, loco citato, p. 368.— V. Savigny, loco citato, vol. V, § 157, p. 520 sqq. — Cod. Duacens. dans Tailliar, loco citato , p. 104 et suiv. — V. Savigny, loco citato, p.523. — Cod. lat. 6905 (Fürstenfeldbr. 5).
(49) Cod. lat. 8803 (Monac. Francisc. 103).
(50) vid, Sarti, loco citato, p, 401.
(51) Vid. Sarti, loco citato, p. 407.
(52) Paris. ap. Henr. Steph. 1506, 4; 1523, 8.
(53) Vid. Neapoleon. de Ursinis Epist. (dans Baluze, Vit. Pap. Aven., Coll. act. veter., n. 43, vol. If, col. 291)
dature, accueillie. d’abord avec une grande faveur, échoua devant les intrigues du parti de Gascogne, qui avait les cardinaux à sa tête. Il faut restituer à cette même époque Boatinus de Mantoue , dans lequel Jean Andrée puise fréquemment (54), et dont une erreur grossière a fait un contemporain du célèbre légiste Azo (55), mort en 1230 (56). Mais le plus illustre des décrétalistes de ce temps est ce mème Jean Andrée (§ 16), digne successeur des Régidius, des Guido a Baysio et des Marsilius (57) de Mantighelli (+ 1308), ses maitres dans la science canonique. On lui doit des commentaires trés-étendus sur les Décrétales, qu'il a enrichies d additions complémentaires (58). Andrée intitule ces commentaires Novella (59), du nom de sa mére et de sa fille, dont la rare intelligence et la merveilleuse beauté sont devenues historiques, et qui, lorsqu'il arrivait à son père de ne pouvoir faire son cours, montait en chaire à sa place, cachée derrière un rideau (60). Oncroit qu’elle était mariée avec
(54) Voyez plus hant § 19, not. 4. Un autre glossateur plus ancien, dont Jean Andrée fait souvent mention, est Philippe dont on ne connaît que le nom, à moins que ce ne soit l’archidiacre de Bologne (§ 23).
(55) Voici ce que Hostiensis, sup. 1 Decret. ad Cap. Relatum, de Off. et pot. jud. del., fol. 142, col. 3, raconte au sujel d’Azo : Accidit quod Azo, in quadam causa de facto a quodam canonista edoctus, induxit hanc Decretalem ad domini sui Joannis comprobandam sententiam, quam fovebat; et statim fuit sibi per Decretalem sequentem (Cap. Gratum) replicatum, per quam succubuit et valde confusus exivit, qui tamen intraverat cum boatu. Unde dicitur, quod gratum et relalum interfecerunt Azonem. — Joann. Andr., Nov. sup. 1 ad Cap. Relatum (ol. 141, col. 1) : Fertur quod Azo, qui tenebat primam opinionem, instructus per quendam canonistam, in judicio induxit cum Boa, (Boatione) hanc Decretalem. — Sarti, loco citato, p. 92.
(56) V. Savigny, loco citato, vol. V, § 4, p. 8.
(57) Sarti, loco citato, p. 399 sq.
(58) 11 existe un manuscrit de cet ouvrage dans la bibliothèque de Munich : Cod. lat. 6351 (Fris. 151); il commence par ces mots: Salvator noster ad prædicandum discipulos mitlens.
(59, Vid. v. Savigny, loco citalo, vol. VI, § 35, p. 109.
(60) L'édition que j'ai à ma disposition est inlilulée : Novelle Joan. Andree Bononiensis J. u. luminis, ac Monarche, super quinque libris Decretalium subtilissima commentaria : qua a nomine genitricis et genie vulgo nupcupatur : quibuscunque J. Pontificii professoribus summe necessaria. Venetiis, per Baplistam de Tortis , MCCCCCY die xxn augusti, 1523. Ses antres ouvrages du
son frère adoptif, Jean Caldérinus (61), auquel on attribue également des commentaires sur les Décrétales, mais ce n’est qu’une conjecture; ce qu’on sait d’une manière certaine, c'est qu'elle n’a jamais eu pour époux Jean de Lignano (62), dont on a des commentaires qui n’ont pas encore été imprimés (63). Celui-ci contemporain de Régidius Bellamera, évêque d'Avignon (1392) (64), était très-estimé du souyerain pontife, et, dans une affaire de la plus haute importance pour l’Église, dont il fut chargé concurremment avee Baldus de Ubaldis (65), également célèbre comme légiste et comme canoniste (66) (né en 1327, mort en 1400), il répondit dignement à l'opinion qu'on avait de lui. Baldus avait publié, en 1378, une apologie d’Urbain VI, sous le titre de Schismate (67); Jean de Lignano partagea sa manière de voir, et les deux juristes s’accordérent pour émettre un avis favorable à ce pape tant calomnié (68).
Baldus avait d'abord professé le droit à Bologne ; il parcourut ensuite sept universités et s’acquit partout une grande
même genre sont : Summa super IV Decret., on de Sponsalibus et matrim. (Brixiæ ap. Bern. de Misintis de Papia et Cæsar. Parm. 1492, 4. Norimb. ap. Hier. Hôlzel., 1507). Summa de consanguinitate s. Lectura arboris consanguinitatis (Norimb., Fr. Creusser., 1477, fol. Lovan. Joh. de Westphalia, 1480); Ordo judiciarius $. processus juris (Norimb., Joh. Weissenberg., 1512, 4), et de Modo observ. interdictum (Magdeb., Ravenstain., 1483). — V. Savigny, loco citato, § 41, p. 123.
(61) Vid. Doujat, Prænot. canon., t. Il, p. Il, p. 28. — Cod. lat. 6349, fol. 30-49 : Distinctiones super diversis materiis Decretalium Johannis Calderini doctorum doctoris.
(62) La bibliothèque de Munich possède un manuscrit (1471) de ces commentaires, qui doit le jour à Bamberg, Cod. lat 8786, 87.
(63) Vid. V. Savigny , loco citato, p. 100, noted. — Doujat, loco citato, p. 30, fixe sa mort dans l'année 1380; c’est une erreur : il vivait encore en 1381, peut-être même en 1386. Voyez v. Savigny, loco citato, vol. ITI, § 98, p. 244.
(64) Ægid. Bellameræ, Prælectiones in Decret. libr. Lugd., 1548, fol. Ad candentis Salamandræ insigne ap. Jac. et Joann. Sennet. fratr.
(65) Vid. v. Savigny, loco citato, vol. VI, $ 65 sqq.
(66) Vid. v. Savigny, loco citato, 72, p. 232.
(67) Cette apologie est imprimée dans les éditions du commentaire du Codex. V. Savigny, loco citato, noted, dans Raynaldus, Annales eccles., t. XVII, p. 321 sqq.
(68) Voyez Raynaldus, loco citato, p. 613 sqq., p. 631 sqq.
réputation (69). On reproche néanmoins à ses Commentaires sur les trois premiers livres des Décrétales un excès de subtilité (70). Indépendamment de cet ouvrage et de beaucoup d’autres, ce canoniste a laissé, dans ses additions au Speculator , un titre incontestable à être honorablement rangé parmi les auteurs qui ont bien mérité de la science (71).
Baldus avait formé une foule d'élèves ; dans le nombre on distingue : Pierre Belfort, qui fut plus tard Grégoire XI, les trois célèbres canonistes Pierre de Ancharano (72) (tT ©. 1415), Francois Zarabella (73) (+ 1417) et Jean d’Imola (74) (f 1436). Ce dernier avait suivi en même temps , ainsi que Dominique de San-Geminiano (75), les cours d’Antoine (76) de Butrio (Ÿ 1408). Tous ces savants,
(69) On a accusé Baldus d’avoir changé d'opinion et d’avoir épousé la cause de Vantipape; c'est une calomnie dont il a été heureusement vengé par Savigny, loco citato, p. 234.
(70) Bald. d. Ubaldis, Lectura super I, Il et 111 libr. Decret. Venet., Bern. d. Tridino, 1495. Lugd., 1581, fol. — Cod. Aug. civ. 129.— V. Savigny, loco cilato, vol. VI, § 84, p. 281 sqq.
(71) Vid. v. Savigny, loco citato, vol. V, $ 174, p. 587. Voyez aussi note 7.
(72) Lectura aurea ac pene divina : incuria temporum penitus ignota domini Petri de Ancharano : Juris Pontificii ae Cesarei interpretis fidelissimi super
# primo Decretaliam. Impr. Lugd. p. Jacobum Mareschall,, anno Dom. 1518, fol., super secundo Lugd. ap. Joann. de Jonuelle. dict. Piston., ann. 1519. — Nicol. Comneni Papadopoli, Hist. Gymn. Patav., tom. I, p. 204.
(73) Dn. Francisci Cardinalis Zabarellæ, Comment. in quinque libr. Decret. Venet., 1602.— Cod. lat. 6569-71.— Comnen, Papadopoli, loco citato, p. 207 sq.
(74) Eximii viri ac juris tam canonici quam civilis Doctoris famosissimi Joannis de Imola Commentaria : seu (si mavis) Lectura super quinque libr. Decret. Lugd. ap. Joann. Pullonem., al. de Frid. 1549. — Æneas Sylv, Piccolomini, de Vir. illust., n. 19 (Stuttg., 1842, p. 27; Bibliothek. des liter. Vereins ; 2° édit.) — V Savigny, loco citato, § 83, p. 277.
(75) Lectura aurea in Decret. (Venet. Andr. de Calabr., 1486, fol.). — Leetura sup. 4 libros Decret. (Spir. Pet. Drach. 8. a.) 11a écrit également sur le cinquième livre. Voyez Munich. Cod. lat. 6522. —- Comnen. Papadop., loco citato, p. 212 sq.
76) Clarissimi ac excellentissimi jur. utriusque monarche. D. Antonii de Butrio, Lectura super quinque libros Decretalium : diligentissima castigatione novissime revisa : A quo egregio doctore Abbas Siculus et reliqui moderniores : tanquam e fonte limpidissimo , quicquid nota dignum reliquere se hausisse in-
à l'exception de Zarabella, ont appartenu à l’université de Bologne. Il faut y joindre Jean d’Imola, qui fut frappé, et plus complétement encore, du même malheur qu’Hostiensis ; tous ses écrits périrent dans les flammes qui consumèrent sa maison; mais ce désastre ne put atteindre son courage, et il recommenca à nouveaux frais tous ses ouvrages. On a voulu mettre, au nombre des disciples de Jean d’Imola, Alexandre (77) Tartagnus (né en 1424, mort en 1477), également auteur de commentaires sur les Décrétales; mais l'extrème jeunesse de cet écrivain, à l’époque de la mort de Jean, rend cette opinion à peu près inadmissible.
Zarabella, d'abord professeur de droit canon à Padoue (78), puis à Florence, fut promu au siége épiscopal de cette ville et au cardinalat par Jean XXIII. C’est lui qui, dans le concile de Constance , fut chargé d'offrir au concile de Constance la renonciation de l’antipape Grégoire XII.
Un autre canoniste fort éminent, qui prit une part encore plus active que Zarabella aux mouvements schismatiques du quinzième siècle, c’est le Sicilien Nicolas de Tudeschis (79), qui, après avoir professé successivement à Sienne et à Bologne, fut nommé abbé du monastère de Sainte-Marie de Maniacio en Sicile, et, peu après, archevèque de Palerme, deux circonstances dans lesquelles il faut chercher la source du nom d’Abbas siculus ou modernus, par opposition à celui
genue confitentur. Venet. impr. et diligentissime correctum per Joannem et Gregorium de Gregortis fratres. 1501, fol.
(77) Alex. Tartagni, Comment. in lib. 111 Decret. Bonon. Henr. de Colon. 1485. — V. Savigny, loco citato, § 91, p. 313; § 92, p. 318, Comnen. Papudopoli, loco citato, p. 225 sq.
(78) Prosdocimus de Comitibus (} c. 1448) lui succéda peu après dans la chaire de cette universilé. On a de lui un commentaire du second livre des Décrétales , dont il existe deux manuscrits dans la bibliothèque de Munich. L'un (Cod. lat. 6546) va jusqu'au titre de, Confessis. Voyez, sur cet auteur, Comn. Papadop., p. 216. Il eut pour successeur Jacques de Zocchis (+ 1471), dont la bibliothèque de Munich possède l’ouvrage suivant : Lectura quarti libri Decretalium famosissimi juris utriusque doctoris Jacobi de Zocchis de Ferraria. Vid. Comn. Papadop., loco citato, p. 219.
(79) Doujat, loco cit., p, 34. — Rocch. Pirrus, Sicilia sacra, tom. I, p. 171; fom. H, p, 1261. Voy. aussi Æn. Sylvius, loco citalo, p. 2.
d’ Abbas antiquus (80) et de celui de Panormitanus. Nicolas siégea dans le concile de Bale, en qualité de légat d’ Alphonse, roi d’Aragon. Il épousa, dans le principe, la cause d’Eugène IV; mais bientôt il changea de rôle et devint un des antagonistes de ce pape. Il accepta le cardinalat des mains de Vintrus Félix V, et rien ne put le déterminer, même après la retraite de celui-ci, à déposer une dignité qu’il avait si illégitimement acquise. I] mourut dans l’année 1443, et laissa, indépendamment de beaucoup d’autres écrits, des commentaires très-étendus sur les Décrétales de Grégoire IX (81) et de Clément V, ouvrage très-estimé qui, malgré la triste célébrité de son auteur dans l’histoire de l'Église, lui assure néanmoins nn grand nom dans la littérature canonique.
Nicolas de Tudeschis nous conduit naturellement à parler d’un autre Sicilien (82), André de Barbatia (1479), connu vulgairement sous le nom d’Andréas Siculus, qui professa le droit à Bologne, et, comme Jean d’Anagni (83), composa des commentaires sur quelques parties de la compilation grégorienne.
Le cardinal Jean-Antoine de Saint-Georges (84), que l’on désigne ordinairement sous le titre de-Præpositus, qui était celui de sa dignité dans l’église Saint-Ambroise de Milan,
(80) Glossa Nullus, cap. 4, X, de Præsumt. (11, 23) : Abbas antiquus dicit casum ponendum per Decret. Veritatis de do. et contu. Abbas Siculus.
(81) Abbatis Panormitani Lectura super V libr. Decret. Venet. ap. Joh. de Colon., 1743, fol. — Venet. ap. Juntas, 1592.
(82) Deer. impr. in oppid. Tridino dominii Guil. March. Montisferrati, 1517, fol. Panzer, Annal. typogr. XI, 518, cite une édition de Venise qui contient les deux premiers livres de ses commentaires (J. Bapt. de Tortis, 1508).
(83) Joann. de Anania, sup. V libro Decret. (Bonon. ap. Henr. de Colon., 1479.) — Vid. Doujat, loco citato, p. 36.
(84) Aurea et singularis lectura excellentissimi utriusque juris monarche domini Prepositi Mediolanensis super quarto Decretalium, continens materiam valde quotidianam et practicabilem non solum iu jure militantibus sed et sacre pagine professoribus convenientissimam et apprime necessariam : cum additionibus dom. Benedicti de Vadis de Foro Sempronii jur. utr. prof. clariss. Novissime autem cum necessariis summariis Henrici Ferrandat, Nivernensis. Lugd. ap. Vincentium de Portonariis de Tridino de Monteferrato, s. a. (1521 ou 1522).
termine, dans le quinfième siècle, la série des décrétalistes. Le seizième s'ouvre avec le disciple (85) de Francois de Accoltis ( 1486), le célèbre Félinus Sandeus (86), qui occupa d’abord la chaire de Ferrare, puis celle de Pise, qu’il fut obligé de céder à son collègue (87) Philippe Décius (+ après 1536), et mourut évèque de Lucques (1503).
A partir de cette époque, on rencontre plus rarement ces grands commentaires des siècles précédents, qui n'étaient qu'une sorté d'amplification des gloses que les professeurs faisaient dans leurs cours. L'ouvrage le plus remarquable en ce genre qui se présente à nous; e’ést le Commentaire de Jean- François de Ripa (88) (+ 1534), professeur à Pavie. Viennent ensuite les travaux canoniques de Martin Azpileueta (89), surnommé Navarrus { 1586), qui révèlent des études cons- Giencieuses et un sentiment élevé dé l’esprit de l’Église, tel qu'on pouvait d’ailleurs s'attendre à le trouver dans un proche parent de saint François Xavier. Nous signalerons encore.comme uné œuvre d'un très-haut mérite scientifique , bien qu'elle soit le fruit des labeurs d’une grande vieillesse, les commentaires du célèbre Jacques Cujas (90) (+ 1590), sur différents livres des Décrétales, ouvrages qui laissent bien
(85) Voyez, sur les commentaires partiels de ce glossateur, Savigny, loc. cit., tom. VI, $ 95, p. 328 sqq.
(86) Commentaria Felini Sandei Ferrariensis, juris canonici interpretis perspicacissimi el Rolæ causarum auditoris celeberrimi, in V-libr. Decret. longe utilissima. Basil. ex offic. Frobeniana, 1667, 4 vol. fol.
(87) Comment. in Decret. Lugdun. 1551, fol. = Savigny, loco citato, § 104, pi 374 sqq., nous a donné une histoire trés-attachaute de la vie agitée de cet écrivain , qui, entre autres malheurs, eut celui de voir sa bibliothèque et tous ses manuscrits devenir la proie des flammes.
(88) Joann. Franc. a Ripa, Papiensis, Commentaria ad jus canon. Aug. Taurin. ap. her. Nicolai Beuilaquæ, 1574, fol. Cet auteur n’a laissé également que des.commentaires partiels.
(89) Ses ouvrages comprennent une foule de commentaires sur divers chapitres et des Consilia in omnes fere titulos Decretalium (Lugd. 1589, 2 tom. fol.). Le plus renommé est son Enchiridion, sive Manuale confessariorium et. penitentium, Vid. Doujat, loco citato, p. 52.
(90) Jae. Cujacii, ad Gregor. 1X Decret. libr. 11, HI, IV et V, recitat. solennes. Lugd. 1606, ap. Joann, Pillehotte (Opp., tom. III).
loin derrière eux ceux de Pierre Grégoire (91), né, comme Villustre Cujas, à Toulouse, et mort en 1597.
Parmi les commentateurs qui suivent, dans l’ordre des dates, ceux que nous venons de nommer, les principaux sont: André (92), mort professeur à Louvain (1636); Jean-Baptiste de Ja Coste (+ 1637), professeur (93) à Cahors, après l'avoir été à Toulouse; Innocent (94) Sironius (1690), également professeur, dans cette dernière ville, ainsi qu’Antoine Dadin (95) de Hautserre (Ÿ 1682); Prosper Fagnani (+ 1678),
professeur à Rome (96) et Emmanuel Gonzalez Tellez (97) t 1649), qui illustra la chaire de Salamanque (98).
A dater du commencement du seizième siècle, ces commentateurs avaient déjà eu sur leurs deyanciers un avantage notable : celui de posséder des éditions imprimées de la collec-
tion grégorienne. On ne peut fixer avec certitude l’époque de l'apparition de la première de ces éditions; elle fut imprimée à Mayence, selon toute apparence (99), et précéda l'édition, aussi de Mayence, qui parut en 1473 chez Pierre Scheffer (100).
(91) Partitiones juris canonici seu pontilicii in 5 libros digesta ex offic. Palthen. 1595, 4.
(92) Andr. Vallensis Paratitla, sive Summaria et methodica ee Deeretalium D. Gregor., p. IX, Colon, 1655, 4.
(93) Joa. a Costa, Summaria et Commentaria in Decret, Greg. IX. ‘Edit, nov, Neap. et Lips. 1778, 2 vol. 4.
(94) Inn, Cironius, Paratitla in V libr, Decret, Gregor, IX, edid. J. A. Riegger. Vindoh, 1764, 4.
(95) Innocentius 111, Pont. Max., seu Commeutarius perpetuus in singulas Decretales hujusce Pontificis quæ per libros V Decret. sparse sunt. Lutet. Paris. 1666, fol, Voy., pour son commentaire des Clémentines, $ 25.
(96) Prosp. Fagnani, Jus canon. sive Commentaria absolutissima.in Y libr. Decret. (§ 7, p. 38).— 11 était aveugle : de là cette épithéte antithétique dent il est souvent qualifié : Cæcus oculatissimus.
(97} Emm. Gonzalez Telles, Comment. perpetua in Decret. Gregor. 1X (§ 7, p. 38),
(98) Nous avons déja parlé plus haut des principaux ouvrages du.méme genre postérieurs à ceux que nous venons de mentionner. De ce nombre sont encore : Henr. Zoesius (+ 1617), Comment. in Decret. — Caj. Fel. Verani, Juris canon, univ. Commentarius paratitlaris. Mouach. 1783, 5 tom. fol,
(99) Panzer, Annal. typograph., vol. LV, p. 135 et 569. — Panser, loc, cit., vol. I, p. 83, n. 441.
(100) Vid. Panzer, loco citato, vol. II, p. 124, n. 32, Voici la liste des autres
. Les progrès importants et rapides que faisait la science depuis quelque temps appelèrent l'attention des canonistes sur les Partes decisæ ($ 21). Celui qui s’occupa le plus spécialement de cette question fut Antoine le Conte (§ 16), qui intercala dans son édition des Décrétales (101) un très-grand nombre de pièces omises par Raymond de Peñafort (102). Ces interpolations offraient incontestablement un grand avantage, qui était de répandre une lumière toute nouvelle sur certains passages jusqu’alors obscurs ou inintelligibles; mais elles présentaient aussi un grave danger résultant de la maniére un peu arbitraire dont elles avaient été faites, Le Conte ayant laissé de côté bien des choses tout aussi nécessaires que ce qu’il avait cru devoir rétablir dans sa collection (103).
éditions in-folio : Rom. 1474 (Ulrich Gall. Alamanus et Simon Nicolai). Rom. 1474 (Geog. Lauer). Venise, 1475, 1479 (Nicol. Jenson). Bâle, 1478, 1481, 1482, 1486 (Mich. Wenssler). Mayence , 1459 (Pet. Schoeffer). Louvain, 1480 (Joh. de Westphalia). Venise, 1481 (Joh. de Colonia, Nic. Jenson, Joh. Selgenstatt). Milan, 1482 (Joh. Ant. de Honate). Nuremberg, 1482, 1483, 1496 (Ant. Koburyer). Venise, 1482 (Pet. Grem. de Plaf.). Spire, 1486, 1492 (Pet. Drach). Venise, 1486 (Bernh. de Tridino). Venise, 1486 (Thom. de Blavis). Venise, 1489, 1491, 1494, 1496, 1498, 1500 (Joh. Bapt. de Tortis). Venise, 1489 (Pagan. de Paganin). Venise, 1491 (Juh. Ham. de Landoja). Venise, 1492 (Andr. de Papia). Lyon, 1495 (Joh. de Prato), Venise, 1498 (Andr. Torres de Afula). Paris, 1499, 1504 (Ulr. Gering, Berth, Remboldt). Lyon, 1506 (Jak. Sacon). Lyon, 1610 (Jak. Marechal). Bâle, 1511 (Joh. Amerbach , Joh, Froben). Lyon, 1513, 1535 (Franc. Fradin). — Éditions in-quarto : Venise, 1482 (Barth. de Alex. Andr. de Asula). Venise, 1489 (Thom. de Blavis). Bale, 1494, 1500 (Joh. Froben). Paris, 1505, 1507, 1512, 1516 (Thielm. Kerver). Paris, 1518 (Joh. Petit) .— Éditions in-octavo plus anciennes : Paris, 1531 (Joh. Petit). — Panzer, loco citato, vol. V, p. 176; vol. X, p. 283 ; vol. XI, p. 562.— § 151.
(101) Epistole decretales SS. Pontificum a Gregorio IX P. M. collectæ. Antwerp. 1570, 8.
(102) Voy. § 21, note 4, son opinion sur l’œuvre de Raymond.
(103) Vid. Ant. Auguslini, Praf. ad Gregor. XIII, pag. 7. Audacius Antonius Contius nuper et Joannes Quinctinus, qui multa inserere ausi sunt pontificiis rescriptis. Eorui ergo ingenium laudo, atque quod dant minime aspernor ; id tamen mihi malo exemplo fieri videtur, si quod publica auctoritate accepimus, liceat nobis privata voluntate interpolare. tli quidem præclare notas addunt , quibus sua ab alienis distinguantur : at res est plena periculi ; cum facile in his librarii labi soleant et aliena verba vel Jongius separata in nostrorum verborum numerum referre. Huc accedit, quod illl permulta aut dedita opera, aul alia
La congrégation des Correctores romani ne tint aucun compte des intercalations de Le Conte, et Francois Pegna, chargé, conjointement avec Sextus Fabri, de la nouvelle édition des Décrétales, conserva intact le texte de la collection grégorienne, sauf quelques corrections en peu de mots, par la raison que l’édition romaine, publiée en 1582, reproduisait les variantes des collections antérieures dans des notes marginales qui contenaient en outre quelques renvois (104), Ces additions de Pegna sont insignifiantes et ne méritaient certes pas la critique plus que sévère qu’en a faite Antoine Augustin, sans doute dans un mouvement du dépit qu'il ressentait de n'avoir pas été admis dans la congrégation (§ 16), dont les membres, et Pegna en particulier, -sont, à ses yeux, des émules et des imitateurs d'Érostrate (105).
Malgré les termes formels de la Bulle de publication du texte romain qui déclaraient ce texte inaltérable, la plupart des autres éditions ont conservé les Partes decisæ ; Gonzalez Tellez a même jugé à propos de les insérer dans ses Commentaires, sans avoir même le soin de les distinguer, au moins typographiquement , des autres parties constitutives de la collection grégorienne. Plusieurs canonistes ont essayé, à diverses époques , de remédier à ce désordre, entre autres Bæœhmer, dans son édition du Corpus juris, le meilleur travail en ce genre qui ait paru jusque dans ces derniers temps, mais qui, néanmoins, laissait encore beaucoup à désirer; indépendamment de ses autres défauts, il avait le tort de s'éloigner fréquemment du texte romain, et dese priver, par là, d’une base plus sûre.
Ce que Behmer n’avait pas fait, un autre savant juriste, Æm. Richter, l’a entrepris avec succès, en exploitant, sur une plus vaste échelle que ne l’avait fait le premier, les an-
quacunque de causa omillunt : qua non minus utilia sunt, quam ea que adscribunt.
(104) J. H. Bohmer, Dissert. de Decr. poutif. fortuna, § 15, n. 98, p. xxviu. (195) Ant. Augustin, Dial. de emend. Decr, Grat., lib. I, dial. 20 (Gallandi, Sylloge, 11, 374) : Franciscns Pegna Hispanus, cujus sunt additiones Decretalium sine nomine, quia templum Diane incendisse visus est.
ciennes ressources, et en en utilisant d’autres nouvelles. Son ouvrage, publié en 1839, a rendu, sous ce rapport, à la science canonique, un service dont on doit lui savoir gré.