Quel est le fondateur de l'Église
Le fondateur de rÉglisc est Jésus-Christ; Jésus-Christ, que les prophètes avaient annoncé comme le futur Messie du genre humain; que les patriarches avaient vu en esprit et en figures comme le Sauveur; que Dieu avait promis, dèslorigiue, au premier homme comme rédempteur (1). C'est peu : eujcréantle premier homme dans Tinnocence et la sainteté, Dieu avait en vue rincamation du Christ; aussi, avant de procéder à ce grand œuvre, le créateur du ciel et de la terre, qui, d'une seule parole
(i] Tertull, adv. Praœean., c. 16. Âb Â.dam usque ad patriarchas et prophetas in visione, in somno, in speculo, in enigmate ordinem suum prsestruens ab initie, quem erat persecuturus in fitiem. — De resurrec. carn., c. 7. Quodcumque enim limo exprimebatur, Christus cogitabatur, homo fulorus.
de sa bouche, avait appelé à Texistence tout ce qui est, semble s'arrêter comme pour recueillir sa pensée : a Faisons Thomme, dil-il, à notre image et à notre ressemblance ; » et façonnant de la terre de sa propre main, il lui imprime la forme humaine et l'inspire du soufile de vie. C'est que le premier Adam était le type, le modèle du second; pendant que les doigts de Dieu donnaient à Targile une configuration sublime, son œil était fixé sur rhomme futur (1). De même, en effet, que, jusqu'à la création de rhomme, la substance spirituelle et la su]3Stance corporelle avaient existé isolément, et ne s étaient réunies qu'en lui; de même, jusqu'à l'apparition du Christ, la divinité et l'humanité étaient séparées ; que dis-je? placées depuis le péché à une telle distance l'une de l'autre, que l'homme n'osait pas même concevoir la pensée de s'approcher de Dieu. Mais en Jésus-Christ, formé selon le type du premier Adam, la divinité et l'humanité furent unies ; et de même encore qu^Adam est vrai esprit et vrai corps, de même le Christ est vrai Dieu et vrai homme (2).
Telle était l'immensité de l'abîme qui séparait Dieu de l'homme, qu'à part le peuple choisi par grâce spécide du Seigneur, le genre humain tout entier était prosterné aux pieds de fausses déités, et voué au culte et à la pratique de tout ce que le vice peut présenter de plus hideux et de plus atroce. Ce peuple privilégié, lui-même, conduit d'une manière si merveilleuse par la main de Dieu, ne connaissait vis-à-vis de lui d'autre sentiment que celui d'une crainte servile, et criait éperdu de terreur à Moïse : Tu loqtœre nobis ; ne loqmtur nobis DominuSy ne forte moriamur (3). Il ne fallait rien moins que le plus grand de tous les prodiges pour opérer la réconciliation de l'homme avec Dieu, et ce prodige, conçu et réalisé par celui à qui rien n'est impossible, était l'Incarnation. Dieu seul, descendu sur la terre, dans la personne de son Fils, et allant comme le médecin tout-puis-
(1) Gènes., ui, 15. j
("2) S. Àtfianase, Symb. Sicut anima rationalis et caro unus est homo ; ita Deus et homo unus est Christus; unus omnino non confusione substantiae, sed unitate personnjB. Venlura^ le Bellezze délia iede, 1. 1, p. 30. 'Jij Exod , XI, 19.
JËSUS-GHRIST ET SON ROYAUME. 47
sant à ce grand malade que Ton appelle rhomme (1), pouvait, par ses souffirances et par sa mort, satisfaire pour ses péchés et lui rendre la santé (2). Nou, aucune âme, aucun ange, mais lui seul, le Dieu fait homme, qui pût rassembler les hommes dans une société fondée sur Tunité avec Dieu, et appelée à traverser le monde en combattant, pour aller recueillir son triomphe final dans le sein de Dieu.
Hais le Christ ne devait pas se manifester dans tout Tappareil de sa majesté divine ; éblouis de tant d'éclat, les hommes, effrayés, auraient lui devant la splendeur de sa gloire ; il devait venir comme le faible enfant de la Vierge, ne se révélant comme le monarque suprême qu à la lueur de l'étoile de la foi, semblable à celle qui conduisit les sages de TOrient à l'humble toit du roi nouveau-né ( 3) . Or, cette société fondée par ce divin monarque, et qui Ta pour chef, voilà son royaume, le royaume du Seigneur, voilà TÉglise.
Jésus-Christ n'est donc pas l'auteur d'une religion (4), mais le fondateur de FÉglise. Établir une religion, c'est-à-dire, proposer une doctrine nouvelle sur les rapports des'hommes avec Dieu, plusieurs ont pu le faire. Confucius, Zoroastre, Mahomet, Luther, Calvin et Zwingle fhrent inventeurs de nouvelles religions; ils ne
(1] August., serin. 7, de Yerbo evang. -^ Epist. ad Tit, III, 4. Benignitas et humanités apparuitSalvatorisnostri Dei, quinociisnostrae tenebras sua lace dispulit, atque hominem lassum et laborantem ope gratiœ roboravit.
(^) Hebr., ii, 17. Per omnia debuit fratribus similari, ut misericors fieret. .
— Prsef. miss. Epiph. Dum in substantiamortalitatistiostrce apparuit.
(3) Petr. Chrysol.j serm. I, Epiph. — Innoc. III, In adv., I)om. serm. I.
— Bernard, de Font, salvo. Noii fugere, noli timere. Ne forte dicas etiam nunc : Vocem tuam audivî et timui. Ecce infans est et sine voce ; nam var gientis tox magis miseranda est, quam tremenda. — I Epiph. Parvulu» est, leviter placari potest ; quis enim nesciat quia puer facile donat ?
[4] La véritable religion existait avant Jésus-Christ. Elle est aussi ancienne que le monde. C'est en ce sens que l'auteur dit ici qu'elle n'a pas été fondée par Jésus-Christ. La religion qu'il a prêcbée n'était pas nouvelle dans son fond, quoiqu'elle le fût dans ses développements dogmatiques et moraux. Néanmoins, à raison de ces clartés plus vives jetées sur les rapports de l'homme avec Dieu par la prédication de l'Evangile, d'autres auteurs ont pu dire sans contradiction que c'était une religion nouvelle. Il en est de l'ensemble de la doctrine chrétienne comme du précepte spécial de la charité fraternelle que Notre-Seigneur a qualifié toute la lois de précepU ancien et nouveau, (iN'o/e du traducteur.)
48 DU DROIT ECCLÉSIASTIQUIS.
furent pas fondateurs d'Églises ; établir une Église, cest une œuvre au-dessus de toute puissance humaine : une seule main pouvait l'accomplir : la main du divin (1) Sauveur (3).
2 GommeutrÉglisea-t-elle été fondée?
L'heureux événement de la naissance du Messie eut lieu à Bethléem, sous le règne d'Hérode (3). Baptisé par Jean, son précurseur, dans les eaux du Jourdain (4), Jésus-Christ débute dans sa carrière évangélique en appelant autour de lui douze disciples, désignés sous le nom à'wpôireSt et soixante-dix autres compagnons. Mais le dessein du Sauveur n'était pas seulement d'annoncer et de faire annoncer par ses apôtres les vérités divines au genre humain dispersé (5) ; il voulait encore réunir tous les hommes en une seule famille, pour en faire son royaume. Ce royaume, qui est non de ce. monde, mais bien dans ce monde (6), forme, par conséquent, sur la terre, une société d'hommes, et, comme tel, soumis, dans une certaine mesure, aux conditions de tout gouvernement terrestre, il a besoin de chefs visibles pour le diriger et le gouverner. Or, ces chefs ne peuvent être que ceux
(1) Oui, l'homme peutioTenter une religion, formuler un symboli^, tracer-des prescriptions, instituer un ordre hiérarchique; mais réussira faire de ce symbole, de ces prescriptions, de cet ordre hiérarchique, un lien intellectuel, moral et organique, qui, se déroulant dans la double sphère de l'espace et du temps, embrasse, retienne dans rumf« de foi, d'action et d'obéissance . une multitude innombrable d'intelligences et de volontés, formant i^nsi une société universelle et permanente : c'est là un prodige qui ne pouvait être l'œuvre que d'une main divine. [Note du traducteur.)
(2) Celte pensée est exposée d'une manière très-ingénieuse dans Hurter^ loc. cit., 5.
(3) Venturoy le Bel^ezze délia fede, 1, p 52. - Sepp., das LebenChrisli, bd. [, s. 64.
(4) Matth., c. m, 6.
(5) Devoti, Jus. canon, univ., I, p. 17.
(6) Âugust., tract. 115, in Joann. Ghristus non dixit : Begnum meum non est hic, sed non est bine; non dixit : Regnum meum non est in mundo, sed de hoc mundo. Hic enim est regnum ejus usque in tinem sœculi. — V. Gotti, Vera Eccles. Christi, t. II, part. 1, p. 25, n. 52.