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L'éyêqae de Rome, successeur du prince des apôtres

Plusieurs circonstances pouvaient intervenir d'une manière spéciale dans la détermination de Tordre de succession à la primauté de Pierre, le faire éclore et lui servir de base. Premièrement le lieu où Pierre laissa en mourant son sacerdoce, sa chaire et sa royauté ; secondement la qualité de successeur de Pierre, envisagée en dehors de sa dignité de prince des apôtres (2) ; troisièmement une union particulière avec la personne de Pierre, fondée sur l'ordination reçue de ses propres mains.

Sous ce dernier rapport le nombre des prétendants aurait été fort considérable, alors même qu'on ne voudrait pas tenir compte

(1) Boiauet, Defensio déclarât, deri Gallic, L X, c, 5.

(2) Lupolif Jurisecdes. prœlect., v. II, p. 95.

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des recherches historiques faites récemment, et «qui précisent d'une manière plus exacte le nombre d'évêques, de prêtres et de diacres consacrés ou ordonnés par Pierre (d). Cette circonstance, d'ailleurs, n'avait par elle-même aucun rapport avec Tordre de succession, et n'aurait pu avoir d action déterminante qu'avec le concours des deux autres. Or, d'une part, l'ordre de succession se rattachant nécessairement à la personne de Pierre, de l'autre, le lieu de sa mort et la succession à sa dignité, considérée abstractivement par rapport à la primauté» devant avoir une influence déterminante sur Tordre du succession à la primauté elle-même, tout ce qu'il reste à faire, c'est de suivre Pierre dans la carrière qu'il a parcourue, ou plutôt dans la voie où Dieu a conduit le prince des apôtres. C'est là, et surtout au terme de sa course, que nous trouvons le véritable principe de Tordre de succession dans le royaume du Christ sur la terre.

Après avoir d'abord coopéré, pour sa part principale, à la fondation de TÉglise de Jérusalem, Pierre porte ses pas à Antioche, où il exerce longtemps les fonctions épiscopales. De là il se rend à Rome, en fonde, en gouverne TÉglise, institue, parle ministère de Marc son disciple, Tévêché d'Alexandrie, et meurt à Rome, évêque de Rome.

On le voit, TÉglise de Rome ne peut pas invoquer le privilège de Tancienneté. Cdles de Jérusalem (2) et d'Antioche existèrent avant elle; que Pierre fût mort sur le siège de Tune de ces dernières villes, son successeur à ce siège devenait naturellement héritier légitime de sa primauté (5). Or Pierre est mort à Rome, évêque de Rome.'. Celui qui lui succédait comme évêque de Rome, identifié par cette qualité avec lui, à tel point que Pieire semble revivre et se perpétuer dans sa personne, était aussi celui entre les mains de qui devaient passer des mains de Pierre les clefs du haut sacerdoce

(1) TertuîL, de Pnescript. , c. 92. Catal. fclic, 4 p. — Origines de l'Eglise romaine^ par les membres de la communauté de Solesmes, 1. 1, p. 212; pièces justificatives, n. 6, p. 18.

(2) Pearson^ Lectiones in Acta apost. I, n. 18, p. 36. — Gottiy Vera eccles. christ.) t. II, p. 1, art. 2, n. 1, p. 54. — Bolgeni, l'Ëpitcopato, p. 64. — Dauddy Sacra maj. Hierr. eccles., p. 35.

(3) Lupoliy p. 104. — Il Thimoth., iv, 21.

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et le sceptre pastoral de la royauté, celui qui devait être Théritier de Pierre dans renseignement prophétique, et par suite devenir comme lui cette pierre fondamentale, « assise dans les profondeurs de la terre et qui doit élever les chrétiens établis sur elle jusque dans les hauteurs du séjour de Tespérance. » Dans Tordre temporel, c'est le plus proche parent du roi défunt qui recueille sa succession au trône ; ici également c'était Tévêque de Rome qui, comme successeur de Pierre dans Tépiscopat Romain, devenait, en vertu de ce titre, l'héritier légitime de toute sa succession, et il n'est guère permis de douter que ce premier successeur du prince des apôtres, dont nous voyons déjà le nom figurer dans la seconde épître à Timoihée, n'ait été désigné et choisi par lui-même' comme celui à qui devaient passer toutes ses dignités (1).

Or, de même que c'est par Pierre principalement que Dieu transmet ses grâces à l'Église générale, par Pierre que cette Église a reçu le souverain pouvoir des clefs, par Pierre que TinfaîDibilité de l'enseignement lui a été assurée, par Pierre enfin, en tant que chef, qu'elle est le royaume de Dieu en terre, c'est aussi par Pierre que l'Église de Rome a été décorée du privilège suréminent en vertu duquel ses évêques sont revêtus de la suprématie sur toute l'Église. La chaire de Pierre et l'Eglise romaine jouissent de la primauté à cause de Pierre (ratione Pétri), parce qu'en vertu de cette parole: Tues Pierre^ etc., toute puissance est conférée au siège apostolique par la succession de ceux qui y sont assis (2). Ainsi cette glorieuse prérogative n'est point Tapanage de TÉgUse romaine, comme telle ; elle ne le possède uniquement que par Pierre, qui lui-même, quoique investi personnellement, directement et immédiatement (3) de la primauté, ne Ta pas reçue néanmoins pour lui-même, mais pour le bien de

(1) Iren., Adv. hœr., III, 5.

(2) Voici comment s'exprimait le général des dominicains dans le concile de Florence : Ex quo ( des paroles de Jésus-Christ à Pierre ) , patet qiiod sedes Pétri et romana ecclesia dicilur habere primatum ratione Pétri, quia per hoc quod dixit : Tu es Petrus, etc., omnis potestas derivatur in sedem apostolicam per successionem sedentium in ea. — Bolgeni, l'Episcopato, p. 71.

(3) Bolgeni, loc. cit.

l'Église (i), et, par la même raison, la transmet à TÉglise de Rome, non pour le bien - particulier de cette Église, mais pour celui de TÉglise universelle. C'est donc au prince des apôtres, après Dieu, qu'elle est redevable de cet honneur, et non à la splendeur de Rome, devenue par Pierre, dans un sens tout autre et infiniment plus élevé, la reine et la dominatrice du monde, non plus qu'au décret d'un concile, ou à la faveur d'un de ses empereurs (2). En marquant Rome dans l'ordre de ses conseils pour devenir le siège épiscopal du prince des apôtres, le lieu de sa mort. Dieu fixait d'avance, pour toutes les générations futures jusqu'à la consommation des temps, Tordre de succession à la primauté. Ces deux circonstances étaient les événements historiques auxquels allait se rattacher le sort de tous les siècles. Par eux s'accomplissait la première transmission de la puissance ecclésiastique (5) ; la primauté entrait dans le domaine de l'histoire, pour recevoir en elle et par elle ses développements ultérieurs; quoique cependant on puisse dire, avec plus de raison encore, qu'instituée de Dieu pour le bien du genre humain, et dirigée par Tesprit d'en-haut, la primauté a de son côté exercé sur l'histoire une action incessante et salutaire (4).

Alors même donc que les premiers siècles de l'antiquité chrétienne garderaient le silence sur la primauté de Tévêque de Rome, alors même qu'il ne s'élèverait pas une seule voix en sa faveur, ce fait seul que Pierre a été évêque de Rome, est mort évéque de Rome, suffirait pour étabhr inébranlablement, en faveur de l'évéque de Rome, le droit de succession à la primauté . Mais, au lieu de ce silence, nous entendons s'élever de toute part les témoignages les plus éclatants et les plus irrécusables (5). Et d'abord les qualifications

(1) Lupoli, p. 114. — Dœllingerj Handbuch, bd. I, s. 354.

(2) Mendoza, Quest., 4schol. — Biner. ^ de Summa Trinitale, p. 105. — Naiaîis Aleœander, Hist. eccl. sœc, I, \'. 241. — Wàlter, Kirchenrechts, 8. 39.

(3) Soardi, de Supremarom. ponlif. auctoritate, vol. I, p. 19. — Xyatus Epist. ad Joan. Antioch. : Beatus Petrus apostolus in successoribus suis, quod accepit, hoc tradidit.

(4) BlatUfr, Hist. pol., bd.YIII, s. 130.

(5) Bennettis, Privil S. Pétri vindic, t. I, p. 9i) et suiv ; t. Il, p. i76^t

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seules dont l'évêque de Rome est décoré, et qu'il s'attribue loimême (1), sans réclamalion, et cela dans les temps mêmes où son autorité est le plus dénuée de tout appui extérieur, n'exprimentelles pas la croyance et la conviction générales, que l'institution de Pierre en qualité de chef de l'Église a appelé son successeur dans la chaire de Rome à une égale dignité ? Il est désigné par le nom même de Pierre, identifié avec Pierre (2) ; cest Pierre qui parle par sa bouche (3) ; il est pour tous les pasteurs V interprète institué de la voix de Pierre, le propagateur universel de sa foi et du salut qu*elle enfante (4). Il est Y homme apostolique, le père apostolique et catholique (wàica;) (5), Yapôtre de toute r Église, le pontife suprême, Yévéque des évêques, Yévêque de rÉglise catholique.

Mais ce ne sont pas seulement ces dénominations significatives qui viennent proclamer le droit de l'évêque de Rome; c'est la voix de tous les saints Pères, de ceux d'Orient comme de ceux d'Occident ; ce sont toutes les voix de l'histoire ecclésiastique qui s'élèvent en chœur pour le saluer de leurs acclamations. Qui pourrait ne pas connaître la voix du souverain pasteur de l'Église dans ces lettres de saint Clément, troisième successeur de saint Pierre, adressées à l'Église de Corinthe, au sujet de l'opposition qu'elle faisait à son presbytère, pendant la vacance du siège apostolique, et oii, avec une autorité qui ne suppose pas même la possibilité d'une réclamation, il les blâme et les rappelle à l'ordre (6)?

suiv. — Gefi témoignages sont si nombreux, qae l'on pourrait dire avec Gicéron : Aut hoc tettium salis est^ aut nescio quid satis est. [1] KJee, Dogmatik., bd. 1, s. 215.

(2) Léo M., in Senn. 2, anniv. assumpt. suœ : Probans (Petrus) ordinatissi* mam totius Ecclesiœ charitatem, quœ in Pétri sedem Petrum suscipit, et a tanti amore pastoris nec in persona tam imparis tepescit hœredis.

(3) Idem^ Ëpist. 25 : Beatus Petrus, qui in propria sede vivit, praesidet, pnestat quserentibus fideiTeritatem.

(4) Epist. S. Synod. Ghalced. ad Leonem; op. S. Leonis, 1. 1, p. 1087 : Yocis beati Pétri omnibus constitutus interpres et ejus iidei bcatificalionem super omnes adduceus.

(5) Gette qualification n'était cependant pas appliquée exclusivement à révêque de Rome. Y. Gùtti, Yeraecd. Ghrist., t, U, p. 37.

((5) Rothe, Die Ânfange der christiicben Kirche, bd. i, s. 403. — Schcmemann, Pontif. Kom. epist., p. 6.

Pea après ce saint pontife, nous entendons saint Ignace, dans sa Lettre aux Bomains, donner à leur Eglise, entre autres apellations honorables, celle de directrice de V alliance de Vamour, c'est-à-dire, de Talliance des chrétiens réunis par la charité dans la société de FÉglise (1). Il ne tient à aucune autre Église un semblable langage, et, tandis qu'il exhorte tous les autres fidèles à rester fermement attachés à leurs évoques respectifs, il s'abstient de toute recommandation de ce genre vis-à»vis de ceux de Rome, tant ils étaient renommés pour leur attachement exemplaire au leur (2).

Saint Irénée, écrivant aux hérétiques, est encore plus énergique sur la prééminence de Rome. <( Il est nécessaire, dit-il, que « toute Église, c'est-à-dire, que tous les fidèles soient en com- « munion avec cette ÉgUse, à cause de sa primauté surémi- « nente, parce que c'est dans son sein que se sont constamment « conservées les traditions apostoliques (3). » Ces paroles remarquables du saint évéque de Lyon , placées à la suite du tableau des papes qui avaient occupé le siège de Rome depuis saint Pierre jusqu'à son temps, se terminent par cette observation non moins frappante : a II est superQu de faire Fénumération (( des évoques des autres Églises. Pour confondre nos adversaires, a il nous suffît de montrer la plus ancienne de toutes, celle qui (( a été fondée par les glorieux apôtres Pierre et Paul (4). »

Saint Cyprien signale aussi Rome (5) comme la chaire de

(1) npoxa&Y){A&vyi TÎj; à'^'àimç.

(2) Rothe, bd. I, s. 445.

(3) Iren., C. hér., III, 5. Ad banc enim romanam (ecclesiam) propter potiorem principalitatem necesse edtomnem convenire Ecclesiam, hoc est eos, qui sant vndique fidèles; in qaa semper ab bis, qui sunt undique, conservata est ea quiB est ab aposiolis tradttio.

(4) Iren.^ Quamquam valde longum est, in hoc tali volumine ecclesiarum numerarc successiones, maiirnse et anliquissimae et omnibus cognitœ a gloriosissimis duobus apostolis Petro et Paulo Romœ fundatœ ecclesise, eam quœ habet ab apostolis traditionem et annunciatam hominibus iidem per successiones episcoponim pervenienles usque ad nos, indicanles, confundimus omnes eos, qui quoquo modo vel sibi placentia, vei vanam gioriam, vel per cascilatera et malam sententiam prêter quam oportet coUigunt.

(5) Cyprian.y Epist. 55 ad Cornel. : Post illa adhuc insuper pseudoepiscopo sibi ab bsereticis constituto, navigare audent, et ad Pétri cathedram

d4 DU DROIT ECCLÉSIASTIQUE.

Pierre, cathedra Pétri, et la première Église de la chrétienté ; il rappelle la racine et la matrice de TÉglise catholique (i), et saint Augustin annonçait qu'elle n'avait cessé de jouir de la prééminence du siège apostolique (2).

Les autres Pères de TËglise ne parlent pas autrement (5), et en tout ce qu'ils disent leur témoignage est confirmé par les faits. Ce que Pierre avait été, dans le dessein du Christ, pour les apôtres, l evêque romain Tétait pour l'épiscopat, qui s'empressait de toutes parts de lui adresser des lettres de paix et de communion (4). De même que Pierre avait été établi par Jésus-Christ comme celui dont la foi ne devait pas défaillir, et qui avait mission de fortifier ses frères , de même nous voyons l'évêque de Rome comme le c-entre autour duquel tous les évêques viennent se ranger, comme le frère commun à qui ils s'adressent tous, dans les luttes de la foi, pour être aflermis (5). De là, dans les questions doctrinales, ses décisions acceptées comme définitives et émanées du Maître infailhble, et, dans les affaires de discipline générale, ses prescriptions considérées et obéies comme des jugements sans appel.

Nous signalions tout à l'heure le ton d'autorité de Clément 1" ; celui de Victor I", au sujet de la question de la fête de Pâques, est encore plus ferme, plus absolu. Son langage est celui d'un juge suprême qui prononce en dernier ressort (6). Déjà précédemment Marcion, déposé de l'épiscopat et frappé d'excommunication, en avait appelé au pape Éleuthère, comme on vit, à quelque temps de là, les novateurs Forlunat et Félicis-

atque ad Ecclcsiam principalem, unde unitas sacerdolalis exorla est, a schis maticis etprofanis litleras afferre, nec cogitare eos esse romaDos, quorum fides apostolo prsBdicante laudata est , ad quos perfidia habere non possit accessum .

(1) Idem, Epist. 45 ad Cornel.

(2) Auguêt., Epist. 43, n. 7.

(3) V. dansK70«, Dogmatik., bd. I, 217 sq., les passages des saints Pères relatifs à ce sujet.

(4) Origine de l'Église romaine, vol. I, p. 53.

[5] Gotti, p. 36. — Domine frater, tel est le titre que le synode.de Carthage donne au pape. Epist. syn. apud August. epist. 172, n. 2.

(6) De SifMonibus^ de Romani pontif. judidaria potestate, 1. 1, passim.

sime, excommuniés par saint Cyprien, s'adresser à Corneille pour obteni;[' leur réhabilitation (1). Cyprien lui-même, ce Père, d'ailleurs , défenseur si zélé de la primauté, ne dut-il pas faire répreuve de la puissance du chef suprême de TÉglise, dans son différend avec Etienne I" , au sujet du baptême des hérétiques (2)? Et certes Cyprien n'aïu'ait pas été admissible à se plaindre ; n'avait-il pas lui-même, peu auparavant, invité le pape à déployer toute sa sévérité contre Marcien , évêque d'Arles, qui s'était rallié à Thérésie des novateurs , et qui en effet avait été déposé par Etienne (3)? Denis d'Alexandrie s'était trouvé impliqué dans le démêlé de Cyprien avec le pape. L'affaire était terminée, et néanmoins il lui fallut se laver au tribunal de l'évêque de Rome du soupçon de sabellianisme (4). C'est ainsi encore qu'un autre patriarche , successeur de Pierre sur le siège d'Ântioche, Paul de Samosate, fut contraint de reconnaître l'autorité du successeur de Pierre à Rome, en se voyant déposé de son patriarcat par le même pape (5).

Tous ces faits appartiennent au troisième siècle. Comme les exemples se multiplient dans les temps subséquents, nous nous bornerons à signaler, pour le quatrième siècle, l'attitude de Rome vis-à-vis de l'hérésie arienne; la protection que les évêques dépossédés par les ariens, et Athanase en particulier, trouvèrent dans Jules I" (6) ; la conduite du pape Damase à Tégard d'Ursace d'Auxence (7) et des apollinaristes (8); puis, pour le cinquième, la guerre infatigable que le pape Célestih fit aux nestoriens (9), et celle que fit aux eutychiens Léon P', qui, pro-

(1) Epiphan.j Hseres., 42. — Cyprian., Ëpist. 43 ad Corn.

(2) ^«««6., Hist. eccl., VII, 5. — ïk Simeonibus, p. 132.

(3) Cyprian.y Epist. 67 ad Steph. — De Simeonibus, p. 412 ad 426.

(4) Àthanas.f Epist. de Sentent. Dionys., n. 14, de Synodis, n. 43. — Boigeni, p. 89.

(5) De Simeonihtu, p. 448.

(6) De Simeonibus y p. 473 ad 510.

(7) Go«t, p.47.

(8) Damas., Epist. 5, a. 378. — Apud Schœnemannf Pontif. Rom. epist., t.I, p. 342.

(9) Y. la correspondance entre Célestin, Cyrille d'Alexandrie, dans ScAœnemann, p. 768.

cédant Yis4-vis d'eux comme chef saprême de FËglise et juge souverain, fulmina contre eux la sentence d'excommunication, et les retrancha de la communion des fidèles.

Après tous ces exemples, il ne saurait en aucune façon être mis en doute que , dès les temps primitifs du christianisme, non-seulement les évéques de Rome se sont arrogé, dans toutes les affaires de TÉglise, la primauté de rautorité souveraine, mais encore que cette primauté a été reconnue comme leur appartenant d'institution divine, par toute TÉglise, et eu particulier par répiscopat tout entier. Ils ne sortaient donc pas de la limite de leurs attributions en se déclarant les chefs de Fépiscopat (1), en évoquant à leur tribunal toutes les causes majeures (2), en prétendant que là seulement elles pouvaient recevoir une solution définitive et obligatoire pour tous (3). L'opinion qui prétend que les lettres des papes ne s'adressaient qu'aux provinces soumises à leur juridiction métropohtaine ou patriarcale n'est donc pas soutenable (4). Il en est de même de la supposition que le sixième canon du concile de Nicée a limité les droits du pape à ces provinces suffragantes (5). Ce canon n'a entendu statuer nullement sur ce point, mais seulement imposer aux patriarcats d'Antioche et d'Alexandrie les formes et les règlements juridictionnels du patriarcat de Rome (6). Bien loin de révoquer en doute la primauté du pape, l'universalité des spodes l'a pleinement reconnue ; celui de Sardique, en particulier, la place en son rang naturel, dans sa réglementation de l'ordre d'appel (7), et une foule de conciles ont sollicité de l'évêque de Rome la sanction de leurs décrets (8).

Avec la primauté de Pierre et de ses successeurs entrait dans

(1) Léo M., Serm. 3 in fest. aasumpt. saœ, c. m. [2] Damcu.j Epist. 1, n. 1.

(3) Ciriciiu, Epist. 1 ad Himerium episc. Tarasconensem, a. 385, c. 15. — Zosimus, Epist. 9 ad Hesychium salot. aim. 418, c. vr.

(4) WàlteTf Kirchcnrecht, § 19, s. 43.

(5) ITIee, s. 233, n. 2.

(6) Walter, p. 44, n. W.

(7) Idem,

(8) Idem, n. F, s. 41.

le monde une puissance spirituelle immense, en même temps qu'un principe d'ordre d'une action irrésistible. La vérité du christianisme devait ft la fin triompher et de la fureur de l'empire romain, si longtemps acharné à la persécuter, et de la rivalité haineuse du pontificat païen , ennemi envieux du sacerdoce chrétien, d'un ordre si supérieur (i). La conversion de Constantin vint encore ajouter à la puissance de l'Église. Fortes de leur origine divine, T Eglise et la primauté n'avaient nullement besoin de la reconnaissance des empereurs; mais les empereurs sentaient, au point de vue de leur position, le besoin pour euxmêmes de se déclarer authentiquement dans leurs lois les fils et les protecteurs de TÉglise et de son chef. L'un des documents les plus remarquables sous ce rapport est un édit de l'empereur Valentinien, dont les principes sont reproduits dans les lois de Justinien (2)>

D'un autre côté, les ennemis n'ont manqué en aucun temps au siège de Pierre et à la primauté du pape. De Dioscore d'Alexandrie (3) à Luther, Calvin, Marc-Antoine de Dominis et aux modernes adversaires de la primauté, l'histoire n'est qu'un tableau continu des luttes et des combats soutenus par la chaire

(1) Dœîîinger, 364.

(2) NoT. Yalentin. 5, imp. de episcop. ordinatione, ann. 445. Cum igitur sedis apostolîcse primatum, S. Pétri meritum, qui princeps est episcopa^ liscoronse etromanœ dignitas civitatis, sacrse etiazn synodi firmavit auctorî-» tas ; ne quis prœter auctoritatem sedis istius illicita prœsumptione attentare nitatur. Tune enim demum ecclesiarum pax ubique servabitur, si rectorem suum agnoscat universitas. Hsec cum hactenus inviolabiliter tuerit custodita, bac perenui sanctione decernimus. ne quid tam episcopis gallicanis quam aliarum provinciarum contra consuetudinem veterem liceat sine Tiri Tenerabilis Papse urbis selernœ auctoritate tentare. Sed boc illis omnibusque pro lege sit, quidqûid sanxit vel sanxerit apostolicie sedis auctoritas. Voyez sur Bolgmiy p. 71, Ballerini : Opus sancti Leonis, t. I, p. 642. — Eichhorn (Grundsœtze des Kircbenrechts, bd. I, s. 77) ne voit, à tort, dans cet édit qu'un simple rescrit, et Richeier (s. 37] l'accompagne de celte remarque : « Il en résulte encore autre chose, la conscience, de la part de l'empereur, de sa supériorité sur la primauté et sur celui qui en était investi.» Celte conséquence est absolument arbitraire. Un empereur qui reconnaît la primauté de Pierre, comme le fait Yalenlinien, ne se détacherait pas du troupeau que le Christ a conunis à la garde et à la conduite de Pierre.

(3] DevoH, Jus can. univ.) 1. 1, p. 57 sq.

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de Rome. Mais si tant d'ennemis acharnés ont pu réussir à entraîner bien des âmes faibles hors de ]a communion romaine, leurs eflbrts sont restés impuissants vis-à-vis de son chef, et n'ont abouti qu a meltre dans tout son jour la solidité inébranlable du rocher sur lequel le Christ a bâti son Église.

LBS évÊQUIS, EN TANT QUE SUCCESSEURS DES APÔTRES.

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