‹ Du droit ecclésiastiqueChapitre 39 sur 80 · L'Église, romaine · texte numérisé non relu

L'Église, romaine

Par son évéque, successeur de l'apôtre saint Pierre, Rome forme le centre de l'unité de toute l'Église; les caractères et les notes qui ont pour objet de signaler le royaume de Dieu sur la terre, doivent donc, aux mêmes titres, se rapporter à l'Église romaine, conmie à la principale entre toutes les églises particulières dont la réunion constitue TEglise universelle; et, comme

(1) Augustin. f de Baptisai, contr. Donat., lib. IV, c. 21. (Gan. 149, D. 4 (lo Consecr.)

(2) Klee, loc. cit., S. 141, S. 142. — Walter, loc.cit., S. 26.

(3] Cette maxime : Extra Bcclesiam nulla salua^ exclat de la voix du salut

tous ceux qui restent volontnirement hors de l'Église par l'hérésie ou par

le schisme, qui retusent d'adhérer à la foi qu'elle enseigne, ou de recon-

naître son autorité dans le gouvernement. Elle ne s'applique point à ceux

qui sont excusés du crime d'hérésie ou de schisme par TimpossiMlité où

ils ont été de s'éclairer davantage, et par la droiture de leur cœur. Quant

aux infidèles, privés de toute connaissance des vérités révélées, ils sont

tiers de la voie du salut, en tant que dépourvus actuellement du moyen

essentiel de plaire à Dieu : Sans la foi il est impossi'jle de lui plaire. « Hais

ce n'est pas à dire pour cela que cette voie leur soit à tout jamais fermée.

Si l'obslacle qui leur en inlerdit l'accès n'est point l'œuvre de leur volonté,

la justice de Dieu ne le leur impute point à crime, et sa bonté a,. pour le

laire disparaître, toutes les merveilleuses opérations d'une sa^i^esse et d'une

puissance sans limittfs. » [Note du traducteur .)

c'est principalement dans ce caractère fondamental de Rome qne réside la force de cohésion qui fait de l*£glise un tout lié et harmonique, c'est dans Rome aussi que doivent se retrouver les conditions de son unité, de sa sainteté, de sa catholicité et de son apostolicité. Faites disparaître de TÉglise la primauté que Pierre a apportée et léguée à Rome, F Église a cessé d'être; elle a disparu aux yeux des hommes, elle a perdu renseignement infaillible, elle ne peut plus conduire l'humanité dans les Toies du salut.

C'est d'une manière visible que Jésus-Christ avait distingué Tapôtre Pierrç entre tous les autres ; c'est également dans son chef visible et dans son union avec lui que l'Église trouve le complément de son organisation qui faijt sa beauté et sa gloire. L'Église romaine possède immédiatement en elle-même les attributs caractéristiques du royaume de Dieu (1); toutes les autres n'y participent que par leur union avec elle. Car Rome est TÉglise unique avec laquelle toutes les autres doivent s'harmoniser, à cause de sa primauté suréminente, et parce que c'est dans son sein que se sont conservées les traditions apostoliques (2). Rome avec ses arènes altérées de sang chrétien, montrant dans la série de ses pontifes vingt-sept confesseurs empourprés du martyre; Rome, pendant des siècles, grand champ de mort où, de tous les points du monde romain, les enfants de la croix venaient défendre leur glorieux titre, au prix d'un cruel trépas (3), Rome est l'Église sainte que le Christ a donnée pour fondement dans la personne de celui à qui sa prière a garanti Tindéfectibilité de la foi, à tous ceux qui croient en lui, l'Eglise qui a conservé pure et intiicte la doctrine sainte, d'où découle l'ordre qui préside à la dispensation (les sacrements saints, dont les lois saintes conduisent le genre Immain au salut. Rome est .l'Église universelle , dont les messagers évangcliques ont parcouru le monde entier, dont la foi est

(!) LupoH. Jur. eccl. prœl., vol. 1, p. TOsqq. — Th. Stapleton, Vere admirfinda, seu de magnitudine Romanse Ecclesiœ libri dao. Ant., 1599, in-4*.

(2) Iren., Adv. hœr., III, ?5, § 21, note 27.

(3) Stapleton , loc. cit., p. 22, 25. — Aringhi, Roma subterranea, lib. I, — BteMer, Rd. XI, S. 155, u. ff.

annoncée par toute la lerre (§§ 19 et 27), et qui, réalisant ce que la Rome païenne ayait vainement tenté, Ta soumise à son empire (i). Les premiers fondateurs de Rome avaient souillé ses murs naissants par un fratricide; Pierre et Paul, ses deux nouveaux fondateurs, ont été ses véritables pères; ils Font associée au ciel par un commerce intime, ils ont fait véritablement d'elle la cité reine, la cité pontificale et la modératrice de Funivers ; la religion a donné à son empire une extension et une splendeur auxquelles elle n'avait pu atteindre avec toute sa puissance temporelle. Quelque nombreuses, quelque éclatantes qu'aient été ses victoires, la guerre n'a pu lui soumettre autant de peuples que la paix chrétienne en a rangé sous sa loi (2). Cette grandeur, cette gloire sans pareilles, c'est aux apôtres, et pardessus tous les autres, au prince des apôtres, qu'elle en est redevable; et c'est pourquoi elle est l'Église apostolique, plus que cela, l'Église princière apostolique: Si elle a pu autrefois se présenter <')ux hommages de l'univers, en montrant avec un saint et légitime orgueil ses vingt-cinq pontifes, comUen plus n'y at-elle pas ilroit aujourd'hui, aujourd'hui qu'elle peut s'offrir au respect et à l'admiration du monde avec les deux cent cinquantetrois évêques qui ont successivement occupé le siège du prince des apôtres (3)!

Ce n'est pas assez : l'Église de Rome est impérissable. Placée dans le courant le plus rapide des événements, au milieu de toutes les vicissitudes des temps et des empires, des flots courroucés de toutes les passions, en butte à toutes les fureurs, constamment attaquée par les empereurs, les rois goths, les exarques grecs, par les Lombards et les Francs, par la geniilité, le schisme et l'hérésie, elle est toujours restée là immuable sur le roc de Pierre, roc inébranlable elle-même de l'unité apostolique et univer-

(1) ProapeTf Lib. de ingratis :

Sedes Roma Pétri , quae pastoralis honoris Facta caput mundi, quicquid non possidet armis Relligione tenet.

(2) X,eon., «emi. 82, in natal. Pétri et Pauli, 1. 1, col. 521 .

(3) Bellarminj de Notis. Ecclea., lib. 4, c. 8.

selle (1). Qa'ont pu contre elle et les Néron, et les Domitien, et les Dèce, et les Dioclétien? Qu'ont pu, que peuvent encore contre elle les portes de l'enfer (2)? « Le païen l'attaque avec la fureur du lion, dit saint Augustin (5); l'hérétique, avec la ruse du dragon : le premier impose le renoncement du Christ, le second l'enseigne ; à Tun il faut opposer la vigilance, à l'autre la patience. » Et ni la patience ni la vigilance n'ont fait défaut à l'Église, et à l'aide seule de ces deux aiines, elle a vérifié l'oracle prophétique : « Tu fouleras aux pieds le lion et le dragon (à); » elle a triomphé de toutes les épreuves, de toutes les attaques, elle est restée invincible (5).

Mais avons-nous tout dit? Oh ! non, non ! Ce n'est pas du deliors, ce n'est pas de la main de ses ennemis que sont partis les coups les plus terribles qu'elle a eu à essuyer. Ce n'est même pas de ses enfants ingrats : c'est de ceux-là mêmes qui devaient être son bouclier, sa force, son principal appui ; c'est souvent de ses propres chefs, de ses pontifes. Oui, plusieurs d'entre eux ont, de leiii^ propres mains, ouvert contre elle les portes de l'enfer -, et elle n'a pas succombé ! Plusieurs d'entre eux ont abandonné la loi de Dieu, se sont engagés hors de la voie des jugemeuls do Dieu, ont méprisé la justice et foulé aux pieds les préceptes de Dieu ; le Seigneur, justement irrité de tant de perversité, les a flagellés avec la verge de sa fureur ; il a châtié les prévarications de ces indignes représentants ; mais il n'a pas retiré sa miséricorde à l'Église,- il n'a pas touché à la vérité de ses oracles, il n'a pas rompu son alliance ni annulé les promesses émanées de ses lèvres (6).

En dépit donc de ses ennemis intérieurs et extérieurs, en dépit des infirmités et des prévarications des hommes, Rome reste l'Église infaillible, donc aussi l'Église nécessairCy la seule voie de

(1] IdMii, loc.dt. —Deutsche Geschichte, Rd. 2, S. 223, u. ff.

(2) Gregor. M. Expos in VII. Psalm. pœn. P. V, 26, n. 56 ; § 15, nol. 4.

(3) Àuguitin.j Ennar. in Psalm. XXXIX.

(4) Psalm. XG, 13.

(5) Staplttofij loc. cit., p. 25.

(6) Psahn. LXXXVni, 31 .

\m l)U DROIT ECCLÉSUSTIQUE.

salut. Ce n'est que par son union avec le chef suprême, donné par Jésus-Christ à l'Église, que chaque Église particulière, que chaque homme devient et reste membre de cette Église. C'est donc ajuste titre que saint Âmbroise (i) félicitait son fràre d*être uu vrai chrétien, par la raison que, partout où ses longs voyages Tavaient conduit, il s'était empressé de demander aux évoques s'ils étaient en accord avec Rome. Et de même que saint Jérôme avait dit au pape Damase (2) : « Je m'unis à votre sainteté, » c'est-à-dire à la chaire de Pierre, de même Optât de Milet pouvait dire (3) : <r Le monde entier est en communion avec le pape Sirice; » car ce n'est que par Pierre que TÉglise est l'Église, et Tépiscopat, Tépiscopat. »

Page 1