PRÉFACE
Certains publicistes modernes, trompés par leur ignorance des principes métaphysiques des lois, ou aveuglés par un dédain trop injuste des affirmations les mieux justifiées de la philosophie spiritualiste et de la théologie chrétienne, ont enseigné do funestes erreurs sur l'origine et les caractères essentiels du droit. Ils ont déclaré que la liberté sans limites des facultés de rhomme, de sa raison, de sa volonté, de sa conscience était un droit primitif, inaliénable, souverain, et que Thomme, affranchi désormais par la science, dont les révélations sont infaillibles , des dogmes
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superstitieux de la Provideuce et de la vie future, est autonome, c est-à-dire son principe, sa règle et sa fin.
Les matérialistes et les adeptes contemporains, trop nombreux, du positivisme ont exposé les théories dangereuses des publicistes dans le cadre plus sévère , en apparence, et plus rigoureux d'une science expérimentale; ils ont eu la prétention d'en démontrer la vérité, la certitude, en prenant pour base de leurs recherches Tobservation complète et impartiale des inclinations invincibles, universelles, et toujours légitimes de notre nature; et, après avoir dépouillé le droit de l'autorité et de la majesté divines qui étaient son prestige, ils ont fait perdre encore à l'idée dix devoir la place d'honneur qu'elle occupait dans l'estime universelle de la raison.
Ils ont dit, en effet, que le devoir consiste à rechercher ce qui est utile, à multiplier les jouissances, à étendre la richesse publique, à rendre plus saine et plus vi-
PREFACE Vij
goureuse Tespèce humaine, à défendre les intérêts temporels de rimmanité.
Aucun rayon de lumière n'est descendu des régions élevées et sereines habitées par Dieu vers ces esprits égarés.
Certes , ce n'est pas ainsi que les philosophes et les théologiens scolastiques , si injustement et si violemment attaqués aujourd'hui par des écrivains qui se glorifient avec trop de bruit de l'émancipation de la pensée moderne , agitèrent autrefois ces questions fondamentales de l'ordre moral ; ils ont laissé des œuvres immortelles sur les principes du droit naturel et du devoir. Les philosophes modernes n'ont pu encore édifier, malgré l'effort courageux de leur pensée , que des constructions mesquines auprès des monuments élevés par saint Anselme , saint Bonaventure et saint Thomas d'Aquin. L'attention arrêtée sur Dieu, dont ils savaient énumérer les attributs sans pénétrer, par l'effort impuissant de la raison, dans les mystères de sa vie
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intime, et sur riiomme, dont ils connaissaient bien les facultés et les désirs, ces philosophes de premier ordre exploraient encore notre àme afin d'y découvrir le signe de notre vocation terrestre , notre place et notre destinée dans le plan universel de Tceuvre divine, et, par une synthèse rigoureuse, vivante, pleine d'idées et riche d'observations, ils unissaient ensuite, sans les confondre, la science de la morale et la science du droit.
C'est qu'en effet le problème de l'origine et de l'objet du droit naturel n'est pas indépendant, comme on l'a prétendu, du grave problème de la destinée humaine et du principe de la morale; ils dépendent l'un de l'autre, ils s'éclairent, s'appellent et commandent avec la même autorité l'attention des esprits sérieux.
Car, si l'homme n'a pas été livré à luimême, aux caprices divers de ses incUnations, sans règle et sans but, par la volonté qui Ta créé; s'il est fait, au contraire,
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pour une fin qu il doit atteindre, et si sa destinée est de s'acheminer librement, à travers les difficnltés redoutables , mais jamais insurmontables de la vie , vers la vision éternelle d'un Etre suprême; s'il a été créé pour la possession , partielle icibas, complète ailleurs et plus haut, du vrai, du beau et du bien ; si j'entends à toute heure dans ma conscience , libre de l'influence funeste et des ténèbres des pasj sions et des préjugés , Tordre impérieux , absolu, de m'élever à Dieu, de m'approcher de cette vision bienheureuse et finale, n'est-il pas évident pour tous que le droit naturel, le droit primitif et essentiel consiste à m'acheminer vers la fin pour laquelle je suis né et que mes facultés réclament, à repousser tout obstacle à l'ascension constante de mon àme vers Dieu?
Mais si vous ne croyez pas à Texistence du Créateur, de la Providence et de la vie future; si ces vérités sont pour vous des inventions d'une imagination déréglée ; si