CHAPITRE PREMIER
l'élément infectieux dans les diverses maladies en dehors des cirrhoses et des hépatites. — groupement factice de ces maladies pour en faciliter l'étude. — technique employée.
11 est de plus en plus difficile, dans l'état actuel de la science, de caractériser nettement la maladie infectieuse. On ne peut envisager seulement comme maladies infectieuses celles dont l'évolution tout entière est sous la dépendance d'un microbe pathogène, mais aussi celles qui par leur allure et leur marche ont tous les caractères de l'infection sans qu'il ait été possible jusqu'à présent d'en connaître l'agent. Les septicémies, fonctions d'un ou plusieurs microbes, rentrent également dans le cadre des maladies infectieuses dont elles sont l'expression la plus nette. L'infection elle-même s'ajoute ou complique des cachexies, des troubles de la nutrition, des lésions mécaniques cardio-vasculaires.
Cette infection toujours générale peut, en atteignant le foie, toucher plus ou moins chacune de ses parties constituantes : altérer le système vasculo-conjonctif ou le système sécréteur ; mais traduisant surtout l'altération biliaire par la présence de l'ictère.
C'est en me basant sur ces considérations que j'ai divisé d'une façon factice l'étude du foie dans les diverses maladies suivant qu'elles évoluaient plus ou moins rapidement, suivant la présence ou l'absence d'ictère ; ces divisions, je le répète, n'étant établies que pour la commodité de la démonstration et pouvant se résumer ainsi :
A. Infections simples : aiguës, chroniques.
a. Infections simples aiguës :
1. Sans ictère: maladies épidéniiques : /îéure typhoïde, typhus, choléra,
peste, grippe; — maladies endémo-épidémiques et saisonnières : malaria, entérites : entérite infectieuse, choléra infantile, athrepsie; diphlhérie, coqueluche, pneumonie et broncho-pneumonie; — fièvres éruptives : scarlatine, rougeole, variole; — infection à prédominance organique : pleurésie purulente, méningites : cérébrale, cérébro-spinale, rhumatisme articulaire aigu; — tuberculose aiguë.
2. Avec sub-ictère : éclampsie, septicémie puerpérale, pyohémie,
infection purulente, septicémie.
•S. Avec ictère : dysenterie, fièvre jaune, fièvre rémittente.
b. Infections simples chroniques :
Tuberculose, syphilis.
B. Infections compliquées :
a. Cachexies : cancer, sénilité, faiblesse congénitale.
b. Troubles de nutrition : sclérodermie, leucocythémie, diabète.
c. Troubles mécaniques : cardio-vasculaires, cardiopathies, pneumo-
pathies, néphrites.
Je n'ai pas la prétention d'avoir étudié toutes les maladies infectieuses, je ne voudrais pas non plus qu'on pût croire que
l'ictère fasse absolument défaut dans telle maladie classée comme étant sans ictère ou au contraire ne puisse manquer dans une de celles décrites avec ictère. Cette division ne vise que la généralité des cas et n'a aucune prétention à la classification.
Technique. — Les procédés employés dans ce travail pour l'étude des foies ont été les procédés classiques :
Le foie était recueilli : un fragment mis dans l'alcool, l'autre dans le liquide de Millier. Le durcissement se faisait généralement par l'alcool, ou l'alcool et la gomme. Pour les coupes qui ont servi à l'étude des microbes il n'a été employé que l'alcoolet la paraffine. La coloration était faite simultanément par \g picro-carmin de Eanvier, le carmin ahiné, V héinatoxyline simple, ou e'osine'e, Vacide osmique combiné au carmin^ Viode et Vacide sulfurique , le violet de méthyle.
Tandis que le picro-carmin donne des renseignements utiles sur l'état des cellules, la solution d'iiématoxyline est des plus précieuses pour l'étude des noyaux et des capillaires hépatiques.
Pour rechercher les microbes : la fuchsine, le violet de méthyle et de gentiane, les procédés de Kuehne, de Weigert, Gram, Ehrlich, ont été employés pour chaque cas. Le procédé de Kuehne est celui qui semble déceler le plus facilement et le plus clairement les micro-orgaiiismes. L'étendue de ce travail m'a empêché de rechercher des procédés de technique nouveaux pour essayer de colorer des microbes dans les coupes où les procédés habituels n'en montraient point. La méthode de Nicolle par le tannin, servant de fixateur, m'est tombée sous les yeux trop tard. J'ai recherché les figures karyokynétiques à l'aide des procédés classiques. N'ayant pas une très grande habitude de ce genre de recherches je n'ai mentionné
la présence des figures karyolajnétiques que tant qu'elles m'ont paru évidentes, et encore la nécessité de les voir sur des pièces fraîches me fait faire de très grandes réserves.
Je n'ai signalé les micro-organismes dans mes coupes que dans les cas où ils étaient nets. J'ai rejeté toute granulation suspecte due : soit à de fins granules de matière colorante ou biliaire, soit à des altérations cadavériques.
Ces altérations cadavériques donnent quelquefois à la cellule un aspect spécial, elle se colore mal, devient vitreuse, ou bien se charge de granulations ; dans d'autres cas la coupe paraît comme craquelée et les cellules sont séparées par des bandes épaisses, opaques, simulantla sclérose. 11 faut se tenir en garde contre ces aspects. Du reste rien n'est plus délicat que l'étude des altérations cellulaires dans le foie : en vingt-quatre heures la cellule hépatique peut se transformer du tout au tout, et Tinterprétalion de certains aspects cellulaires n'a plus rien à voir avec la maladie.
Les foies qui m'ont fourni les coupes proviennent de malades qui rarementont présenté des symptômes hépatiques, si ce n'est quelquefois des urines urobilinuriques et des éruptions cutanées.
Chez les enfants plus souvent que chez les adultes, l' épistaxis a été notée. La première partie de ce travail ayant surtout pour but une démonstration anatomique et bactériologique de l'infection hépatique, poursuivie à travers les maladies infectieuses, les observations importantes ont été résumées, celles incomplètes, supprimées. C'est là une lacune qu'il m'a été impossible, à mon grand regret, de combler : l'anatomie ou la bactériologie sans la chnique n'existant pas.