QUATRIÈME PÉRIODE
INFECTIONS BILIAIRES (iCTÈRES INFECTIEUX).
C'est en continuant l'étude des systématisations des cirrhoses et de leur pathogénie qu'est née l'étude des infections biliaires, que Hanot dans sa thèse soupçonnait déjà lorsqu'il donnait à la cirrhose hypertrophique avec ictère, comme origine, une inflammation d'origine infectieuse des plus fins canalicules biliaires.
Bien antérieurement, pour les hépatites aiguës, et il faudrait presque remonter à Hippocrate et à ses successeurs, on avait vu des maladies aiguës désignées comme ataxo-adyna-
miques, malignes^ putrides, s'accompagner d'un ictère intense et tuer rapidement le malade.
Le microscope aida à constituer la classe des hépatites aiguës avec lésions rapides des cellules se traduisant cliniquement par de l'ictère, des troubles gastro-intestinaux et nerveux, des hémorrhagies et de la fièvre.
Parmi ces hépatites, les unes évoluaient à la façon d'une maladie aiguë infectieuse d'emblée sans affections primitives antérieures ; ce furent les ictères graves 'primitifs dont l'étude commence à Rokitansky (1843), Budd (1845), Ozanam (i846-1849) et divise bientôt les observateurs: les uns, ne voyant dans l'ictère qu'une maladie locale, l'atrophie aiguë ou l'hépatite parenchymateuse diffuse (Lebert, 1834; Bamberger, 185S; Frerichs, 18S8), les autres en faisant une maladie infectieuse générale à localisation hépatique (Monneret, Genouville (1859), llérard, Blachez, Trousseau).
D'autres ictères, s'accompagnant des mêmes signes, mais avec le plus souvent de l'hypertrophie du foie, survenaient comme mode de terminaison dans des maladies chroniques du foie avec ou sans ictère et constituaient alors une véritable asystolie du foie (Rendu), une asphyxie hépatique (Jaccoud), tuant les malades par insuffisance hépatique.
Ces ictères furent nommés par analogie avec les premiers ictères graves secondaires.
Les ictères graves, d'abord isolés, furent, grâce à la bactériologie, rapprochés des autres variétés d'ictères et on leur donna la désignation générique d'ictères infectieux, divisés d'après leur évolution en ictères infectieux bénins et en ictères infectieux graves, en laissant toutefois l'atrophie jaune aiguë, comme terme extrême de la série.
De cette classe d'ictères infectieux se détacha une variété d'ictères infectieux appelés en France ictères à rechute et décrits d'abord par Mathieu, puis par Landouzy, qui créa la dénomination de typhus hépatique pour des cas semblables à ceux décrits par Mathieu.
Plus tard les Allemands attribuèrent à Weill le mérite de la découverte et firent de Victère à rechute, la maladie de Weill.
11 nous faudrait poursuivre l'histoire des ictères pour montrer comment, par la recherche de la pathogénie des ictères infectieux et du rôle des microbes, ou est arrivé à constituer les infections biliaires. C'est en joignant aux travaux de ses devanciers ses recherches personnelles que Dupré a pu faire sur cette question une longue et très complète monographie.. Le microbisme du duodénum étant de mieux en mieux connu; Duclaux, iNetter, ayant montré que les microbes du duodénum pouvaient envahir le cholédoque, la pathogénie des infections biliaires est alors tout entière dans les infections biliaires ascendantes d'origine intestinale .
Les suppurations hépatiques, les angiocholites, les cholécystites, les hépatites aiguës infectieuses, deviennent des plus faciles à expliquer, et les travaux de Klebs, Eppinger, Hlava, Balzer, Boinet et Boy-Tessier, Charrin et Roger, Le Gall, Girode, Dupré, Letienne, etc., etc., constituent à l'origine microbienne des démonstrations qui semblent irréfutables.
Mais, comme le dit Chauffard « que de faits peu concordants, souvent peu précis, que de constatations négatives, que de faits où l'examen des coupes du foie, les cultures mêmeSy n'ont donné aucun micro-organisme ! »
11 est des cas qu'on ne peut expliquer que par l'action des
toxines intestinales détruisant la cellule hépatique. A ces toxines on peut joindre les toxines intrinsèques, seules capables de provoquer ces cas A' ictère catarrhal infectieux survenant sous forme d'épidémie dans des familles, des maisons (Kelsch, Henning), ou bieriijsous forme sporadique chez des malades exerçant des professions les exposant à des émanations putrides, tels : les bouchers (Fiedler, Vierordt, Nauwerck, Chauffard, Syeirz, Perret), les égoutiers (Landouzy (1883), Stirl, Ducamp, Lancereaux), maladies que nous croyons pouvoir être provoquées par l'inhalation de certains produits saprophytes ou par l'absorption de ces saprophytes eux-mêmes (1).
Au milieu de toutes ces causes multiples à'infections biliaires^ il faut être éclectique et voir à côté des agents microbiens multiples capables de provoquer des infections biliaires, le rôle considérable joué, comme l'a montré Bouchard, par les auto-intoxications complexes et les intoxications agissant soit comme cause prédisposante soit comme cause adjuvante.
Or, rien n'est plus capable de produire des auto-intoxications que les maladies infectieuses d'une part, et les troubles de nutrition d'autre part, que ces troubles soient liés à une diathèse [s7jphilis, cancer, tuberculose, etc.), à un vice de régime (alcoolisme), à des empoisonnements professionnels [plomb, cuivre, mercure), ou à toute autre cause capable de modifier la vitalité des cellules.
(1) Ayant été frappé de certains faits survenus dans l'épidémie dite des •perruches infectieuses (Archive» de médecine, mai et juin 1892), j'ai, avec un des stagiaires de M. le docteur Hanot, M. Le Roy des Barres fils, continué quelques recherches sur le saprophytisme, recherches publiées dans un travail sur le choléra [Archives de médecine, fév. 1893).
L'état de l'organisme qui en résulte ne pourrait-il pas être la vraie cause de V opportunité morbide ou même créer le premier acte delà maladie, par une véritable spontanéité morbide, c'est-à-dire par les conditions du milieu intérieur {organique) sans lequel tous les microbes possibles, quelque virulents, quelque nombreux qu'ils soient, resteraient sans action ?