TROISIÈME PÉRIODE
DÉMEMBREMENT Dlî LA CIRRHOSE HYPERTROPHIQUE. — LES CIRRHOSES ET LES HÉPATITES.
Suit alors une période de réaction contre la systématisation. Brieger et Litten (1878), puis Frerichs, Liebermeister, Rokitansky, montrent que l'envahissement du lobule par la sclérose peut avoir lieu dans les deux cirrhoses : atrophique et hypertrophique.
Lilten refuse à la cirrhose hypertrophique une entité morbide. Kussner, Thierfelder, Ackermann font de même; mais ce dernier cependant tend à admettre la dualité (1880). Mangelsdorf (1882) ne voit dans les formes de cirrhoses qu'un progrès plus ou moins avancé de la même lésion et confond les cirrhoses hypertrophiques biliaires et graisseuses. Moritz- Simson (1883) confond également la cirrhose biliaire par rétention et la cirrhose hypertrophique avec ictère chronique. Ziegler voit dans la cirrhose hypertrophique une forme de cirrhose commune. Orth fait des réserves sans se décider, enfin, Birsch-Hirschfeld ne voit également dans l'hypertrophie qa'un hépatite interstitielle et une modification de la cirrhose commune.
Le rôle cellulaire avait été jusqu'alors laissé dans l'ombre lorsque MM. Kelsch et Wannebrouck (1880), tout en admet-
tant la cirrhose hypertrophique biliaire, donnent à Télément épithélial le principal rôle dans sa production. Kelsch et Riener discutent la valeur des néo-canalicules et se rangent à la théorie épithéliale.
De ces tendances naissent les cirrhoses mixtes que développent cliniquement Hardy en 1879, puis Surre qui admet trois formes de cirrhoses: 1" cirrhose hypertrophique sans ictère; 2° cirrhose atrophiqiie avec ictère chronique ; 3° cirrhose hypertrophique avec ictère et ascite.
Cyr en complète la séméiologie à laquelle le professeur Dieulafoy et son élève Guiter ajoutent la description des lésions.
Sabourin cherche à réagir en montrant que dans la grande majorité des cas les veines sus-hépatiques comme les veines portes senties travées directrices de la sclérose et que les îlots de parenchyme engainés correspondent non à des lobules, mais à des fragments de lobules, et que dans la cirrhose biliaire pure, seule, le système veineux sus-hépatique peut rester intact.
Enfin Kelsch et Vannebrouclc viennent apporter de nouveaux arguments en faveur des cirrhoses diffuses en étudiant un cas de cirrhose hypertrophique avec ictère chronique, et ils concluent d'après l'aspect des lésions histologiques que : « la configuration et le mode de répartition du tissu fibreux n'ont donc pas une valeur absolue dans la classification et ne constituent qu'un caractère secondaire dans l'opposition de ces deux formes ».
Ajoutant ensuite que :
« 1° Le processus inQammatoire dans les parenchymes est constamment mixte, constitué par l'association de la cirrhose
Gastou. 2
conjonctive (forme atrophique) et de la cirrhose épithéliale (forme hypertrophique) ;
« 2° La différenciation des formes relève de la prédominance de l'un ou l'autre de ces facteurs. »
Après les cirrhoses mixtes vient le tour des cirrhoses hypertrophiques ou atrophiques accompagnant des maladies variées du foie : leucocxjlhémie^ cancer, adénome (Hanoi et Gilbert, Brissaud, Sabourin, etc.), kyste hydatique, et des cirrhoses d'origine cardiaque [(Rendu, Talamon, Tapret, Parmentier), syphilitiques (Lancereaux, Hutinel et Hudelo)].
Le nombre des cirrhoses et hépatites est tel que Lecorché et Talamon crurent utile de n'admettre que trois variétés distinctes d'inflammation hépatique : une hépatite atrophique [porte) ; ime hépatite hypertrophique [biliaire) et une hépatite diffuse^ et se refusent à faire de toutes les cirrhoses, des cirrhoses biliaires ou veineuses.
Avec la connaissance plus intime des lésions cellulaires naît toute une catégorie de cirrhoses avec dégénérescence graisseuse qui vont continuer les cirrhoses graisseuses.
Lereboullet signale en 1851 la coexistence de la cirrhose et de la dégénérescence graisseuse. Hayem^ Cornil, Longuet, par leurs communications sur les cirrhoses graisseusses, préparent la voie à Dupont (1878) el Stiepovitch (1879), élèves de Lancereaux, qui étudient la cirrhose hypertrophique graisseuse sous le nom d'hépatite interstitielle diffuse aiguë et la rattachent à l'alcoolisme. Rendu fait connaître une forme spéciale de cirrhose : une hépatite interstitielle diffuse aiguë évoluant rapidement chez les alcooliques non tuberculeux. Garandeaux décrit les rapports de la tuberculose et de la cirrhose chez les buveurs. Lancereaux place la cirrhose
hypertrophique graisseuse dans l'alcoolisme et l'appelle cirrhose alcoolique graisseuse.
C'est du travail d'Ilutinel (1881) que date réellement la notion des rapports de l'alcoolisme, de la dégénérescence graisseuse et de la tuberculose hépatique. Sabourin, la même année, moins aftîrmatif qu'Hutinel au point de Yue de l'étiologie tuberculeuse, décrit la cirrhose hypertrophique graisseuse que l'alcool produit et que facilitent les déchéances organiques. Gauchas fait un releyé des stéaloses hépatiques d'origine chirurgicale et cherche à en faire la pathogénie en même temps qu'il montre le l'ôle de cette stéatose sur la marche des traumatismes accidentels ou opératoires.
Garel, Mathieu, Valude, Merklen, Talamon, Ilayem et Giraudeau, Dalché etLebreton, Jondeau, Gombault et Condoléon, Rosenblith, acceptent les uns l'alcool, les autres la tuberculose comme agents de stéatose.
Bellangé (1884) n'admet que la tuberculose, tandis que Gilson (1884) ne voit que l'alcool dans toute cirrhose graisseuse [cirrhose hypertrophique graisseuse^ hépatite interstitielle diffuse, cirrhose atrophique à marche rapide d'Ilanot); la stéatose étant la terminaison falale de toute cirrhose.
Enfin, contrairement à Lancereaux (1886) et à Gall (1887), son élève, qui maintiennent le rôle de l'alcool comme stéatosant : Hébrard (1886), Laure et Honorât (1887), Ilanot et Lauth, Bouygues, Hanot et Gilbert, clierchent, décrivent et étudient des dégénérescences graisseuses hépatiques, des hépatites et des cirrhoses d'origine tuberculeuse . Ilanot et Lauth émettent en outre l'hypothèse que le bacille de Koch pourrait bien être la cause directe de celle stéatose.
Le mémoire de Hanot et Chauffard sur la cirrhose hyper-
trophique pigmentaire dans le diabète sucré complète l'étude des cirrhoses liypertrophiques pigmentaires et ouvre le champ à une série de publications sur le même sujet. Letulle, à la Société médicale, combat le rôle de formation pigmentaire attribué par Hanot et Chauffard à la cellule hépatique seulement et attribue la pigmentatioQ hépatique à une cause plus générale. Les mémoires de Hanot et Schachmann, Brault et Gaillard, Barth, R. Saundley, confirment l'existence de ce que cliniquement on pourrait appeler avec Hanot et Chauffard le diabète bronzé.
Nous sommes déjà loin de la cirrhose atrophique, les divisions se multiplient, on reconnaît à des facteurs différents le pouvoir de faire des cirrhoses, sans qu'on puisse se mettre d'accord sur le rôle prépondérant de chaque facteur dans l'étiologie de chaque variété de cirrhose.
L'alcool, la tuberculose, sont tour à tour lucriminés, soit qu'ils agissent séparément, soit qu'ils unissent leur action Ce ne sont pas les deux seuls agents cirrhotiques : la syphilis, l'impaludisme, le diabète, auxquels il faut ajouter les agents infectieux ou toxiques [(auto-intoxication, intoxication (plomb, mercure, etc., etc.)], font aussi des inflammations conjonctives chroniques du foie.
La discussion porte alors tout entière sur la dégénérescence graisseuse : tubercules, alcool, troubles de nutrition, infection ; les explications palhogéniques ne manquent pas et la question reste pendanle, tant variées sont les lésions du foie dans des maladies dues en apparence aux mêmes causes.
Restent quelques types bien définis, tels que :
La cirrhose atrophique de Laënnec.
— hypertrophique biliaire (Hanot) .
La cirrhose hypertrophique graisseuse, alcoolique ou tuberculeuse (Hutinel, Hanot et Sabourin).
ayant leurs caractères cliniques et leurs lésions anatomiques définis.
Puis à côlé de ces cirrhoses le nombre des hépatites devient à la fois moins différencié cliniquement et surtout anatomiquement ; c'est dans ce groupe que l'on peut placer :
La cirrhose à marche rapide de Debove.
— atrophique alcoolique aiguë de Hanot.
— biliaire avec atrophie.
— atrophique tuberculeuse (Hanot et Gilbert),
qui déjà peuvent rentrer dans le groupe des cirrhoses à caractères diffus dont la plupart ont été décrites par le professeur Dieulafoy sous le nom de cirrhoses mixtes et qui ne sont en réalité, comme nous espérons le montrer, que des hépatites et cirrhoses infectieuses.