CHAPITRE PREMIER
De l'hépatite infectieuse aiguë.
MacroscoPiQuemENT. — La plaque infectieuse est la caractéristique de l'hépatite infectieuse aiguë. Histologiquement : c'est une hépatite diffuse dont le caractère essentiel est la systématisation capillaire : capillarite (infiltration embrvonpaire, sclérose), à laquelle se surajoutent : les dilatations et thromboses vasculaires, l’infiltration embryonnaire, lobulaire et portale (nodules infectieux), les proliférations et dégénérescences cellulaires variées (gonflement des cellules et multiplication des noyaux ; dégénérescences graisseuses, pigmentaire, hyaline, vitreuse; nécrose).
ANATOMIE PATHOLOGIQUE MACROSCOPIQUE. — Volume. — Les dimensions du foie sont, règle générale, augmentées, à moins que, étant déjà auparavant malade, l'infection n’ait pas eu le temps d'agir sur le parenchyme et de provoquer l'infiltration embryonnaire.
Le poids peut varier de 1600 à 4000 grammes.
Rarement le poids est normal.
Forme. — La forme est conservée, à moins que l'intensité
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Niro du processus infectieux ne soit allée jusqu’à produire des abcès.
Les bords sont arrondis, et l'augmentation de volume a lieu dans tous les lobes à la fois.
Consistance. — Si la maladie infectieuse à une marche très rapide et tue en deux à quatre jours, le foie peut être d’une mollesse qui rappelle celle de l’ictère grave.
I se laisse habituellement déprimer par le doigt et rayer par l’ongle; ne s’affaisse pas sur la table et le couteau y pénètre facilement en se tachant de graisse quelquefois.
Couleur. — Congestion intense dans les infections suraiguës, anémie dans les cas moyens.
Il varie du jaune clair, café au lait, à la teinte hortensia ou lie de vin, avec des marbrures rougeûtres et violacées, même livides (PI. I, B).
Les plaques blanches, anémie ou dégénérescence graisseuse (le microscope seul tranche parfois la question), sont la caractéristique du foie infectieux (Hanot).
Ces plaques infectieuses (PI. T, A) siègent de préférence à la face convexe du foie.
Leur étendue et dimensions varient du diamètre d'une lentille à celle d’une pièce de cinq francs et plus. Habituellement elles sont petites et répandues irrégulièrement à la surface du foie.
Leur forme est variable : circulaires quand elles sont pelites; plutôt ovales, quadrangulaires, à prolongements, si elles sont grandes.
Le tissu hépatique qui les entoure fait ressortir par sa teinte foncée leur blancheur ; ce n’est pas une saillie appa-
rente, le doigt promené sur le foie sent un léger soulèvement
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à leur niveau. Parfois on les prendrait pour des granulations, et cette apparence est telle dans certains cas qu'on peut appeler les foies qui les portent : fotes granuleux infeclieux.
Alors, véritables granulations, elles se distinguent cependant des granulations cirrhotiques par leur pâleur jaunâtre, leur absence de dureté et d'énucléation, et leurs dimensions toujours plus considérables. Elles sont cependant la rareté dans les hépatites aiguës. Ces îlots blancs, si le foie vient, en se congestionnant, à donner la sensation d'œdème, peuvent être déprimés.
Bien plus intéressant est le foie granuleux infectieux, quand les granulations sont très petites et ne font pas saillie à la surface du foie.
Le foie est marbré de rouge et de jaune : de parties fortement colorées par le sang, entourées de zones d’anémie.
On croirait à du foie noix de muscade. La surface du foie est trouvée uniformément d’un blanc jaunâtre et sur ce fond se détache un pointillé violacé (PI. 1, C).
Tandis que dans le foie cardiaque le centre est occupé par la zone rouge, ici c'est l'inverse : le centre est blanc, la périphérie rouge. |
On a donc le détail suivant : au centre une ouverture dans laquelle la pointe d’une aiguille pénétrerait à peine, immédiatement autour une aréole jaune, et tout à fait en dehors une circonférence rouge.
Cette zone rouge est sillonnée par un réseau vasculaire plus ou moins dilaté, où se trouvent de place en place, entre plusieurs des granulations ainsi constituées, des orifices vascu-
laires en pointillé fin, qui envoient des ramifications étoilées
entre les zones blanches et constituent parfois un véritable lac sanguin.
Cet aspect du foie qui représente l’inverse du foie muscade, pourrait être appelé foie muscade interverti (infections aiguës) (Pl, .E, C).
Avec beaucoup d'attention, on aperçoit dans quelques cas autour de la veine, sus-hépatique, une très petite aréole rouge; la partie jaune est alors comprise entre deux territoires rouges, l’un à peine indiqué, l’autre très foncé, c'est le foie en cocarde.
Dans une troisième forme : foie hémorrhagique (PI. I, D), la veine centrale peut être dilatée au point de constituer une ecchymose pointillée. Dans ce cas la zone périphérique entourant la zone jaunâtre peut elle aussi se développer largement et faire aussi un cercle ecchymotique.
Cette forme répond à l'aspect de certains foies avec pointillé hémorrhagique sous-capsulaire, tel qu'on le rencontre souvent dans les septicémies et dans l’éclampsie (PI: 1, D).
Foie anémique. — Caractérisé par l'aspect jaunâtre uniformé, avec un fin pointillé vasculaire au centre d’un petit nodule jaune entouré de fines ramifications vasculaires à peine visibles. C'est le foie des cachexies à marche lente (cancer, cachexie sénile ou urinaire).
Cet aspect est rare dans les foies infectieux aigus et appartient surtout à l'évolution chronique.
Le foie gras n'en est qu’une variante avec un degré de mollesse en plus. Il a été déjà longuement décrit par les auteurs else rencontre surtout dans les infections surajoutées à des troubles de nutrition.
Le foie infectieux septicémique et purulent a des reflets
verdâtres, d'apparence gangreneuse, dus à la présence de gros abcès, ou bien un mélange de zones jaunâtres et livides, s'il s'agit de petits abcès disséminés. Il est très volumineux et semi-fluctuant.
Le joie infectieux biliaire doit à la bile sa coloration vert brunâtre, olivätre ou jaune brun intense.
Une dernière variété est caractérisée par un aspect de chair musculaire et d'induration qui se rencontre peu souvent et pourrait bien être dù à des altérations cadavériques, de mème nature que celles du foie en bouillie ou ramolli.
Coupe. — À la coupe ces foies présentent les mêmes caractères qu'à la surface.
La capsule est épaissie, recouvrant dans certains cas des petits foyers hémorrhagiques en pointillé ou en nappe (éclampsie).
Le f#issu hépatique est mou, rénitent et peu élastique, le couteau y pénètre facilement, l'ongle s’y enfonce et la moindre pression du doigt peut dans quelques cas le pénétrer. D’autrefois il est gras, onctueux, ou bien friable et ramolli.
On y retrouve l'aspect lobulaire, le piqueté hémorrhagique précédemment décrits.
La majorité des foies infectieux donnent à la coupe un écoulement sanguin abondant. Quelques-uns sont exsangues.
Aux premiers correspondent des dilatations vasculaires très considérables, aux seconds des vaisseaux contractés, de forme irrégulière.
Les canaux biliaires sont rarement béants : à moins qu'un processus infectieux de nature infectieuse biliaire ne vienne s'ajouter à l'infection hépatique.
La ble est augmentée si la maladie a été de courte durée ;
diminuée, foncée, épaissie et visqueuse si l'évolution a été
plus longue. Ou bien il y a acholie pigmentaire.