CHAPITRE
De la cirrhose infectieuse.
La cirrhose infectieuse forme par son caractère de diffusion le passage entre les hépatites parenchymatenses et les cirrhoses. — Par sa systématisation capillaire elle est intermédiaire entre la cirrhose atrophique et la cirrhose hypertrophique : de la cirrhose atrophique elle a le caractère annulaire, interlobulaire, multilobulaire; de la cirrhose hypertrophique biliaire elle se rapproche de très près par la sclérose insulaire, mono-lobulaire et intra-lobulaire et surtout par la néoformation biliaire. Ce qui lui donne son entité c’est la sclérose capillaire qui en fait une sclérose intercellulaire, ou cirrhose capillaire, trabéculaire infectieuse.
La réalisation d’un type absolument pur de cirrhose capillaire, trabéculaire, infectieuse, se rencontre (rès rarement, et cette rareté est la conséquence directe de la nature de la cirrhose, qui entraîne dès qu'elle est constituée la destruction dégénérative plus ou moins complète du parenchyme hépatique, par obhtéralion où thrombose capillaire. Deux formes principales : cérrhose capillaire trabéculaire infectieuse embryonnaire et cirrhose capillaire trabéculaire infectieuse hiliaire résument les lésions histologiques du foie infectieux
en même temps qu’elles en produisent la symptomatologie.
199 2 La plupart des cérrhoses mixtes, étudiées par Guiter, d’après l'enseignement du professeur Dieulafoy rentrent dans ces
cirrhoses infectieuses; il en est de même de quelques cèrrhoses
graisseuses dites alcooliques dans lesquelles on rencontre tous les éléments d’une infection hépatique. Nous en discuterons la nature à la pathogénie. Les observations suivantes nous serviront à établir la réalité du foie infectieux ou cirrhose
anfectieuse.
Obs. 112. — Cirrhose capillaire, trabéculaire, infectieuse, embryonnaire. — Alcoolisme. — Vomissements de sang répétés à longue distance. — Teinte jaune verdätre (septicémique) de la peau. — Purpura. — OEdème de la face el des jambes. — Cachexie commencçante. — Sensation d'empdtement épigastrique. — Foie gros. — Absence d'albumine. — Mort avec accidents pulmonaires et température élevée. — Autopsie : Tuberculose pulmonaire.
D... relayeur, âgé de quarante-cinq ans, entré le 21 juin 1892, salle Magendie, n° 42.
Antécédents héréditaires. — Les renseignements recueillis sur les antécédents héréditaires ne sont pas très nets : son père est mort à soixantedeux ans, probablement d'accidents d’obstruction intestinale, après avoir joui habituellement d’une bonne santé.
La mère, morte à soixante-quinze ans d’une affection inconnue, aurait présenté assez souvent des migraines et des douleurs articulaires, Elle eut quatre enfants, tous actuellement bien portants, sauf celui qui est dans le service.
Antécédents personnels. — Dans son enfance il aurait eu de la gourme, dit-il, mais ne se souvient d'aucune maladie aiguë ; il avoue des habitudes d'alcoolisme chronique. I n'a jamais eu la syphilis. À dix-neuf ans, une blennhorrhagie. Il attire l’attention sur la fréquence des épistaxis, toul jeune, et dans ces derniers temps il saignait très fréquemment du nez.
Maladie actuelle. — Le début de la maladie actuelle remonte à une vingtaine de mois. Un matin à son réveil il eut un vomissement de sang et rendit la valeur d’un verre de sang très rouge. Il ne semble pas en avoir été très frappé; mais une dizaine de jours après, en se réveillant, ses jambes lui parurent « comme glacées ».
Il ne put se lever et fut secoué par de violents frissons; la fièvre était vive. Il s'apercut alors que ses jambes étaient œdématiées.
Il entre à l'hôpital Broussais où il reste dix-huit jours. Il sort pour rentrer chez lui où il reste alité pendant six semaines, les jambes continuellement enflées et souffrant beaucoup de troubles gastriques.
Ces troubles gastriques consistaient en mauvaises digestions, en dégout de la viande et des matières grasses sans vomissements. Il y avait également perte d'appétit très marquée. Au bout de peu de temps tout revint dans l'ordre et le malade reprit son métier.
I y a un mois, alors qu'il avait repris son travail habituel sans que rien d’anormal attirât son attention, sans qu'il eût de toux bien manifeste, il s’'apercut que ses jambes enflaient à nouveau.
Quelques jours après il toussait, crachait abondamment, vomissait de nouveau du sang et était obligé de s’aliter.
Le 21 juin, le malade, incapable de se soigner chez lui, rentre à l'hôpital Saint-Antoine dans le service du docteur Hanot.
Il est de grande taille, bien constitué. L'examen de la peau montre une teinte jaunâtre pâle sur le corps et les téguments; cette teinte est analogue à celle qui accompagne les grandes pertes de sang, mais il y a en plus un reflet jaunâtre comme si le malade avait eu du sub-ictère. A la face la teinte est beaucoup plus accusée et prend des tons verdätres tout à fait particuliers : ce n’est ni la pâleur des chlorotiques, ni du subictère, ni la teinte jaune paille des cancéreux; il est difficile de la définir. La face bouffie, œdémaliée et ainsi colorée ressemble au facies d'une femme qui ferait de la septicémie puerpérale, aussi appelle-t-on dès le
-premier jour sa pâleur : TEINTE SEPTICÉMIQUE.
En dehors de cette teinte, la face présente de chaque côté, au niveau des joues, vers l’angle de la mâchoire, de larges taches purpuriques qui n'existent pas ailleurs et sont surtout manifestes du côté droit. Sur le nez, de l’acnea rosacea. Les jambes jusqu'au pli de l'aïne sont le siège d’un œædème dur, blanc, peu marqué cependant. A la jambe gauche se voit une cicatrice consécutive à une blessure. Pas d’œdème lombaire ni abdominal. Pas de dilatation cles veines sous-cutanées abdominales. Pas d'ascite.
L'amaigrissement ne semble pas très marqué malgré que le malade dise avoir beaucoup maigri.
L'appétit est conservé, les digestions gastriques ne sont pas douloureuses et ne s’accompagnent ni de nausées, ni de vomissements. Depuis quelques semaines la diarrhée, qui diminuait, et cessait même complètement, persiste. Ses caractères n'ont pas attiré l'attention du malade et elle n’a amené ni tympanisme ni sensibilité abdominale.
La langue est recouverte d’un enduit saburral sans sécheresse, ni rougeur, ni chaleur, Le pharynx est fortement teinté de rouge avec des arborisations veineuses et des granulations.