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Samuel était déjà loin: il était parti sans écouter M. Brough, et ce dernier avait repris: tranquillement son chemin.
— Quelques matelots ivres de gin, poursuivit-il en pressant le pas, ou quelque débiteur qui aura été surpris par son créancier : car c’est là tout ce que l’on peut rencontrer à cette heure dan ce quartier désert.
Et il s'arrêta, comme frappé d’une idée subite.
-— Au fait, s'écria-t-il, presque effravé de l’audace de sa propre pensée, que venait donc faire ici M. Samuel Hampden lui-même ? Ce n'est point un fait ordinaire ct naturel que sa présen ce, à cette heure de nuit, du caissier de la maison Bonnington et Cie dans les environs de la prison de la Flotte ; d'autant plus au’il portait un costume autre que le sien et qu’il a paru fort contrarié d’être reconnu. Certes, il y a là un mystère qui demande à être éclairci, et demain, M. Bonnington en sera instruit, comme il convient qu'il le soit.
Pendant que M. Gns-Brough se livrait à ces réflexions, Samuel Hampdden s'était éloigné rapidement, et guidé par les cris de la victime, il atteignit en quelques secondes le théâtre du crime.
Samuel était un véritable Anglais : on l'avait familiarisé de honne heure avec tons les exercices du corps : il connaissait l'art du pugilat, comme le meilleur boxeur de la Cité. Sans être beau, il possédait cependant une certaine élégance de for mes qui n'était pas sans charme : il se montrait d’ailleurs généralement taciturne, et, bien que M. Bonnington, son patron. l’eût pris en grande affection et, Tui témoionât à tont propos une fran. che amitié, Samuel s'était touionrs tenu vis-à vis de Ini dans une réserve qui pouvait être taxée de froideur,
Quand il se préseñta sur le lieu d’où partaient les cris qui l’avaient attiré, la lutte venait de se terminer. Un grand diable de domestique était étendu à terre, étourdi ou tué, et deux hommes, d’allure plus que suspecte, s’apprêtaicnt à entraîner une jeune fille qui se débattait vainement entre leurs bras.
Samuel, n’écoutant que son courage, s’élança vers l'un des deux hommes, sur le crâne duquel il asséna d’une main ferme le plus violent coup de poing que l’art de la boxe ait j\mais enseiuné.
L'effet fut instantané.
L'homme poussa un grognement plaintif et alla rouler sans connaissance auprès du domestique.
Mais le plus difficile restait à faire. Le second bandit était un gaillard de près de six pieds, qui ne devait pas lâcher facilement sa victime : le sort de son compagnon lui avait d’ailleurs communiqué une colère redoutable, et après avoir, d'un geste rapide et prompt, déposé à ses côtés la jeune miss, qui venait de s’évanouir, il se précipita sur Samuel, le regard fulgurant et les poings fermés.
Le lieu était admirablement choisi pour une pareille scène : une rue étroite et sale, éclairée par des reverbères fumeux, une petite pluie fine qui rendait le pavé glissant, un ciel sombre, et tout autour, des masures en pareil état, à. l’intérieur desquelles on n’entendait rien remuer, — un véritable coupe-gorge.
Le premier coup porté fut terrible : Samuel se tenait pourtant sur la défensive: mais c'est à peine si, à traverse la nuit, il aperçut son adveraire, et celui-ci lui envoya un coup de poing qui l’'eût infaillihlement assommé, si, trompé lui-
même par l’obscurité, il n’avait devié de quelque lignes. Le coup glissa donc sur la tempe de Samuel, et alla tomber lourdement sur son épaule. E
Samuel ne proféra pas la moindre plainte, il ne recula même pas d’une semelle : seulement, comme son adversaire se trouvait à sa portée, il ne crut pas devoir lui laisser le temps de se rejeter en arrière, et prompt à la riposte, animé de plus par l’irritation même de la lutte, il lui appliqua vigoureusement un de ses poings sous la mâchoire, et l’autre dans l’épigastre.
Le coup est traître, mais il est infaillible. Le second bandit poussa un cri de douleur, s’affais Sa sur lui-même et prit place à côté de son com:pagnon.
Samuel était maître du champ de bataille, et sans attendre de nouvelles complications, il con rut à la jeune fille, dont l’évanouissement venait de cesser, et qui revenait insensiblement à la vie.
— Vos ravisseurs sont pour le moment dans lPimnossihilité de vous faire aneun mal, Jui dit-il aussitôt à voix ranide, mais Pendroit où nous voici est dangerenx. et il fant on sortir au plus tôt : essavez done. inise, de prendre mon bras. ro! avant avelques minntes, nons aurons trouvé un cah ani vous ramänora chez vous.
Ta jeune filla était envelnnnée dun lono châle. see traite Atnïont entiñroment cachés Par un vai. le énnie. Pie Te promiôroa naroles nrononcéos Dar Samnal. alla relern vivomont la #ôte ot fiva enr Ini ces donx vonx enrianx ot Atonnés :
ee Qui ma narla 9 Ait-alla alors. Avee nn rocta d'Amoti, # comma si elle dontnit encore de la réalité.
= Un ami, miss, répondit, Samuel, un homme
qui a eu le bonheur de vous sauver et dont vous n’avez rien à craindre.
— Mais qui êtes-vous donc ?
— Qu'importe.
— Votre voix ne m’est pas inconnue.
— C’est possible.
— Vous êtes M. Samuel Hampden.
— Que dites-vous ?
Samuel se redressa interdit et chercha à percer le voile qui couvrait le visage de la jeune fille, mais cette dernière craignit sans doute le résultat de cet examen, car elle se leva presque aussitôt, et prenant le bras du jeune homme, elle l’entraina loin de cette rue, dans la direction de Bernard-street.
Dix minutes après, ils trouvaient un fiacre, et la jeune miss, toujours voilée, se hâtait d’y prendre place.
Toutefois, avant de monter, elle se retourna vers Samucl ef lui tendit la main.
— Monsieur Hampden, lui dit-elle d’une voix douce et tendre, vous m’avez sauvé la vie, ce soir, et, croyez-le bien, je n’oublierai jamais ce service. À bientôt do::, et avant peu je vous prouverai que je ne suis pas ingrate.
En disant ces mots, elle monta lestement dans le fiacre, et le cocher ayant fouetté son cheval, il partit au galop, laissant Samuel vivement intrigué et cherchant vainement dans ses souvenirs quelle pouvait être cette jeune fille qui le connaissait si bien.
Tout en rêvant, il reprit à pas lents son chemin vers Lombard-street. La distance est longue, et il s'arrêta plus d’une fois sur sa route : quand il arriva au siège de la maison Bonnington et Cie, il était près de minuit. Il se hâta de gagner la chambre qu'il y occupait.
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Cependant, au moment de rentrer chez lui, il s’aperçut pour la première fois qu’il régnait un mouvement inusité parmi les domestiques ct en demanda la cause.
—- Oh! ce ne sera rien, monsieur Hampden, répondit un valet qui passait, c’est John, le domestique de M. Bonnington, qui a été rapporté tout à l’heure dans un assez triste état. il prétend qu’il a été attaqué par deux bandits ; mais sa blessure est peu grave, et dans quelques jours il n’y paraîtra plus...
Et le valet s’éloigna.
Samuel n’en demanda pas davantage ; mais un frisson courut sous ses cheveux.
M. Bonnington avait deux filles, laquelle des deux avait-il donc rencontrée près de la prison de la Flotte ?
Le lendemain du jour où se passaient 1es événements que nous venons de raconcer, il y avait une petite réunion chez M. Bonnington, de Lombard-strect. M. Bonnington était un des gros personnages du commerce de Londres, et sa mai- Son, qui avait unc succursale à Calcutta, possédait une certaine influence sur les transactions de la plupart des marchés importants de l’Angleterre. Son hôtel était donc assidûment suivi, ct ses deux filles se trouvaient le point de mire de plus d’un gentleman. Depuis longtemps, M.
Bonnington éteit veuf, et en bon père de famille, il n’avait jamais voulu se remarier.
De ses deux filles, l’une, miss Ophélia, était déjà grande, l’autre, miss Lucy, était toute jeune encore. T1 ne crut pas que, dans cet état de chosses, il pût remettre à des mains étrangères le soin d’élever ses enfants, et depuis huit années bientôt, c’est lui qui s'était presque exclusivement chargé de leur éducation. Fut-ce un bien ou un mal ? I] serait difficile de le dire d’une manière précise. Ce qu’il y a de certain, c’est que les deux filles de M. Bonongton avaient frandi et s'étaient développées dans un sens différent, et que, nourries des mêmes principes, elles offraient des résultats diamétralement contraires. Explique qui le pourra cette contradiction.
Miss Ophélia était longue, un peu sèche, trèsblonde, et réalisait, dans sa plus complète expression, le type guindé et froid des jeunes misses qye la Grande-Bretagne verse à certaines époque périodiques sur le continent européen. Com-