Du froid en thérapeutique
La discussion qui s ëleva^ Thiver dernier, au sein de l'Académie royale de mëdeçîne, par rapport à rhomœopâthie , eut assez.de i^etentissement pour qu'il soit inutile d'en rappeler longuement le but et les moyens.
Il sétait fondé à Paris un institut homœopathique se proposant la propagation des doctrines enseignées par Samuel Hahnemann. Cet institut avait arrêté une série de travaux théoriques et critiques dont à plusieurs reprises le programme fut publié dans le Journal de la médecine homœopathique. Il était également convenu entre tous les membres de cette association
qu'ils aviseraient au moyen de fonder un dispensaire et plus tard un hôpital. Au moment où tous ces projets marchaient à leur réalisation, intervint la loi de 1834 sui' les associations. Dès-lors, l'institut homœopathique; voulant se conformer aux lois du pays, s'adressa à l'autorité administrative, et lui demanda de consacrer son existence, en kii donnant une autorisation légale. S'il ne se fiit agi que d'une réunion purement scientifique, aucune difficulté ne se serait élevée , et l'autorisation aurait été accordée sans délai. Mais l'établissement immédiat d'un dispensaire^ et la possibilité de la fondation ultérieure d'un hôpital, mirent l'administration dans une position qu'elle crut être délicate.
L'hosnoBopathie se trouvant, ccwnme doctrine et comme pratique, en opposition avec les doctrines de VEcole et la pratique oitiinaire, l'administration jugea que ce .serait décider implicitement le débat en faveur de l'homœopathie, si eMe accordait l'autorisation demandée. R^échissant à ses attributions , elle crut qu'il
ne lui appartenait ni d'approuver , ni de désapprouver une doctrine dont elle n avait aueun moyen de vérifier la valeur.
Cependant , uile demande était faite : la repousser purement et simplement, c'était condamner l'homoeopathie sans titre aucun pour le faire. Dans cette conjoncture , ladministration renvoya l'institut homœopathique de Paris devant l'Académie royale de médecine , pria nt cette corporation savante de l'éclairer sur l'opportunité et les avantages des demander qui lui étaient adressées. L'administration s'attendait, sans doute, que la question serait examinée avec tout le calme et toute la ma- * turité que comportait un problème aussi grave. Mais au lieu d'un examen sérieux , d'une discussion solennelle et approfondie, ce fut un concert universel de plaisanteries sans goût , de discussions passionnées où la déclamation prenait la place du rai^ sonne^nent , où l'injure se substituait à la discussion. A peine deux ou trois voix firent-elles entendre quelque dissonance dans cette harmonie de réprobation.
L Académie décida que rhomœopathie n'était justifiée ni par la logique, ni par lautorité des faits. Elle conseilla donc à lautorité administrative de refiiser les demandes qui lui étaient faites, et elle accompagna son refus d'un blâme énergique y selon le désir de plusieurs açadé-r miciens.
A quel parti allait s'arrêter l'autorité ainsi conseillée ? Tel fat le problême dont pendant six mois l'institut homœopathique attendit la solution. L'avis de l'Académie, puissant auprès du ministre, ne l'enchaînait pas d'une manière absolue. Il suffisait donc que le ministre pût décider autrement qiie son conseil, pour que linjltitut homœopathique crut devoir attendre en silence qu'un parti définitif fut pris à son sujet. Repousser l'attaque par une défense immédiate , de quelqu éclat qu'elle fût revêtue, était mettre en oubli l'intérêt bien entendu de l'homœopathie et les plus simples convenances.
Les médecins homœopathistes avaient plus d'un reproche à adresser à l'Acadé-
(9) mie; et le plus évident de tous était sa précipitation à juger ce qu elle ne connaissait pas. Pourquoi les homeeopathistes Tauraient-ils imitée jusqu'en ses défauts?
Si l'administration, pénétrée du mal jugé de TAcadémie , eût voulu être mieux éclairée; si elle avait demandé que des expériences nouvelles fussent faites, la critique de l'institut homœopathique n'aurait été qu'une satisfaction d'amourpropre dépourvue de tout intérêt; et d'ailleurs, l'administration était libre de se décider absolument contre l'Académie. Il fallait donc que l'institut ho-mœopathique réfléchît à la réponse qu'il avait à faire ; il fallait aussi qu'il sût quel parti lui restait à prendre , et la décision de l'autorité pouvait seule le lui dicter.
Le 8 septembre dernier, la question fut tranchée. M. le docteur Pétroz , président actuel de l'institut homœopathique, reçut de M. le ministre de l'instruction publique la lettre suivante, et c'est à cette lettre que répond le mémoire qui la suit.
« Paris , le 8 septembre 1855.
« Monsieur ie président ,
(( J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur (( de m'écrire pour me rappeler la demande formée « par l'Institut homœopathiquè db Paris. Je n'avais <( point perdu cette affaire de vue y mais avant de « prendre une décision définitive sur la demande de « cette Société, j'ai dû examiner avec soin et discuter (( les avantages et les inconvénients que pourrait offrir <( son établissement. Parmi les condEtions énoncées au <( projet de règlement que vous m'avez soumis, il en (c est que je ne puis approuver, du moins jusqu'à « nouvel ordre. J'autoriserai donc l'Institut homœo- « pathique à se réunir et à poursuivre les travaux « dont il désire s'occuper, à la condition qu'il retran- (( chera de son règlement les dispositions contenues « dans les articles 26 et 26 , et qui sont relatives à l'é- « tablissement d'un dispensaire et d'un hôpital ho^ « mœopathiques. Je ne doute pas que la Société n'ap- (( précîe les motifs d'une pareille restriction. Il est juste, « sans doute, de n'apporter aucun obstacle aux re- <( cherches purement scientifiques, quelle que puisse « être leur nouveauté, mais il est du devoir d'une sage <( administration d'attendre que le temps et l'expé-
« rience aient prononcé sur la valeur des nouvelles a méthodes thérapeutiques avant d'en autoriser l'ap- (( plication dans des établissements publics et gratuits.
« Veuillez en conséquence, M. le président, com- (( muniquer cette lettre à l'Institut homœopathique, « et lorsque vous m'aurez transmis son nouveau rcglement modifié, je m'empresserai de l'approuver « et de lui transmettre l'autorisation qu'il sollicite.
« Agréez, M. le président, l'assurance de ma con- (( sidération distinguée,
« Le ministre de l'instruction publique ^
v. GUIZOT.»
Je demande quelque indulgence au lecteur pour les nombreuses imperfections de ce morceau. Ecrit à la hâte , le style offre sans doute bien des négligences. Des longueurs faciles à éviter quand on a du temps devant soi , se rencontreront nécessairement dans ce travail presqu'improvisé. Je prie seulement de penser qu'il ne s'agit point d'une œuvre d'art , mais d'une critique scientifique ; et qu'ici les règles propres aux travaux littéraires sont sans
application.
D' Ijéon Simon.
Paris, le i4 septembre i835.
Monsieur le Ministre,
L'institut homœopatbique de Paris a l'honneur de vous accuser réception de votre lettre en date du 8 septembre, et de vous adresser une nouvelle copie de ses règlements modifiés, en ce qui touche les articles 25 et 26^ comme vous lui en avez exprimé le désir. Au moment où votre lettre lui est parvenue, il se disposait à solliciter de nouveau votre autorisation, et à vous dire quels motifs l'engageaient à poursuivre sa demande.
L'institut homoeopathique de Paris connaît trop bien les lois du pays, il sait trop apprécier la sagesse des raisons alléguées par Votre Excellence, lorsqu'elle diffère d'autoriser la fondation d'un dispensaire, pour ne pas y acquiescer. Comme vous, il croit, qu'il est
d'une sage administration d'attendre que le temps et V expérience aient prononcé sur la valeur des nouvelles méthodes thérapeutiques^ avant d'en autoriser V application dans des établissements publics et gratuits. II ne peut donc qu'applaudir à cette sollicitude que vous inspire l'intérêt des classes pauvres , de ces classes sur lesq uelles se réunissent toutes les douleurs, et pour qui la médecine ne saurait être trop prompte , trop active et trop bienfaisante.
Mais au nom de ces classes pauvres dont l'intérêt vous touche si puissamment, l'institut homœopathique vous demande à sortir de la position équivoque où l'a placé là décision de l'Académie, qui, sans doute, a été la base de votre détermination. Il désire mettre en évidence la supériorité de ses méthodes thérapeutiques sur celles des autres doctrines médicales. Autrement, V expérience se multiplierait sans résultat, et le temps s'écoulerait sans aucun fruit.
Les discussions scientifiques et les travaux spéculatifs sont stériles, à moins qu'ils ne conduisent à une application pratique. Notre époque est devenue, à bon droit , trop rigoureuse el; trop exigeante pour se laisser séduire par l'éclat des théories et la rigueur de l'enchaînement logique. Elle ne donne son consentement qu'aux théories ou aux systèmes qui conduisent à Élire plus et mieux qu'on ne faisait avant eux, et lorsqu'il s'agit d'une doctrine médicale, la question qui se présente dés l'origitie, et qui embrasse toutes les autres , est celle-ci : Guéris sez-yaus plus , gué^
(>5) risseZ'Vùus mieux qu'on ne guéinssait assaut skms ? C'est ce qu'affirme la doctrine homœopathique ; et nous YOudrioDs que cette vérité, ooBsidérée comme une simple prétention, fiiît démontrée pour tous; qu'elle acquit ainsi force de chose jugée. Nous le voudrions dans l'intérêt de toutes les classes de la société, qui ont besoin d'être flairées sur la valeur des méthodes IJiérapeutiques qu'on leur propose , dans l'intérêt de la science, appelée, selon nous, à une série indéfinie de progrès, sous l'influence des principes émis par notre vénérable maître SAMUEL HÂHNE- MANN.
Mais comment l'opinion pourrant^^elle se fixer, lorsqu'elle se trouve balancée entre la décision un peu étourdie de l'Académie, et les succès positifs, tout individuels qu'ils soient, obtenu» chaque jour par l'homœopathie ? De toute nécessité, l'opinion publique flotte indécise entre les deux camps qui de plus en plus divisent les médecins, et nous croyons que Votre Excellence irait au-devant de ses désirs, comme elle satisferait aux nôtres , si elle ordonnait une vérification pleine et entière de la thérapeutique homœopathique. Sans cela, il Ëiudrait convenir que la décision de l'Académie nous enferme dans un cercle vicieux impossible à franchir.
Dans la lettre qu'elle, vous a adressée, l'Académie vous dit : « C'est dans l'intérêt de la vérité, c'est aussi « pour leur propre avantage , que les systèmes, en i( fait de médecine surtout, ne veulent être ni atta-
( '6) « quéS) ni défendus, ni persécutés, ni protégés par le (( pouvoir. Une saine logique en est la plus sure ex- (( pertise. Leurs jugés naturels, ce sont les faits ; leur « infaillible pierre de touche, c'est l'expérience. Force (( est donc de les abandonner à la libre action du (( temps. Arbitre souverain de ces matières, seul.il « (ait justice des vaines théories, seul il asseoit avec « stabilité dans la science les Vérités qui doivent en « constituer le domaine (i). »
Ainsi, l'Académie condamne l'administration à une impassibilité qui ne peyt être ni dans son caractère, ni dans sa mission. Les systèmes de médecine ne sont point, nous le répétons, de ces spéculations qui planent au-dessus du monde réel sans l'intéresser directement. Du jour où ils ont été conçus, obéissant à leur tendance, ils se résolvent en faits utiles ou nuisibles, selon que les principes quilles constituent sont vrais ou faux. L'administration ne peut.donc' rester indifférente au bien ou au mal qu'ils portent avec eux. Ce serait vouloir qu'elle considérât d'un œil : sec les douleurs humaines. De pareils arguments échappent à toute discussion.
Le temps est sans doute un grand maître. A lui seul appartient de faire la part de la vérité et des exagérations possibles qui prennent leur source dans un généreux enthousiasme, et de ces obstinations
(1) Lettre de FAcadémie à M. le ministre de Tinstruction publique.
( «7) calculées que la vanité blessée ou l'intérêt compromis font naître tr(^ souvent. Mais le temps n'a point de valeur absolue. Il appartient aux efforts des hommes d'abréger ou d'accroître sa durée : et puisque l'expérience peut abréger le temps , et que nous la reconnaissons tous pour notre juge naturel , nous vous demandonsnosjuges,etnousvouslesdemandonsavec instance.
Quelles lumières pourriez-vous attendre de la succession régulière des jours , des mois et des années ? Ne reproduiraient-ils pas toujours les mêmes kits et les mêmes inconvénients? Réduits comme nous le sommes aux seuls avantages de la pratique individuelle, nos succès ou nos revers , s'accomplissent dans le mystère du foyer domestique, ils échappent à tout contrôle comme à toute justification. Propres à convaincre celui dont nous avons fait cesser les douleurs^ ils nous laissent sans défense devant les prétentions excusables du malheureux dont les infirmités dépassent la puissance de toute médecine connue. Ainsi, le doute se perpétue , l'hostilité trouve des prétextes pour combattre, en l'absence de motifs fondés, le bien ne se produit pas, et le temps n'est plus cet arbitre souverain , qui , tout en faisant justice des vaines théories , assure avec stabilité dans la science les vérités qui doivent en constituer le domaine.
En vous demandant , Monsieur le Ministre, d'ordon^ ner la vérification de la thérapeutique homceopatique, nous entendons faire à l'expérience cet appel qui vous permettra d'autoriser plus tard la fondation d'un dis-
( «8) pensaire , et plus tard encore un hôpital. Suivre cette marche, c'est obéir au sentiment dé justice et à la saine raison. Nous l'avions compris. C'est pourquoi, nous nous étions adressés à l'autorité administrative au lieu d'aller directement à l'Académie; c'est pourquoi aussi> nous tînmes vis-à-vis de cette société savante une ligne de conduite invariable, dès que vous l'eûtes saisie de la question homœopathique. Nous devons vous donner les motifs de notre conduite et de notre préférence.
Nous désirions être autorisés à nous constituer société scientifique et à fonder un dispensaire, afin de rassembler les matériaux théoriques et pratiques d'un jugement académique que nous aurions provoqué plus tard. Car jamais nous n'avons voulu que Pliomœopathie se glis~ sât furtivement dans la science et dans la pratique de la médecine, et nous, ses adeptes, ne pouvons accepter l'espèce de défaveur qu'on a déversée sur nos doctrines comme sur toutes les innovations. Nous avons trop l'habitude de la marche des idées à travers le monde , pour ignorer que les découvertes les mieux fondées , les vérités les plus évidentes , sont toujours repoussées à leur origine , même de ceux qui passent pour en être les seuls juges compétents. Nous ne pouvions oublier l'expérience de tous les pays et de tous les siècles , que l'expérience contemporaine confirmait encore. Mais une fois l'Académie mise en demeure de se prononcer sur la valeur de l'homœopathie , nous essayâmes de régulariser une position que nous acceptions désormais, bien qu'elle ne fôt pas de notre choix.
( «9) Nous adressâmes donc à sa commission la lettre suivante :
(( Messieurs,
« Nous avons su par la voie des journaux que l'A- « cadémie de médecine vous avait nommés pour exa- « miner la question que M. le ministre de l'instruction (( publique lui a adressée relativement à la doctrine « médicale homœopathique. Il ne s'agit pas , dans la « pensée du ministre , d'examiner le point de science « que soulève cette doctrine , mais seulement de sa- (( voir s'il est convenable ou non de donner une au- (( torisation légale au dispensaire que nous avons créé,
« Dans l'ignorance où nous sommes sur la direction « que vous vous proposez de donner à votre travail , « nous avons l'honneur de vous informer que nous te- (( nons à votre disposition tous les documents ministé- « riels et authentiques qui établissent comment l'exerce cice et la pratique de la médecine homœopathique « sont autorisés et compris dans les différents états (( d'Allemagne et de Russie où cette médecine est <( exercée.
« Mais si la commission pensait qu'elle ne put douce ner un avis sur la question de police médicale sans « entrer dans le fond de la discussion , et qu'à ce titre (( elle voulût se livrer à des travaux méthodiques et « réguliers d'expérimentation, la Société de médecine
u homœopathique a également l'honneur de vous in- « former qu'elle est à votre entière disposition.
a La Société profite de cette occasion pour tous (( exprimer combien elle regrette de voir la doctrine « homœopathique portée devant l'Académie par mie (( voie indirecte. Son intention était de l'en saisir « directement , et de lui proposer l'examen du proie blême dans toute son étendue. A cet effets elle a réunissait les matériaux susceptibles de l'éclairer, et (( en s'adressant au ministre pour obtenir l'autori- (( sation d'établir un dispensaire , elle n'avait d'autre « intention que de se mettre en règle vis-à-vis des lois (( existantes, et entre autres avec la nouvelle loi contre (( les associations.
(( Aussi le plus vif désir de la Société homœopati- « que serait-il que l'Académie consentit à embrasser (( la question dans toute son étendue, à l'examiner « sous toutes ses faces.
« Nous avons l'honneur d'être , messieurs, vos trèsce humbles et très-obéissants serviteurs et confrères ,
<( Croserio, président ,
« Léon Simon, secrétaire-général. »
A cette lettre , M. le secrétaire-perpétuel répondit au nom de sa compagnie :
« Messieurs^
« L'Académie a reçu la lettre que vous lui avez fait <( l'honneur de lui adresser, et l'a transmise sur-le- « champ à la commission qu^elle a chargé de préparer « une réponse aux questions ministérielles. Votre lettre (( renferme 'des offres de service dont la commission (( n'hésitera pas à profiter""si elles les croit nécessaires.
(( C'est en son nom et au nom de l'Académie que « j'ai l'honneur de vous transmettre des remercî- (( ments.
« Je suis, avec uneparfaite considération, messieurs, (( votre très-humble et très-obéissant serviteur,
(( Le secrétaire-perpétuel , (( E. Pariset. »
D'après cette réponse , nous crûmes que la commission 5 et par contre-coup l'Académie, avaient parti pris contre nous; qu'il s'agissait, en cette circonstance, d'une condamnation et non d'un jugement, et qu'à l'exemple de tant d'autres vérités méconnues, la découverte de Hahnemami serait repoussée sans examen de ceux qui avaient le plus d'intérêt à l'examiner. Quelque douleur que nous ressentîmes d'une conduite aussi contraire aux usages académiques qu'à la saine raison, nous
dûmes nous résigner à l'épreuve dont nous étions menacés. II ne nous convenait pas d'implorer justice de ceuxqui nousia rerusaient;ilnousconvenait encore moins de tracer une ligne de conduite à un corps savant qui décrétait d'une façon si résolue son infaillibilité scientifique. Moins pénétrés de la gravité du débat , noufe aurions pu nous procurer un triomphe facile en repoussant l'attaque par une défense qui n'aurait été ni sans éclat ni sans publicité. Mais voulant éviter la voie des récriminations 5 quelque fondées qu'elles fussent, et nous méfiant des périls d'un premier entraînement, nous ne voulûmes pas compromettre le succès de notre cause par un défaut de forme. D'ailleurs, le temps n'est plus , grâces à Dieu , où la polémique qui n'a d'autre objet qu'elle-même soit accueillie avec faveur. On ne terrasse point un advjersaire parce qu'il a adopté une fausse tactique. Notre siècle est plus exigeant. Il veut que tout inventeur et tout propagateur d'idées nouvelles justifie leur découverte, abstraction faite desattaques inconsidérées , que l'ignorance , la prévention , l'amour-propre blessé , et quelquefois les suggestions aveugles de l'intérêt privé, dirigent contre elles. Notre époque a raison de penser ainsi. Il est si facile de vaincre les mauvaises passions de la nature hun^aine , qu'a chaque instant un siècle pourrait être dupe.
Dans une semblable conjoncture, quel parti nous reste-t-il à prendre? Nous avons à remonter jusqu'à l'autorité dont vous êtes revêtu, et à vous prier d'intervenir entre l'Académie et nous. Nous sentons qu'à
cet égard plus d'un scrupule peut s'élever dans votre coqsciençe , et nous devons les dissiper.
Nous respectons trop la liberté de discussion , et surtout le libre exercice de la médecine , pour vous proposer de'' sortir de vos attributions, en transformant l'administrateur en académicien. Dans le débat qui s'élève entre l'Académie et nous, nous voudrions que la question fût jugée sans retour ; mais par malheur, ni la théorie ni la pratique hommœpathiques n'ont été examinées par cette société savante. Des bons mots plus ou moins ingénieux échappés à l'humeur fecétieuse de MM. les Académiciens , des mouvements passionnés dans une réunion où il ne devrait y avoir accès que pour les dictées d'une raison sévère , des erreurs de fait , de vagues assertions , qu'avec juste raison nous pourrions renvoyer à nos adversaires , et , (chose incroyable , pour ne pas dire inique ! ) un jugement sans motifs, un arrêt dont les considérants ont été oubliés, tout cela, Monsieur le Ministre, ne peut arrêter votre amour du progrès de la science , et surtout de celle qui intéresse le plus directement le bien-être des masses.
D'ailleurs, votre qualité d'administrateur pouvait vous engager à prendre l'avis de l'Académie, sans vous condamner à le subir passivement. Car, si l'intérêt de la société commande un examen mûr et sévère de toutes les théories nouvelles qui se produisent , cette même société veut être garantie contre les petites passions qui agitent les corps savants aussi bien que le commun
des hommes. Il semble, qu'il soit dans la destinée de toute pensée progressive d'avoir à lutter pour se (aire admettre y et que la mesure de vérité qu'elle renferme soit en raison directe de l'opposition qu'elle rencontre. On dirait que l'esprit humain est le même , quel que soit le lieu , le temps et la condition sociale où on l'observe. A la première lueur d'une vérité inconnue , il est saisi d'effroi. Il faut que l'œil de notre esprit s'habitue peu à peu à en supporter l'éclat , comme cet aveugle qu'un art bienfaisant rend à la lumière , n'arrive que graduellement à supporter sans douleur la clarté du jour.
Indépendamment de ces considérations, qui touchent à l'intérêt social , à votre position et au triomphe de la vérité, il s'agit aussi de la conduite de l'Académie. Il est toujours fôcheux de voir un corps savant assez oublieux de lui-même pour déverser l'injure sans motifs, condamner une doctrine qu'aucun de ses menribres n'a étudiée , et jeter sur les hommes qui la professent des imputations calomnieuses dont il serait impossible aux calomniateurs d'administrer la preuve, ï^orsque M. Andral père dit qu'il ne voyait au fond des moyens homœopathiques que des friponneries, lorsque M. Londe les taxa de charlatanisme , toute» ces assertions, dénuées de preuves , toutes ces calomnies gratuites rejaillissent sur leurs auteurs et sur la compagnie dont ils sont membres , car la dénégation la plus éclatante ne tarde pas à se produire.
Rien de plus insidieux que ces imputations de fri-
ponnerîe et de charlatanisme que les médecins se renvoient chaque fois qu'il se produit dans la science l'une de ces révolutions qui menacent de compromettre des réputations établies. En l'absence de raisons et d'arguments, ces injures , dont le ton accablant embarrassent beaucoup plus l'honnête homme qui les reçoit que celui qui les profère , manquent rarement leur effet. Il est toujours possible de détruire un faux raisonnement, de renverser une mauvaise théorie ; mais il n'est aucun moyen de prouver qu'on est homme de bien. £s« sayer de le démontrer , c'est déjà s'avouer à moitié vaincu, ou tout au moins susceptible de l'être.
Remontons cependant, Monsieur le Ministre, à la source de ces imputations , et peut-être y découvrirons-nous quelque chose de fâcheux pour la moralité des savants. L'injure part constamment ou d'un froissement d'amour-propre, ou d'un intérêt blessé, oti d'un sentiment de défiance.Chaque intelligence veut être la mesure du vrai et du possible ; et au milieu du scepticisme énervant qui accable toutes les classes de la société, scepticisme qui n'a point épargné la médecine, c'est un spectacle curieux et affligeant que la confiance absolue de chacun en ses forces et en ses lumières. On ignore et on n'a pas le courage de se résoudre à étudier; on s'était fait une manière de voir qu'une doctrine nouvelle renverse ; on se soutenait sur le flot de l'opinion avec le bagage qu^on avait amassé à grande peine , et ainsi lestées des réputations plus ou moins bien établies sillonnaient paisiblement la société. Obéis-
sant au souffle dont elle est agitée, l'opinion, qui ouvrait passage aux gloires qu'elle avait constatées, apprend que d'autres gloires essayent de sq. Ëdre jour et de s'élever. Elle les met à l'épreuve ; et à peine satisfaite, elle veut que tous se précipitent dans la voie nouvelle. Briser les résistances l'inquiètent assez peu. On le sait, et on s'en méfie. Lutter contre elle, et, h cet effet , user de toutes les armes possibles, est la tactique ordinaire des opinions qui ont atteint le terme de leur course, de ces opinions qui se passent et vieillissent y comme disait saint Paul. Elles périront, elles le savent , car il faut que les temps s'accomplissent. Mais il leur reste une joie à ressentir , une satisfaction à éprouver : il faut qu'elles maudissent. Alors, ' elles vomissent l'injure, lancent l'anathème, se font calomniatrices par désespoir et par ignorance. Laissons-les passer! d'autres soins nous réclament.
Si la discussion de l'Académie n'avait porté que sur de semblables assertions , nous n'essayerions pas de la réfuter ; mais deux témoignages imposants , par le caractère de ceux qui les ont produits , et par ce qu'ils offrent de spécieux , ont servi de motif à la décision dont l'Académie vous a transmis le résultat. M. Ândral fils a argué de i4o expériences infructueuses qu'il aurait faites à l'hôpital de la Pitié , et M. Bally a parlé des essais entrepris à l'Hôlel-Dieu de Paris par deux de nos collègues, MM. Léon Simon et Curie.
Le caractère honorable de M. Andral fils , son habileté expérimentale , sa bonne foi reconnue et l'autorité
. ( 27 ) dont il jouit à rAcadémic , étaient des motifs suffisants pour inspirer le doute : non ce doute qui nie ou repousse, mais le doute qui examine encore. L'opinion de ce savant devait prémunir contre un trop facile entraînement 5 elle était insuffisante pour créer des préventions ; et en la prenant pour base d'une décision , c'était compromettre la renommée de haute sagesse à laquelle toute académie doit aspirer. Le témoignage de M. Bally était plus positif et plus direct. Lui, au moins, il ne s'était pas fié à ses lumières sur une question qui lui était inconnue. Il avait appelé à son aide deux des défenseurs de la nouvelle doctrine, et les avait prié d'agir sous ses yeux. A ne consulter que les apparences , le témoignage de M. Bally était d'un grand poids. Grâces à Dieu , de l'apparence à la réalité la distance est grande !
Il est très-vrai. Monsieur le Ministre, que, dans le courant de décembre iS33, MM. Léon Simon et Curie se rendirent à l'Hôtel-Dieu de Paris, sur l'invitation de M. Bally, pour y appliquer la thérapeutique homœopathique. Ils demandèrent, à ce dernier, de mettre son service à leur disposition , et de faire des doctrines qu'ils défendaient une application complète. A toutes les demandes qu'ils adressèrent , M. Bally acquiesça; mais aucune ne fut tenue. Les expériences commencèrent le 20 décembre i833 , et le 16 janvier MM. Léon Simon et Curie se virent dans la nécessité d'adresser à M. Ballv la lettre suivante :
(( Monsieur,
« Depuis un mois bientôt, que, sur votre invitation, <( nous expérimentons la thérapeutique homœopa- (( thique dans le service que vous dirigez , nous n'a- (( vons obtenu que des résultats négatifs pour ou contre « la doctrine que nous défendons. Il nous semble que « cela tient à plusieurs causes sur lesquelles nous dé- (( sirons fixer votre attention , afin que nous avisions (( à en triompher, si la chose est possible , ou que nous (( renoncions, de part et d'autre, à poursuivre des (( tentatives qui seraient sans résultat.
« Au nombre des malades que vous nous avez con- (( fiés, se trouvaient deux catarrhes pulmonaires chro- « niques sur des sexagénaires. L'un d'eux s'est trouvé « assez promptement amélioré pour demander et ob- (( tenir sa sortie. Le second se trouve également bien, (( mais il lui manque des forces qu'il retrouverait assez « promptement, si dans l'hôpital on ne lui refusait les (( vêtements nécessaires pour se lever et prendre l'exer- (( cice dont il a besoin (i). Ni l'un ni l'autre de ces « deux malades n'est guéri, toufe deux nous sem-
(1) On s'étonnera sans doute que nous soyons entrés dans ces dé* tails avec M. Bally. Mais Fétonnement cesserait si on savait combien les petits soins sont négligés dans nos hôpitaux, et si on réfléchissait à leur importance dans la cure des maladies.
(29) tf blent en voie de guérison. L'un a qtiitté Thôpitâi (( et Tautre se propose de l'abandonner aussitôt que « ses forces seront revenues. Voici donc deux tentatives (( inutiles sans qu'on puisse en rien conclure pour ou « contre l'homœopathie.
(( Le même inconvénient semble devoir se présenter (( pour toutes les affections chroniques que vous nous <( avez confiées. Ainsi le malade placé au numéro 44 (( de la salle Saint - Landry , atteint d'une hépatite u chronique avec Jlux hémorrhoïdaly menace de (( quitter l'hôpital , non qu'il doute de l'action des ifi- (( Jiniment petits sur lui-même , mais parce qu'au con- « traire il ne veut point s'exposer à la sur-excitation « morbide qui est l'effet primitif de l'administration des <( médicaments homœiopathiques. Cependant, sous leur « influence , le flux hémorrhoîdal s'est singulièrement (( modéré. Mais le malade n'est point guéri (i). (( Il en est de même de cet ancien militaire atteint (( ^emphysème pulmonaire y maladie qui date de (( quinze ans, et qui est venue à la suite de sept infec- (c tions de gale , dont l'une n'a pas duré moins de cinq (c ans. Pour le traitement de cette maladie , il nous (( faudrait un temps fort long , qui serait au moins de (( plusieurs mois. Nous doutons que le malade ait une « patience assez éprouvée pour nous les accorder, et
(1) On remarquera le soin minutieux avec lequel nous détaillons les faits, et en rapprochant notre dire de celui de M. Bally on verra qui de lui ou de nous fut plus vrai et plus réservé dans ses paroles.
« nous aurions à craindre qu'à l'exemple des autres il « nous abandonnât aussitôt qu'il irait mieux.
(( Nous rencontrerons les mêmes obstacles toutes les u fois qu'il s'agira de maladies chroniques un peu ance ciennes et un peu graves, et vous n'avez pas plus de « puissance que nous pour retenir un malade malgré lui .
« Ne pouvons-nous conclure de ce qui précède « qu'il nous est impossible d'arriver à aucune conclu- (( sion y en ce qui touche les maladies chroniques , « qu'autant que nous agirions sur une assez grande <( échelle, pour espérer qu'il se trouvera, dans le nomce bre, quelques malades qui nous fourniraient des ob- « servations complètes , les seules qui soient con- « cluantes? Ce n'est pas avec six malades chez les (( hommes et deux chez les femmes, que nous pouvons (( espérer un résultat aussi désirable.
(( Dans cette supposition , nous vous demanderions (( de concentrer nos efforts sur les maladies aiguës , si « des obstacles d'un autre genre ne se présentaient.
« Il y a en médecine une opinion qui tend à s'accré- « diter et qui nous semble résulter d'une faute de lo- « gique et d'une mauvaise expérience : c'est que le « succès ne prouve rien dans le traitement d'une ma- « ladie aiguë, en faveur d'une méthode thérapeutique , (( qu'autant qu'on possède un grand nombre d'obser- « vations confirmatives les unes des autres.
« Jusqu'à un certain point, il est vrai de dire que « plus l'expérience se multiplie et mieux le principe (( avancé est démontré. Ceci est vrai des maladies
« chroniques aussi bien que des maladies aiguës; mais « alors il faudrait procéder sur une assez grande « échelle pour obtenir cette suite d'observations « qu'exige la démonstration.
« Dans ce moment votre service se trouve partagé « entre quatre personnes. M. Piorry en possède la moi- « tié ; l'interne en a paiement une partie ; le reste se « partage entr^ vous et nous. Il faudrait donc que vous « consentissiez à faire, sur le nombre de lits que vous « vous êtes réservés , une application générale de lia « méthode homœopathique; c'est ce que nous vous « demandons. Alors, nous aurions l'espérance fondée x( de rencontrer dans le nombre quelques observations (( concluantes , de celles qui ne permettent pas la réii plique , et qui autorisent à pousser plus loin l'ob- « servation , et cela dans un temps assez court.
« Car nous ne pensons pas que votre intention se « borne à vouloir vérifier d'une manière générale si « les petites doses produisent ou non un effet quelcon- (c que, si leur effet est contraire ou nuisible, jà priori , <c tout médecin doit être porté à croire qu'elles agissent, <c si surtout il réfléchit au mode de préparatioii que suce bissent les médicaments homœopathiques. Nous « sommes en un temps où l'extraordinaire a cessé « d'étonner, et nous pensons que vous ne tombez pas <( dans l'erreur des médecins qui nous font la guerre, « s'extasiant sur l'impossibilité d'obtenir un effet théce rapeutique avec des millionièmes et des dix milliocc nièmes de grain. Ceux-là nous paraissent avoir le tort
« grave d'être assez oublieux des nodonâ les plus sim- (( pies de la physique, pour ne pas s'apercevoir que a dans l'action des corps sur l'organisme vivant , les « propriétés pondérables ne sont pas tout. De vous à a nous , la question avait été posée dans des termes a bien autrement larges. Il s'agissait de savoir préala- H biement si les médicaments homœopathiques ont une a action salutaire sur l'économie , jusqu'où s'étendait « leur puissance, quelles limites elle ne pouvait franchir. « Dés le début, nous avions désiré vous mettre à même m déjuger par approximation à quel point elle s'arrête. a C'est pourquoi, nous nous étions chargés d'une jeune (( phtisique arrivée au dernier degré d'émaciation , « dont les fonctions digestives étaient aussi profondéa ment altérées que les fonctions respiratoires, et chez (( laquelle , par conséquent , il n'y avait aucun espoir <( d'obtenir la réaction nécessaire pour espérer sa gué- (( risonp La même intention nous animait lorsque nous « consentîmes à donner des soins à une autre femme <( atteinte d'hydropisie ascite , compliquée de tumeur « abdominale enkystée, malade qui avait déjà subi (( douze ponctions, et qui était arrivée à un très-haut « degré d'émaciation.
a II ne reste donc que trois malades qui pourraient <( nous permettre d'espérer quelque résultat. C'est , (( d'une part, le jeune garçon tailleur atteint de fièvre (( typhoïde ; l'homme couché au n"" 4^ ou 4 1 de la salle (( Saint-Landry, qui a une paralysie de la langue, et « le malade que vous jugez , ainsi que nous, affecté de
« cavernes dans la partie du lobe supérieur du pou- (( mon gauche correspondant à la région sous-clavicu- « laire. Évidemnient , ce malade est amélioré. L'enroue- « ment a diminué, les sueurs nocturnes diminuent (c aussi, le sommeil est devenu long et réparateur, la (( toux moins fréquente et plus &cile.La fièvre typhoïde «se trouvait accompagnée, chez Je second de ces (( malades, d'une affection de poitrine antérieure à la (( fièvre, qui a persisté après les symptômes cérébraux u et abdominaux, aujourd'hui entièrement disparus, (( mais qui persiste en s'amendant chaque jour. Une (( nouvelle complication qui vous étonnera aussi peu (( qu'elle nous étonne peu nous-mêmes, c'est la fissure (( survenue au sacrum. Aujourd'hui, elle va infiniment u mieux, bien qu'elle n'ait reçu d'autre pansement que ((des plumasseaux arrosés de teinture d'arnica, et une (( dose d'arnica à l'intérieur. Ce malade , n'ayant subi (( aucun traitement allgpathique, peut permettre, (( sinon de conclure d'une manière positive en notre c( faveur (car il est admis en médecine que les fièvres (( typhoïdes guérissent quelquefois indépendamment a de tout traitement), d'espérer au moins que de pa- (( reils essais venant à se multiplier, autoriseraient une (( conclusion. Aussi, nous vous demanderons de con- (( tinuer à le traiter, quelque parti que vous adoptiez (( pour l'avenir. Reste donc la paralysie de la langue. (( Nous ne pouvons en rien dire aujourd'hui , vu le (( peu de temps qu'elle reçoit nps soins; aussi, deman- (( dons-nous à continuer de la soigner.
« Ce qui précède revient à dire, qu'avant de pren- (( dre de nouveaux malades, nous désirons être assurés (( que nos expérimentations se feront avec tous les « soins et toute l'exactitude nécessaires. Il est difficile « de rencontrer ces conditions dans les hôpitaux, à la (( manière dont ils sont actuellement organisés. Nous « n'en voulons pour preuve que ce qui s'est passé sous « nos yeux. Le malade atteint de fièvre typhoïde est « resté un jour entier sans recevoir de pansement poUr « sa fissure au sacrum , bien que nous l'ayons expres- « sèment recommandé. Du pain lui a été délivré mal- « gré nos ordres. Pendant plusieurs jours, la jeune (( phtisique dont nous parlions plus haut, n'a pu db- (( tenir des lavements d'amidon que nous lui avions (( prescrits. Ces inconvénients graves qui menacent de « se reproduire, et qui se reproduiront infaillible- « ment, dépendent de l'organisation du service. A « l'heure où nous faisons notre visite, internes, élèves « en médecine et en pharmacie, infirmiers, et la sœur « elle-même , sont occupés à la visite de M. Piorry. (( Ce n'est qu'en courant , et le plus souvent en pas- « sant d'une salle à l'autre, qu'il nous est possible de (( leur dicter des prescriptions pouç, les malades que i< nous soignons. Faut-il s'étonner qu'avec la meilleure « volonté du monde, il se commette des oublis?
« Au surplus , il nous serait difficile de les éviter, (( puisque nous n'avons aucune autorité sur les per- « sonnes attachées à votre service, et que vos occupa- « tions ne vous permettent pas de venir à l'hôpital à
« heure fixe. Nous agissons donc dans uu isolement « complet. Vous savez très-bien, Monsieur, que pour a apprécier une méthode thérapeutique et juger une (( inaiadie, il ne suffit pas d'avoir par devers soi le « point de départ et le résultat. C'est la manière de « juger des gens du monde , ce ne peut être celle du (( savant. La différence des deux points de vue où nous « sommes placés, exigerait que nous nous rencontras*- « sions au lit du malade, pour que le résultat obtenu « par nous , pût être apprécié ce qu'il vaut.
<c Des visites Élites par nous seuls, la plupart du « temps , des notes cliniques relevées par nous seuls , <( ne peuvent conduire à rien. Quelquefois, nous le « savons, vous y avez joint vos propres observations. (( Mais comme nous étions absents , il nous a été im- « possible de vous faire nos réflexions sur leur con- <( tenu , et ainsi , il est arrivé que vous avez noté des « aggravations de symptômes sur des malades qui, (( dans notre pensée, les devaient aux médicaments (( dont ils avaient fait usage.
« Nous le répéterons en terminant : des essais ho- (( mœopathiques faits dans les hôpitaux, exigent deux « conditions irrécusables : c'est que les expériences « seront suivies de tous ceux qu'elles intéressent , et « qu'on placera les expérimentateurs dans les condi- « tions les plus favorables à l'expérimentation.
(( Ne voulant nous arrêter qu'à la dernière de ces <( deux conditions, nous vous demanderons de mettre « un assez grand nombre de malades à notre disposi-
« tîon , pour que dans un intervalle de six semaines à « deux mois 9 seul temps que nous puissions employer « à ces recherches, en raison de nos occupations, il (c nous soit possible de vous montrer quelques laits (( concluans. Nous demandons aussi , que le serrice (( soit combiné de manière à ce que ceux qui y sont (( attachés, soient à nos ordres pour éviter les <e e!*reurs et les oublis dont nous nous plaignons, et u qu'enfin, par la régularité de votre présence, vous « nous communiquiez l'autorité dont nous avons beu soin pour agir avec efficacité. Autrement, nous per- « drions un temps précieux sans vous convaincre per- « sonnellement de la vérité de la doctrine homœopa*- « thique, sans profit pour nous-mêmes, et sans « avantage pour la science.
« Nous avons cru devoir vous transmettre ces ré- <( flexions, afin de mettre un terme à une position qui (( n'est pas tenable, vous priant de prendre une déter- <( mination. Quelle qu'elle soit, elle ne pieut altérer « les sentiments, etc.
« Léon Simon, Curie. »
D'après ce récit des faits qui se passèrent à l'Hôtelr Dieu, récit tellement exact, que M. Bally n'a rien trouvé à y répondre, si ce n'est qu'il accéderait à nos demandes lorsqu'il aurait terminé ses expériences sur la créo30te, faut-il s'étonner que nos collègues n'aient pas obtenu de guérisons dans l'espace d'un mois? On
leur livre des phtbisiques, dans un état plus ou moins avancé, une hydropisie ascite qui avait déjà subi douze ponctions, un eœphyséoie pulmonaire, suite de sept infections psoriques consécutives , deux catharres pu)-: monaires ebroniqucs, que M. Bally avait d^ps ses salles depuis plusieurs mois , et qui ont été assez améliorés en trois semaines, pour exiger leur sortie; et on veut qu'ils fessent, dans ces quelques semaines, plus que l'allopathie n'avait pu faire en quelques mois; oi>. exige d'eux ce qu'on n'a jamais obtenu soi-même , ce qu'on sait impossible à obtenir! Cependant, on avoue que deux malades, sont sortis se disant guéf is. L'un, était une femme affeotée de cancer utérin, qui au bout de quinze jours rentra à l'hôpital, et y mourut. Elle avait subi un traitaient de trois mois, et on cohviendra que si ce traitement ne l'avait pas guérie, il feliait au moins que cette femme se sentit beaucoup améHorée, puisqu'elle a pu se (aire assez d'illusion sur son état , pour croire elle-même à sa guérison. Si quelque chose nous étonne , c'est que dans un cas atis^i grave et aussi saillant , le chef de service , M. Bally, n'ait pas vérifié la prétendue guérison de cette femme^ et qu'il n'ait pas essayé de la désillusionner. Quant au jeune homme atteint de fièvre typhoïde, voici ce qu'en dit M. Bally : « Deux hommes de même âge et de « forces égales, atteints d'affections typhoïdes, étant « entrés à l'Hôtel-Dieu, furent mis en regard; l'un, « traité par moi, fut guéri au bout de dix jours; le « second, traité par M. Curie, guérit aussi, mais aprè{»
(( trois ou' quatre mois(i). » Sur la durée du trai-tement, M. Curie conteste, et la lettre ci -dessus &it foi qu'au bout de trois semaines les symptômes typhoïdes avaient cessé , qu'il ne restait plus que les symptômes de l'affection de poitrine antérieure à l'invasion du typhus. Cette dernière circonstance, qu'il eût été loyal à M. Bally de mentionner à l'Académie, explique la différence dans la durée du traitement. Ne sait-on pas, d'ailleurs, qu'il n'est pas de maladies aiguës dont la guérison soit plus difficile que celles qui se hantent sur une maladie chronique? C'est l'opinion de Hahnemann, et par .bonheur on la trouve soutenue par M. Broussais et son école, et par M. Andral fils, tant dans sa Clinique médicale , que dans son Traité d'anatomie pathologique.
Nous le dirons avec franchise : M. Bally a usé dans cette circonstance d'une tactique malheureuse et peu en harmonie avec son caractère. Il avait demandé une vérification pleine et entière de la thérapeutique homœopathique , et lorsque nos collègues se rendent à son désir , il leur jette presque dédaigneusement quelques incurables, comme s'il leur eut tendu un piège dans lequel ils commirent la faute de tomber. Dans le nombre se trouve une maladie aiguë , mais elle se compliquait d'une affection chronique, et on n'en
(1) Voyez la LancetU et la GaztiU fntdicafe^ d'où sont extraites toutes ces citations. Voyez aussi le Réformateur^ le Temps et le Messager,
(39) parle pas. N'est-ce pas agir à la manière de ces hommes qui, dans un récit dissimulent une partie de la vérité , et en avouent une autre , afin d'avoir beau jeu pour leur réfutation , tout en se garantissant contre un démenti qui ne manquerait pas de leur être donné,s'ils la dissimulaient toute entière ? (i )
M. fially offre d'administrer les preuves de ce qu'il avance. Il affirme qu'un registre d'observations a été ouvert. NoscoUègues en conviennent; mais ce registre, selon rund'eux(M.Curie), dépose en faveur des expériences qui ont été tentées. L'Académie ne croit pas utile de se le faire représenter. M. Curie est plus exigeant. Il écrit à M. Bally lettres sur lettres pour obtenir la représentation de cet argument irrésistible. Mais celui-ci a déménagé sa bibliothèque, et le registre s'est perdu (2)* On offrait donc une preuve qu'on était dans l'impossibilité de fournir, et ce document , que personne n'a vu ni vérifié , fut une des raisons qui entraîna la décision de l'Académie. S'il se fût agi d'un jugement , tant de légèreté aurait de quoi surprendre. Mais l'Académie avait parti pris ; dès-lors , tout prétexte était un motif, toute assertion se transformait en preuve.
Quoi quMl en soit, Monsieur le Ministre, après le
(1) Qu'on ne se fasse point illusion sur nos paroles. La loyauté de M. Bally nous est connue. Nous lui reprocherons seulement d'avoir parlé des expériences dont il s'agit , quand il savait très-bien que de toute nécessité elles ne pouvaient rien prouver, et d'en avoir rendu un compte inexact.
(3) Voyez Archives de la médecine homœopaûiique, u. xiii, p. 58.
1 6 janvier^ M. Léon Simon, jugeant que les expériences proposées n'étaient qu'un simulacre pur et simple 5 ne voulut pas se prêter plus Iong-temp3 à ce semblant d'impartialité (i). Use retira après avoir écrit la lettre que vous avez lue. M. Curie persista, espérant toujours de M. Bally qu'il se rendrait à ce que son devoir de Savant et d'honnête homme exigeaient de lui. Il poussa la longanimité jusqu'à attendre plusieurs mois. Vain espoir! des vieillards que la vie abandonnait , parce que chez l'homme la vie a un terme , des malades que l'homœopathie déclare incurables , voilà en grande partie ce qui lui fut offert. Cependant, M. Curie affirme avoir obtenu des guérisons , et le déménagement de M. Bally lui rend toute démonstration impossible.
Nous le répétons , la décision de l'Académie repose sur deux témoignages : celui de M. Bally, que nous venons de réfuter , et celui de M. Andral, qu'il convient d'apprécier à son tour.
(1) Donnez-moi une doctrine médicale quelconque et je me charge de rendre impossible la démonstration par le fait. Il sufit pour cela de négliger les conditions secondaires de l'expérience. Rien n'est plus facile dans un hôpital du service duquel nous n'étions pas maîtres, surtout lorsque M. Bally était plusieurs -jours sans venir , et qu'ainsi nous étions soumis au bon vouloir des infirmiers , des isœurs et des élèves. M Bally n'obéit qu'à un sentiment de curiosité lorsqu'il demanda l'expérience. D'ailleurs , ses occupations et son âge ne lui permettent plus un travail de cette nature. Voilà le faux-semblant d'impartialité dont je parle. Il ne suppose pas de calcul de la paît de son auteur. (L. S.)
M. Andral fils a fait lui-même desx expériences avec bonne foi , nous le croyons ; mais sans connaissance de cause, nous le croyons aussi. Â ces expériences, i3o ou i4o malades furent soumis. Remarquons en passant , Monsieur le Ministre , combien ces expériences préoccupèrent peu leur auteur , puisqu'au moment où il s'agit d'en faire Fénumération , M. Ândral est assez peu sûr du nombre pour que sa mémoire hésite entre deux chiffres. Ces expériences avaient été en partie publiées dans le bulletin thérapeuthique , et Ton ne sera pas surpris que la polémique les ait examjnéeis. Le journal et les archis^es de la médecine homœopathique se chargèrent de ce soin. M. Ândral reconmienca donc l'expérience , et voici ce qu'il dit : U a divisé ses recherches en deux séries : la première avait pour but dé résoudre la question suivante : « Jus- « qu'à quel point peut-on produire des maladies avec (( les mêmes médicaments qui servent à les guérir ? » La seconde série se rapportait à l'application thérapeuthique. Pour ses travaux d'expérimentation pure, M. Ândral choisit le quinine, l'acconit et l'arnica. Ce fut en vain qu'il insista sur leur emploi ; la fièvre intermittente , la fièvre inflammatoire et les douleurs ne se firent point sentir. Cela se peut , et cela dépend de la manière dont M. Ândral a procédé. Évidemment, s'il eût connu les conditions sévères imposées par Hahnemann à l'expérimentation pure, il s'y serait conformé, et , dans ce cas , il aurait obtenu des résultats confîrmatifs.
Il ne suffit pas, en eftét, pour l'homme qui se porte bien , de prendre un agent thérapeuthique donné ^ pour que les symptômes qui appartiennent à cet agent se manifestent aussitôt.
Il faut encore , d'une part , éviter les influences capables de neutraliser son action , et de l'autre rechercher les conditions qui en favorisent le développement. Nous en appelons à la bonne foi de M. Andral : il ne s'est point conformé aux préceptes enseignés ; autrement il l'aurait annoncé à l'Académie , et ne se serait pas contenté de dire : J'ai expérimenté sans résultat. Quelle opinion ce professeur aurait-il d'un médecin homœopathiste qui dirait aux médecins allopathes : Vous préconisez la saignée dans le traitement des maladies inflammatoires; j'ai rencontré des inflammations, j'ai saigné, et cependant je n'ai pas guéri. Désespérant du succès, si je continuais d'agir d'après vos enseignements, j'ai donné le quina, et la guérison ne s'est pas fait attendre? M. Andral répondrait à son argumentateur : Dans les termes où vous vous exprimez, toute réplique est impossible. Qui prouve que la maladie que vous aviez à traiter fut une inflammation ? Comment jugerai-je si votre saignée a été faite en temps et lieu convenables? Vous et vos élèves avez pris du quina sans obtenir aucun symptôme de fièvre périodique, lui dirons-nous. Dans quelles conditions l'avez- vous pris? Quel régime avez-vous suivi pendant que vous étiez soumis à l'expérience? Quel fut votre genre de vie ? Pendant combien de temps avez-vous
continué l'expérimentation ? Si vous étiez familier avec la lecture des ouvrages hoinœopathiques/ en seriezvoùs à ignorer les conditions très-scrupuleuses de l'expérimentation pure? Et si vous les connaissiez , pourquoi les avdr négligées ? Si , au contraire, vous les avez observées avec rigueur, quelle raison vous a porté à vous renfermer dans des termes généraux d'autant plus perfides qu'ils échappent à toute critique? Encore une fois, M. Ândral n'a point rempli les conditions de l'expérimentation pure , et nous n'en voulons d'autres preuves que ce qu'il dit de l'aconit et de l'arnica (i).
Dans sa pensée, pour que l'aconit agisse sur l'homme sain , il faut absolument qu'il développe l'espèce de fièvre que les auteurs ont nommée fièvre synoque ; il faut aussi que l'arnica développe des douleurs. L'homçeopathie reconnaît l'aconit comme modérateur de la circulation artérielle , propriété infiniment plus com-
(1) Dans une question de cette nature il faut serrer un peu l'argument. Nous sommes en droit de demander à M. Andral, la main sur la conscience , sHl s'est conformé à ce qu'exige l'Organon; et, à ce sujet, nous le prions de répondre aux questions suivantes :
A-t-il continué les travaux de sa profession pendant l'expérience ?
Quel régime a4-il suivi? Nous le prions de nous le dire avec détail.
A quelle dose, à quel degré d'atténuation a-t-ilpris les médicaments? Pendant combien de temps a-t-il continué l'expérience ?
Enfin , M. Andral veut-il se conformer aux règles que nous nous offrons à lui tracer , et nous nous faisons fort de lui démontrer sur lui-même la réalité des effets pathogénétiques des médicaments.
QuMl réponde !
prébeosîUe et plus éUmdue que celle qui loi était 80up>çoDoée par l'expérimeotateur. La question à résoudra consistait donc à savoir, si des phénomèDes d'excitatiim du système artériel s'étaient ou non développés. I) se peut , en e£fet , qu'attendant toujours une synoque qui ne se présentait pas, des phénomènes d'un autre ordre, quoique de même nature , se soient montrés et aient échappé au regard inexpérimenté de M. Andral. Nous oserions presque l'affirmer. Plusieurs d'entre nous se souviennent encore du moment où s'introduisit l'usage du stbétoscope. Son inventeur, Laënnec, apercevait des symptômes qui nous échappaient à nous, ses élèves, et que des hommes beaucoup plus exercés à l'observation méconnaissaient aussi bien que nous. Quelle différence cependant entre un phénomène d'auscultation et la constatation d'un tableau de symptômes! Le même raisonnement s'applique à l'arnica. Si M. AncÈral avait lu la Matière médicale pure de Uahnemann , il saurait que ce médicament produit des symptômes très-variés,etque les douleurs dont il parle ne sont qu'un trait dans un tableau plus général. Est-il donc autorisé kx^^r ce tableau, parce qu'ayant Eut un choix arbitraire de l'un de ses linéaments , il ne l'a pas rencontré ou n'a pas su le reconnaître? Une semblable proposition blesse trop directement les plus simples notions du bon seps le plus vulgaire pour que nous nous y arrêtions davantage.
Si nous passons aux applications thi^rapeutiques laites par M. Andral, notre critique sera plus directe
et par conaéquent plus victorieuse. Et, pour le dire en passant , si dans ce qui précède, nous laissons quelque chose à désirer, ne vous en prenez , Monsieur le Mi* nistre , qu'au vague dont le savant académicien a enve* Ipppé son récit. Si par bonheur il voulait préciser un peu mieux les faits j et nous livrer le journal de ses ex« périences , sans aucun doute nous lui indiquerions le point où il a péché.
a Plusieurs malades attaqués de fièvres intermittence tes, dit M. Ândral , ont été traités avec des globules « de quinquina par la méthode homôeopathique :
a QUELQUES-UNS , IL EST VRAI , ONT ÈTÈ GUÉRIS , màis
i{ nw pas tous; tandis que cette maladie n'a pas résisté a aux doses ordinaires de la médecine allopatfaique. » Quelques-uns ont guéri ! L'aveu est trop précieux pour que nous le laissions échapper. D'autres ont ^continué à smiffirir! Depuis quand l'homoeopathie en-^ seigne.-t-elle que le quinquina doive triompher de toutes les espèces de fièvres intermittentes ? Il existe , un petit livre du docteur Bœrïninghausen , où la thé* rapeutique de ces maladies se trouve exposée : le nombre des médicaments indiqués s'élève à près de 60. Le quinquina, spécifique pour certaines espèces de fièvres intermittentes , ne l'est donc pas potir d'autres. ' / Pourquc s'étonner qu'il ait guéri dans un cas , échoué dans d'autres ? Mais on ajoute qu'il a suffi d'élever la dose pour que la guérison se produise; ceci soulève, Monsieur. le Ministre , un point de doctrine que nous indiquerons sans le développer.
L'hoousopathîe enseigne qu'il est deux moyens d'arriver à la guérison d'une maladie : l'un direct et l'autre indirect. La médication spécifique, celle qui répond au précepte similia similibus curantur^ voilà la méthode directe ; celle qui est contraire à ce principe constitue la médication indirecte. La première guérit le malade d'une manière prompte et durable , sans perturbation et sans laisser après son emploi le moindre trouble artificiel ; la seconde le perturbe constamment; et il arrive le plus souvent, sinon toujours, que cette méthode laisse subsister, après l'extinction de la maladie principale , des accidents plus ou moins durables. Dans le cas dont il s'agit , ce sont des langueurs dans les digestions , des constipations plus ou moins opiniâtres , des excitations très-variées du système nerveux. On déclare donc le malade guéri, parce que la fièvre intermittente a disparu; mais on ne tient pas compte des symptômes que le quinquina a engendrés. Il vaudrait autant soutenir que le malheureux dont on a engourdi les douleurs à force d'opium se porte bien. Et les -médecins allopathes savent euxmêmes ce qu'il y a de menteur dans ce mieux que l'opium procure ; ils savent que ce médicament trop vanté laisse marcher la désorganisation des tissus malades , tout en faisant taire la douleur, qui était le signe évident, et, pour ainsi parler, la mesure de la maladie. £t encore, comment arrivent-ils à ces prétendues guérisons ? Par des doses énormes de médicaments , qui toujoursdésaccordent l'organisme, passagèrement chez
celui dont la réaction vitale est énergique ; d'une manière durable et quelquefois irrémédiable chez le malheureux dont la puissance de réaction est faible. Dans les cas dont argumente M. Andral , le quinquina n'était point indiqué ; aussi la fièvre a-t-elle résisté aux doses homœopathiques. La guérison , ou ce qu'on appelle ainsi, s'est produite sous l'empire des hautes doses ! Nous en avons donné la raison; car c'est encore un principe enseigné par Hahnemann, que plus un médicament est approprié à un état morbide quelconque , et plus il est nécessaire d'employer des doses faibles ; et moins ce même médicament est approprié, et plus il faut élever la dose , si on veut que le malade ressente quelque effet.
Le même académicien ajoute que l'aconit n'a non
plus exercé aucune influence sur des personnes sujettes
à des mouvements fébriles. Vous remarquerez le vague
de cette expression, des mouvemenis fébriles l Que
signifie ce mot? S agissait-il de fièvres continues? Mais
quels autres symptômes les accompagnaient? Jamais
l'homœopathie n'a conseillé d'adresser un médicament
à un symptôme isolé , mais à l'ensemble de tous ceux
qui existent. Hahnemann dit : « De cette vérité incon-
« testable que , hors l'ensemble des symptômes, il n'y
(( a rien à trouver dans les maladies par quoi elles
<( soient susceptibles d'exprimer le besoin qu'elles ont
u de secours, nous devons conclure qu'il ne peut point
« y avoir d'autre indication, ou remède à choisir, que
« la somme des symptômes observés dans chaque cas
<( individuel (i). » Or, si l'aconit n'a point réussi dans les mains de M. Ândral , pour les maladies contre lesquelles il l'a employé , c'est qiie^ voulant formuler une indication thérapeutique d'après l'unique considération du ^mptome qui lui paraissait prédominant, il a négligé les autres, qui devaient également servir à déterminer le médicament. Cette faute grave de M. Andral tient à ce qu'il n'avait pas compris les livres de notre maître.
Il avait vu dans l'organon, que Hahnemann enseigne, qu'il est dans tout tableau de maladie deux espèces de symptômes : les uns caractéristiques , les autres secondaires; que , sans négliger ceux-ci , c'est surtout aux symptômes caractéristiques qu'il convient de s'arrêter ; et il ne s'est pas demandé ce que l'homœopathie entendait par cette expression. Il a cru que pour l'homoeopathe les lésions anatomiques ou de texture étaient ces symptômes. Il a cru ainsi , parce que dans la médecine qu'il professe , ce sont elles qui dictent le traitement.
Sans repousser aucunement ce moyen de connaître, l'homœopathie s'attache bien plus aux lésions de sensation. Ce qu'elle recherche avant tout, c'est à recueillir les différentes expressions de la douleur dans les organes souffrants, et, ce qui est plus caractéristique à ses yeux, ce sont les circonstances qui aggravent, améliorent, ou accompagnent les symptômes proprement dits. Aux yeux de l'allopathie, ces conditions symptô-
(1) Organon, §18, p. 121.
(49) matolagiques ne »Mit que secondaires : souTent elle les néglige.; et, lorsqu'elle prend là peine d'en tenir compte, c'est 9 pour ainsi parler, par pure obligeance; car jamais elle n'en déduit aucune indication thérapeutiqfie. M. Ândral ignorait toutes ces choses. li a voulu éprouYer la th^apeutique homœopathique en lut af^iquant la mdsure de l'allopathie, et il a échoué. Il faudrait croire au miracle et au renversement des lots de l'ot'dre s'il avait réussi. Toutes ses expériences portent le même cachet. Comment se iait'il quHl se soit borné à en donner le résultat à l'Académie , assez confiante pour le croire sur parole^ et pour se déter- ^miiier sur un énoncé aussi vague que peu scientifique ?
Toutes ces choses, lïous les aurions tUtes à l'Académie ^ 1^ , se rendant à notre demande , elle eut ôonsenti à nous entendre. Mais, efncone une fois, son parti était arrêté d'avance. Pour elle , il s'agissait de condamner et de condamner à tout prix. L'examen était doaac superflu; il ^tait même à craindre : car il 4Hirait pu fournir des lumières dont on ne voulait pas et qciV)n redoutait.
Noas regrettons^ Monsieur le Ministre^ d'être obligé d'entrer avec vous dans dfbs détails qui ne sont pas de v<^e compétence ; mais là décision de l'Académie portait sur deux seules raisons , il est de l'inténèt ide notre cause de vous montrer que ses argumeints ne dont pmnt fondés , afin que vous en induisiez vous-même le mal jugé de l'Académie.
Elle vous dit : (( .Chez nous, comme ailleurs, FIk)- (( mœopathie a été soumise^en premier lieu, aux rigou- « reuses méthodes de la logique , et tout d'abord la (( logique a signalé dans le système une foule de ces « oppositions formelles avec les vérités les mieux éta- <( blies y un grand nombre de ces contradictions cho- (i quantes , beaucoup de ces absurdités palpables qui (( ruineqt inévitablement tous les iaux systèmes aux « yeux des hommes éclairés, mais qui ne sont pas K toujours un obstacle suffisant à la crédulité de la (( multitude.
« Chez nous, comme ailleurs, Thomceopathié a subi <( aussi l'épreuve de l'investigation des faits j elle a (( passé au creuset de l'expérience , et , chez nous (( comme ailleurs , l'observation , fidèlement inter- « rogée, a fourni les réponses les plus catégoriques, i( les plus sévères; car, si l'on préconise quelques (( exemples de guérisoh pendant les traitements ho- « mœopathiques , on sait de reste que les préoccupa- « tions d'une imagination facile d'une part, et d'autre <( part les forces médicatrices de l'organisme , en re- « vendiquent à juste titre le succès. Par contre, l'obser- « vation à constaté lés dangers mortels de pareils proie cédés dans les cas fréquents et graves de notre art , <( où le médecin peut faire autant de mal et causer « non moins de mal en n'agissant point du tout qu'en K( agissant à contre^sens (i). »
(1) Lettre de rAcadémie déjà citée.
Vous aurez sans doute remarqué". Monsieur le Ministre , les nombreuses et violentes épithétes que l'Académie emploie pour stigmatiser nos doctrines. Ce sont des absurdités palpables y des contradictions choquantes^ etc. Si vous doutiez encore des mauvaises passions qui l'animèrent , nous vous prierions de réfléchir au ton de sa missive , et cette réflexion suffirait pour que vous doutassiez de l'Académie au moins autant que vous pouvez douter de nousmêmes.
Que pensez-vous , d'après ce qui précède , du creuset expérimental auquel l'Académie a soumis la thérapeutique homœopathique ? Quelques faits observés par un homme qui ne connaissait pas la doctrine qu'il expérimentait 5 par un homme qui, se fesant la mesure de toutes choses, décrète l'impossibilité de faire mieux que lui, et de voir ce qu'il n'a pas vu. Voilà à quoi se borne l'interrogatoire auijuel l'Académie prétend avoir soumis la thérapeutique homœopathique*
Mais les reproches adressés à la dckrtrine homœopathique seraient-ils mieux fondés que ceut qui ont été adressés à sa thérapeutique ? La logique , en effet , a-telle signalé dans l'enchaînement des principes ces contradictions choquantes ^ ces absurdités palpables dont arguë l'Académie?
Vous remarquerez d'abord que cette phrasé est une pure assertion ; que dans la discussion, à part les plaisanteries de bon ou de mauvais goût que se permirent
MM. I(;s académicieos . aucune Je ces absurdités palpables, Je CCS contra Jiclions choquantes n'a été signalée. Vous remarquerez aussi, qu'en se bornant à un simple énoncé il semble que l'Académie aitYOulu nous frapper par derrière, afin que nous ne puissions nous . détendre. Elle prétend avoir soumis les doctrines de notre maitre à l'éj^euve rigoureuse d'une logique sévère. Âb ! si l'Académie était un corps compact, ayant une doctrine arrêtée, la réponse serait &cile; mais dans les conditions où elle se trouve notre embarras est -grand^ nous ne savons à quoi nous prendre.
Composé hétérogène d'hommes et de doctrines qui se repoussent constamment y les principes d'un académicien n'appartiennent qu'à lui; chacun a ses méthodes et par conséquent sa logique. L'Académie compte dans son sein des empjriques , des éclectiques et des dogmatistes à systèmes opposés , à nuances très-Tariées. La logique des uns ne saurait être celle des autres ; ce qui est absurde aux yeux de l'un est une vérité pour l'autre. C'est le spectacle de l'anarchie scientifique la plus déplorable et la plus malheureuse. Aux yeux de l'empyrique qui ne voit que le fait et ne veut v(Hr que lui , qui repousse tout principe qui lui serve de guide dans la pratique, les grandes lois découvertes, par Hah* neiiiann, comme la loi des semblables et la théorie du dynamisme vital, sont choses vaines et futiles. Sceptique par goût et par nature , l'empyrique déclare qu'il est impossible d'arriver jamais à trouver un principe. S<1 logique est de n'en point avoir ; sa méthode consiste à
( 53 ) repousser touies les méthodes; sa loi est d'agir sans guide, et, dans son aveuglenient , il se fait un titre à' L'estime publiquede ses négations perpétuelles; car il appelle sagesse profonde son orgueilleuse huiriilité. Mais la logique de l'empyrique ne saurait être admise par l'éclectique : pour celui-ci , toutes les doctrihes , tous les systèmes ont du bon et du mauvais. Il juge donc qu'il n'y a rien à repousser, rien à admettre d'une manière absolue ; qu'en tout il faut chercher le vrai et la aéparer de cet alliage impur dont la faiblesse humaine^ altère nécessairement, et toujours, la rértté. Voilà la logique de l'éclectique , logique que le dograatiste ré-
prpuve à son tour. Pour ce dernier, la vérité est une et
indécomposable,' non susceptible de plus ou de moinsv Admettre qu'un principe ou un fait puisse être vrai oii fimx en même temps , c'est une proposition qui, dans sa pensée, implique contradiction dans les termes et dans les cboses. Voilà donc au sein de l'Académie trois logiques qui se repoussent réciproquement. Concevez, Monsieur le Ministre, tout notre embarras à les conci-^ lier, et combien il nous est difficile de les satis&ire. : •
Quoi qu'il en soit, l'Académie ne fut pas mieux informée de la théorie que de la pratique hoiîioeopathique.
L'homceopathie s'est présentée à la France comme une réforme intégrale de l'art de guérir, intéressant à| la fois tous les éléments doat l'art de guérir se compose. A ce titre , elle a ses principes , sa métl;ïode et ses moyens ; à ce Litre aussi , elle donne de nouvelles bases
à la physiologie , à la pathologie , et à la thérapeutique.
Elle pose en principe que, dans le traitement des infirmités humaines , le médecin doit toujours se proposer d'agir par voie de similitude; qu'au lieu de soumettre lo malade à l'action d'agents doués de proprié- ^ tés contraires ou différentes des symptômes de la maladie , le succès est d'autant mieux assuré que le médicament employé répond mieux aux symptômes de la maladie elle-même. La logique de l'Académie devait donc se poser la question suivante, et la résoudre contre nous : Dans le traitement des maladies , convient-il d'agir par voie de similitude, de contrariété y ou de différence ? Et alors , un débat immense , dont elle ne parait pas avoir soupçonné la gravité , se serait engagé dans son sein. Sans aucun doute, les dogmatistes de l'Académie se seraient rattachés à l'axiome de Galien, que les empyriques auraient repoussé en vertu de leur scepticisme absolu et universel. Les éclectiques auraient essayé de faire prévaloir Ifsur opinion favorite, qui consiste à ne rien repousser et à ne rien admettre d'une manière absolue. Mais au milieu de ce conQit , il eût été difficile de s'arrêter à une opinion , et par conséquent de vous formuler une réponse.
La position était pressante , et , nous ne craignons pas de le dire , l'Académie n'était pas en mesure d'aborder un pareil sujet. Non qu'il faille douter des lumières de ses membres , mais parce que le principe général de l'homœopathie la prenait absolument ?ru
dépourvu, aussi bien sous le rapport pratique, comme nous l'avons démontré, que sous le rapport spéculatif.
Depuis deux ajos bientôt, que la polémique s'est en-» gagée avec netteté entre l'ancienne et la nouvelle méthode, maintes fois nous avons sollicité nos confrères de s'expliquer ; toujours ils ont reculé devant l'examen de ce vaste problême. Un seul de leurs organes, la Gazette médicale , a reconnu que de sa solution dépendait l'avenir de la médecine. Il proniettàit de nous suivre sur ce terrein inconnu pour lui,, et' de rioûs montrer que ce n'était ni par voie de similitude , ni par voie de différence, que les médicaments agissent; il promettait ainsi , et voilà deux ans qu'inutilement nous attendons l'accomplissement de sa promesse (i).
Nous avons également soutenu contre l'ancienne, école que toutes les maladies chroniques , loin d'être locales, ni dans leur origine , ni dans leur terminaison, dépendaient toutes exclusivement de la présence dans l'organisme de certains miasmes que notre maître a nommés miasmes chroniques. L'allopathie nous a nié cette prétention de ramener cette longue suite d'infirmités incurables, par ses procédés, à une infection miasmatique. Elle s'est égayée aux dépens de cette vé-^ rite qui rend raison des faits les plus graves et les pjùs mystérieux de notre art, Mais j à part ses dénégations et ses plaisanteries, elle n'a fourni aucun fait, allégué
(1) Voyez la Gazette médicale du l®*" janvier 1854 et la réponse qui lui fut faite dans le n. 5 du Joum. de la mcdec. homœopathique .
aucune raison oonlre la doctrine émiae par notre maître. Des £iits à l'appui de ce point de doctrine , nous les avons fournis par centaines dans les consultations gratuites que nous donnons , où , dans l'intérêt de la sdence , nous admettons tous ceux de nos confrères qui Tenlent juger par eux-mêmes. Et l'Académie n'a pas voulu voir : sa préGmtion était de juger sans examiner.
Enfin , Monsieur le Ministre , nous avons dit à l'an»* ciemie médecine qu'elle agissait en aveugle ; que , n'ayant aucune mesure pour connakre les propriétés véritables des médicaments , elle les appliquait sans principe aucuû , et que sa pratique aventureuse la mettait dans l'impossibilité de rendre raison de ses succès et de ses revers. Nous croyions qo'idle serait d'autant plus toodiée de cette parole , <{ue nons lui avions oflfert le ikioyen de sortir de la position où elle se trouvait^ en lui fitoipoBXSitVeacpérimentaiion pure y vu qu'elle en est encore à chercher la base d'une benne matière médicale.
L'allopathie n'a point perdu souvenir des doittes élefvésdans son sein sur la manière d'apprécier l'action des médicaments. Les plus grandes lumières qui l'ont Jionorée n'ont jamais rien af&rméà oâ égard : k«i de là y elles ont toujours exprimé le doute le plus formel sur la valeur des connaissances thérapeutiques. Bordeu , cet homme puissant auquel se i*attache toute l'école française , disait : « Sait-on bien encore com- « ment il &ut déterminer l'action d\in médicament?
(57) «( £8t-il bien aisé de déterminer, si et quand il agit sur « les liqueurs ou sur les solides, ou sur l'une et l'autre « de ces deux parties ? )>
« Il y a peut-être des médicaments qui évacuent une « humeur en la rendant plus abondante dans la masse « du sang , en rendant les humeurs plus ou moins mo- « biles ou plus ou moins épaisses. D'autres font des éva- (( cuations en agissant sur l'organe glanduleux simple- « ment. En un mot , il y a là-dedans bien des choses (( à examiner; elles sont. essentielles, et doivent être a les fondements de la vraie matière médicale (i). » Ces bases ne semblaient donc pas trouvées à Bordeu ^ dont le génie profond et l'incontestable talent d'observation ne sauraient être méconnus. Elles ne l'étaient pas davantage au tenips de Bichat, dont l'autorité irrécusable aux yeux des allopathistes ne saurait être rqpoussée enoette circonstance.
« li Ji'y a point eu, dit Bichat, en niatière médi- «( cale, de systèmes généraux; mais cette science a été (( tour à tour influencée par ceux qui ont dooiiné on « médecine; chacun a reQoé sur elle , si je puis m'ex- « primer ainsi. Ge là, le vagua, l'incertitude qu'elle M nous présente aujourd'hui. Incohérent assemblage « d'opinions eUesrmêmes incohérentes , elle est peut- « être, de toutes les sciences physiologiques, celle ou « se peignent le mieux les travers de l'esprit humain. u Que dis-je, ce n'est point une science pour un es- « prit méthodique, c'est un ensemble informe d'idées
(1) Bordeu, Recherches ancUorniques ,
' « inexactesjd'observations souvent puériles, de moyens (( illusoires, de formulesî aussi bizarrement conçues i< que iastidieusement assemblées. On dit que la pra> « tique de la niédectne est rebutante , continue Bi- « chat ; je dis plus , elle n'est pas , sous certains rap- « ports, celle d'un homme raisonnable quand on en (( puise les principes dans la plupart de nos matières « médicales (i). » •
* Je vous le demande, Monsieur le Ministre, quelle critique plus forte pourrions^ous faire de l'art de guérir de notre temps ? que pourrions-nous ajouter à la verve , à l'énergie du tableau , à la profondeur de pensée de Bichat? Rien assurément , si ce n'est de le compléter en lui transmettant la pensée de notre maître.
Dans l'une de ces réflexions que l'homme méditatif jette sur le papier sans autre prétention que de donner carrière à l'expression de sa pensée, réflexion dont il use à l'occasion , ou qu'il confie à qui peut en faire
usage , Hahnemann disait aux allopathes présents alors à son esprit .'
(( Avant la découverte de l'homœopathie , vous ne saviez pas que les médicaments pris par l'homme sain produisent une suite nombreuse de symptômes morbides, que chaque médicament a sa série de symptômes divers; que ces symptômes sont différents dans chaque médicament , et que dans ces symptômes réunis se trouve une ressemblance exacte avec les divers symptômes des différentes maladies. Vous ne saviez pas ce
(1) Ânalomie générale^ considérations générales.
que signifie cette ressemblance des symptômes morbides produits par les différents médicaments sur l'organisme sain, avec les symptômes dont Yes maladies naturelles sont composée^!. Vous ne connaissiez pas cette ressemblance , et ne saviez pas tirer parti d'une relation aussi remarquable , relation qui, comme le démontre l'application médicale de ces médicaments, selon îe principe de ressemblance , à des maladies composées de * semblables symptômes, produit le^ succès étonnants dont nous sommes témoins. Ces succès , impossibles à obtenir par toute autre méthode employée jusqu'à présent, indiquent ouvertement le dessein du Créateur , qui veut que la médication des maladies soit faite de cette manière, la seiile naturelle comme la seule certaine et sûre.
(( Si, niant les bienfaits certains de Phomœopatliie , vous la repoussiez de peur que son adoption universelle ne renverse vos anciennes méthodes , les livres qui en traitent et la thérapie ordinaire, ainsi que toutes les chaires fondées sur ces faux principes , vous prouveriez, que vous préférez le pire a l'înfiniment meilleur , et que vous êtes guidés par des vues intéressées, ne considérant le bien des malades que comme secondaire et comme n'étant digne que de peu ou point d'égard. Mais une telle pensée ne peut naître dans l'esprit d'hommes d'ailleurs si éminemment honnêtes et humaiqs. »
Ils ignoraient et ils ignorent encore celte seule ma nièrc naturelle de guérir les maladies : car, à l'ex-
ception des dogmatistes de l'école physiologique, qui créent un art de guérir à l'usage de leurs spéculatioiis, sans se donner la peine de le découvrir, qui attribuent à priori des propriétés aux médicaments, et décident que ceux-ci ton^beront juste sur la mesure étroite de leurs principes, l'allopathie déplore aujourd'hui, comme au temps dé Bichat, les bases chancelantes sur lesquelles repose ]a thérapeutique.
Vous vous étonnerez d'apprendre , Monsieur le Ministre, l'opinion de M. Andral fils sur la question qui nous occupe. Lui aussi est fatigué de l'état à jamais déplorable de la matière médicale. H'veut donc qu'où en appelle à l'expérience, et à l'expérience sur l'organisation à l'état physiologique.
« Sans préjuger, dit-il, la question que les homœo- (( pathes ont soulevée dans ces derniers temps sur la (( propriété qu'auraient les agents curatifs, de déter- « miner dans l'organisme les noaladies qu'en allopa- (( thie on se propose de combattre par eux , nous « croyons que c'est là uqc vue qu'appuient quelques (( faits incontestables , et qui, à cause des conséquences (( immenses qui peuvent en résulter, mérite au moins « l'attention des observateurs. A supposer,., ce qui est « très-probable, que Hahnemann soit tombé à cet (( égard dans l'exagération , si facile aux théoriciens , (( parmi les faits nombreux qu'il cite à l'appui de ses (( opinions , il est certain qu'il en est quelques-uns qui (( sont parfaitement en harmonie avec sa pensée. Que « l'on répète ces expériences, il est vraisemblable que
t( l'on verra surgir quelques afutres feits aussi authen-- « tiques; qu'un esprit vigoureux médite ces faits , (( qu*il les compare après les avoir explorés sur toutes « leurs faces, qui sait les conséquences qui en pour- « raient jaillir? »
Aveu naïf que celui de M, Andral ! Abandonné à Jui-méme dans le silence du cabinet, il avoue la vérité de ce qu'il a vu. Il l'avoue sans autre restriction que la tlmidit<3 qtii est l'apanage de tout éclectique. En cela, nous n'avons rien à dire. Tout* éclectique est en droit défaire ses restrictions; car il obéit à sa tendance, il est fidèle à lui-même. Mais lorsque le même homme, jeté dans le sein d'une académie, dément ses propres aveux, il n'est plus lui. Entraîné par l'esprit de corps et les exigences qui en sont la conséquence, il devient l'esclave du milieu qui l'entoure, et cet esclave trahit la vérité.
Diaprés ce qui précède. Monsieur le Ministre, vous ne pouvez douter que ni la pratique , ni la doctrine homéopathique, n'aient été ni examinées, ni étudiées par l'Académie, et que sa décision ne soit un véritable déni de justice. Vous lui demandiez si la santé publique pourrait être intéressée à la fondation de notre dispensaire. Elle repousse notre demande, sous prétekte que le fait ne dépose point en notre feveur, et que le raisonnement repousse nos doctrines. Les faits, elle n'a pas su les interroger : sans aucune logique qui lui permette de tomber d'accord avec elle-même, comment aurait-elle pu apprécier nos doctrines?
Dans l'inlérêt de la vérité, dans intérêt de toutes les classes de la société , mais plus particulièrement du pauvre, dont la santé est le plus précieux des capitaux, dont la santé est l'unique ressource , ordonnez , nous vous en supplions , que nos principes soient soumis à une vérification pleine, entière et méthodique. Le vénérable fondateur de l'horaœopathîe a compris qu'au dix-neuvième siècle 4es pensées grandes et utiles se donnaient rendez-vous sur le sol puissant, actif, libre et hospitalier de la France, pour de là s'irradier sur le monde et l'éclairer de leurs lumières. A cet âge où le repos est devenu un droit et un besoin , où on lègue à d'autres le soin de continuer son œuvre , où on aime à ne se séparer, ni de ses affections pleines de souvenirs, ni de ses habitudes* devenues une seconde existence ; entraîné par sa conviction et par son amour de l'humanité, il s'est arraché à ce que l'homme de toute condition, de tout âge, a de plus précieux en ce monde; pour venir saluer la France, cette terre providentielle et de progrès où l'ouvrier n'a jamais fait défaut à la volonté divine.
Un témoignage si éclatant de la puissance dé la conviction mérite qu'on y songe ; et s'il se peut que nous, ses disciples , jeunes encore dans la pratique de son art , mais pleins de bon vouloir, et ayant fait autant que notre faiblesse le permettait, ne fussions pas des juges irrécusables, le fondateur de l'homœopathie est ici. Dans le travail que nous demandons, il éclairera notre esprit et guidera notre bras. Grandis-
sant de jour en jour à l'ombre de ses conseils et de son affection^ nous vous sollicitons d'accéder à notre demande^ afin que ceux qui dëjà nous suivent, plus faibles que nous ne sommes, trouvent pour leurs études des facilités qui nous ont manqué , et que nous leur épargnions, autant que le permettent leé difficultés de notre art , les rudeà et pénibles labeurs quç nous avons essuyés, et dont nous avons seuls la conscience.
De grâce, Monsieurle Ministre, qu'en cette circonstance rien nenousarréte. Vous savez qu'en tout temps les .corps savants, juges compétents chacun dans la science qui lui appartient^ ont eu leurs préjugés dorit la société ne doit pas être victime. L'Académie des sciences repousse la découverte de Mesmer, et plus tard l'Académie dé médecine réforme l'Académie des sciences. Deux fois dans sa vie, Gall frappe à la porte de l'Institut français , dont à deux reprises différentes Te génie de Cuvîer le repousse dédaigneusement, et le génie des deux mondes donne tort à Guvier. Aujourd'hui, la phrénologie est une vérité de domaine public qui occupe la pensée des savants et des publicistes. Au même temps, les Académies et fes Facultés n'avaient ni paroles assez dures , ni mesures assez violentes contre l'illustré auteur de la doctrine physiologique, qui siège aujourd'hui dans lés Académies et dans les Facultés, précisément à côté de ceux qui le combattirent avec le plus d'acharnement. Au dix-septième siècle , l'Angleterre Vit briller* un homme grand par son sa-
' (64) voir en anatomic et en médecine. Guillaume Harvey y découvrit le mécanisme de la circulation, découTarte que les travaux du malheureux Servct, dé Servet mort pour la cause sainte du progrès, avaient si bien préparée. Des adversaires se présentèrent à lui, qui furent assez lâches pour le dénoncer au roi Charles P', son protecteur et son appui. Mais parmi ses plus dignes et ses plus redoutables ennemis, Harvey rencontra le pre^ mier des anatomistes français de l'époque : il rencontra Riolan. Jugez maintenant si des exemples aussi remarquables n'autorisent pas notre méfiance des petites passions académiques. ^ '
Monsieur le Ministre, que la Fiiànce, appelée aujourd'hui à recueillir les dernières pensées de Hahnemann , sache au moins devenir héritière de sa gloire. Nous attendons que vous nous en fournissiez les moyens; ce sera une grande leçon pour ces peuples d'Allemagne, puissants par la pensée, mais encore bien rebelles à la loi de Dieu , qui veut, selon la parole sublime de Bossuet, que P humanité marche ^ et qu'elle marche toujours !
Nous avons l'honneur d'être, avec un profond respect ,
De Votre Excellence ,
Monsieur le Ministre, Les très-humbles et très-obéissants iserviteurs ,
Péthoz , président ; Léon Simon , rapporteur^
tJê)aaaœ {le tyiweaecùne,
dur la népons^ qu'ils ont altr^eie
EN 4VBIL i835, AU SUJET DE L'HOMGEOPATHIE;
M. US coansrSf DES GUXDI , n'-'-i-^-o
D<ocieur4n Médecine ei Es-Sciences , ancien Professent de Mathématiques A l* Ecole Centrale de l'Ardêche , Officier de l* Université de France , Inspecteur honoraire de l'Académie de Lyon, Membre de l' Académie UoyaU des Sciences et Bel les- Lettres de Naples^ de celle de Turin ^ 4e l'Académie Ponlanicnne des deux Siciles, etc.
A LYON
AYNÉ FliS, SUCCESSEUR DE LOUIS BABEUF
RUE ST-DOMINIQUE « 2 , ET CHEZ TOUS LES PA1&X1PAUX LIoeiIRES.
L'Àcadém΀ royale de médecine, consultée par le ministre de Finstruction publique , sur la convenance d'établir des dispensaires en faveur de la doctrine homœopathîque , a répondu par la lettre suivante, adoptée (à Tunanimitè moins deux voix) dans sa séance du 17 mars i835:
L'homœopathie , qui se présente à Tons en ce moment comme one nouveauté, et qui voudrait en revêtir les prestiges , n'est puint du tout •chose nouvelle , ni pour la science , ni pour Tart. Depuis plus de vingtcinq ans^ elle erre çà et là , d'abord en Allemagne , ensuite en Prusse, plus tard eu Italie, aujourd'hui en France, cherchant partout, et partout en vain , à s'introduire dans la médecine, L'Académie en a été plusieurs ibis , et même assez longuement , entretenue. De plus , il est à peine quelques-uns de ses mcmhres qui n'aient pris à devoir plus ou moins sérieux d'en approfondir les bases, la marche , les procédés, les effets.
Chez nous , comme ailleurs , l'homœopathie a été soumise en premier lieu aux rigoureuses méthodes de la logique , et tout d'abord la logique a signalé dans le système une foule de ces oppositions formelles avec les vérités les mieux établies » un grand nombre de ces contradictions choquantes , beaucoup d« ces absurdités palpables qui rainent inévitablement tons les faux «ystèmea aux yenx des hommes éclairés » mais qui ne sont pas toujours un obstacle saflBsant k la crédulité de la multitude.
l^heE Boat , comme aiUevn • l'homoeopathie a subi ansti Tépreave de rinTefltigatioB des faits ; elle a passé aa creuset de l'expérience ; et chez nous, comme ailleurs, robsenration » fidèlement interrogée, a fourni les réponses les plus catégoiiqaes , les pins sévères, car si Ton préconise quelques exemples de guéiison pendant les traitemens homœopathiquès , on sait de reste que les préoccupations d'une imagination facile , d'upe part , et d'autre part les forces médicalrices de l'organisme, en' revendiquent à juste titre le succès. Par contre , l'observation a constaté les dangers mortels de pareils .procédés dans les cas fréquens et graves de notre art où le médecin peut faire autant de mal et causer non moins de dommage en n'agissant point du tout qu'en agissant à contre-sens.
La raiison et l'expérience sont donc réunies pour repousser de toutes les forces de l'intelligence un pareil système, et pour donner le conseil de le livrer à lui-même^ de le laisser k ses propres moyens.
C'est dans l'intérêt de la vérité, -c'est aussi pour leur propre -avantage, que les systèmes , en fait de médecine surtout , ne veulent être ni attaqués, ni défendus, ni persécutés, ni protégés par le pouvoir. Une saine logique en est la plue sûre expertise; leurs juges naturels, ce sont les faits ; leur infaillible pierre de touche , c'est l'ispérience. Force eat donc de les adandonner à la libre action du temps. Arbitre souverain de ces matières, seul il fait justice des vaines théories, seul il asseoit avec stabilité dans la science des vérités qui doivent en constituer le domaine.
Ajoutons que la prévoyance , qui est aussi la sagesse de toute admiministration publique , commande impérieusement une semblable déterminaison.
Chacun connaît assez, de nos jours, l'empire des précédens; essayons d'en prévoir et d'en calculer les suites dans l'espèce.
Après les dispensaires pour l'homoeopathie, on en demandera pour le magnétisme animal , pour le brownisme , et ainsi pour toutes les conceptions de l'esprit humain. L'administration appréciera , comme nous , les conséquences d'une pareille conduite.
Par ces considérations et par ces motifs , l'Académie estime que le gouvernement doir refuser de faire droit à la demande qui lui est adressée en faveur de l'homcropathie.
cJio cMdcMd. îe6 clllbeiu&ted de foUjca^cuiie c'boua/Ke' ^e cHllDedecuie.
Judioiiim dificile, Ezpcrientia fallaz»
r^/ëe/jCé
^eim/.
Pendant que la foule débonnaire des disciples de l'ancienne éôole se comptait dans Farrèt que vous venez de prononcer contre Thomoeopathie , pendant que tant d'hommes toujours satisfaits d'eux-mêmes, de leur savoir et de la science, trouvent leur compte à s'appuyer ici de vos décisions et à dormir en paix à votre voix , sur une question pour eux importune^ on ne peut douter que vous, Messieurs , vous ne soyez bien loin d'accepter de pareils suffrages , et de partager cette déplorable sécurité , quelque légitime qu'ait pu vous sembler d'ailleurs l'espèce de conviction momentanée à laquelle vous venez d'obéir.
Vous savez trop bien , Messieurs , par la marche de toutes les sciences , par l'histoire des corporations savantes de tous les temps , que toutes ont ' proclamé avec chaleur des illusions , proscrit avec entraînement des vérités, et vous ne pouvez un seul instant perdre de vue que Descartes , pour ne citer qu'un des plus grands exemples , a plus d'une fois , à son insçu , fait plier , pour son propre compte, les règles inflexibles qu'il avait admirablement formulées pour l'esprit humain, dans la recherche de la vérité. Imbus de ces redoutables, avertissemens , vous ne cessez de nourrir en vous la plus salutaire défiance de vos propres opinions,, et vous restez toujours prêts à les modifier par un nouvel examen.
C'est dans cette respectueuse conviction de Tesprit dont vous êtes animés, que je désire avoir l'honneur, non de vous parler d'homœopathie (vous: n'alléguez contre elle que des assertions^ je devrais n'y répondre que par des assertions , elles n'au-^ raient pas plus de poids que les vôtres , et ce serait temps perdu) , mais de vous parler simplement de logique et de bon sens , de rechercher avec vous , si vos opinions sur la doctrine de Hahnemann sont aussi arrêtées qu'elles vous l'ont paru , et si vous avez fait tout ce qui était convenable et possible , pour vous assurer de la légitimité de ces opinions.
Vous accueillerez avec bienveillance^ quelque faible qu'il soit , le tribut qu'un de vos confrère» croit devoir vous offrir dans une question q i certainement est toujours pour vous un sujet de doutes et de perplexité.
Vous avez, dites-vous au ministre, jugé Thomœopathie par le raisonnement et par les faits. Yoilà certes deux autorités bien dignes de la plus haute confiance, s'il est vrai que vous ayez ici mis en œuvre toute la force intellectuelle , toute la sagacité expérimentale dont vous êtes doués. Tâchons de reconnaître , jusqu'à quel point vous aurez rempli ces deux conditions dans le travail important et diflScile que vous annoncez.
La logique vous a tout d* abord démontré l'absurdité de Fhomœopathie. On sait très^-bien que la logique des carrefours arrive en effet tout d'abord à un pareil résultat ; savans et ignorans n'ont dès le principe qu'une voix à cet égard ; tous les homœopathès du monde ont aussi habilement que vous commencé de même à ne voir qu'absurdité dans la doctrine de Hahnemann , tous, sans en excepter Hahnemann lui-même, qui, au milieu de ses longs travaux , a dû bien des fois reculer devant ses propres découvertes.
L'homœopathie n'a jamais dit que, dans ce sens, elle ne fût pas une chose très-absurde : l'homœopathie ne s'est point annoncée comme une traduction nouvelle des trois ou quatre mots , autour desquels roulent en vain, depuis trente siècles, toutes les révolutions médicales ; elle s'est hautement et franchement proclamée grande découverte, c'est-à^ dire , chose grandement éloignée de tout ce qui a été su , admis et compris avant elle , ou , en d'au très termes, pour le commun des hommes , chose grandement absurde. On peut avec dignité modj-
fier quelques formules , employer trois saignées au lieu d'une , attribuer une vertu fébrifuge à la feuille de frêne ou à la feuille de choux ; il n^y a là rien que de fort honorable ; mais faire promener des hommes la tête en bas^ arrêter le soleil qui marche depuis la création , faire circuler le sang quand toutes les écoles certifient qu'il ne circule pas , jeter un monde au-delà de l'Atlantique , borne éternelle du seul monde possible peur nous , voilà qui dut être et qui fut long-temps absurde, et c'est au même titre que l'homœopathie revendique les mêmes honneurs.
De telles prétentions de sa part ne suffisent point, sans doute, pour la faire admettre, mais elles lui donnent incontestablement le droit de récuser tout jugement a priori^ et sans mûr examen.
Ce mûr examen vous a-t-il sérieusement occupés , comme vous avez l'air de le dire et presque de le croire? Ayez-vous, en le faisant, mis sous vos pieds toute habitude prise, toute idée préconçue? , Vous êtes-vous bien pénétrés , surtout de cette vérité, que ce qu'il y a de plus absurde au monde, c'est la prétention de trouver dans le peu de chose que l'on sait ou que l'on croit savoir la raison suffisante de l'immensité ^e% choses qu'on ignore et que découvriront les siècles à venir? On peut raisonnablement douter de prime abord que vous ayez pris tant de soin, pour un sujet auquel vous n'avez jamais guères témoigné que des mépris. On peut en douter par la faiblesse des notions que vous semblez avoir sur l'ancienneté de l'homœopathie , sur sa marche progressive et sur les solides
établi ssemen s qu'elle ne cesse de faire dans toutes les contrées. On peut en douter au ton seul des im* putations frivoles, inconvenantes, pour ne rien dire de plus j que lui ont faites presque tous ceux d entre TOUS qui en ont parlé au sein de l'académie ou ailleurs : pour peu que l'on ait parcouru les livres et les journaux indispensables à qui veut juger cette doctrine , on connaît un peu mieux ce qui la concerne, et, même sans l'adopter, on est forcé d'en parler autrement.
Mais, Messieurs et très-honorés confrères, ce sont vos vertus civiques surtout et votre probité médicale, qui nous donnent l'assurance, que vous n'avez point examiné la question , comme vous devriez l'avoir fait pour la résoudre.
Si l'homœopathie n'est qu'une vaine science , elle est pour la société entière le plus envahissant et le plus dangereux des fléaux , et certes vous seriez incapables de laisser aussi largement et aussi rapidement triompher cette avilissante et meurtrière épidémie, si vous aviez réellement, et tout d'abord, trouvé des armes assez bien trempées pour la vaincre.
Cette absurdité déplorable qui n'a pour elle ni les trompettes de l 'école , ni l'esprit de secte ou de parti , ni les préjugés du savant, ni ceux de Tignorant, ni aucun de ces agens innombrables dont toutes les thérapeutiques ont obtenu plus ou moins de succès, source d'un crédit plus ou moins durable, cette absurdité prospère et marche à la domination dans les quatre parties du monde , sans qu'on puisse comprendre pourquoi, ni comment. En Fran'^e, où
iO j'étais le seul homœopathe, il y a cinq ans , elle a déjà conquis plusieurs centaines de médecins, dans vos sociétés académiques , dans vos grandes cités , dans vos bourgs et dans vos villages. Ces médecins ont une pratique étendue à Paris , Lyon , Bordeaux , Nîmes , Rouen , Versailles , Dijon , Grenoble , Colmar , Strasbourg , Annonay , Vienne , Thoissey ^ Hières , Valence , Vesoul , Digne , Luxeuil, Bezançon , Limoges , Marseille , Bourges , Aubusson , Lunéville ^ Riom,etc. Près de nous, on en voit de très-occupés : à Genève , Chambéry , Lauzanne, Fribourg, Vevey, Morges, Thonon, Annecy, Bâle, Turin, Nice, Milan, etc. Praticiens pour la plus part depuis dix , vingt , trente ans même , ce n'est pas avec une baguette magique , ni du haut d'un char traîné par des dragons qu'ils distribuent leurs fatales amulettes; ils sont chez eux; ils y exercent consciencieusement leur profession comme par le passé , en conservant toute leur ancienne clientelie qui s'augmente chaque jour. Ils ne choisissent point leurs malades pour laisser â l'allopathie , ceux que l'imagination , le régime ou •la nature , ne sauraient guérir, mais ils combattent sans distinction toute maladie qui se présente, phlegmasies, névroses, éruptions, syphilis, goutte , scrophules , etc. Ils traitent également les épidémies et les épizooties; ils soignent les enfans, les aliénés et une foule de gens qui n'ont jamais entendu parler d'allopathie et d'homœopathie , et qui n'ont pas la moindre idée des doses infinitésimales.
Abandonnant , sans regret et sans retour , les
nombreux et commodes instrumens delà thérapeutique ordinaire , qu'une longue pratique leur avait rendu si familiers, ils mettent froidement en jeu sur un globule leur réputation , leur conscience > l'avenir de leur famille , la vie de leurs femmes^ de leurs enfans et de leurs concitoyens.
Ils font tout cela le plus simplement du monde, et le public qui, pour eux comme pour Vous, compté les succès et les revers , s'obstine toujours plus à les environner de son estime et de sa confiance; et à regarder leur méthode comme infiniment supérieure à toute autre. L'ambulance de plusieurs régimens leur appartient; de grandes manufactures leur sont confiées; plusieurs artistes vétérinaires de l'armée et des départemens ont adopté l'homœopathie ; enfin elle est dans Paris, sous vos yeux, l'objet d'un cours suivi avec le plus grand , le plus constant intérêt, (i)
Pourquoi faut-il ajouter que, claîr-semée partout , cette école, à peine soupçonnée hier, se voit, à l'heure qu'il est , déjà supérieure en nombre à toute autre école. Yîngt systèmes , souvent très-opposés, se partagent le monde médical français, ils
(i) Vous seraît-il , difficile de vérifier, à Paris même,, les faits suivans que je relève de la correspondance de M. Laburthe^ chirurgien-major du 4* ^^ hussards ^
Ce régiment a va diminuer rapidement le nombre de ses malades, depuis trois mois que son ambulance est ho-<^ mœopathiquement desservie. Surun effectif de 730 hommes» dont la moyenne aux hôpitaux était précédemment de 4^ à 55, ce corps n'y en comptait plus que ao à 2a vers le la mars dernier , et que 1 o à 1 a vers la fin du même mois*
sont même tous en présence dans l'étroite enceinte de TÂcadémie; l'Allemagne, l'Angleterre, tous les pays sont morcelés également par d'autres idées médicales d'un jour; tandis que les homœopathes, dominés par une loi fixe et précise, soumis à une règle invariable et suprême, chose bien neuve en médecine^ marchent sur toute la terre comme un seul homme, et pourraient déjà accabler de leur nombre toute autre fraction médicale qui oserait à elle seule leur disputer le sceptre. En vérité, tout cela ne fait-il pas gémir et trembler?
Et cette affreuse perversion de tant d'intelligences , vous seriez maîtres J'en arrêter les ravage» en nous ouvrant les trésors de votre logique victorieuse, et vous refuseriez impitoyablement de les ouvrir I Préposés à la garde des intérêts sociaux contre les erreurs médicales et contre les épidémies, vous n'oppqsez rien à l'inexplicable fléau qui va partout bouleversant les têtes , et décimant les populations ! Non , vous ne lui opposez rien , puisqu'aucun allopathe, soit au dedans, soit au dehors de l'Académie, n'a rien publié de solide sur la question , et que tout se réduit de leur part à quelques ébauches d'expériences, à quelques doctorales assertions et à quelques lazzis dont les tréteaux eux-mêmes ne veulent plus.
Comment donc vous absoudre de cette criminelle indifférence, à moins que l'on ne se hâte de reconnaître avec nous que, si vous ne combattez pas le mal, c'est uniquement parce que vous en êtes absolument incapables , et que , si vous vous tenez pour convaincus du dangereux néant de
rhomœopathie, vous ne savez par quelle voie vous êtes arrivés à cette conviction , et ne pouvez enseigner aux autres ce que vous n'avez point appris.
Tout, jusqu'ici, autorise donc à penspr, avec une probabilité voisine de la certitude, que votre logique nes'est point appliquée à juger rhomœopathie, mais que tout simplement vous croyez croire qu'elle est absurde , en sachant toutefois au fonds que vous ne savez rien d'elle , et que vous ne pouvez rien en
dire.
Je me trompe , vous ne vous bornez pas à de vides assertions, vous alléguez des expériences.
Et quoi , Messieurs , vous avez eu réellement le courage de chercher , par un travail opiniâtre et difficile, des résultats dont la logique vous a démontré l'impossibilité ! Oubliez-vous donc qu'un tel effort est au-dessus de l'humaine puissance , et qu'un trapisten'y tiendrait pas? Avec les opinions qui, dès l'abord, vous ont subjugués, vous n'avez pu faire qu'un semblant d'expérience, comme vous aviez fait un semblant de jugement. Le peu qui a été publié par un de vous, sur ses tentatives homœopathiques , prouve à merveille, en effet, qu'il a expérimenté comme vous aviez raisonné ; il a fait des épreuves pour son propre compte ; il a prouvé^ de reste, que son homœopathie, à lui, ne valait rien ; mais cela n'a aucun rapport avec rhomœopathie du grand Hahnemann.
Celie-ci , d'ailleurs, ne s'est jamais vantée de réussir toujours; la science n'a pas encore un demisiècle, et ne saurait déjà toucher à une perfection.
peut-être impossible ; le fondateur lui-même n^est pas toujours assuré du résultat de ses traitemens ; nous en sommes bien moins sûrs encore^ nous tous ses faibles élèves, qui joignons notre insuffisance personnelle à la jeunesse de l'art; et, sans être membres de FAcadémie , nous n'avons que trop souvent l'honneur de faire des expériences aussi mauvaises que les vôtres. Mais nous savons, nous, et vous Messieurs ^ vous paraissez ignorer, qu'en pareil cas, vingt résultats négatifs ne sont rien contre un fait positif; aussi trouvons-nous une admirable condescendance dans votre logique, si elle vous permet de prendre au sérieux vos quinze ou vingt tentatives expérimentales , et d'en conclure d'une manière absolue , générale , universelle , que rhomœopathie n'est rien*
Mariette aussi avait répété sans succès les expériences du prisme ; mais il ne se hâta pas d'en conclure que Newton fût un visionnaire ; etMariotl^ fit bien , car de meilleurs prismes lui apprirent plus tard que Newton avait raison.
Vous révérez, comme nous, la mémoire de l'illustre Laennec. Cet homme habile ne se laissait pas aisément dominer par des préventions, ni par la logique du premier moment ; vous savez à quelle dose il employa le tartre stibié , quand tous les médecins français ne voyaient encore qu'un empoisonnement dans ce procédé devenu plus tard une de vos richesses. C'est avec la même indépendance d'esprit qu'il fit des expériences homiœopathiqués. Sans préoccupation ^ et sûr de sa conscience , il crut n'avoir rien négligé pour dé-
couvrir la vérité, et ses insuccès lui firent conclure que rhomœopathie n'existait pas. Or, voilà que bien après lui, le savant chimiste qui avait préparé les médicamens homœopathiques dé Laennec , et 'qui a l'honneur de siéger parmi vous, déclare authenthiquement que ces préparations faites sur les documens de lexpérinientateur n'étaient point conformes aux exigeances de l'homœopathie, exigeances dont Laennec avait complètement oublié de s'informer et de tenir compte. Ainsi, dans un travail ardu et sévère, où le pieux Laennec se rend le témoignage de n'avoir rien négligé , rien omis , il se trouve en défaut dès le premier pas, et dans la partie la plus matérielle , la plus palpable de son entreprise, et par-là même il nous autorise à croire qu'il a dû comniettre plus d'une autre inadvertence dans le reste , bien plus difficile , de sa tâche.
Ces expériences, malgré leur nullité radicale, ont été souvent invoquées contre l'homœopathie par des gens qui , comme vous , Messieurs , se pressent en besogne. Pour moi, si je mentionne une omission aussi grave , dans une telle série de travaux entrepris par un tel homme , ce n'est pas pour en conclure que vous ne ferez jamais de bonnes expériences homœopathiques : Dieu m'en garde , mais c'est seulement pour vous dire , qu'eussiez-vous encore beaucoup de Laennec parmi vous , il est bon^ pour eux d'y regardera deux fois, avant de se croire certains d'avoir expérimenté sans reproche, et avant de proclamer leurs expériences comme l'expression définitive de la vérité.
Messieurs , raisonner avant tout sur la possibilité d'un fait qui s'annonce comme nouveau, n'est peut-être pas d'un esprit bieh sage , ni un sûr moyen de se maintenir dans cet état de liberté philosophique dont on peut avoir besoin pour recueillir et apprécier des documens ultérieurs, et pour interroger l'expérience sur la réalité du fait Pendant combien d'années nos raisonnenvens sur les aérolithes nous ont-ils fait dédaigneusement repousser du pied l'obscur caillou dont l'examen nous eût mis sur la voie de la vérité ! Il ne fallait que se baisser, et pendant des siècles nos raisonnemens nous ont empêché de le faire. Nos raisonnemens prouveraient encore aujoud'hui que la vaccine est une chimère, si une autre puissance qu'eux n'était venue nous forcer à descendre avec Jenner sur le terrain de l'expérience.
Il est vrai que toute découverte , une fois admise, on trouve presque toujours qu'il eût été facile de la légitimer d'avance , en examinant mieux toutes les notions qui l'avaient précédée. C'est bien ainsi, en effet, que, pour nous homœopalhes, la science nouvelle nous semble ne plus rien avoir d'étrange , et n'être point en opposition avec les connaissances qui l'ont devancée ; l'homœopathle comme, après copp, la plupart des grandes dc>couvertes, a pour nous ses germes, ses élémens et sa raison, dans des faits antérieurs; mais nous avouons sans peine que ce n'est guères qu'après avoir trouvé, dans cette doctrine, au moins l'objet d'une attention sérieuse, que nous avons su raisonner de la sorte.
Toutefois, direz-vous, s'il est imprudent de vouloir juger 5 ainsi d'avance , une découverte qui se produit au jour , faudra-t-il donc se condainner I Téternel supplice d'examiner tous les mensonges préconisés à chaque instant par la créduîté d'un village , le délire d'un fou , la cupidité l'un fripon ?
Non, certes, il ne faut point prodiguer à tant de fables des momens aussi précieux que les vôtres ; mais, en continuant à se défier de tout, il faut savoir aussi se défier de soi-même et de sa propre défiance ; et ne pas se croire bien habile quand , pour se défaire du mauvais grain , on se borne à jeter plus expéditivement tout au feu. Cette méthode rappelle par trop ce soldat suisse qui , enterrant les morts demeurés sur un champ de bataille, disait: Bah! Si vous les écoutez tous^ vous verrez qu'il ny en aura pas un de mort. En pareil cas , ne faut-il pas , au moins , prendre la peine de distinguer ceux qui parlent de ceux qui ne parlent pas?
Toute vraie découverte ne saurait tarder à avoir son langage, son expression, dans les efi*ets les plus manifestes qu'elle produit , dans les autorités dont elle s'appuye. Une saine critique, en évaluant sans prévention , de tels documens peut mettre le philosophe en voie d'y regarder avec plus d'attention ^ et de ce regard peuvent résulter de nouvelles données qui l'engagent à aller plus loin.
Comme le soldat fouisse , vous ne voulez pas même entendre ceux que vous êtes en train d'enterrer: vous n'avez tenu aucun compte des hauts
renseignemens que l'Allemagne vous jetait à pleines mains sur la place qu'y tient Thomœopathie et son illustre fondateur , sur Thôpital-modèle de Leipzick^ sur la chaire homœopathique, fondée à Heidelbergpar le gouYernemet, sur celle que vient de réclamer avec instance la ville de Gœttingue ^ sur les savantes leçons de Roth, à l'université de Munich , sur les ukases qui fondent, à St-Pétersbourg et à Moscou des pharmacies homœopathiques, sur la considération toute particulière du vénérable Hufland pour Hahnemann et plusieurs de ses disciples , sur des Princes et des Rois confiant à l'homœopathie leur santé et celle des personnes qui les intéressent le plus... Tous ces faits bien faciles à constater , bien faciles à évaluer , vous au-^ raient tenus un peu mieux en garde contre votre logique de tout d'abord , et vous auraient portés à en apprendre un peu plus sur l'homœopathie que vous ne paraissez en savoir. Tous vos documens de l'étranger sont en eJflFet bien pauvres , à en juger d'après votre lettre au ministre, et surtout d'après ce propos aventuré chez l'un de vous, au coin du feu , par un voyageur prussien , sur les homœopathes de son pays, commérage insignifiant et irréfléchi, qui, au mépris des devoirs de l'hospitalité et à la honte de notre nation, a été^ livré dans vos débats à une publicité quatre fois odieuse. Je me borne à relever celte particularité de vos séances contre l'homœopathie, de ce Meeting tristement historique , où si peu de voix sages se sont élevées , ejl où la présence d'un Ramus sem-
blerait avoir manqué seule pour y rappeler en toute vérité la déplorable guerre des cancans.
Mais, si vous êtes restés sourds à la voix de rAllemagne,n'ya-t-il donc rien même en France qui vous dise que Thomœopathie pourrait bien être plus qu'un rêve?(i) Des praticiens nombreux,
(i) Si vous veniez une idée des progrès de l*homœopa' thîe dans Topinion , écoutez seulement au sujet de Bor;deaux, une de vos autorités classiques, un des allopathes les plus distingués de cette dernière ville.
« Quand je vous écrivis naguère que la nouvelle doc-
» trine germanique se propageait lentement à Bordeaux , » j'étais dans le vrai ; mais , depuis un mois , quelle diffé- 9 renée I Plusieurs de nos sommités hurdigaliennes donn nent à l'envi l'exemple d'une confiance absolue dans » les règles douces et agréables de l'homoeopathie , et des » honunes graves , studieux, éclairés , des hommes exempts, » jusques^là, des croyances aveugles du vulgaire, ne dé- » daignent pas le secours d'une thérapeuthique singulière. . . » (Suivent les politesses d'usage , et l'auteur finît en % s'écriaat ; ) Rira bien qui rira le dernier. »
(Joi^rnul de Médecine pratique de Bordeaux , Mars, iSd5 ipag. i66.)
Est-il asf^ez jovial ee bon docteur qui attend pour bien rire que l'homoeopathie ait fait tourner toutes les tètes, et laissé mourir tous les malades.
Remarquez au reste que ce triomphe désolant de l'homoeopathie n'est point l'œuvre de l'entraînement et de la nouveauté; l'homoeopathie s'exerce depuis i83a a Boi-deaux où les aménités allopalhiques ne lui ont jamais manqué , et où pourtant elles n'ont pu sauver de ses pièges des hommes graves, studieux, et capables d'observer^ pendant deux ans, avant de se décider. Notez encoro que cette opinion favorable à Thomoeopathie s'élèvç gradiiiellenient du vulgaire au3^ soiQmités intellectuelles, tandis
un enseignement suivi avec chaleur , une opinion toujours plus favorable dans tous les rangs, des sociétés médicales , des hôpitaux ^ des publications incessantes, et formant déjà une bibliothèque, et tout cela dans un pays éclairé , dans un siècle po-
que^, jusqu'à ce jour du moins, l'erreur n'a jamais suivi cette route ascendente , si difficile et si longue pour la vérité même.
Au reste « nous devons - des remercîmens à notre confrère de la Garonne pour les nouvelles qu'il veut bien nous donner sur l'excellent esprit de Bordeaux , ainsi que pour la bonne histoire dont il nous a égayés par la même occasion.
Il s'agit d'une grave névrose , rebelle dès long-temps à tous les efforts de l'allopathie, et dont la malade se délivra tout-à-coup et sans méchef aucun , en avalant des capsules à piston qu'elle prit pour des globules homœopathiques. €e n'est pas en Béotie, c'est bien à Bordeaux que la chose est advenue ; car c'est un savant Bordelais qui en fait honneur à une de ses compatriotes.
Ce fait^ certainement digne de figurer avec tant d'autres dans les archives de la vieille thérapeutique, n'inspire pourtant à notre confrère aucune envie de l'approfondir et de l'utiliser, ni la moindre apparence d'incrédulité.
Approfondir! L'auteur n'a le temps d'y songer ; en train qu'il est de faire à l'Imagination, l'honneur de toute gnérison non prévue par le codex, il ne voit que d'innocentes boulettes de pain dans cette masse de cuivre et de sel détonant, et nous laisse d'ailleurs bien libres d'expliquer aussi par l'imagination comment la malade s'est tirée leste et pimpante de cet empoisonnement effroyable.
Quand à de l'incrédulité , ce n'est le cas d^en avoir ; on sent bien que l'historien garde soigneusement en réserve pour nous seuls toute celle dont il est capable ; il permettra volontiers qu'on se guérisse en avalant des boulets de canons , pourvu qu'on ne se guérisse jamais avec des globules.
sitif, défiant et difficile: tout cela ne dit donc rien ^ et vous ne voyez réellement rien d'absurde à prétendre qu'une absurdité suffise au déployement d une pareille puissance ! !
Voilà peut-être les simples raisonnemens par lesquels il eût mieux valu commencer : ceux-là vous auraient conduits sérieusement à des expériences irréprochables ; et , dans ce moment , vos conclusions, quelles qu'elles fussent, auraient une valeur dont elles sont totalement dépourvues aux yeux des vrais juges qui , en définitive, décident detout , et que n'abusa jamais aucune hallucination académique»
Au reste , le vice d'un procédé intellectuel , une fois reconnu , il est toujours facile d'y porter remède, pour peu qu'on en ait le courage: et le courage peut-il manquer à une société qui , dans d autres circonstances, en a donné de si nobles preuves?
Il y a donc lieu d'espérer que TAcadémie royale de médecine reviendra sur le jugement qu'elle a porté sous l'influence de fâcheuses préoccupations, et qu'elle reconnaîtra > comme nous, que les principes de l'honKsopathie reposent sur les lois de la nature , et sont confirmés par l'expérience»
Dans l'espoir de hâter cet heureux moment, j'envoie à l'Académie un opuscule que je lui recommande, non comme un bon ouvrage, j'en suis l'auteur , mais parce qu'il renferme des notions à la portée de ceux qui n'ont pas encore abordé l'étude de la science.
Cette Lettre aux Médecins français , publiée in-
fructueusement contre le choléra lorsqu'il désolait une partie de nos provinces , et quand la France comptait à peine cinq ou six praticiens de la nouvelle école , est tout simplement une caurte et modeste préface de circonstances des ouvrages de Hahnemann , écrite en faveur de ceux qui ne sauraient soutenir encore ïa lecture de TOrganon.
J'eus rhonneur de vous en adresser un des premiers exemplaires ; j'ai toujours dû croire que la' poste lavait égaré.
Cette brochure, dès long-temps oubliée en France où l'homœopathie n'a plus besoin d'un aussi frêle secours, conserve encore le mérite de l'opportunité dans des contrées plus en retard. C'est ainsi que Haubold a cru devoir la publier en allemand, il y a deux années, pour quelques provinces du Nord où l'homœopathie était le moins connue; c'est ainsi qu'on en a donné, il y a quinze mois, une édition anglaise aux Etats-Unis , qui alors comptaient peu d'homœopathes ; c'est de même ainsi que l'Espagne vient d'en publier deux traductions à la fois , au moment d'entrer à son tour dans la carrière. D'après cela, j'ai pensé que, même en France , la Lettre aux Médecins français pourrait retrouver son utilité pour ceux qui, comme vous, Messieurs , étrangers au mouvement dont se pénètrent partout les masses, en sont encore , pour l'homœopathie , au point où en était le royaume entier , il y a quelques années.
Messieurs, j'ai dune jamais répondre à la foule des agressions inconsidérées dont l'homœopathie a souvent été l'objet ; mais l'Académie royale de
méiï^cîntï , quelles que soient ses œuvres du mo-^* ment , a des titres trop nombreux et trop sacrés à Testime et à la reconnaissance universelle poui* qu'il soit permis de dédaigner ce corps illuistre , alors même qu'il paraît avoir le nK)îns songé à sa propre dignité , et pour qu'on se croye autorisé à lui refuser un tribut de méditation , alors même qu'il semble le moins disposé à en profiter. Puisse donc cette compagnie savante voir dans ces lignes une marque de mon respect pt)ur elle et du haut intérêt que j^attache à sa gloire. Puisse-t-elle y voir aussi les espérances, qu'avec les vrais médecins de toutes les écoles^ Je fonde sur ses travaux pour l'honneur de la science et le bien de l'humanité.
Lyon, le i5 mart i855.
C** S, Dés Guibi^ bocteUr, Médecin.
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L}oii. Itijpiiiiifrie de D.-L. AYNE, rue do lAichcvcclié, u. 5.
L'HOMOEOPATHIE
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SES AGRESSEURS
LYON
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