‹ Du froid en thérapeutique (volume 2)Chapitre 7 sur 41 · II I · texte numérisé non relu

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4e Pheii?aon : Augmentez le travail et diminuez h salaire ^ commence à n être plus la sagesse desr états ; mais cette grande révolution est à peine ébauchée , et , malgré les désastreux ayertissements de l'histoire , il y aura longtemps encore des Roboam pour régner , et de jeunes conseillers pour les perdre.

Ne soyons donc pas surpris si la même révolution ne fait que commencer également pour la médecine, et si elle n'a pas encore mis par-

pourra-t-elle donner des préceptes utiles ? Nous Fignorons encore , mais nous trouvons déjà ici une grande présomption pour la loi des semblables , dans le mauvais succès de la loi des con traire s, appliquée au même sujet. Partout d'ailleurs oii règne le principe des reactions vitales ) nous devons tôt ou tard parvenir à l'utiliser.

On sait dès longtemps qu'un excès d'intempérance « préparé par un maître habile, a été plus d'une fois la meilleure leçon de tempérance. Nous avons vu une faiblQ douleur ajoutée h une douleur sans mesure 9 ouvrir la source des larmes et prévenir par là vraisemblablement la démence ou la mort. Sans citer Montaigne et Piutarque , im>us trouverions partout des faits analogues.

L'éveil sauveur dp remords n'est-il point dû souvent h quelque nuance insolite du crime , à quelque circonstance y ayant dépassé les aptitudes habituelles d'un cœur pervers , son degré de capacité acquise pour le j»ial ? Philosophes ^ médecins, hommes religieux, ô non , de telles questions ne sont, pa^, pour vous des questions

lia tout sur le trône ce principe des réactions vitales* bien qu'il soit fondamental pour elle , comme pour le prince et l'instituteur, puisque les lois de la vie sont les mêmes, et dans les masses et dans la dernière molécule de l'embryon.

Mais puisque la politique et la science de l'éducation s'occupent aujourd'hui très sérieusement des réactions vitales et en comprennent toute l'importance , les médecins doivent y porter la même attention , sous peine de rester en

à rire! LVcrÎTaîn dont nous parlons est mieux qae personne en ëtat de nons dire , après tine ëtude de piusîears années, quel jour salutaire rhoniœopathîé peut rf^pandre sur de tels problèmes et quelles sages instructions elle peut donner à cet égard.

Pourvu, toutefois, qu'il se défie un peu de sa tendance à ne voir , comme Lamettrîe , qu'une machine dans l'homme : Il ne saurait admettre l'homœopathie, nous dit-il , parce qu'il ne conçoit pas qu'un ressort cédant au poids de vingt quintaux, doive se redresser sous Tin^ fluence de deux grains ajoutés à ce poids.

Il a grandement raison de ne pas croire à l'homœopathie , quand c'est à des hommes - machines d'acier , qu'on prétendra l'appliquer; mais les hommes que Dieu fit sont d'une autre étoffe^ ils ont vie, ils sont protégés par la loi des réactions vitales. C'est la pression imperceptible de l'éperon qui peut faire encore bondir le coursier tombant sous la pression de sa charge. Le physicien, même !e plus habile, n'est pas dispensé d'être physiologiste, quand il veut trancher au vif dans les- hauts problèmes de la physiologie «

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arrière d'une époque qu'ils auraient du j^lutét devancer.

Il est donc impossible désormais de perdre de vue un seul instant ces considérations , dans îemploi des agents thérapeutiques , et de ne pas y distinguer tonjours une action première, celle du remède; une réaction dernière, celle de l'économie.

Au moyen de cette distinction capitale, cherchons à reconnaître de plus près la manière d'agir des médicaments que vous administrez.

Quatre cas généraux , dans la pratique, nous paraissent embrasser toute la question : nous parlons des cas élémentaires , tels que vous les avez vus souvent dans leur simplicité, car c'est là qu'il faut d'abord se placer , avant dé songet à se rendre compte des innombrables nuances ou ces divers cas peuvent être diversement combinés entr'eux par la complication du mal et par la complication des remèdes.

Commençons par examiner l'action de vos contraires problématiques, en ne les prenant que là où ils laissent augmentation ou diminution du mal. Lorsqu'ils passent près de lui en quelque sorte sans y toucher , ils rie lui sont rien , et ne doivent pas nous occuper ici.

I. Tantôt vos contraires problématiques (ceux dont l'action première ne vous est pas démontrée être contraire au mal ) , sont suivis d'une aggr;>-

ration fiôale. Dans ce cas, et alors méine que raction première y est plus ou moins déguisée ou mal coonue , nous n'en sommes pas embarrassés: cette action est essentiellement soulageante, puisqu'elle provoque une réaction aggravante.. Ce sont donc vos véritables contraires, ceux qui en effet doivent être contraires au mal par leur action soulageante , comme ils sont contraires au malade par la réaction qu'ils appellent. Ce n'est pas un motif pour leur donner la préférence.

3L^ D'autrefois vos contraires problématiques sont suivis d'une guérison , plus ou moins complète. Cette réaction améliorante atteste une action aggravante. C'est le cas de tous vos vrais et durables succès, mais ce n'est pas à des con^ traires que vous les devez ; leur action n'est pas contraire au mal , puisque c'est la réaction correspondante qui Test.

Ainsi , dans ces deux premiers cas , la loi des contraires est plus que problématique., elle est entièrement en défaut : vous ne guérissez pas là où elle est, vous guérissez là où elle n'est pas.

Mais l'action première de vos remèdes n'étant pas déterminée et constatée immédiatement dans ces exemples , il n'est pas inutile de nous arrêter à d'autres cas où l'action , sans avoir besoin de nous être donnée par le raisonnement , n'est pas moins évidente en elle-même que la réaction.

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S^Souvenl; l'acUond'ua Temède qui soulage eFideimneat^ Qt qui est ainsi un contraire manifeste se voit suivi d'une aggravation du rnaU

C'est ici le cas de tous vos contraires évidents, Douseoiavous déjà parlé; c^ ne sont pas eux non plus : qui feront honneur à votre loi.

' 4^ Enfin t vous possédez aussi dans votre, pratique un certain nonpJ^re de cas oii. une action hiea certainement et visiblement agg;i;avante , nrullement contraire au mal par conséquent, est suivie d'une réaction curatrice.

Ces cas , plus négli^gés sans ^oute que le^ autres, n'en, sont pas motus assez in,ultipliçs pour . mériter la plus sérieuse attention, puisque ce.sont eux qui, avec les précédents, mettent le plus entièrement à nu, dans l'action comme dans la réaction, la valeur exacte de la Jloi curatrice.

Vous connaissez tous le vomitus vofnitu cu^ rutnr d'Hippocrate., et vous avez même eu la pensée de Vcpposcr , ces dernières apnées , avec quelques succès au choléra d'Asie. Le père de la médecine a aussi guéri un cas de choléra avec du verafram,éméto-catartique violent qui dpnnerait cette maladie à Thomme assez imprudent pour user sans précaution d'un'tel remède. Plus tard , en négligeant bien d'autres auteurs , nous voyons Rivière combattre des fièvres sppor^uses par de Topiiun ; la suette anglaise céder mira* culeusement ^ des sudorifiques ; Frank v^u^i

ii6 montrer des dysenteries éteintes par des dra$liques ; Sainte-Marie vous parler d'un remède guérissant pour des années, quelquefois pour toujours, répilepsie , après avoir provoqué un accès violent de ce mal ; ailleurs vous avez va des érysipèles céder au vésicatoîre qu'on y applique ; aujourd'hui ce moyen a même des succès contre les ophtalmies; notre Viricel a guéri des constipations par Tacétate de plomb; il a guéri des phlegmasies des voies urlnaires par de la teinture de cantharides. De tels faits se mal-? tîplient à mesure qu'on les cherche ; Bréra en a obtenu plusieurs de très remarquables dans sa longue pratique; ils sont positifs , incontes* tables ; la guérison y est ordinairement très prompte , complète , souvent sans retour. .

Ainsi ce quatrième cas ne condamne pas moins la loi des contraires que les précédents, puisqu'il met en évidence complète le succès de moyens entièrement opposés k ceux que cette loi conseille.

D'après cela, comment espérer de faire encore quelque chose de bon d'une telle loi ?

Mais pourquoi donc vous attacher à recrépir ce ruineux édifice , vous épuiser à soutenir cette déplorable loi , quand nous venons d'en apercevoir une autre au sein de vos richesses h^ pltis anciennes et les lïiieux constatées , une loi indiquée et mise en pratique par Hippocrate lui-

même '» une loi qui n a manqué sans doute que d'attirer un peu plus les regards, pour être , depuis des siècles, en pleine vigueur?

Pourquoi ne vous mettriez-vous pas en mesure d'en tirer tout le parti possible ?

De deux lois qui sont également h vous , l'une, essentiellement obscure dans son application , vous trompe dans toutes ses promesses, malgré tous vos eSbrts pendant vingt siècles pour la décorer; l'autre, à peine remarquée, vous a rendu évidemment de beaux services , et semble même pouvoir revendiquer tous ceux dont vous avez fait honneur à sa rivale.

Quel intérêt auriez-yous à immoler la loi la plus clairement applicable et la plus salutaire « à la loi ténébreuse qui ne vous sert de rien , puisqu'elle ne vous mène à aucun procédé pour la recherche et le choix de vos remèdes , bornée qu'elle est h tirer vanité de ceux que le hasard , rempirisme, ou des analogies plus ou moins spécieuses, vous font essayer avec succès ?

Combien elle serait mesquine et peu digne de vous, l'autorité qui s'élèverait pour vous dire que les cas où votre meilleure loi est empreinte, sont des cas rares, des exceptions!. ^ Nullement rares! nombreux au contraire , plus nombreux , dès aujourd'hui même , que les cas évidents de

' Voyez h ce sujet une citation de Bréra, page lag.

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rapplîcalion de la loi des contraires , ot ayant sur ces derniers Timmense avantage d'une vraie guérîson » au lieu de n'être qu'un effet précaire comme eux.

Des exceptions !... Eh ! n'est-ce pas tonjourô des exceptions qui ont conduit à de nouvelles découvertes ? L'ancienne chimie avait die la peine h comprendre que le plomb dépouillé de son phlogîstiqne, par lacalcination, en eût acquis plus de pesanteur. Ce fait l'avait frappée comme une exception; or cette exception renfermait la théorie à venir de Toxidation , renfermait l'oxigèûCg toute la nouvelle chimie.

Les trente-deux pieds du fontainier de Florence étaient aussi une exception; la nature avait horreur du vide excepté au dessus de treûtedeux pieds , et cette exception nons a doMé notre atmosphère.

Quand un seul fait évident attesterait le bien* fait de la loi qui nous occupe , il mériterait d'être examiné, approfondi. A plus forte raison , d^s que de telles observations sont déjà très nombreuses ; à mesure qu'on en cherche , on en re^ trouve partout: il n'est pas un auteur, pas un pra* ticien, qui n'en ait recueilli quelques exemples.

Et fussent-ils bornés aux huit ou dix que n&a^ avons pris au hasard, ne sont^ils pas comme des têtes de colonne? N'embrassent-ils pas , h eux seuls, déjà presque le cadre entier de la nosolo-

gie? N'attestent-ils pas que les divers troubles des

diverses fonctions obéissent aa même principe ?

Quand Tulcère se cicatrise sous l'influence d'un caustique, quand l*érysipèle, rophtalmie; la cystite , Turëtrite , cèdent h des moyens enflammants , n'est-il pas conforme aux règles de l'analogie la plus légitime, d'espérer que d'autres inflammations seront soumises à la même loi?

Croirait-on improbable de guérir mille affections nerveuses , plus ou moins bornées et pas-» sagèresi en leur opposant des moyens capables de les produire , quand on voit l'épilepsie avec son vaste et i^ormidable appareil, la désespérante épilepsie, céder comme par enchantement à un remède épileptigène?

Sera-t-il interdit de tenter cette nouvelle voie pour guérir divers troubles des excrétions et des sécrétions; quand on voit des praticiens arrétef la salivation par du mercure , la suette pat des sudorifiques, la diarrhée par des purgatifs, etc.?

Toutes ces considérations que la nature de cet écrit nous permet à peine d'indiquer, ne vous conduisent-elles pas à étudier .. approfondir celle loi des semblables, car c'est bien là son vrai nom , à lui donner le rang qu'elle mérite dans l'art, en la substituant avec d'incalculables avan^ tages à la loi illusoire et trompeuse des contraires , h vous en servir enfin pour élever un édifice qui soit au dessus de toute concurrence possible?

Abandonner une loi 8\ ancienne et consacrëe par tant de labeurs , peut paraître un sacrifice trop grand , une sorte d'apostasie au gré de plusieurs susceptibilités : Hé bien, oui, conservons la loi qui est l'ouvrage de Thomme , et abandonnons les faits qui la démentent et qui sont l'œuvre de Dieu !

Il nous semble toujours de prime abord qu'une science est perdue , si l'on en dérange les lois : on dirait que tous les faits qui s'y rallient vont s'évanouir avec elles , et que tout ce qui s'est . appris de positif et de vrai sous son règne , va, comme elle , se dissoudre en vapeur 1 Étrange empire des mots qui domine trop souvent les meilleurs esprits !

Les lois de l'électricité ont subi de nombreux changements depuis Franklin : aucune de ses idées vraies, de ses ingénieuses machines n'a péri ; aucun des paratonnerres que ses mains ont placés sur nos monuments» n'a cessé de conjurer la foudre.

Une loi infidèle , un principe faux , rallie les faits observés, par l'astronomie ; la science marche, et le nom de Ptolémée est écrit dans les cieux en lettres étincelantes....» Un jour vient pourtant où les faits accumulés sont tels que le principe qui leur sert de base ne peut plus les porter, il en faut un autre ; Copernic le donne» mais alors comme aujourd'huii , tout est perdu.

Ton porte une main sacrilège sur les lois fondamentales du monde ! Hëlas , on ne touchait pourtant qu'à un système artificiel d'idées pour en adopter un meilleur. Aucune réalité ne fut perdue; un grand nombre dé faits dont on ne pouvait rien tirer furent mis à leur place et parlèrent , et des progrès sans bornes feront longtemps encore bénir le jour où la vieille loi du ciel fut abolie : Ton comprend à peine aujourd'hui les oppositions qui ont pu ralentir cette réforme salutaire.

De telles répugnances ne manquent jamais d'être flétries chez les générations qui héritent sans combat d'une découverte longtemps méconnue ; mais , à leur tour mises à l'épreuve par une découverte contemporaine , on les voit ordinairement, dominées par les mêmes antipathies, opposer les mêmes armes à la vérité naissante, et, comme leurs devanciers, se livrer, sans souvenir et sans prévoyance , à la risée de leurs successeurs.

L'humanité ne doit-elle pas s'affranchir enfin de ce honteux tribut , et ne sont-cepas les médecins qui , accoutumés à réfléchir le plus sur les faiblesses de l'homme, sont appelés les premiers à donner l'exemple d'un tel affranchissement , dans le soin des hauts intérêts que la société leur confie ?

Abandonner la loi des contraires , non ce n'est

pas mëpriser le fanal bienfaisant qui dirigea vos premiers pas , c'est laisser disparaître dans ses marécages la lueur trompeuse qui vous à longtemps égarés , c'est vous tourner vers Tastre lumineux qui s'élève de l'orient.

Et voyez comme l'utile et le vrai s'enchaînent ! voyez combien Ton marche vite quand on est dans une bonne voie !

Malgré tant de siècles d'épuisement , malgré les secours prodigieux que vous ont fournis la chimie et l'histoire naturelle , malgré le tribut des navigateurs de retour de tous les parages , malgré les cliniques , les chaires et les laboratoires innombrables dont la loi des contraires a disposé si longtemps, la vieille matière médicale est toujours dans une incertaine et versatile enfance, de laveu de tous, tandis que la loi des semblalesvous garantit le moyen sur de posséder bientôt une matière médicale, étendue, et pouvant encore s'enrichir sans doute, mais ne pouvant plus changer , ni jamais rien perdre.

Le hasard seul , lempirisme , le soufHe variable des hypotèses, le conseil dune vague analogie , rexpérience chez Thomme malade , toujours tardive , toujours masquée par des éléments étrangers et toujours nouveaux , ont été vos seuls moyens de constater quelques propriétés des remèdes ; car quelle autre voie aurez-vous jamais pour chercher des ùontraires que le

plus souvent vous ne sauriez même concevoir î Aussi voyez combien de peines ont eues tous vos remèdes héroïques pour s'introduire ! Une comtesse ! un jésuite! un sauvage!., belles autorités vraiment pour déterminer si le china est un contraire de l'intermittence , quand toutes les facultés réunies n ont pour le savoir que l'épreuve clinique, souvent si obscure et si contestable!

Avec Tespoir de guérir par les semblables , on sait où il faut en chercher. Presque tous les corps non alimentaires essayés sur Thomme sain, lui causent des affections dont le nombre et la variété n'ont pas de limites; ces expériences, en nous* montrant les symptômes que chacun de ces agents peut produire , nous le signalent luimême comme le remède des maux semblables que nous aurons à traiter.

On s'étonne que tant de générations nous aient devancés sans jamais s'arrêter à l'idée sérieuse d'étudier sur l'homme sain l'action des médicaments ; on s'étonne de voir cette idée encore dédaignée, même depuis que le grand Haller a donné l'ordre formel de s'en occuper.

Hé bien , il ne faut pas s'en étonner du tout; de trop faibles intérêts se rattachaient à ces expériences sous l'empire d'une loi qui ne pouvait en tirer directement aucun parti. Que lui im-^ portait de connaître les maux incalculables que les médicaments peuvent produire ? quel mal un

x:24 de ces maux pouvait-il guérir ? de quel mal étaitil le contraire , hormis dans les cas si peu nombreux dont nous avons plus d'une fois parlé ?

Dans une science qui ne peut parvenir à se donner ses instruments , reconnaîtrait-on bien cette même médecine que Dieu, par la bouche de l'auteur sacré, appelle honorable , et institue pour l'utilité des hommes ? A laquelle de vos deux lois , celle qui est clairement applicable et produit ses agents avec une merveilleuse facilité , ou celle qui ne se comprend pas ellemême et n'attend presque ses moyens que du hasî^rd , à laquelle de ces deux lois la Providence a-t-elle imprimé le sceau de la puissance, delà sagesse et de la bonté ?

Et quand on voit aussi que l'épreuve des médicaments sur l'homme sain révèle dans les substances les plus vulgaires la propriété de pro^luire une variété infinie de symptômes , répondant à la variété sans fin de ceux que présentent nos maladies , n'est-on pas entraîné à se demander encore si tant de puissances ont été distribuées sans but à tous les corps de la création?

D'après toutes ces considérations , et surtout d'après celles que vous aura inspirées l'examen des faits que nous vous avons rappelés , vous apprécierez l'avantage d'avoir dans vos mains un instrument sûr pour interroger d'avance tous les agents que vous pourrez opposer à nos maux ,

et pour connaître exactement par leur réponse, à quels, maux vous devez les appliquer.

Cet instrument existe dans vos annales ; tous les symptômes reconnus être reflet de quelques remèdes, et consignés, dans toutes sortes de vues, chez les divers auteurs de tous les temps, ont été soigneusement recueillis par Hahnemann. Il a ajouté à ce précieux dépôt le résultat de ses expériences personnelles faites avec un talent d'observation et une persévérance qui jusque-l«\ n'avaient pas eu d'exemple. C'est ce que nous appelons la matière médicale pure. C'est notre inestimable trésor.

Ce trésor vous, appartienjt conune à nous „ vous avez le droit sans doute de ne l'adopter qu'après le plus sévère examen, le droit d*en constater , d'en répéter toutes les. expériences * ; loin de nous en off'enser, nous sommes tous prêts à profiter de ce que vos travaux pourront' ajouter aux recherches qui ont été faites. Mais vous ne pouvez plus, sans démentir votre noble vocation, vous refuser à une série d'investigations sur la loi des semblables, et vous le pouvez d'autant

« L'exemple en a été sagement donné par Jorg, profess. (le mat. , méd. à l'univ. de Leipzick; vojez son ouvrage iatitulé : Materialien zu einer kunftigen Heïlmïttellehre , durch Versuch^ der Azzneien an gesunden Menschen , etc. Lpz. i855.

moins que notre matière médicale pure vous en donne la plus grande facilité.

Nous venons de parler de Hahnemann et de ses écrits , nous cessons donc de nous occuper uniquement de vos propres idées et de vos propres observations; nous vous ramenons sans nous en apercevoir sur les travaux de notre école; mais pourquoi vous refuseriez-vous encore à nous y suivre? Les grands principes que vous n'avez pu méconnaître dans l'inventaire que nous avons fait ensemble de vos propres richesses , pourraientils cesser d'être des principes importants parce qu'Hahnnman aurait consacré à leur triomphe ses prodigieux labeurs ? Comment le nom de cet illustre vieillard pourrait-il à vos yeux desservir la cause de la vérité ? Comptez-vous donc en Europe beaucoup de renommées qui puissent craindre de ^abaisser en saluant la sienne ?

Nous ne vous demandons point toutefois d'être ses disciples; soyez , si vous le voulez, ses critiques, ses juges sévères ; cherchez à la loi des semblables dés limites qu*il ne lui a pas assignées; établissez les cas oii l'on puisse guérir sans elle ou mieux qu'elle; modifiez, corrigez, perfectionnez sans fin , mais cessez de négliger Tétude d'une doctrine, on, si vous voulez l'appeler ainsi , l'étude d'une branche de l'art dont voui ne pouvez plus méconnaîtra Iç haut intérêt et l'inépuisable fécondité.

Pour d'aussi consciencieux , d'aussi utiles travaux , vous entrevoyez d'avance que vos doses ordinaires pourront avoir plus d'une fois besoin d'être réduites.

N'ayant plus pour but de contrarier violemment les directions de la nature , d'opposer la force ouverte à ses forces , mais voulant au contraire augmenter , et le moins possible , un mal déjà existant, vous agirez sansdpute avec les plus faibles de vos doses connues; peut-être les rendrez-vous plus faibles encore, et ce sera aussi pour vous un objet important de recherches auxquelles vous ne pourriez vous sqnstraire , mêniG eu persistant à ne reconnaître» malgré tout, que la loi des contraires ; la règle de vos doses e^t encore si vague et si variable qqe force est bien d y songer sérieusement , pressés que vous êtes aujourd'hui entre l'école italienne et ses infiniments grands , l'honioeopathie et ses infiniments petits. Restez, si vous le trouvez bon, dansle juste milieu, mais sachez et faites connaître pourquoi.

Arriverez-vous jamais par 1«\ aux doses infinitésimales? Peu vous importe de le savoir d'avance, vous arriverez oùrexpériencevous conduira. Que si, par extraordinaire, vous y arriviez, vous pourriez en être. surpris sans doute, mais vous ne reculeriez pas plus devant la force des choses , que Hahnnman ne l'a fait Iqi-méme, quelque peine qu'il ait eue à s'y soumettre.

L'homœopathie a dès long-temps et Lien des fois détruit les objections qu'on lui a faites sur ce point; les réponses n'ont pas été lues , et partant , les objections n'ont cessé de se reproduire toujours les mêmes avec une imperturbable et commode assurance. Mais il ne vous sera certainement pas nécessaire de lire aucune dis* cussion à cet égard , vous trouverez tout en surabondance dans vos notions de physiologie , et dans votre propre thérapeutique.

Des hommes versés comme vous dans letude des phénomènes de l'organisme sentiront aisément que des puissances d'un tel ordre ne se mesurent pas à l'aune ou à la livre , et que rien ne démontre le besoin d'enchaîner avec des cables la force mystérieuse de la vie, puisque les aiguilles microscopiques de Swamerdam sont encore des millions de fois trop grosses pour la saisir. Si des agents impondérables , si le principe du choléra , de la peste , de la fièvre des marais , etc. , déciment Thumanité , en exerçant sur nous le plus énergique empire, vous pourrez sans doute admirer la bonté providentielle qui nous permet enfin d'opposer à d'imperceptibles agents, des agents imperceptibles comme eux; mais le fait ne vous présentera rien qui ressemble à l'impossible.

Vous savez très bien que les bornes.de votre intelligence d'aujourd'hui ne sont pas les bornes

de la création , pas même les bornes de votre intelligence de demain '.

Nous n'insisterons pas sur de telles raisons que vous trouverez en foule, dès que vous aurez besoin de les chercher, mais nous vous rappel*^ lerons un seul fait de votre thérapeutique , fait qui vous est bien familier , et qui , h lui seul , démontre que la question n'a rien de nouveau pour votre école.

« Brera , après avoir rappelé plusieurs de ses gueiîsons obtenues, par les semblables et consignëes|clans ses diverses publications, ajoute qu'il fut conduite de telles entreprises par l'observation et par l'e^përience , mais avant tout par les trois circonstances suivantes: cci® Par Cl la considération d'un passage d'Hippocrate , à lui încc diqué par Bluinenback , alors son professeur k Gôtc< tingue : Les maladies peuvent être parfois guéries ce par des moyens capables de produire analogie de ce mal 'j 2^ par l'action des virus contagieux , et surtout ce de la vaccine et de la variole qui , étendus à un état ce presque immatériel 9 et inoculés, développent , après ce un certain temps , une action tellement puissante >? qu'il s'allume dans l'organisme un procédé muUicc pliant à milliards les atomes contagieux introduits ; ce 3** par la méditation des idées sur les vicissitudes ce pathologico-thérapeutiqnes du mixte organique , apcc prises , par lui , à l'école de Reîl , à Halle , puis énonce cées dans ses annotations médico-pratiques , années ce 1 7()6 — 98. » (Brera, -^«/Ao/. Med, , septembre 1854. Extrait rapporté par la Bibliot, homœopat. de Genève , tome V, page 2C)5.

iSo

Le lait d'une chèvre , traité par les frictions pour un enfant malade , offre-t-il une dose de mercure qui ait la moindre analogie avec aucune des plus petites doses que vous ayez jamais employées i? Dans Teau qui a bouilli sur ce même corps est une qualité vermifuge incontestable , -quelquefois une cause énergique de salivation. Là est toute la question, et vous vqjck qu'elle est dès longtemps décidée pour vous, ^

Vouloir en effet traiter ceci d'exception serait peu philosophique. Déjà fhonorable Audral accorde un privilège au mercure en faveur de la loi des semblables , vous ne voudriez pas , en créant encore un autre privilège pour ce métal, au sujet des doses , nous ramener aux beaux jours où ralchimîe instituait un langage et des lois spéciales exprès pour lui , et lui assignait une place tout à fait à part , au milieu des êtres de la création.

Ce fait, fût-il le seul de son espèce , devrait

' La pratique universelle traite de la sorte beaucoup de maladies des enfants ; nous citerons seulement la guerison des fièvres intermittentes du nourrisson par le kina donné à la nourrice. Ici 1* action du remède sur le malade est positive •, dans beaucoup d'autres cas on pourrait expliquer sa guerison par l'effet hygiénique d'un lait devenu meilleur, mais non médicamenteux, à la suite du traitement employé pour la nourrice; nous n'entendons invoquer ici en notre faveur que de» exemples à l'abri de toute discussion.

avoir dès longtemps occupé 1 école ancienne : on ne joue pas avec des faits pareils, on ne les regarde pas comme une bizarrerie sans conséquence, il faut travailler à expliquer Texception ou à prouver que ce n'en est pas une^.

Toutes ces réflexions vous viendront bien certainement d elles-mêmes, dès que vous aurez rencontré quelque phénomène qui puisse vous y conduire.

Dans cette voie laborieuse et savante d'expérimentation , il est impossible que vous ne fassiez pas de grandes découvertes ; vous y serez d'autant plus heureux qu une foule de médecins

» Kopp , dans un livré écrit avec réserve • sage criti-' que et équité , qui, pendant six années , a fait des expériences sur l'homœopathie , reconnaît formellement la découverte en ce qui concerne l'atténuation presque indéfinie des substances médicamenteuses , et assm^e y avoir eu souvent recours avec succès. c<Si j'étais appelé ce k prononcer comme juré, ma conscience ne me perce mettrait pas de m'exprimer autrement : oui les décc cillioniëmes déploient des vertus curatives détermicc nées 9 mais je crois cependant qu'en général leur ce action se fait sentir avec plus de force chez les macc lades sensibles et irritables , et que ces cas là sont ce ceux oii il convient surtout de les employer.^ (Quel^ ques considérations sur V Homœopathie , thèse soutenue publiquement devant la faculté de médecine de Montpellier 9 par Henri de BonnevAI^ , docteur en médecine, le 3 juillet i855.

du premier ordre, jusqu'ici complètement éloignés de la controverse, se plairont à s*y présenter dès qu'au lieu de vaines paroles et de vains écrits , il s'agira de travaux sérieux et éminemment profitables a tous.

Un principe longtemps négligé vient revendiquer ses drpits; de nombreux antécédents vous le recommandent ; des travaux immenses ont déjà signalé ses premiers efforts; il offre de vous aider à faire une révolution d'autant plus salutaire qu'elle diffère plus complètement des mille révolutions dont la médecine a vainement été la proie jusqu'à ce jour.

II semble difficile de ne pas reconnaître le sceau de la grandeur et de la vérité dans ce principe quand on fait attention que , par sa nature même , il vous conduit à former un seul faisceau des deux branches fondamentales de l'art , nécessairement si mal unies jusqu'à présent, et de rendre impossible , dans Tune comme dans l'antre , cet arbitraire qui n'a pu jusqu'ici ne pas y intervenir sans cesse.

Le diagnostic a été l'objet des plus grands efforts et a fait entre vos mains de notables progrès ; mais la thérapeutique en a-t^elle proportionnellement profité? Guérit-on beaucoup mieux les affections pectorales depuis la publication du bel ouvrage de Laennec? Vous ne le pensez pas:

C'est que le principe de l'antagonisme , essentiellement stérile , comme tout ce qui est négatif , ne. fait pas mieux trouver le contraire d'un symptôme savamment étudié, qu'il ne fait reconnaître le mal auquel un remède bien observé en luimême sera contraire.

Il en est tout autrement du principe des semblables. Avec lui , pas un symptôme qui ne serve immédiatement et clairement h nommer le remède auquel il doit céder , comme pas une propriété d'un remède qui ne serve à montrer a priori^ immédiatement et clairement, le cas dont ce remède est chargé de triompher. Avec ce principe enfin , nulle possibilité, nul besoin pour rhomme de l'art , de se placer avec ses propres idées entre le mal et le remède j le fait est constaté , le code est écrit , le médecin est juge ; appliquer la loi est tout ce qu'il est tenu de faire, tout ce qu'il lui est loisible de faire.

Comment , avec de tels titres et de pareilles promesses , le principe des semblables n'attirerait il pas toute votre attention ?

Oh! quel exemple pour l'avenir, quelle réponse aux détracteurs du siècle , si tout ce que renferme l'ancienne école de médecins consciencieux et savants , notre honorable adversaire au milieu d'eux , oubliant des préventions irréfléchies, et peut-être d'abord inévitables , comme nous les oublions nous-mêmes, se livraient de concert

i34 et avec dévoûment à l'examen d*uae question qai renferme un des plus grands intérêts de ce monde ! Qu'elle serait glorieuse 1 époque ou la vérité aurait triomphé » pour la première fois peut-être, par le concours éclairé et généreux des hommes, au lieu de triompher comme elle l'a fait nécessairement et toujours , même au sein de la barbarie « par la force des choses et la marche du temps !

En présence d'une telle perspective, de tristes récriminations font place pour nous à des sentiments de bonheur ! Notre horison s'agrandit , nos regards s'élèvent et nous sommes déjà bien loin du moment pénible où nous fûmes condamnés à repousser une agression peu méritée. Dans tout ce que nous disons, dès longtemps, nul sujet de mésintelligence ne s'est présenté; heureux de nous retrouver avec vous , en frères , sur ce terrain chéri auquel se rattachent le souvenir de nos jeunes études et le charme de nos longues sympathies , nous nous sommes assis au milieu de votre école sans cesser d'être un instant dans la nôtre ; nous vous avons montré nos richesses dans vos richesses , nous avons signalé notre loi dans la plus bienfaisante et la plus vraie de vos lois; enûii , pleins de confiance en vous , nous avons mis dans vos propres mains nos plus chères espérances. Comment verrionsnous donc encore des adversaires , comment

craindrions-nous encore longtemps des préventions chez vôtis , vous qui , d'après vos propres principes, et même en restant plus ou moins séparés de nous , devez être les plus ardents explorateurs des grandes vérités dont vous connaissez comme nous tous les titres? Et comment ne présenterions-nous pas une main fraternelle et presque reconnaissante au savant médecin qui, en nous forçant de lui répondre , a fini par nous amener avec lui devant vous , en famille et sur ce terrain d'harmonie et de conciliation ?

Un grand spectacle a fait l'admiration des peuples. Heureuse la contrée qui pourrait le leur montrer deux fois en moins d'un siècle !

Elle était belle la chimie où se déployait largement et sans contrainte le génie des Becker , des Stahl et des Boerhaave ! Fondée pourtant sur un être et des principes imaginaires, cette science ne soupçonnait pas même l'existence d'une foule de corps insaisissables qui intervenaient sans cesse dans ses œuvres ; et c'est avec un instrument aussi défectueux que de profonds observateurs étaient parvenus à doter chaque jour l'industrie des plus riches présents , et à étonner chaque }our la société par de nouveaux prodiges ; et c'est dans une telle carrière que la gloire des Bergmimn , des Rouelle , des Macquer, ne le cédait en rien à la gloire dont nous avons vujustement entoures les Ft^ank , les Pinel j les Tomassini , les Broussais !

LaToisier parut. La rrastanoe fut chande ,* héroîqne : Bertholet sortoat repoussa longtemps les prétentions de l'école naissante avec tout ce que la conviction pent donner de persévérance à rhomme de bien, avec tontes les armes qne l'école régnante pouvait prêter an génie. A chaque découverte des poeumatistes , Bertholet opposait le lendemain une découverte dont l'ancienne théorie pouvait réclamer l'honneur. Admirables combats ! La vieille erreur fut vaincue à la fin, mais Bertholet ne le fut pas, ni aucun des soldats de sa généreuse armée. La victoire fut la conquête de tous , la gloire de fous ^ la richesse de tous , et la science prit un essor qui ne s'est point encore ralenti.

Eh bien ! ce qne Lavoisier disait alors aux chimistes , ne s'adresse-t-il pas aujourd'hui à tous les médecins de Tancienne école? Vous ignorez le principe qui joue le premier rôle dans yos œuvres et auquel vous devez bien des succès; il est dans vos mains , il ne tient qu'à vous de le saisir ; avec loi vous ferez beaucoup mieux ce que vous faites bien, vous ferez toujours bien ce que vous êtes souvent exposés à faire mal ; enGn, vous ferez encore souvent le bien, là où maintenant il vous^semble impossible de rien faire.

Allopathes habiles , hommes puissants par le savoir et par les vertus, vous parmi lesquels nous sommes heureux de compter des maîtres

révérés

des modèles et des amis, verriez-vous une oflFe.nse dans un tel langage ? Vous parler d*une science meilleure, n'est-ce pas comprendre le but de vos études sans fin, de vos labeurs éternels? Vous considérer parmi les médecins, au rang des Bergman et des Stabl, parmi les chimistes^ est-œ donc voua rendre un si faible hommage?

Vous saluer comme les Bertholet de raacienne et de la nouvelle médecine , est -ce méconnaître en vous les plus nobles inspirations de k conscience , les plus heureux dons du génie ?

Rapou , président, DeSSAix , rapporteur.

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