‹ Du froid en thérapeutique (volume 2)Chapitre 6 sur 41 · NE POURRAIT-ON MIEUX FAIRE · texte numérisé non relu

NE POURRAIT-ON MIEUX FAIRE

Pourquoi donc ces préventions , ces aigreurs, ces hostilités éternelles dans le domaine de la médecine ? Si le médecin peut dérober quelques instants à d'austères devoirs , pourquoi ces fugitifs loisirs seront-ils toujours dévorés par de si tristes combats ? Le génie d'une polémique passionnée , n a-t-il donc pas assez longtemps tourmenté, déshonoré Tart salutaire; Fart sulutaire qui , démentant ce beau nom, à eu le malheur, entre toutes les sciences et tous les arts, de perpétuer lui senl jusqu'à nous cette fatale tradition d'un âge cruel dont elle fit les délices comme les bûchers et les tortures ? ,

Allopathes qui nous faites la guerre , pourquoi nous la faites-vous?

Ce n'est pas vous qui pouvez avancer les premières paroles dé paix. Repoussés avec perte dans toutes vos attaques , vous avez beau dissimuler vos défaites par des chants de victoires , ces chants , quand vous ne murez pas vos fenêtres et vos portes , sont partout étoufies au bruit des succès de Thomœopathie ; mais nous qui ne fumes point agresseurs, et qui restons victo-

rieux partout , c'est à nous qu'appartient Thonueur de pouvoir proposer la paix.

Oui , vous tous qui , parmi le< allopathes, nous avez jusqu'ici attaqués sans nous connaître , nous vous convions tous à la paix.

La paix ! et pourquoi ne Taccepteriez - vot»

pas? Quel intérêt vous à mis les armes à la main contre nous qui n'attaquons personne? Est-ce votre avantage , est-ce le nôtre , est-ce le Lien de la société que vous cherchez en nous combatt-mt? Votre intérêt , c'est-à-dire, celui de vos doctrines (car nous ne pouvons ici votis en supposer aucun autre), votre intérêt , veut-il la guerre? L'homœopathie vous empêche-t-elle de violenter la nature et de braver ses réactions , en lui opposant vos contraires aussi loin qu'elle voudra y consentir ? Nos globules vous empêchent-ils de doubler vos poids,* de cuber vos mesures?

suivez en paix vos convictions comme nous suivons les nôtres. Qui vous oblige à noui troubler, quand nous n'avons ni le temps ni la volonté de songer à vous? Refusez-nous vos ambulances, si vous croyez en avoir le droit, mais ne trouvez pas , contre nous , dans ce refus , des arguments qui n'y sont point.

Craindricz-vous , par hasard, que nos séductions ne parvinssent un jour à vous ébranler? Oh! rassurez-vous; l'homœopathie est maintenant partout , à portée de tous ; elle est dans Tair; la con-

naît qui veut la Connaître ; elle est fort peu ja- , louse d'appeler à elle ceux qui , entourés dès longtemps de tous les. moyens de la juger, se sont obstinés à la repousser. Ces hommes grossiront plus tard son bagage , mais ce n'est pas d'eux qu elle a besoin dans ses premières cam* pagnes.

Serait-ce pour notre avantage que vous nous poursuivez de vos ^feuilletons, de vos chapitres et de vos lazzi ? Voulez-vous , en généreux confrères, nous dérobera nos illusions, nous guérir de nos rêves? Ce sentiment serait fort honorable sans doute j malheureusement il n'est guère en harmonie avec les moyens que vous employez contre nous.

Et puis , s'il est vrai que charité bien ordonnée commence par soi-même, qui vous presse tant de porter votre apostolat chez nous , quand il serait si nécessarre dans vos propres foyers ?

Lequel de vous est d'accord avec son frère Tallopalhé, en théorie et en pratique ? Que chacun de vous prenne donc la peine de formuler son propre édeictisme , la vraie médecine selon lui , et qu'en jetant les yeux sur la doctrine de tous les autres, il s'applique à détruire toutes les illusions, à dissiper tous les rêves que sa raison individuelle ne manquera pas de trouver dans la raison d'autruî; mettez-vous ainsi tous d'accord pour adopter une médecine suffisante aux be-

soins et se prêtant au gré de tous ; et si cet ar* rangement de famille est terminé avant la fin du monde , il vous restera du temps pour songer à nous.

Mais , non , c'est Tintërét social que vous avez en vue , c'est la sainte cause de Thumanitë qui vous rend presque inhumains pour vos inoffensifs confrères.

Vous voulez garantir la société des pièges que lui tendent nos doctrines. Eh ! Messieurs, y pen- ' sez-vous ? Si nos doctrines sont telles que vous les présentez, quelle société peut ne pas tarder à les repousser bien loin d'elle ? Quand l'imagination , la nature , le régime , quand tous oes génies , que vous mettez si libaralement au service des homœopathes, auront assez secondé nos traitements , la société ne verra-t-elle pas bientôt que de telles puissances sont à sa disposition comme à la nôtre, et que nos globules n y font rien ? Le peuple qui ne voudrait pas s'en apercevoir , vaudrait-il en conscience la peine que vous vous donnez pour le garantir de nos pièges ?

Les villes du midi n'ont pu connaître et voir a^sez rhomœopathie pour l'employer en grand contre le choléra; nous trouvons là un fait malheureusement trop simple et trop naturel. Vos écrivains y voient mieux; ils y voient la haute raison du peuple (haute raison quand il nous repoussç, folie, quand il nous accueille , comme

on a vu). Les populations se laissent décimer par le fléau plutôt que de recourir aux spécifiques quon leur présente. — Répugnance di-^ gne de remarque , dit-on quelque part ! — Oh! soyez donc bien tranquilles ! si vous croyez que c'est par répugnance et avec connaissance de cause|que les peuples ne demandent pas nos soins même contre le choléra, ne craignez pointqu'on nous appelle longtemps ailleurs; et commentny a-t-il même pas déjà trois ou quatre ans qu'on ne songe plus à nous ?

Vous voyez donc que vos hostilités ne vous conviennent guère sous aucun rapport, et dès qu'elles vous réussissent d'ailleurs si mal , pourquoi ne pas faire la paix ?

Persistez-vous néanmoins à la guerre, par des niotifs que nous ne pouvons atteindre? Eh bien ! faisons-la; mais s'il est yrai que la guerre soit la plus étrange et laplus odieuse des folies, quand elle ne se fait pas d'après un plan sage, quand elle n'a pas un but arrêté , profitable et possible; ne faut-il pas que celleque vous tenez à nous faire, ait au moins toutes ces conditions? Or, jusqu'ici, à quoi bon , dans quel but nous avez-vous tant harcelés? vous n'avez pas même reconnu nos positions, vous n'avez pas entamé un de nos angles. Tourbillonner autour de nos carrés , uniquement pour y soulever la poussière , et sans ralentir en rien notre marche, brûler sur nous votre poudre»

senleraent pour faire du bruit, et sans nous en* lever un seul homme , voilà tout ce que vous avez su faire, c*est-.vdire perdre beaucoup de votre temps et nous forcer à en perdre un peu du nôtre. Belle avance pour vous, et grand service rendu à la société qui a peut-être droit d'attendre mieux de vos travaux et des nôtres !

Il nous semble qu'à votre place on peut mieux faire.

Reconnaissons bien nettement votre but , et n'admettons que des moyens pouvanty conduire: et d'abord, est-il à désirer qu'avec les bienfaits qn elle nous annonce , Thomoeopathie soit vraie ? Très certainement cela est à désirer, et vous ne pouvez pas , à cet égard , penser autrement que nous. Avoir de la répugnance pour une découverte si précieuse à l'humanité , serait un attentat dont nous ne vous soupçonnerons jamais , et qui, h coup sur, serait une mauvaise armure dans le combat.

Renoncez donc à j paraître à l'avenir avec des procédés qui pourraient faire croire qu*une telle répugnance ne vous est pas absolument étrangère.

On le croirait, par exemple, à l'indignation avec laquelle vous accusez l'homœopathie de vouloir annuler les travaux savants qui l'ont devancée. Vous savez bien que telle est Tinévitable destinée de toute découverte; la société

n'existe pas pour faire valoir les travaux des hommes, mais les travaux des hommes ont lieu pour elle , et doivent s effacer à mesuré qu'elle trouve mieux. Faire un crime à rhomœopathie d'anniïler les œuvres antérieures , c'est donc lui reprocher sa supériorité ; c'est la repousser précisément par l'attribut qui la rend désirable ; cest dire qu'on verrait comme un grand malheur ce que Thùmanité entière verrait comme un des biens les plus grands. Voyez où vos colères inconsidérées vous conduisent et comptez bien que de telles attaques ne vou» feront jamais gagner une bataille.

On vous croirait encore les mêmes pensées ^ lorsqu'on vous voit accueillir avec tant de confiance et d'abandon tout renseignement défavorable à rhomœopathie , de quelque part qu'il vous ari*îve , et repousser avec humeur et dépit tout document en faveur de cette doctrine .

quelle que soit la main qui vous le présente.

On vous les croirait encore, quand on vous ' entend vanter le statu quo dp vos doctrines avec une satisfaction que les plus grands médecins de nos jours et de tous les temps n'eurent jamais. II semblerait que la crainte du triomphe de rhomœopathie est ce qui peut seul vous faire oublier, tout-à-coup, vos lamentations éternelle^ sur les défectuosités de la médecine , sur les incertitudes et les déboires qu'elle n'épargne pas

même à ceux des allopathes que paie de leurs habiles trs^vaux la pratique la plus satisfaisante» pour leur époque.

Ne s'expose-t-on pas à passer pour craindre le mieux, lorsque l'on commence à trouver si bien ce qui ne lest guère, ce que,la veille même, on trouvait si mal ?

Quand vous voj'ez tant d'affections aiguës *et chroniques se jouer de tous les genres de traitements, les maladies , de Tapparence lt'\plus franche , tromper quelquefois les plus sages prévisions , quand vous voyez fréquemment les praticiens du premier ordre se trouver en dissidence ou même en opposition formelle, sur les points les plus sérieux d'un traitement, on conçoit bien que vous puissiez , par habitude ou par épuisement , trouver passable un tel état de l'allopathie j mais concevra-t-on que vous alliez jusqu'à vouloir que la science elle-même en soit bien satisfaite et ne doive jamais songer à mieux?

Vous faites grand bruit aujourd'hui de. votre éclectisme , mais vous savez bien que, n'ayant rien d'une science , l'éclectisme est un refuge d'attente pour les hommes sages de toutes les époques, un asile valant mieux sans doute que les vaines doctrines dont le règne successif a rempli l'ère médicale, mais enfin un asile essentiellement provisoire et dont vous devez tous ardemment désirer de sortir , par l'avènement d'une vraie

médecine , d'une science solide et sûre. Ce ne pourrait donc jamais être qu'avec le sentiment d'une douloureuse dérision, qu un allopatbe aurait pu dire à des allopathes : Dieu veuille que nous persistions longtemps dans cette bonne i^oiel Dieu veuille au contraire que nous puissions enfin sortir de cette voie déplorable d'oii n.*ont pu nous tirer tant de grands hommes qui y ont épuisé leur vie , pour faire toujours dire après eux que la chose n'en est guère plus avancée! Hélas! sans remonter bien haut, lisez Pinel, lisez Broussais , et puis extasiez-vous sur la clinique d' Andral ! . . .

Homndes si cuntents aujourd'hui de vos doctrines, vous qui auriez l'air de regarder comme un crime le seul désir de mieux , ne voyez-vous pas que l'oubli commence pour elles à tous les instants, que chaque jour fait disparaître une des idées que vous avez vantées le plus , efface une des formules qui vous inspira le plus de confiance , et change un de vos procédés que rien ne devait changer ? Ainsi vos systèn^es , de la même étoffe que les systèmes qui les ont devancés i périssent contintielîèmenten délait, et pour leur agrégation vous condamneriez le genre humain à la subir éternellement! Usufruitiers d'un quart-d'heure , vous vous couchez en maîtres , dans le sillon que vient de vous creuser un coup de vent , et qu'un autre coup de vent doit bientôt

combler, et aa nom des siècles à venir, vous vous écriez comme Tapôtre duThabor: Bonum est nohis hic esse ! Et pourtant , les Galien , les Boerhaave, ont passe sur ce même sable mouvant ; ils y ont passé! — et leurs pieds de géant y laissent à peine quelques empreintes.

Ne compromet-on pas sa sincérité, lorsqu'on a l'air de tout espérer dans une telle route» et ne laisse-t-on pas soupçonner que si on la vante, c'est seulement par répugnance pour tout mieux qui aurait le tort d'arriver par une autre voie ?

Au Keu de cette supposition à laquelle vous 'donnez malheureusement prise , expliquera-t-on ce qui chez vous ressemble à un éloignement décidé pour les promesses de Thomoeopathie , par le désespoir de voir jamais doctrine réaliser de telles promesses ?

Eh quoi, sitôt découragés! Comme si le monde étîiit près définir! et comme si les chances d'atteindre le vrai n'augmentaient pas avec le nombre des erreurs épuisées !

Lavoisier est de ce niatin; Linuée, Copernic, Bacon sont d'hier: Aristote lui-même , vu de l'avenir, sera un jour bien près de nous; rien n'est encore achevé dans l'enfantement des sciences ; celui de la médecine , telle que vous la possédez, en est à peine aux premières douleurs , et déjà tout serait fini !

Que celui qu'engourdirait un aussi lâche dé-

couragemeut se garde d'intervenir dans un débat relatif aux progrès des sciences, et que celui qui n'en désire pas le progrès , évite soigneusement . au moins de s'en vanter ! Ils ne feraient l'un et l'autre que déshonorer' la cause de nos adversai* res, et servir puissamment la nôtre.

Mais arrivons à la question même.

Cetîe «cience si désirable pour tous, nous la reconnaissons , nous , dans rhomœopathie ; et vous, vous refusez l'existence à rhomœopathie; vos dénégations éternelles ne vous avanceraient cependant jamais d'un pas contre nous: plusieurs années d'expériences doivent assez vous le prouver, et vous avez mieux 9 faire.

Puisque , regardant en général nos doctrines comme illusoires, vous ne sauriez vous résoudre à les interroger par de véritables expériences , à discuter au moins ce que le public peut vous apprendre de nos œuvres , il est certain que vous ne serez jamais en état de nous attaquer chez nous. Une grande et belle ressource toutefois vous reste, sachez en profiter : humiliez , écrasez nos doctrines- par Téminence des vôtres.

Et d'abord , chimérique ou non , notre système dans son développement doit être soigneusement comparé, par vous, à vos propres systèmes. Si la comparaison nous condamne , c'est un premier avantage dont vous saurez profiter. Si elle est y au contraire, en notre faveur, vous y pren-

96 ' (liez Tutile conseil de perfectionner vos institutions dans les points où elles vous auront paru ' faibles» relativement aux nôtres.

La nature de cet écrit ne nous permet pas d'embrasser toute l'étendue des moyens que vous mettez en œuvre, soit pour favoriser l'action des forces conservatrices, soit pour leur donner le temps de de'ployer leur salutaire puissance. La médecine hygiénique est à nous comme à vous, et quant aux autres méthodes celles de Texpectalion , de la dérivation , de la perturbation , des médications, de l'empirisme, etc.» nous pensons faire mieux qu'elles, et pouvoir toujours nous en passer; mais la question n'est pas là.

Nous savons très bien que la loi des contraires ne renferme pas toute l'allopathie, mais il nous est impossible de prendre celle-ci dans les mille doctrines plus ou moins partielles, disparates , hétérogènes, opposées, qui se combinent diversement pour former la médecine de chacun de nos adversaires; nous ne pouvons nous attacher qu'à ce que nous connaissons de plus général chez eux, à la pensée qui domine évidemment toutes les doctrines médicales depuis la naissance de Tart, et cette pensée est la loi des contraires.

De son côté , c'est également dans sa loi qu'est rhomœopathie et non dans son éloignementpour les procédés divers de sa rivale. C'est où nous gommes et où nous sommes seuls qu'il faut nous

prendre , et non point où nous ne sommes pas, et où Lien d'autres ne sont pas plus que nous. Nos caractères négatifs ne sont pas nous , et nous interroger sur ces caractères , ce n*est pas nous considérer isolément, mais nous unir tour à tour à toutes les fractions de l'école régnante , puisque de tous les moyens auxquels nous, renonçons, il en est bien peu qui ne soient plus ou moins complètement rejetés par plusieurs de ces fractions.

C'est donc uniquement entre leurs deux lois fondamentales que le parallèle des deux écoles peut ici avoir lieu. Tâchons de Tesquisser.

Toute loi devant être d'une application claire et d'une utilité certaine , examinons les deux lois sous ce double point de vue.

Nous voulons guérir en employant contre le mal un agent doué de la faculté de produire un mal analogue. Rien dé plus clair que l'application d'un tel principe. Quand nous avons, par exemple , une phlegmasie, une névrose à traiter, nous cherchons, parmi nos agents, celui qui a la propriété de produire sur l'homme sain la phlegmasie ou la névrose la plus semblable à celle qu'il est question de guérir , et notre loi s'applique avec la même évidence au traitement de toute autre maladie; cette opération veut du travail sans doute , et vous le soupçonnez bien un peu, maïs enfin elle est toujours possible;

toujours nous savons au juste de quels s^ymptônies nous cherchons les semblables , et quand nous avons trouvé ce que nous cherchons nous sommes sûrs de l'avoir trouvé, attendu que, deux semblables mis en présence , il n'est pas possible d'en méconnaître la similitude. Ainsi notre loi est d'une clarté parfaite dans son application.

De votre côté vous avez l'intention d'opposer au mal son cçntraire : Entendons bien ce mot.

Sous le rapport du but définitif de tout traitement, rien n'empêche' de nommer contraires au mal tous les procédés qui peuvent le diminuer ou le guérir. Mais dire, dans ce sens , que vous guérissez par des contraires, ce serait tout simplement dire que vous guérissez par des moyens qui guérissent , et votre intention n'est pas de consacrer de telles naïvetés dans vos lois.

C'est donc sous le rapport de l'action première de vos remèdes que vous leur appliquez le nom de contraires\ de même que 'c'est aussi sous le rapport de cette action première que npus appelons les nôtres des semblables.

Ainsi, des deux points, nous tendons au même but; nous, par un modificateur qiii agit semblablement au mal et en l'augmentant; vous, par des modificateurs qui agissent contrairement à ce mal, en le diminuant ou le détruisant.

Dans ce sens , le seul admissible , cherchon&

jusqu a quel point sei*a claire rapplication de votre loi.

D abord il n y a ni doute nî équivoque lorsqu elle vous conseille d^opposer un purgatif à une constipation; un narcotique à Tinsomnie ; du café à la somnolence; même la ponction à rhydropisie, et la saignée à la pléthore ': Nous ne chicanerons pas là iiessus; nous serons aussi coulants quand vous appliquerez de la glace sur une partie brdlante; des corps chauds sur un organe refroidi; quand vous dilaterez par des bougies un canal tendant à se rétrécir, ou quand au développement actif d'une tumeur vous opposerez la pression d*un bandage. Riçn ou fort peu à dire jusque-là; votre loi parle assez clairement, vous savez ce qu'elle veut de vous et vous pouvez très bien Texécuter. Aussi , dans de tels cas, nous ne pouvons refuser à vos moyens le nom de contraires évidents. Ces cas nous , semblent toutefois en bien petit nombre et dès que nous entrons dans Tinnombrable série des affections que vous traitez tous les jours, nous ne savons plus où prendre votre loi.

Quel est le contraire de la goutte et de Tépi-

' Jusqu'à quel point la saignée appartient-elle à la médecine proprement dite , et jusqu'à quel point peutelle être rerendiquce par l'hygiène, et tout simplemeot comme une diète rétroactive ?

lepsie , des scrophules, d^ la variole, du scorbut? q^uelle idée vous faites-vous du contraire d'un érysipèle au visage, d'une dartre au genou , de la fistule lacrymale ? et où chercherez-vous ce contraire pour l'employer? Il est impossible que vous ne soyez pas aussi embarrassés quç nous sur ce point, et vous ne pourrez nous dédire, «i, . dans ces cas, et autres analogues, nous nommons vos agents des contraires problématiques.

Comment donc avez-vous pu traiter, depuis tant de siècles, tant de maladies , en leur appliquant une loi dont on ne peut même concevoir l'application au plus grand nombre de ces cas ?

Nous permettrez-vous quelques réflexions à cet égard. '

D'abord, il est assez probable que, négligeant la différence qu'il y a enlre l'action première d'un remède et le résultat définitif de cette action , vous aurez souvent regardé comme contraire à un mal tout ce qui vous aura servi à le guérir. Ainsi vous avez fait du kina un contraire de l'intermittence; du cresson un contraire du scorbut; de la vaccine elle-même, cette autre variole, un contraire de la variole; ce qui est juste quant au résultat , mais est loin d'être prouvé quant à l'action immédiate de ces moyens. Dans tout cela votre loi n'est pour rien, ne vous apprend rien, ne vous indique rien ; c'est vous , au contraire, qui lui faites généreusement honneur de tout ce

que lerapirisme ou des conjectures vous ont fait trouver d'utile. Wauriez-vous pas pu tout aussi bien dédier la vertu de vos remèdes à toute autre loi, à celle des semblables, par exemple, sans en être ni plus ni moins avancés, ni plus ni moins sûrs? Voilà donc, ce nous semble, un certain nombre de faits où vous ne savez pas le moins du monde si les remèdes que vous opposez au mal en sont directement les conlraires , mais où tout simplement vous leur donnez ce nom , parce que vous les lui opposez.

• Ce procédé toutefois n'étant qu'un stérile jeu àe mots et ne vous conduisant jamais h aucune ' indication , l'on dut en chercher un autre , car puisque la loi était faite , Dieu lui pardonne , il fallait bien quelle se rendît utile à quelque chose ; il fallait qu'on sût quel agent elle voulait désigner, quand elle ordonnait d'attaquer le mal par son contraire.

On parvint à ce but au moyen d'un procédé fort simple ; au lieu de s'épuiser à chercher en vain quel pouvait être le contraire d'une maladie, on songea à placer derrière cette maladie quelque chose dont le contraire parût facile à concevoir et à reconnaître , et c'est à combattre ce quelque chose qu'on s'a4:tacha exclusivement. Par exemple on y mit des alkalis , l'alkalescence des humeurs , et lé contraire de ces êtres hypothétiques fut déclaré, par les idées du temps,

résider dans les acides ; a tour de rôle , les acides furent mis derrière d'autres maladies, et c'est l'alkali qui leur fut opposé comme contraire.

Beaucoup d'autres inventions se virent ainsi et à tour de rôle, cantonnées dans l'économie pour y attendre de nos officines un facile con^ . traire : Le spasme, par exemple, auquel on opposa tout ce qu'on voulut sous le nom contrariant d'antispasmodique; le sang que l'on combattit par la saignée , la bile qui eut son contraire dans les choléragogues , les humeurs qui l'eurent dans les panchimagogues , la pituite dans les hydragogues^ , etc. ^*

Gardons-nous de rappeler, avec une vaniteuse pitié , ces tentatives opiniâtres et couvent ingénieuses de nos pères ; en marchant toujours avec leur époque , en la devançant, plus d'une fois, nos pères eurent plus d*une fois de beaux titres à la gloire; jamais ils ne méritèrent la honte ; la honte n'est point d'être l'homme de son siècle et d'en partager les illusions et les difficultés; elle est d'être l'homme d'un âge de ténèbres, an sein d'un âge de lumières ; l'homme des sciences nébuleuses dans l'âge des sciences positives.

Revenons : au milieu de tant de richesses la loi des contraires n'avait réellement besoin, pour être quelque chose dans la médecine, que d'une ou, tout au plus, de deux hypothèses. Pour la doctrine des alkalis , par exemple , le mal était

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supposé sans doute , mais on employait du moins les acides avec une certitude mathématique de donner des acides ; dans le cas du sang et de la saignée, le sang était Thypothèse , la saignée n'était que trop réelle; tandis que dans le cas des âcretés que Ton se hâtait de contrarier par les dépuratifs , maladie et remède tout n était qu'invention.

. Ainsi ont encore paru , jusqu'à nos jours , la polyfcholie, Toxigène, Tazote, le sthenisme, l'ir.ritation , etc. , et dans Timmense majorité des cas c'est toujours à votre loi que les médecins faisaient honneur de toutes leurs œuvres , sans qu'elle y entrât réellement pour rien. C'était perdre bien de la peine pour une ingrate dont on aurait mieux fait de se passer en nommant X, ce qu'on croyait être le mal , et Y ce qu'on pouvait en croire le remède.

D'après cet aperçu rapide, pouvcz-vous ne pas reconnaître, avec nous, que votre loi, bien loin d'être clairement applicable aux circonstances ou vous croyez avoir guéri en son nom, y est au contraire entièrement inapplicable, et n'y figure que nominalement ; véritable pagode assise sjur l'autel , et ne pouvant même s'y maintenir que flanquée d'une ou de deux hypothèses.

-Ajoutons en passant que de celte loi , radicalement vicieuse , ont peut-être découlé les deux plus tristes calamités dont l'art ait eu à gémir.

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D'un c6te, un éternel besoin d'hypolhèsesj car comment, sans hypothèses, trouver le contraire du catarrhe , du rhumatisme , du typhus , etc. ? Et de l'autre côté, comme conséquence de cellesci, la nécessité de ne plus guère voir que des généralités dans toutes les maladies , et par là de négliger tout à fait 1 élude et la recherche des spécifiques. Ces mêmes spécifiques, si souvent voués au mépris de 1 école, malgré les éloquentes protestations du mercure , du kina et de quelques autres , et si souvent ramenés sur la scène par la force des choses , étaient pour le physiologiste et pour le médecin, dignes du plus sérieux intérêt ; et ce n est qu'après tant de siècles , presque perdus à leur égard par l'influence fatale de la loi des contraires , que l'homœopathie vient les soustraire à l'aveugle empirisme , les asseoir sur une base éminemment rationnelle , et nous apprendre enfin comment il faut les chercher.

Mais revenons à votre loi^ et voyons si elle résistera mieux à la seconde épreuve qu'à la première. Voyons si les services qu'elle vous rend répondent à l'importance dont il vous plait tant de l'entourer.

D'abord c'est temps perdu que d'en chercher l'utilité dans ce nombre infini d'exemples où vous l'invoquez sans qu'il soit possible de la reconnaître.. Nous sommes donc réduits à voir

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ce qu'elle vous donne de bon dans les cas très peu nombreux où elle est manifeste , et où sont employés vos contraires évidents.

Là ; sans doute , elle est incontestable ; elle a rhonneur du bien et du mal qui peut suivre un traitement pareil*

Hé bien, dans tous ces cas qui sont à elle* qui forment son. étroit , mais véritable domaine , n*est-ce pas ordinairement avec répugnance que vous l'employez ? N'avez-vous pas très généralement reconnu que la somnolence , la constipa- . tion, l'insomnie, etc. , poursuivies par le café.» l'aloês, Topium, etc., n en deviennent que plus opiniâtres et plus exigeantes (en laissant à part d'autres exemples plus ou moins sujets à discussion, ou soumis à Tintervention d'autres causes) l Nous ne nions point les services très réels qu*ont rendus^ à défaut de mieux, de pareils agents « en parant au plus pressé, et en donnant le temps à la nature seule ou à d'autres moyens d'intervenir dans le traitenient. Mais tout cela ne leur ôte pas la qualité radicale de tendre à laisser le mal plus grave après l'avoir momentanément soulagé ou môme guéri en apparence. £n un mot , vos contraires évidents ne vous semblent pas plus qu'à nous, essentiellement curateurs; et ^ par là même , votre loi, dans son emploi le plus incontestable, est loin d'être satisfaisante. Quant h. la nôtre t 30us le rapport de son utilité, nous

io6 ne la mettrons pas en parallèle avec la tôtre „ puisque vous ne voulez pas regarder nos résultats. Mais il n'en conste pas moins que si la première ne fait rien , comme vous le supposez , rien ne prouve que la seconde fasse quelque chose de bon ; rien ne la démontre là où vous guérissez, et fort peu de chose vous réussit là où elle est démontrée.

Quelle éminence espérez -vous donc jamais obtenir avec une loi pareille, si vous ne travaille* dès ce moment, et si vous ne parvenez bientôt à la démontrer partout où vous guérissez , et à gué.rir partout où elle est démontrée ?

Une telle entrepriseestun devoir de conscience tant que vous persisterez à suivre cette loi , et c'est d'ailleurs une tâche indispensable tant tjue vous nourrirez lespoir de nous accabler par l'é^ mînence de vos doctrines.

Cependant , avant de vous ^engager dans un travail aussi ardu , n est-il pas prudent d examiner s'il* est possible de le mener à bien? Peut» être , avec un peu de Teflexion , penserez- vous» comme nous , que la chose est réellement , et de sa nature même «.impraticable.

En effet , quel eèpoir avez-vous de guérir jamais par vos contraires évidents, quand, dès le berceau de Fart on n'a jamais guère pu obtenir de leur emploi que des succès précaires ou douteux ?

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Et d vos «ontr^kes évident^ ne guérisaentpaSi quel e$poir aurait-on d'en trouver d'au^çi ë^dents là où vous guérissez ? J^*est-il pa^^ bien plus raisonnable de penser que puisque les con«traires évidents sont de mauvais remèdes , les bons remèdes ne sauraient être de la même nature, ne sauraient être des contraires con>mç eux?

Ceci touche à une question très élevée qu6 vous connaissez parfaitement , qui n'a même jar mais été entièrement négligée par aucun méde* <cin , mais a laquelle on paraît n'avoir pas asso« réfléchi .en s attachant à la loi des contraires.

Ici ce n'est point d'homœopathie ni au nom de l'homœopathjë <|ue nous parlons, c'est sur Je fait le plus universellement admis de tout temps , et c'est au nom des principes qui vous sont , à vous comnr^e à. nouS) le plus familiers.

Tout acte perturbateur de .la marché actuelle de rëconoraie provoque uno réaction vitale qui tend généralement à détruire , et avec e3^è^« le résultat de cette force étrangère ^

La réaction qui tient tant de place dans les phé-

* 'Ici , cdmine dan^ d'autres circonstances 9 notis ptirlons de la loi dans sa généralité , et telle que nul ne peut la méconnaître. On sent bien que ce n*est pas le, lieu de nous arrêter, pour les résoudre, aux difficultés que des exceptions apparentes ou réelles pourraient faire * âaîtré sur an tel sujet.

io8 nomènes de la nature entière, est surtout digne dû plus grand intérêt chex les êtres TÎvants j sentinelle que rien ne peut endormir , elle ne permet pas que la dernière molécule animée d'un système organique, succombe à Tinfluence d'un pouvoir délétère , sans protester une dernière fois contre lui par un dernier effort ; c'est la réaction vitale qui cicatrise les blessures , durcit les parois d'une plaie fistuleuse et les arme de callosités ; c'est elle qui chasse quelquefois avec un vaste déploiement de puissance le projectile cantonné dans nos tissus ; c'est elle qui étend un réseau merveilleux et ouvre de nombreuses bou^ ches aspirantes autour du fluide épanché dans le cerveau ; c'est encore elle qui chez les animaux des classes inférieures, va jusqu'à reproduire des membres entiers avec leurs muscles, leurs nerfs, leur système de vaisseaux , et leur charpente calcaire ? Partout , en un mot, des phénomènes d'une variété sans bornes manifestent la vigilance des réactions vitales , et leurs ressources et leur persévérance invincible. C'est donc sur line telle puissance que l*art de guérir doit sans cesse avoir les yeux, puisque c'est elle en dernier résultat, qui décide de tout dans le domaine de la vie.

L'histoire de Milon de Crotone , périssant captif de Tarbre noueux dont il a si facilement déchiré le tronc robuste , n'est-elle qu'une hîs-

toire ? N'est - elle pas bien plutôt la traduction grecque d*ttne de- ces allégories où l'antique orient se plaisait h déposer les conseils de la plu» haute sagesse? Quelle grande leçon, en eflFet , quel solennel avertissement , dans cette terrible^ image , sur la puissance définitive des réactions, sur la funeste imprudence de qui les appelle sans lès prévoir et sans les craindre !

Et néanmoins cet avertissement, comme tant d'autres , n'a été que trop souvent dédaigné. Plus d'une foiS" même dans les sciences physiques , où les réactions sant généralement faciles à calculer, on nen a pas tenu compte. Les premiers po>nts en fils de fer de la Grande-Bretagne, trompèpent sous ce rapport la sagacité de leurs habiles constructeurs , et la réaction oubliée se vengea.de cette injure en lançant dans les flots les piétons qui osèrent les premiers tenter le passage.

Faut-il donc s'étonner si , dans les choses de la vie où le problème est beaucoup plu« complique , cet ordre de puissance n'a commencé que bien tard à attirer une sérieuse attention ?

Les réactions de la vie se masquent sous bien deft formes et se font quelquefois longtemps attendre ; il faut de la persévérance pour les voir venir. L*homme , créature transitoire et pressée de jouir , trop sauvent recueille en courant le bénéfice de Theure même , et néglige tout ce t|ui doit s'en suivre^ il ainjie d'ailleurs à se faire

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illusion snr l'œuvre immédiateBieot sortie de ses mains , et à désavouer ses propres efforts dans les efforts réactionnaires qu'il peut avoir imprudemment sollicités.

Le prince , l'instituteur , qui élèvent ou gouvernent les hommes par la contrainte, ont besoin de l'éterniser , de la renforcer sans ce$$e et sans mesure; et malgré tant de peines , une réaction proportionnée aux violences qu'ils ont déployées, vient tôt ou tard protester avec éclat contre l'imprudence de leurs procédés. En effet, l'on aplatit le fer en le frappant sur l'enclume , mais en contrariant, en voulant aplatir les puissances de la vie , on provoque de leur part , si on ne le» détruit , une réaction dcHit la portée est souvent incalculable.

Grâce à Dieu , la férule n'est plus guère le législateur de nos écoles ' et la vieille maxime

Un hermite da votsîimge , homme de Inmîèresi , a, poarainaser ceax qui n'en ool pas, publié deax lettres assez boufibnnes contre rhomœopathîe. Il troiiTe îogënleux de lui demander, entr' autres, si , pour corriger la jeunesse de ses yices , on ne devrait pas h ientôt lui en donner quelques^nns de plus. Question piqu ante en effet pour ceax qui croient encore que rbomceopathie guérit le mal d'un co up d'épée par celui d'an coup de baïonnette.

Pour les homœopathes, la question est sérieuse ; maïs nous ne croyons pas qu'elle puisse être desilôt résolue- Jusqu'à quel point l'homceopathie, dans Tordre moral y

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