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DU FROID COMME TONIQUE ET RECONSTITUANT

Le froid, quand il est appliqué convenablement à rorganisme, est doué d'une action reconstituante des plus manifestesv Cette action est de nature très-complexe, car elle n'est que le résultat indirect des effets multiples du froid sur leâ fonctions des différents sysfèmes de Tôrganisme.

En soumettant ces effets à une analyse rigoureuse, on est amené à les réunir sous deux chefs principaux : • !• Le froid augmente l'apport des éléments nécessaires à la réparation des pertes de Torganisme et à la régénération des tissus ;

2* Il facilite, en outre, l'absorption et l'assimilation de ces matériaux de réparation.

Nous avons vu, en effet, dans la première partie de ce travail, que sous Tinfluence du froid extérieur, les animaux à sang chaud introduisent, dans un même espace de temps, des quantités- plus considérables d'oxygène dans leurs poumons, de même qu'ils exhalent des quantités plus notables d'acide carbonique. En même temps, la faim est stimulée, parfois à un degré extraordinaire.

D'un autre côté, le froid extérieur, par ce fait qu^il imprime à la circulation des organes profonds une activité plus grande, développe dânô ces organes un ^■■ surcroît d'énergie fonctionnelle» Il on résulté que les •

LikBADK-LAORàTB. — Frold. 1^

organes digestifs s'accommoderont fort bien de cette augmentation de travail , qui leur est imposée par une alimentation plus copieuse, que la muqueuse intestinale, traversée par une plus grande masse de san^, absorbera avec plus d'avidité les produits de la digestion. De la sorte, les organes hématopoïétiques reçoivent en plus grande abondance un sang riche en oxygène et en matériaux assimilables» la sanguification eu est, par là même, activée. Il circulera donc dans les différents organes de l'économie un sang meilleur et plus riche en oxygène. Les fonctions et la régénération des tissus deviennent par suite plus actives, c(Hnme le prouve l'excès d'acide carbonique exhalé dans un temps déterminé, sous Tinfluence d'un refroidissement extérieur qui ne dépasse pas certaines limites.

On comprend dès lors qu'un agent qui possède à la fois ces propriétés salutaires d'améliorer l'hématopoièse, de relever la nutrition des différents organes de réconomie et de leur imprimer un surcroît d'énergie fonctionnelle, d'activer la régénération des éléments anatomiques qui sont sous le coup d'une nutrition vicieuse, doit occuper un rang des plus honorables dans la médication reconstituante. Et, en effet, il est peu de maladies, caractérisées par un trouble grave de la nutrition, où le froid, sous le nom d'hydrothérapie, n'ait été employé avec avantage par des médecins du plus grand mérite et absolument dignes de foi, comme le démontre l'exposé qui va suivre.

. Anémie. — L'anémie est certainement un des états morbides où l'efficacité de la .médication reconstituante par le froid est la moins contestable. Pourtant, ce n'est que depuis peu d'années que le froid a été employé pour combattre l'appauvrissement du sang, qui peut reconns^tre des causes si diverses.

Fleury, run des premiers, a appliqué l'hydrothérapie au traitement dé l'anémie« Il conseille de se servir, en pareils cas, de procédés excitants, ce qui revient à recourir à l'emploi des douches très-froides avec un jet assez violent.

{Voyez : Procédés hydrothérapiques.)

Parmi les . observations d'anémies guéries par ce mode de traitement qu'il a consignées dans son livre, il s'en trouve une très-intéressante, en ce sens qu'il s'agissait d'une anémie consécutive à un rhumatisme articulaire aigu, compliqué^de pleurésie et de péricardite. Cette observation est bien propre à faire voir que l'hydrothérapie convient à tous les anémiques, quelle que soit la cause de l'appauvrisement du jsang.

Telle est aussi l'opinion soutenue par M. Beni-Barde; l'hydrothérapie est, à ses yeux, le meilleur moyen de combattre l'anémie, que cet état morbide succède à une hémorrhagie ou qu'il se développe sous l'influence de chagrins violents, de grandes fatigues, d'un trouble du système nerveux, d'une alimentation insuffisante ou même encore qu'il soit symptomatique d'une diathèse ou d'une intoxication. Cet hydropathe distingué recommande également de recourir à des procédés excitants. Toutefois, il est des cas où selon lui il faut procéder avec bnpisoup de ménagements. « On devra tenir compte de cette recommandation dans les anémies qui résultent d'une lésion organique dont l'évolution peut être accélérée par les applications excitantes de l'hydrothérapie. » Ce précepte trouvera son application lorsque nous parlerons de l'.emploi 4u froid dans le traitement des affections cardiaques.

Chlorose. — Ce que nous avons dit de l'efflcaçité •du froid, dans le traitement de l'anémie s'applique tout particulièrement à la chlorose.. Pour Becquerel, la chlorose est une des maladies qui guérissent

lé plus rapidement et le plus complètement sous Tinfluencede l'hydrothérapie. Cet auteur mentionne dans ses conférences cliniques sur Thydrothérapie, faites à la Pitié, dix-neuf cas de chloroses, toutes très-intenses, anciennes, rebelles pour la plupart à remploi du fer, qui ont guéri en moins de quarante-cinq jours par un traitement hydrothérapique approprié.

Flpury a obtenu des résultats tout aussi remarquables. « Un grand nombre de chloroses confirmées, anciennes, rebelles, -ont été traitées par lui au moyen dès douches froides. Chez toutes les malades âgées de douze à vingt-deux ans, il existait un bruit de souffle intense dans les vaisseaux du cou, de réclat métallique au premier temps, des palpitations violentes, exaspérées par le plus léger exercice musculaire, par la marche, par l'ascension d'un escalier, des troubles graves de la menstruation ; l'écoulement cataménial était irrégulier, peu abondant, accompagné de douleurs très-vives ; de la gastralgie ; des douleurs névralgiques irrégulières erratiques, des céphalalgies fréquentes, une grande faiblesse musculaire, de la constipation, de l'anorexie, un appétit capricieux, des digestions laborieuses; chez toutes on observait le teint et Thabitude extérieure caractéristique de la chlorose confirmée. Chez toutes ces malades encore la chlorose avait plusieurs années d'existence et avait résisté à tous les moyens ordinaires de la médecine : fer sous toutes les formes, bains de tner, exercice, séjour à la 'campagne, régime, eaux minérales etc..

c( Toutes les malades, ajoute Fleury,ont guéri ; la durée du traitement ayant été de sept mois au maximum, de deux mois au minimum, de quatre mois et demi en moyenne et ayant exclusivement consisté en

douches froides générales administrées deux ou trois fois par jour pendant une minute. »

M. Noël Guéneaude Mussy considère l'hydrothérapie comme la médication la plus efficace et la plus puis* santé après Thygiène. Toutefois, pour Téminent méde* cin de l'Hôtel-Dieu, Teau froide n'est pas un moyen çaratif, mais un simple adjuvant, destiné à agir sur la composition du sang par voie indirecte. « Je. ne demande pas à l'hydrothérapie, écrit notre excellent msatre, oe que je ne demande pas aux autres méthodes du traitement : la guérison radicale de la chlorose; mais pour relever le travail nutritif, pour apaiser les troubles nerveux, pour combattre la dyspepsie, je ne connais pas de modificateur plus puissant que l'hydrothérapie : par cela même que l'air pur, le soleil, l'exercice musculaire, doivent être la base du traite ment, l'hydrothérapie faite à la campagne sera préférable à l'hydrothérapie faite à la ville. 9

Disons en passant que l'hydrothérapie ne semble paç avoir donné de bien brillants résultats d'ans le trair tement de la chlorose, à l'inventeur inconscient de l'hydrothérapie moderne. En effet, la flUe aînée de Priessnitz, atteinte de chlorose au plus haut degré, paraissait loin d'être bien rétablie lorsque Schedei viâit^ l'établissement de Grsefenberg. Il sgoute: « Priessnitz lui-même me paraît pour ainsi dire affecté de chlor rose; son teint blême habituel est quelquefois d'une pâleur remarquable, et je crois qu'il se trouverait bien ainsi que plusieurs de ses enfants de passer quelques mois auprès de l'une des nombreuses sources et eau ferrugineuse que l'on trouve en Bohême. )>

M. Béni' Barde recommande d'employer dçs douche? à températures variées, chez les chlprotiques qui sont siyettes aux phénomènes convulsifs, pour ne pas exagérer la susceptibilité nerveuse des malades.

Affections cardiaques. — Les affections cardiaques ont figuré pendant longtemps avec les affections pulmonaires au premier rang des contre-indications* à l'emploi de Peau froide. Aujourd'hui des médecins de grande valeur ne craignent pas de combattre les accidents consécutifs aux lésions organiques du cœur à Taide de cette médication qui semble à prime-abord toujours hardie, et quelquefois même dangereuse.

Schédel avait eu l'occasion de voir à l'établissement de Priessnitz un malade affecté d'une lésion organique grave du cœur, accompagnée de catarrhe pulmonaire et d'asthme, et qui était soumis, tous les matins, aux frictions avec le drap mouillé; parfois même il était frictionné dans un bain partiel à 12'' R. Au bout de quinze jours de ce traitement, le malade qui, jusque-là, s'était vu forcé de garder le lit, pouvait quitter la chambre et marchait sans peine.

En France, L.Fleury, encouragé par M. le professeur Bouillaud, a employé la douche froide contre ce qu'il appelle la congestion du cœur et qui ne semble être autre chose que l'hypertrophie du muscle cardiaque. Cet hydropathe distingué prétend être parvenu à faire disparaître les accidents qui se rattachent à la lésion de l'organe central de la circulation.

Un des maîtres les plus distingués de notre Faculté, M. le professeur Peter s'est entièrement rallié à la pratique de Fleury. C'est contre les accidents de la troisième période des affections cardiaques que l'hydrothérapie doit être dirigée. L'eau froide agit surtout en pareil cas çn qualité de reconstituant. « Son action n'est pas seulement circulatoire, elle est générale; elle-réveille l'appétit, active les combustions et relève les forces. » — Toutefois, M. Peter ne méconnaît pas les dangers de cette médication audacieuse. Il la proscrit absolument dans les cas de lésions aor-

tiques^ où l'on a toujours à redouter la mort subite. On a vu en effet des cardiaques succomber sous la dou^ che; oTy un seul fait de ce genre nous semble bien propre à décourager les moins prévenus contre la médication par Teau froide en général.

M. Peter se contente d'ailleurs de recourir aux lotions froides faites d'abord avec l'éponge simplement imbibée et non ruisselante sur la partie antérieure du corps, les premières fois, et non sur la partie postérieure, qui est beaucoup plus vivement impressionnée par l'eau froide, particulièrement le dos. Ce n'est qu'au bout de quelques jours a quand la peau du malade est suffisamment apprivoisée et le malade aussi, que les lotions sont faites sur tout le corps. »

Un médecin très-distingué de Vienne, le D' Winternitz, que nous avons plusieurs fois eu l'occasion de citer dans le cours de ce travail, a également eu recours à l'hydrothérapie dans le traitement des affections cardiaques. Partant de ce point que les appli* cations réfrigérantes à la surface du corps ont pour effet d'élever la pression intra artérielle , il explique ainsi la diurèse, la disparition des hydropisies et de l'albuminurie, obtenues chez les cardiaques à l'aide des applications extérieures du froid. Pour démontrer l'efficacité et l'innocuité de ce moyen, Wintemitz invoque l'observation suivante :

Charles S..., dix-neuf ans, employé de commerce, habite depuis plusieurs semaines un logement humide, au rez-de-chaussée. Il éprouve au début de légères douleurs dans les muscles et les articulations; mais il n'y prête pas grande attention ; peu de temps après, survient une attaque de rhumatisme articulaire -aigu, pour lequel il passe un assez long temps à l'hôpital. Le rhumatisme laissa comme suites un certain

degré de dyspnée qui fat attribuée à Tanéiaie concomitante.

Environ six mois plus tard, la dyspnée augmente notablement ; il y a des palpitations, avec enflure aux pieds tous les soirs. L'œdème va en augmentant et finit. par. ne plus disparaître. Ce n'est qu'à. ce moment qu'on découvre l'existence d'un rétrécissement avec insuffisance mitrale. Outre l'œdème des membres inférieurs, il y avait un certain degré d'anar sarque et d'ascite. La quantité d'urine rendue dans les vingt- quatre heures est de 500 G.C.; on y trouve, outre de Talbumine, des cylindres byalins.

La digitale^ la quinine, le fer sont administrés sans aucun jBuccès, L'hydropisie et la dyspnée* vont en augmentant. Le malade se voit forcé de passer ses nuits dans un fauteuil.

. C'est alors que Win terni t? jugea utile de soumettre le malade au traitement par l'eau froide, qui consistait en une douche quotidienne de trois secondes de durée, en même temps que h rjégime lacté était institué. Â partir de ce moment, la quantité d'urine rendue dans les vingt-quatre heures décroît rapidement. Le malade s'habitue très-rapidement à la douche en pluie. La durée, de celle-ci est portée à quatre secondes. Au bout de huit jours, le malade peut passer de nouveau la nuit dans son lit. Les manifestations hydropiques diminuent rapidement. On çon:* 43tate à peine des traces d'alhumine dans J'urine. Après chaque douche le malade se réchauffe pendant trois; à quatre minutes dans .un bain de vapeur* L'éttf; (général s'améliore rapidement. Le malade boit chaque jour trois litres et demi de lait.

Au bout de quinze jours, il peut se promener sans ^tre essoufflé. Au bout de six semaines, la compensar tion était complètement rétablie.

. L'observatiou qui précède ne prouve abaolumeirt rien en faveur de Tefficacité des douchas froides dans le traitement des accidents symptom^tiques d'une lésion cardiaque. Nous croyons en effet qu'un puissant diurétique, comme le lait, administré aux doses indiquées plus haut (trois litres et demi par jour), rend suffisamment compte de la disparition de ces accidents. Or, il est à remarquer que Winternitz cite cette observation comme une des plus probantes; dans les réflexions dont il la fait suivre, il exprime cependant le regret que remploi des douches se montre maintes fois impuissant en pareils cas.

De tout ce qui précède, nous croyons devoir conclure que Tefflcacité de l'hydrothérapie dans le traitement des troubles morbides symptomatiques des affections organiques du cœur n'est nullement démontrée. Comme d'ailleurs les partisans de cette méthode ne nient pas qu'elle puisse occasionner des accidents de la plus haute gravité; comme il est avéré, d'autre part, qu'on a vu des cardiaques succomber sous la douche froide, nous ne pouvons que nous élever contre l'emploi de ces pratiques hardies et périlleuses.

GoUre exophthalmique, — Le goître exophthalmique est certainement une des maladies dans lesquelles l'ef^ fi^acité de l'hydrothérapie est la moins contestée. Les observations publiées pap les hydrothérapistes en foftt foi. Trousseau recommande de ne jamais négliger ce moyen de. traitement, et nous avons vu dans le service, et à la consultation de M. le professeur G. Sée, trois malades atteints de cachexie ophthalmi^ que, qui ont été guéris par l'eau froide combinée avec l'administration à rintérieur de la teinture alcoolique de veratrum viride. L'hydrothérapie, en pareil cas, est à la fois un puissant sédatif du système nerveux (et on sait à quelle agitation sont :en proie les

individus affectés de cette pénible maladie), un modificateur des circulations locales^ enfin un tonique reconstituant. C'est sans doute en agissant sur les centres d'innervation du cœur que l'hydrothérapie arrive à modérer la fréquence et l'énergie des contractions de cet organe. Ici donc comme dans la plupart de ses applications thérapeutiques, la médication par le froid est complexe et d'interprétation difficile .

Phthide pulmonaire. -* La tuberculose pulmonaire est une des rares maladies qui aient été pendant longtemps regardées par les hydropathes eux-mêmes comme un véritable noli me tangere.

Priessnitz avait bien, il est vrai , soumis à ses pratiques audacieuses un certain nombre de malades atteints d'affections chroniques des voies respiratoires ; mais il eut le malheur de voir succomber, entre ses mains, un certain nombre *de phthisiques; à dater de ce moment, il repoussa systématiquement de son établissement de Grsefenberg, tous les malades qui toussaient.

En France,' les procédés de Priessnitz appliqués au traitement de la phthisie pulmonaire ont été qualifiés « de pratique barbare » par Yalleix, dans un article sur l'hydrothérapie, publié il y a trente ans environ. Ce jugement a été ratifié par la majorité de ses contemporains, ce qui n'a pas empêché Fleury d'ériger plus tard l'hydrothérapie à la hauteur d'un traitement curatif de cette maladie néfaste. Après avoir rapporté un certain nombre de cas de prétendue guérison par l'eau froide, de la tub erculose pulmonaire à la seconde période, Fleury concluait que « les douches froides, d'une durée de dix secondes à une minute, exercent sur les phthisiques une Mtion locale et une action générale^ se traduisant par les phénomènes suivants :

« 1** Action locale. — Elle prévient, ralentit ou interrompt le travail de ramollissement des tubercules puljnonaires ; elle diminue ou tarit même complètement la sécrétion des cavernes; elle diminue par .conséquent la toux et l'expectoration, ou les supprime même entièrement; elle rend les hémoptysies, lorsqu'il en existe, moins fréquentes et moins abondantes, ou les fait cesser complètement.

« 2* Action générale, —Elle prévient, diminue ou supprime la diarrhée, les sueurs, la fièvre symptomatique ou hectique, elle maintient, améliore ou rétablit l'exercice des fonctions de digestion et d'assimilation.

(c La physiologie normale et la physiologie pathologique expliquent parfaitement ces effets si favorables par l'action révulsive et reconstituante qu'exercent les applications extérieures d'eau froide, applications auxquelles l'hydrothérapie rationnelle associe d'ailleurs tous les agents hygiéniques et pharmaceutiques indiqués par les circonstances individuelles et morbides.

ce Jamais, entré nos mains, le traitement hydrothérapique appliqué aux phthisiques n'a produit le plus léger accident ; toujours il a produit une amélioration plus ou moins notable et plus ou moins prolongée.

«( Des phthisiques qui n'avaient plus que quelques jours à vivre ont vécu quelques semaines; d'autres dont l'existence paraissait ne pas devoir se prolonger au delà de quelques semaines, ont vécu plusieurs mois, le traitement ayant transformé une phthisie aiguë fébrile en phthisie chronique et apyrétique, ou ayant singulièrement ralenti la marche d'une phthisie chronique et amélioré l'état général des sujets.

« Dans d'autres cas, malheureusement trop rares et néanmoins relativement fréquents, nous avons rétabli la santé fonctionnelle, sinon la santé organique, et nous avons obtenu une amélioration équivalente à une

yéritable guérison, les sujets ayant contiDué à se bien porter pendant trois, quatre, siz, dix et même douze ans. Ce résultat a été obtenu, soit sur des phthisiques au début du deuxième degré, chez lesquels le travail de ramollissement a été arrêté, soit sur des phthisiques au troisième degré, chez lesquels une ou plusieurs excavations tuberculeuses ont été taries ou cicatrisées. »

Brehmer et Sokolowsky ont également vanté l'emploi des douches froides dans le traitement de la phthisie.

Pogragnik préfère l'emploi des lotions froides à celui des douches. Il prescrit à ses malades, le matin, au lever, une lotion sur tout le corps avec une éponge imbibée d'eau à 10** ou 20* R. Cette lotion est suivie d'une friction énergique pratiquée avec un gant, durant cinq minutes. Après quoi, le malade s'enveloppe dans un drap de lit et se recouche, en se couvrant bien, jusqu'à ce que survienne une abondante transpiration ; il est nécessaire pendant ce temps, que les mouvements respiratoires soient réduits à leur minimum. Ce traitement a pour but de stimuler les fonctions de la peau et de rendre le malade moins susceptible aux variations atmosphériques; à moins que la lésion ne soit déjà fort avancée, on voit les forces et l'appétit se relever. L'hémoptysie n'est pas une contre- indication.

Les lotions vinaigrées pratiquées sur tout le corps, constituent un bon moyen de diminuer les sueurs desf tuberculeux. Elles ont été conseillées par Walshe et par Graves. Scudamore se servait dans ce même but d'un mélange d'eau de Cologne, de vinaigre et d'eau.

M. Noël Gueneau de Mussy se contente de recourir aux lotions froides pour diminuer la sensibilité de la peau à l'impression dû froid et la disposition aux

affections catarrhales chez les malades dont la poitrine rC offre encore aucune lésion appréciable^ et alors qu'ils n'ont plus de toux. Voici comment notre excellent maître décrit les détails da procédé, détails qu'il ne faut pas négliger lorsqu'on veut être sûr delà réussite.

« Je fais précéder les lotions froides de frictions sèches qu'on fait soi-même, à l'aide d'un linge grossier^ de gants de flanelle épaisse ou de gants de crin anglais ; pour éviter l'impression de l'air froid, on fait les frictions sous la chemise, dont on s'est contenté de dépasser les manches ; la peau s'habitue au bout de quelques jours au contact de ces espèces d'étrillés qu'on promène tout d'abord avec ménagement. Ces frictions ont le double avantage de préparer la réaction et d'essuyer la moiteur du lit. Ensuite on se place au centre d'un large bassin de zinc ou de caoutchouc, ou simplement d'une toile cirée relevée sur les bords, alors avec une grosse éponge imbibée d'eau froide ou d'eau salée qui a passé la nuit dans la chambre pour en prendre la température, on parcourt très-rapidement toute la surface du corps, et on l'exprime sur la nuque pour mouiller la partie supérieure du dos ; cela fait, on s'enveloppe dans un peignoir de toile, ou mieux, d'étoffe pelucheuse à manches, afin de pouvoir se frotter soi-même; les mouvements provoquent plus facilement la réaction. Chez les enfants et les personnes très-délicates, le concours d'un aide est très-utile et rend l'opération plus rapide. Après s'être essuyé, on s'enveloppe d'un peignoir en gros molleton de flanelle et l'on recommence les frictions sèches.

« Toute cette manœuvre, si longue à décrire, ne dutè pas plus de trois à six minutes, puis on s'habille j^restement et l'on marche pendant quelques minutes pour soutenir le mouvement réactionnel. » i

M. Gueneau do Mussy ajoute que chez les sujets anémiques et dyspeptiques, uue hydrothérapie plus complète, plus énergique, peut être nécessaire. Mais les observations publiées jusqu'à ce jour, ne lui paraissent pas justifier cette pratique, et il s'abstient de l'imiter. Nous nous rallions absolument à cette manière de voir, conforme d'ailleurs à l'opinion exprimée par tous ceux qui, en France, ont écrit sur le traitement de la tuberculisation pulmonaire.

Citons encore Liebermeister qui,* dans son Traité sur la Fièvre, s'accuse d'avoir eu recours quelquefois à des réfrigérations énergiques dans le cours de la phthisie pulmonaire, lorsque la fièvre était intense et sensiblement continue ; plus souvent, il lui est arrivé de recourir à l'eau froide, lorsque la fièvre affectait une intensité moindre, au moment des exacerbations : (( Les résultats, dit Liebermeister, semblaient être favorables, quoique les observations ne soient pas jusqu'ici assez nombreuses pour autoriser un jugement définitif. Nous ajouterons que de telles pratiques sont non-seulement barbares, mais coupables au plus haut degré, Liebermeister avoue d'ailleurs, dans un élan de contrition, que (Tune façon générale la fièvre, chez les phthisiques, devra être combattue par d'autres moyens que par les bains froids.

Scrofule. — Appliquée au traitement de la scrofule, lliydrothérapie a été surtout dirigée contre les manifestations extérieures de la peau et des muqueuses visibles. M. Bazin a insisté sur ce point, qu'on ne saurait trouver dans l'eau froide un moyen curatif de la scrofule. « L'hydrothérapie, bien maniée, peut amener la résorption des exsudais de quelque nature qu'ils jsoient et des observations le prouvent, la constitution elle-même est améliorée ; mais de là, à croire à une action spécifique, il y a loin. L'eau douce ne rempla-

cera jamais dans la scrofule maligne les eaux chlorurées sodiques et l'huile de foie de morue.

Ceci dit sur les indications que l'eau froide peut remplir dans le traitement de la scrofule, nous ferons observer, avec Fleury, que ce moyen abandonné de nos jours, lorsqu'il s'agit de modifier les manifestations extérieures de la scrofule, était déjà employé au temps de Cullen, de Tissot^ de Bordeu, de Pujol, et de Leid. Pour Fleury, l'hydrothérapie dans la scrofule agit à la fois en tonifiant Torganisme et à titre de modificateur énergique des manifestations locales. Comme d'ailleurs l'hydrothérapie n'exclut nullement l'administration des médicaments spécifiques, tels que l'iode, Thuile de foie de morue, etc., il s'ensuit qu'on pourra avoir recours à ce puissant et inoffensif adjuvant, à défaut de l'hydriatique marine dont les effets sont autrement actifs et salutaires.

Fleury rapporte deux observations de tumeurs blanches, l'une de la hanche, l'autre du genou qui furent guéries par l'hydrothérapie, après avoir résisté à tout autre traitement. En pareil cas, il faut nécessairement associer à la douche froide générale, qui agit à titre de reconstituant, les applications locales destinées à résoudre les engorgements et les manifestations extérieures de la scrofule.

En tant que médication reconstituante, l'hydrothérapie est encore un excellent moyen prophylactique de la scrofule qui devra être mis en usage chez les individus qui sont prédisposés à contracter cette diathèse, c'est-à-dire chez ceux qui présentent les attributs de ce qu'on est convenu d'appeler le tempérament lymphatique.

Syphilis. — La syphilis n'est pas seulement grave par elle-même comme maladie, mais con^me cause morbiflque, ainsi que le. dit excellemment^ M. Four-

nier , en provoquant la mise en évolation des manifestations diathésiques : scrofule, tuberculose, dartre , névrose. Si elle réclame l'emploi de la médication spéciale , demande- t-elle souvent l'association de médications auxiliaires, qui chez la femme, comme chez certains tempéraments que la syphilis influence profondément, peuvent devenir principales. Â ce compte, les douches froides et l'hydrothérapie doivent- elles êtrô prescrites comme agents de la médication tonique et reconstituante, au même titre que le fer, le quinquina, Thuile de foie de morue, les eaux sulfureuses, etc., contre Tanémie, la chloro-anémie générale et aussi contre certains troubles particuliers comme ceux des fonctions digestives.

Mais c'est surtout dans la syphilis cérébrale (accidents tertiaires) que l'hydrothérapie prend place à titre de médication auxiliaire. Nous devons à l'obligeance de M. le D' Â. Fournier, si compétent en pareille matière, communication de son travail encore inédit sur la syphilis cérébrale, et dont nous donnons un résumé.

L'hydrothérapie, comme le bromure de potassium, calme parfois d'une façon remarquable quelquesunes des manifestations des encéphalopathies syphilitiques , telles notamment que les troubles congestifs, les symptômes d'excitation, voire même l'épilepsie.

. M. Fournier a vu plusieurs fois (et il en cite un exemple remarquable), [telle ou telle de ces médications d'ordre vulgfaire comn^ il les nomme, modifier les phénomènes morbides de la syphilis cérébrale, d'une, façon assez heureuse, pour faire dévier le* diagnostic et Conduire à eïclure la syphilis, alors que l'influence syphilitique était des plus probables et devait être

démontrée plus tard par l*autopsie. Aussi réminent praticien avance-t-il que peu à peu, par la force des choses, il a été conduit à l'associer le plus souvent aux frictions mercurielles et à Tiodure de potassium chez la plupart de ses malades.

C'est sous la forme de douche simple, en pluie, donnée une à deux fois par jour, d'une demi-minute à une minute, que l'auteur prescrit l'hydrothérapie et c^est sous cette forme qu'il a obtenu les résultats les plus inespérés.

Mais l'hydrothérapie a encore un autre avantage, c'est celui d'agir comme tonique dans une phase de la maladie qui a amené l'anémie générale, voisine parfois de la cachexie et un allanguissement des fonctions digestives, qu'elle combat souvent de la façon la plus favorable.

Depuis longtemps d'ailleurs, Schedel, et après lui, Fleury, avaient vanté l'hydrothérapie dans le traitement de la syphilis. Mais ces deux auteurs, partant d'un point de vue absolument erroné, ont fait de l'eau froide non plus un moyen adjuvant pu tonique, mais bien un moyen curatif, capable d'éliminer de l'organisme la cause . morbifique. « Pour guérir les affections vénériennes primitives, dit Schedel, on doit préférer le traitement qui paraît le plus capable de chasser de l'économie la cause mystérieuse du mal, et qui offre en même temps la certitude de ne pouvoir exercer sur la constitution aucune influence fâcheuse. De tous les traitements proposés contre la syphilis, l'hydrothérapie seule présente ces garanties, et je la crois le seul moyen capable d'expulser de Téconomie cet agent morbide venant du dehors. »

L. Fleury voit également dans l'hydrothérapie un moyen dépuratif, favorisant rélimination hors de l'organisme du virus qui est la cause de V intoxication

LABADiB-tUaRATE. — Fioid. 15

syphilitique. Pour lui l'hydrothérapie est un moyen qui présente les avantages des sudoriflques sans en avoir les inconvénients. Ce moyen favorise en effet la respiration cutanée et loin d'affaiblir les malades, il les tonifie. Fleury doute d'ailleurs que Thydrothérapie, employée au début de la syphilis, puisse prévenir i'éclosion des accidents consécutifs. Sur ce point, nous sommes parfaitement d'accord avec le savant hydrothérapiste, mais nous nions également les propriétés dépuratives de Teau froide dans la syphilis. Nous croyons, avec M. Foumier, qu'en dehors de son action reconstituante , l'hydrothérapie peut encore ayir favorablement sur certaines manifestations, en modifiant la nutrition des organes qui en sont le siège.

Dans un article récent; publié par un médecin danois, le D'Lewin, l'eau froide dans le traitement de la syphilis agirait surtout en favorisant les fonctions de la peau. A ce titre, l'hydrothérapie serait un excellent adjuvant des frictions mercurielles. Lewin a constaté gue ckez les individus soumis au traitement par l'eau froide, leg symptômes d'intoxication consécutifs à l'administration du mercure sous foriiie de frictions étaient bien plus prompts à apparaître que dans les circonstances, ordinaires. Lewin réserve d'ailleurs l'emploi des douches et des bains froids aux syphilitiques jeunes et robustes. II faudra s'en abstenir chez les vieillards et surtout chez ceux qui sont tombés dans le marasme.

Dtaàète.—On a vanté l'emploi de l'eau froide dans le traitement du diabète pour activa les fonctions de la peau.Maisjusqu'ici ce moyen n'a pas suffisamment expé« rimenté, poUr qu'il soit permis d'émettre une opinion positive sur sa valeur. M. Durand Faràel, en parlant du traitement die cette cruelle Maladie, se ôoïiteûte de dire :

ce Je suis convaincu que TJiy àrothérapie n'a pas encore pris dans le traitement du diabète la place qu'elle mérite 9 » et il fait remarquer qu'on n'a guère eu; jusqu'ici recours à l'hydrothérapie chez les diabéti-. quesqû'à la période de cachexie^ alors qu'on doit s'at-: tendre à en retirer plus d'inconvénients que d'avan-. tages.

AffecHans mentales. ~ Lé professeur Leidesdorf recommande l'emploi de l'eau froide chez les déments , à titre de reconstituant et de sédatif.

Notre excellent ami le docteur Magnan emploie éga^* lement les douches froides ou l'immersion dans une piscine précédée d'un bain d'air chaud, dans les formes dépressives de la folie et des affections nerveuses sans lésions organiques appréciables. Chez les sujets trèsaffaiblis, l'emploi des enveloppements dans le drap, mouillé devra être préféré.

Il faut d^ailleurs être d'une graude prudence dans remploi de l'eau froide chez les déments. On doit surtout éviter de diriger le jet sur' la tête. M. Magnan. s'élève avec juste raison contre la pratique barbare, en usage autrefois dans les établissements d^aliénés^ : mais presque généralement abandonnée aujourd'hui, et' qui consiste à projeter un jet en lance sur la face^M le nez, la bouche du malade, au point de gêner la respiration et d'amener un état d'angoisse extrême. Le^ mieux sera, chez les malades qui présentent des: troubles cérébraux avec lésions manifestes (paraly- ; tiques généraux, alcooliques, déments séniles, etc.), ^ d'appliquer sur le crâne une compresse- sur laquelle on. fait tomiber goutte à goutte de Teau froide, à l'aide, d'iin tube en caoutchouc, muni. d'un robinet. On peut» encore ' mettre Us malades dans un haia^ en même, temps qu'on leur applique sur la tête des compresses ^ froides ba^glaoéss.. 1

Cachexie paludéenne. — L'hydrothérapie constitue un puissant moyen d*agir sur la circulation et la nutrition locale des organes abdominaux et de dissiper tes engorgements chroniques de ces oi^anes. Or, on peut admettre que chez les individus qui sont sous le coup de Tintoxication paludéenne, la cachexie est, en général, en raison directe du volume du foie et de la rate. Cela s'explique "quand on songe au rôle joué par ces organes dans Thématopoièse. Fleury était d'autant plus porté à recourir à 1 emploi de Teau froide, que les préparations quiniques sont, d'après lui, sans action sur les congestions hépatique et splénique, et qu'à la longue, la cachexie quinique vient s'agouter à la cachexie paludéenne. Telle n'est pas l'opinion de Mosler, qui a expérimenté la valeur des douches froides dans les engorgements aigus et chroniques de la rate. L'efllcacité de ce moyen est incontestable, mais il est encore bien inférieur au sulfate de quinine, comme l'attestent les observations publiées par Mosler en 1873.

Fleury vante d'ailleurs les douches froides nonseulement en tant que reconstituant et modificateur de la nutrition locale du foie et de la rate engorgés, maiis encore à titre de fébrifuge, dans les cas d'intoxication palustre où les accès se montrent irréguliers, ou encore lorsque les accès affectent plusieurs types, qui alternent les uns avec les autres. Les expériences de Mosler démontrent en effet, comme les observations de Fleury, que la douche froide a une action incontestable sur l'accès de fièvre lui-même, mais à ce point de vue également, l'action du froid a été trouvée inférieure à celle du sulfate de quinine, même quand la fièvre affectait une marche irriffuUère.

M. Gendrin, qui a eu recours aux affusions froides

dans les fièvres périodiques chroniques, déclare qu'il les emploie moins contre la fièvre elle même que contre Tétat cachectique qu'elles produisent par leur durée prolongée. «Nous pourrions citer, ajoute-t-il, le fait récent d'une fièvre tierce chronique, dont les paroxysmes avaient été facilement arrêtés par les fébri fuges après deux reprises. La jeune malade était devenue chloro-anémique à un haut degré, nonobstant l'action soutenue des martiaux et des toniques astringents. Les sueurs abondantes presque quotidiennes, liées à des paroxysmes fébriles irréguliers et mal déterminés, revenaient surtout la nuit, et la persistance des déperditions sudorales était la cause de l'épuisement excessif des fonctions plastiques. Les affiisions froides, d'une à deux minutes de durée^ sur tout le corps, répétées tous les jours et suivies d'un exercice en plein air, changèrent rapidement cet état en une convalescence facile, préparée et favorisée d'ailleurs par un régime analeptique. »

Pour M. Beni-Barde, l'efflcacité de l'hydrothérapie dans le traitement de la cachexie ne fait pas de doute. En combinant judicieusement le calorique et le froid, on arrive selon lui à produire des eflfets reconstituants qui sont extrêmement utiles à tous les degrés de cette cachexie.

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