‹ Du froid, et de son application dans les maladiesChapitre 1 sur 2 · ET CHEZ PONTHIEU, LIBRAIRE · texte numérisé non relu

ET CHEZ PONTHIEU, LIBRAIRE

rAl.ilS ROTAL, 6ALBBIES DE BOIS.

id'^SS.

Les moyens les plus simples doivent être le plus employés en médecine. Ce n'est pas sans raison que la nature nous les a prodigués ; et si elle a eu le soin de distribuer par zones et par contrées les végétaux, suivant la nature des maladies que les localités développent, elle a eu soin aussi de rendre universels , inépuisables et d'un accès facile à l'homme, les agents propres à combattre les maladies les plus fréquentes et les plus graves. Ainsi, faisant naître les crucifères dans les lieux bas et humides où se développe le scorbut, les sudorifiques dans le Nouveau-Monde, d'où nous vient la maladie syphilitique , les amères dans les lieux marécageux où régnent les fièvres intermittentes , etc. , elle a réservé les acidulés et les rafraîchissants pour les climats brûlés, où les maladies viennent

souvent par la soif; mais elle a répandu à pleines mains et avec une large profusion sur toute la sphère 5 l'eau, les émollients, les adoucissants, les antiplilogistiques, etc., comme devant être opposés aux irritations , aux inflammations, et autres maladies générales qui se développent dans toutes les régions et sur toute la surface du globe (i).

De ce qui précède, je pourrais admettre, a priori^ que les maladies par exaltation sont les plus fréquentes , puisque la nature nous a fourni tant de moyens de les réprimer; mais j'aime mieux laisser à d'autres le soin facile de le prouver : pour moi, je ne veux ici, ces maladies étant connues, que m'entretenir des moyens d'y remédier.

Parmi ceux-ci, l'eau et, par conséquent, le

(i) Je ne veux point ici condamner la pharmacie ; je pense même qu'elle est un peu trop dédaignée par quelques enthousiastes modernes: mais je crois pouvoir affirmer, sans courir risque de me tromper , qu'elle ne retombera plus dans le bourbier fangeux d'où , depuis peu , elle est sortie.

froid se présentent au premier rang ; ce dernier surtout, par les raisons que je viens de dire, doit être d'une grande utilité, et, par cela même, fréquemment employé en médecine. Pas du tout ; c'est qu'il l'est peu , ou d'une manière si peu rationnelle, qu'on a eu jusqu'ici plus de raisons de le rejeter que de l'admettre : le froid est une arme dangereuse qu'on ne doit pas laisser entre de communes mains. Nous allons rapporter les différents cas où nous l'avons employé , la manière de s'en servir, et quand il faut l'appliquer ; nous ferons précéder notre travail de quelques considérations générales sur la vie , si utile à connaître pour se guider et bien nous comprendre ; nous parlerons du froid luimême, de sa manière d'agir, des cas où il est contre-indiqué , des précautions qu'il nécessite , du danger qu'il y a de ne les pas observer, etc. ; enfin, nous finirons par rapporter des faits et des observations pour appuyer ou condamner les divers raisonnements théoriques que nous pourrons faire ; bien persuadé que la bonne , que la véritable médecine est moins dans les explica-

tions, souvent insidieuses et parfois trop dociles , que dans la saine, la stricte et la rigoureuse observation. La théorie, ai-je dit ailleurs, est boiteuse , et ne doit venir qu'après les faits.

DU FROI

ET

La médecine est la science des contraires. Hippocrate a dit: Contrariis contraria çurantur(i). Elle puise ses moyens dans les choses les moins en harmonie avec la structure , la forme et la manière d être de nos organes ; ainsi les sections y les solutions de continuité de nos tissus , le feu , la glace, et les poisons de toute espèce, ont été tour à tour employés pour soulager l'humanité de ses maux. Si le principe que nous venons

(i) Gomment se fait-il qu'un aussi grand observateur, après avoir e'mis une vérité aussi importante , la de'truise en quelque sorte par un aphorisme oppose' : V^omitus vo~ mitu sanatur?

d'émettre est vrai, nous pouvons également dire que nous vivons par les contraires: ce sera une preuve de plus , matérielle et fondamentale , que toutes nos maladies ne sont que l'exagération des phénomènes physiologiques. En effet, qu'est-ce que la vie, sinon une série d'actes, d'efforts et de réactions continuelles, de la part d'un principe, d'une résistance vitale (i), d'un Je ne sais quoi d'immatériel et d'insaisissable à nos sens , sans cesse agissant , et sans cesse en opposition avec les agents qui nous entourent et qui tendent continuellement à ramener les corps vivants sous l'empire absolu de la nature morte?

Ce principe occulte , appréciable seulement par ses effets , a été admis de tous les temps par les physiologistes et les pâthologîstes : c'est, comme je viens de le dire, le principe de Barthez^ la résistance de Dumas ^V âme de Stahlj, Var^ chée de Van-Helmont ^ les propriétés vitales de Bichat , etc. , etc. , que tous les philosophes avaient déjà reconnu , et qu'Hippocrate lui-

(i) Il est facile de voir que je ne veux point créer d'abstraction ni d'entités ; je ne me sers de ces mots que pour exprimer un fait , une idée collective , comme les physiciens et les chimistes le font des mots affinités 3 attraction, force de cohésion, etc. : pris isolément, ils ne signifient rien; ceux que j'emploie ici ne sont que la représentation abrégée des phénomènes de la vie réunis.

même appelait impetum faciens ; les anciens médecins le nommaient nature, intelligence^ force médicatrice^ etc. , etc. Quoi qu'il en soit» ce principe conservateur est placé en nous ; il anime toutes nos parties en raison de leur utilité et de l'importance des fonctions qu'elles sont appelées à remplir ; il forme avec elles , suivant les tissus qui les composent , autant de vies particulières , d'où résulte la vie générale. Il exerce son action contre tout ce qui l'entoure : celle-ci est en raison directe de celles qui cherchent à la détruire; enfin il est le résultat lui-même du jeu de nos organes (i) , et tout ce

(i) Cette idée n'est point matérialiste , quoiqu'elle puisse le paraître ; elle n'exclut point un principe intelligent , une main divine qui a donné l'existence à tout ce qui l'a, et la première impulsion à nos organes. Les médecins ne sont point matérialistes ; les physiologistes surtout ne sauraient l'être : si , après avoir disséqué nos parties, ils en connaissent bien la forme , les rapports et la texture , ils veulent les mettre en jeu, ils sont bien forcés d'admettre quelque chose , une puissance inconnue , un principe sacré , un premier moteur , etc. Un chien de première taille est tué en moins d'un seconde par une goutte d'acide hydro-cyanique ; il a encore toute sa chaleur vitale , ses membres sont encore souples. Le scalpel à la main, j'interroge tous ses organes palpitants, je les trouve tous à leur place , aucun n'est altéré: que leur mânque-t-il donc pour battre ? L'instant d'auparavant, enflammé de colère, cet animal prêt à me dévorer,

qui tend à augmenter 1 énergie de ceux-ci tend aussi à l'accroître.

La réaction est égale et opposée à Faction. Cette grande loi est applicable à l'homme malade comme à l'homme sain , et à l'homme sain comme à la nature inerte. Du balancement de ces deux forces résulte la santé: l'augmentation ou la diminution de l'une ou de l'autre produit la maladie ; l'exagération au-delà de certaines limites donne la mort(i). C'est à accroître , diminuer et compenser ces deux puissances que le médecin emploie son art : la médecine n'est donc qu'un jeu de bascule où l'on cherche l'équilibre.

Quoique , en dernière analyse , toutes nos maladies ne soient réellement que des irritations, avant que d'arriver là elles sont toutes le ré-

et qui opposait tant de résistance à mes efforts destructeurs , n'est plus; son œil est fixe et sans expression, comme son

corps sans vie Il n'y a pas de raisonnements ni de

prétendus esprits forts qui résistent à ce cadavre.

(i) On ne meurt jamais par défaut de stimulation , excepté, dans les hémorragies : la privation de stimulants peut très bien causer la mort , mais elle n'e» est jamais que la cause indirecte, car en s'affaiblissant nos parties deviennent plus irritables j elles battent plus vite , comme pour regagner , par le temps , ce qui leur manque réellement pour entretenir la vie. En accélérant ainsi leur mouvement,il y en a toujours quelques uns qui finissentpars'irriter; c'est ensuite ceux-ci qui gouver-

sultat indubitable de Faction portée au-delà ou restée en-deçà du rhythme physiologique : on ne les conçoit pas autrement. Ainsi tout ce qui tendra à ramener l'équilibre produira nécessairement un effet contraire à l'ordre vicieux établi ; il est bon même de remarquer que l'art médical ne consiste qu'en cela ; qu'à susciter des troubles , des insurrections , des mouvements intestins propres à ramener l'économie dans la voie que la nature lui a tracée , et que rien de ce qui entretient et conserve habituellement la santé ne peut servir à la rétablir. Malheureusement cette belle science est condamnée à se servir presque exclusivement de moyens violents , et c'est souvent des plus terribles qu'elle tire ses plus puissantes ressources.

Parmi ces derniers , le froid se présente au

nent tous les autres, et sous l'influence desquels on succombe. La faim produit l'accélération du pouls, elle peut déterminer la fièvre et même une gastrite qui peut tout aussi bien devenir mortelle que si elle était causée par les excitants. Dans l'un et dans l'autre cas, on trouve l'estomac phlogosé, tandis que dans la supposition contraire il eût été pâle. La même chose se passe dans tous nos organes. En accélérant leur mouvement, ils s'irritent ; leurs derniers efforts sont encore une victoire ; ils succombent au moment où ils redoublent d'action pour résister : la mort est toujours précédée de convulsions.

premier rang; c'est l'agent le plus universellenrient répandu , le plus destructeur de la nature, par conséquent celui qui doit offrir plus d'avantages au médecin. Entre des mains habiles , c'est vraiment un moyen précieux , presque universel; mais pour être employé avec succès il a besoin, non seulement de toute la sagesse du thérapeutiste , mais encore il nécessite l'habitude de s'en servir , l'appréciation parfaite de ses effets, et surtout la connaissance intime de la vie , non pas seulement de cette vie générale où tout roule à grands flots, mais de cette vie particulière, organique , je dirais presque moléculaire et de tissus, où tout est en abrégé, et dont celle dont nous venons de parler n'est qu'une amplification.

Dans toutes les maladies , le froid , s'il ne fait pas beaucoup de bien , fait beaucoup de mal; et, pour peu qu'elles soient graves , s'il ne guérit pas , il tue. C'est une vérité fâcheuse , mais dont il faut bien se pénétrer , pour mettre dans son application tout le soin, toute l'attention et toutes les précautions qu'il réclame. Avec cette conviction et les connaissances que je suppose , le médecin adroit obtiendra , en quelque sorte , tout ce qu'il voudra de la nature; fera^ s'il est appelé à temps , ce qu'il jugera convenable de beaucoup de maladies; il augmen-

tera , diminuera ks phénomènes vitaux , s'il est nécessaire ; les attirera , les repoussera où il le faudra , les dirigera comme il l'entendra; en un mot, c'est la mesure du bien et du mal qu'avec cet agent le médecin peut faire ; elle est immense comme ce moyen lui-même.

Qu*est-ce que le froid ? Aristote , et après lui quelques modernes, ont dit que c'était un accident ; peu importe , je ne crois pas que ce soit plus un accident que le chaud , sans lequel il n'existerait pas (i). Le froid est un mot, comme une sensation , abstrait et conventionnel : on dit «7 fait froid , par opposition à il fait chaud ; cette qualification réside tout entière dans la sensation actuelle de celui qui l'éprouve. Le froid est relatif à chaque individu ; il varie non seulement dans chaque climat et selon chaque saison , mais encore il diffère aux différentes

(i) Je ne veux point établir d'identité de nature entre le froid et le chaud; on sait que le premier est un être négatif, et que l'hypothèse des particules frigorifiques, établie par les physiciens du i8® siècle , et soutenue encore dans les derniers temps par Muschenbroeck etMairan, a été complètement détruite par le docteur Black. Le calorique existe bien réellement, son existence est tout aussi bien prouvée que celle de la lumière, avec laquelle il a beaucoup d'analogie. Je ne veux parler ici que de la différence des sensations qu'on éprouve et des effets qui en résultent.

heures de la journée et suivant l'état habituel du corps, de santé ou de maladie, etc. ; il est plus grand immédiatement après le repas et quand on est affaibli par la faim. Il est souvent le signal d'une maladie grave. L'habitude de son impression en diminue beaucoup l'effet ; l'Abyssin et l'Africain gèlent où le Scandinave et le Groënlandais suent; et le Lapon court sur ses montagnes de neige par un froid de 5o° — o, la tête découverte et la poitrine presque nue , tandis que nous , nous tremblons à Paris, quoique bien couverts , par une température de 10° au-dessous de la glace. Appliqué à nos parties ^ en santé, le froid a deux effets bien distincts : le premier, presque entièrement physique , commence immédiatement après l'application du corps réfrigérant (1) sur un point de l'économie, avec la température de laquelle il est toujours en opposition directe de rapidité et d'intensité ; le second est essentiellement vital et actif; il commence où l'autre finit ; .ses effets et sa durée sont subordonnés à l'intensité et à la rapidité de celui qui précède , à la sensibilité de la partie sur la^quelle on l'applique, à la dose de vie de l'indi-

(i) On doit considérer comme tel tout corps dont la température actuelle est au-dessous de celle de la surface animée qu'il touche , eu égard pourtant à la densité du corps qui le transmet. s ?

CONSIDERATIONS GENERALES. l3

vidu , de même qu'à son état de mouvement ou de passivité. Le premier effet du froid est le refoulement du sang et des liquides de la périphérie vers le centre; il est caractérisé par l'abattement général des forces , le resserrement et la décoloration de la peau , la diminution du volume total du corps , et un sentiment de crispation et de frissonnement : ce dernier est ordinairement accompagné d'une horripilation qu'on appelle vulgairement chair de poule (i). Cette sensation est toujours le signal delà grande concentration vitale qui s'opère sur les principaux viscères. Pendant cette période, le pouls est petit 5 serré; l'individu est triste , timide et faible ; disposé au repos , il redoute le plus léger mouvement; blotti et concentré sur lui-même, il semble réunir et conserver toutes ses forces pour résister à la congélation générale. S'il est en marche , il n'en éprouve pas moins une partie de ces phénomènes , surtout une propension presque irrésistible au sommeil et au repos ; mais s'il s'y livre et si le froid est intense , il est perdu : la lutte devient inégale , la vie se retire dans ses principaux foyers , elle abandonne d'abord les membres , ceux-ci s'engourdissent , et bientôt

(i) Ce sont les bulbes et l'origine des poils qui , par le resserrement de la peau, se trouvent faire saillie au dehors.

l4 CONSIDÉRATIONS GENERALES.

de proche en proche la mort générale arrive.

Le second effet du froid est la réaction , c'està-dire Je retour des forces et du sang du centre à la périphérie ; elle s'opère par les efforts simultanés des organes intérieurs : alors le pouls devient large et plein , l'énergie musculaire se déploie , la peau se colore et s'échauffe , les capillaires de la face surtout s'injectent , l'œil s'humecte et s'anime, et l'individu éprouve un sentiment de bien-être et de plénitude d'existence qui lui était jusqu'alors inconnu , et qu'il manifeste ordinairement par de la gaieté et une grande énergie morale. Que le froid frappe fort ou faiblement nos parties , qu'il agisse localement ou d'une manière générale, toujours les mêmes phénomènes se passent.

Les effets du froid sur l'économie varieront non seulement d'après ces dernières circonstances, mais encore suivant la sensibilité plus ou moins grande delà partie, et surtout, comme je viens de le dire, suivant le degré d'énergie vitale de l'individu sur lequel onl 'applique. Si celui-ci en est largement doué, le froid accélérera accroîtra rapidement ses forces et son développement ; dans le cas contraire , il l'épuisera et l'enchaînera ; il éteindra en lui le feu sacré qui anime tout l'organisme, qui , ne pouvant réagir, languit et succombe: c'est pourquoi les bains

CONSIDÉRATIONS GENERALES. . l5

froids ne conviennent qu'aux gens forts, dans la vigueur de l'âge, et parfaitement sains ; chez les vieillards , les individus faibles et les enfants , ils sont constamment nuisibles. Chez ces derniers surtout , quand on les emploie , il faut déjà qu'ils soient forts , et que la température de l'eau ne soit pas trop basse , autrement on leur fait une constitution faible, dégradée , et on leur trace une vie infirme et parsemée de souffrances. J.-J. Rousseau a commis une grande faute en recommandant , sans exception , de plonger les enfants naissants dans l'eau froide , et de les baigner chaque jour à la glace. D'abord il a démontré qu'il ne suffisait pas d'être savant pour faire un traité d'éducation , mais encore qu'il fallait être médecin ; ensuite, dans cette circonstance, notre philosophe de Genève ne s'est pas du tout montré philosophe. Le sage qui mérite vraiment ce nom est celui qui, étudiant constamment les lois de la nature, cherche toujours à s'y conformer. Ici l'auteur d'Emile s'en est complètement écarté, et précisément dans un moment où leur inobservation peut être le plus funeste : on n'a jamais vu ni les chiens ni les chats, qu'il nous donne si souvent pour modèle , porter leurs petits à la rivière immédiatement après qu'ils sont nés ; ils s'en gardent bien , ils les réchauffent, les caressent , et les essuient ; la poule cou-

j6 considérations générales.

vre de son mieux les petits poussins qui viennent d'éclore ; et quand il pleut dans nos bocages , on est sûr de trouver le petit oiseau dans son nid. Il a eu tort en outre de nous donner les sauvages pour exemple ; il devait savoir que ces espèces •d'hermaphrodites de la raison sont plus souvent dehors que dedans ; que , trop peu intelligents pour réfléchir , ils n'ont le plus souvent que le préjugé et la routine la plus aveugle pour guide (i). En fait de préceptes de Tinstinct , il faut toujours les chercher chez les animaux les plus simples et souvent les plus farouches.; car plus ils se rapprochent de nous , et plus ils sont susceptibles de s'en écarter et disposés à l'enfreindre.

Dans les maladies , les deux effets que nous venons de signaler du froid peuvent être utilement employés ; ici comme ailleurs le succès dépendra des cas et de la manière dont on emploiera cet agent. En général , il n'existe que trois moyens de guérir les inflammations : i° de les enlever par des déplétions sanguines ; 2** de les laisser en quelque sorte s'user sur la partie qui en est le siège ; 3" de les déplacer par les

(i) Pourquoi ne nous a-t-il pas recommande aussi de nous tatouer, de nous faire percer le nez, les oreilles et les lèvres ? les sauvages le font bien.

révulsifs. Le premier ne réussit complètement que dès le début ou dans la période d'acuité des maladies ; le second n'est pas toujours sans danger; mais le troisième convient dans toutes les altérations morbides, seulement il faut le mesurer à leur intensité , et savoir qu'il est des cas où il serait imprudent de le tenter.

La révulsion exige des conditions qu'il est indispensable de connaître , et qu'il ne sera peutêtre pas inutile de rappeler ici. D'abord cette médication fut, est et sera toujours le grand levier thérapeutique; la médecine anciennement ne consistait qu'en cela : qu'étaient-ce en effet que les purgatifs et les vomitifs si vantés par Hippocrate ^ et si employés par Gatieriy pour diminuer la turgescence , évacuer les humeurs et l'atrabile, sinon des révulsifs ; que les fondants, les incrassants, les inviscants, les dépuratifs et les antiputrides de Boerhaave , pour faciliter la trituration des fluides , s'opposer à leur épaississement, à leur acrimonie et à leur corruption ; que les astringents de Thémison, les antispasmodiques d'Hoffmann, les stimulants de Cullen^ de Sauvages et de Brown pour triompher du spasme j, snimonter la résistance, s'opposer à l'asthénie etc.? — ^ Des révulsifs. Enfin que sont encore de nos jours les contre-stimulants des Italiens; nos doux minoratifs , nos petits vésicatoires, comme

l8 CONSIDÉRATIONS GENERALES.

nos plus violents sinapismes , nos bains généraux; et même nos tisanes fades et nauséeuses , déposées dans un estomac quelquefois sain ? — Des révulsifs plus ou moins actifs (i).

Pour que la révulsion s'opère avec succès, plusieurs conditions sont nécessaires ; il faut : • •* que l'irritation que l'on veut enlever ne soit pas trop forte ; 2° agir sur un organe plus sensible que celui sur lequel elle est placée, ou agir de manière à en déterminer une plus forte; 5° choisir de préférence celui qui a le plus de sympathie avec l'organe malade; 4*^ ^^^^ l^s maladies aiguës, l'établir en une seule fois, car il faut savoir que si on manque son coup , par un retour de l'irritation, on augmente le mal; 5" dans les maladies chroniques , les sympathies étant beaucoup moins actives , ou presque éteintes, on peut se permettre d'agir doucement : il est

(i) J'ai déjà dit qu'en s'affaiblissant nos organeï» battaient plus vite : dans les arachnites , les péripneumonies , ou toute autre inflammation où l'estomac ne sera pas participant d'une manière directe , c'est-à-dire le point de de'partdu désordre, les prétendus antiphlogistiques , les adoucissants, et la diète elle-même, n'agissent jamais que comme révulsifs j et si cette dernière est un moyen victorieux pour combattre la plupart des maladies , c'est que , plus vivace et plus exigeant que les autres organes de l'e'conomie, l'estomac, à qiii tous les autres demandent, veut être satisfait; s'il ne l'est pas, il s'irrite, et cette irritation est aussi révulsive que l'organe est influent.

bon même d'être modéré et de le faire en quelque sorte à l'insu de l'économie ; car si on agit trop vivement , l'organe primitivement affecté se réveille , les sympathies recommencent , et on est obligé de cesser sa médication ou d'en doubler la violence ; mais ce dernier parti n'est jamais sans danger. Enfin le choix des moyens à employer n'est pas non plus indifférent; ceux qui peuvent faire passer dans l'économie une partie des principes irritants qui les constituent doivent être rejetés; on doit leur préférer ceux qui bornent leur effet à la surface sur laquelle on les applique. Dans les maladies aiguës , les plus violents sont toujours les meilleurs ; parmi ces derniers, le froid, et par conséquent la glace, occupent le premier rang.

Dans les maladies nerveuses , il n'y a réellement qu'un seul moyen curatif , celui d'éteindre l'exaltation de la sensibilité qui en est la cause et qui en forme le principal caractère; le froid se présente encore ici en première ligne. Dans cette circonstance, cet agent opère de deux manières différentes, d'abord , comme nous venons de le dire, en émoussant la sensibilité, puis en déterminant parla réaction une congestion locale , et par suite l'inflammation; celle-ci est souvent curative des névralgies. Dans les inflammations locales le froid a aussi deux modes d'action ; nous verrons plus

tard les cas où il faut les rechercher , et comment on peut les obtenir.

Dans les maladies légères, dans les petites indispositions, celles surtout où l'exaltation nerveuse prédomine, le froid en détruisant la sensibilité, comme nous l'avons dit, ramène le calme et l'équilibre ; nous n'en rapporterons qu'un seul exemple : Madame D*** , d'une petite stature et d'une constitution dite éminemment nerveuse , éprouvait depuis long-temps des phénomènes erratiques qui ne se rattachaient à rien , mais qui la faisaient considérablement souffrir, et dont l'intensité et la durée pouvaient avoir des suites fâcheuses. La susceptibilité de cette dame était tellement accrue , que le plus petit bruit , la plus petite contrariété , la rendaient fort malade , non pas de ces indispositions fugaces et légères , ou même simulées comme on en voit quelquefois dans le monde , mais bien d'une maladie réelle propre à donner de l'inquiétude à ceux qui l'entouraient. Cependant , en examinant attentivement madame D***, on ne voyait rien , absolument rien d'alarmant ; aucun organe n'était malade, le système nerveux seul était affecté et jouait le plus grand rôle. L'exercice, l'habitation delà campagne pendant deux années consécutives, où elle recevait les consolations de l'amitié , et jouissait de toutes les commodités de la vie, les

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antispasmodiques conseillés par plusieurs médecins , les moyens de toutes espèces avaient été employés , rien n'avait pu la calmer ; au contraire, ses souffrances semblaient s'exaspérer et s'accroître en proportion du nombre des agents mis en usage pour les détruire. An commencement de l'hiver dernier , je fus appelé, et sur le récit que je viens de faire, je conseillai les bains froids. Ils furent d'abord rejetés; la malade, disait-on, ne pouvait se laver les mains à l'eau froide sans avoir des convulsions. J'insistai sur ce moyen , je n'en connaissais véritablement pas d'autres. Madame D*** persista dans son refus, et je me retirai. Mais enfin, les souffrances de la malade s'étant augmentées par cette circonstance même, elle me fit redemander pour, disait-elle, en essayer et me convaincre ; d'ailleurs , fatiguée des autres moyens , elle voulait essayer de celui-ci. Elle prenait ordinairement ses bains à 29 et 3o** E.. ; je les lui fis d'abord donner à 25 , puis à 22 , à 20 , à 18 , à i5 , etc. , et insensiblement à une température excessivement basse. A mesure que la chaleur du bain diminuait , ses agitations étaient moins grandes , ses maux se calmaient si bien que, loin de s'opposer à ce qu'on les rendît de plus en plus froids, elle le demandait elle-même et s'y plongeait en quelque sorte avec plaisir ; elle a fini par les

prendre à 5 , 4 et 3 degrés , plusieurs fois même je lui ai vu faire casser la glace avant que d'y entrer. En même temps que je faisais diminuer la température du bain , j'en faisais aussi diminuer la durée ; et , lorsqu'elle fut bien basse , la malade ne faisait que de s'y plonger; au sortir du bain , je la faisais promener à grands pas dans son jardin, jusqu'à ce que la réaction se fit, et que la transpiration même commençât à s'établir; alors seulement je lui permettais de rentrer dans son appartement , et je la faisais coucher. Il est à remarquer que pendant quatre mois d'hiver que madame D*** fit usage des bains froids , elle n'éprouva pas un seul rhume , tandis qu'auparavant elle en était toujours affectée. Elle fut toujours de mieux en mieux , et au printemps suivant elle était parfaitement guérie. Elle les discontinua dans le courant de l'été, malgré mon avis; mais elle redevint malade et fut forcée de les reprendre ; depuis lors , elle s'est toujours bien portée ( i ). Ce fait n'est pas nouveau , il n'est même pas le seul en ce genre que je possède ; mais il est un des plus complets et des plus concluants que je connaisse.

(i) Je ne dois pas omettre de dire qu'avant de faire entrer ia malade dans le bain, j'avais soin, pour éviter les congestions cérébrales , de lui faire faire des ablutions froides sur la tête et sur les épaules.

Dans les maladies réelles , dans celles dont le siège ni la nature ne nous sont pas encore bien connus , comme la peste , la fièvre jaune , le typhus , etc. , et même dans les fièvres ordinaires avant qu'elles le fussent , le froid a été employé avec beaucoup de succès. Samoïlowitz, dans la peste qui ravagea Moscou en 1771 , l'employa avec un succès constant ; il faisait frotter le corps de tous les malades avec un glaçon. Girillo , à Naples , n'avait pas d'autre moyen de traiter les fièvres que l'eau froide ; il en faisait boire aux malades deux livres toutes les deux heures , les privait d'aliments , et ne leur en accordait que lorsque l'appétit était bien prononcé. Ce procédé est encore suivi à Naples , à Malte et dans quelques contrées de l'Espagne ; Currie et Giannini conseillaient le froid en affusion dans les mêmes maladies ; ces auteurs ont tracé d'excellentes règles sur l'emploi du froid dans ces circonstances ; ils recommandent surtout de s'en abstenir pendant le frisson. Pauliini , Skragger , au rapport de M. Vaidy (1 ) , ont obtenu le même succès dans la fièvre intermittente.

Dans les fièvres typhodes , si fréquemment épidémiques dans les armées , le froid a été prescrit avec beaucoup d'avantage , et il est peu de mé--

(i) Dictionnaire des Sciences médicales , art. Glace.

decins militaires qui n'en aient , dans ces circonstances , observé les bienfaits.

En janvier 1810 , je partis de Clagenfurt en CarinthiepourFelkirken, avec un convoi de malades que je conduisais à Villach ; dansle nombre il s'en trouvait beaucoup affectés de typhus, de nostalgie, etmêmede diarrhées chroniques dites séreuses. Il faisait froid , il y avait beaucoup de neige , mes traîneaux allaient vite ; soit la ventilation , soit la réaction que produisit la bise qui était rude , ou autrement , il est de fait que tous mes malades sans exception arrivèrent à leur destination beaucoup mieux qu'ils n'étaient au moment de leur départ. Je crois en effet que le froidsecet piquant auquel ils étaient exposés pendant deux ou trois heures que je restais ordinairement en route , n'a pas peu contribué à leur salut; je doute que, placés sur des voitures qui eussent marché lentement, comme le font le plus souvent les moyens de transport , et par un froid aussi intense, mais humide, je doute, dis-je, qu'il s'en fut suivi le même résultat, surtout pour les diarrhéiques. C'est probablement aussi au froid et aux successives réactions qu'il provoque qu'on doit rapporter l'effet salutaire qu'éprouvent constamment les typhiques^ des voyages et des déplacements. J'en ai vu que des circonstances critiques si communes à la guerre , ou leur volonté

particulière, forçaient de mettre sur des voitures presque sans vie , arriver à leur destination après trois, quatre, cinq et même six jours de marche, exposés à toutes les intempéries de l'air, et quelquefois sans avoir été bougés de place , arriver, dis-je, beaucoup mieux portants et même guéris d'une maladie à laquelle ils eussent certainement succombé dans l'hôpital.

J'ai vu plusieurs fois dans les hôpitaux militaires des malades en délire d'une fièvre maligne, d'un typhus , se lever , sortir ou sauter par une croisée au milieu de la nuit , tomber dans la neige, y rester plusieurs heures et en être retirés presque guéris , ou au moins avec une amélioration manifeste dans les symptômes. Combien de fois n'a-t-on pas vu des malades gravement affectés tomber hors de leur lit pendant la nuit , rester sur le carreau, et cependant le lendemain se trouver beaucoup soulagés? Je me souviens que, dans l'hiver de 1 808 , à l'hôpital du Val-de-Grâce où j'étais élève, un soldat, dans le transport d'une fièvre ataxique , se lève pendant la nuit pour satisfaire quelques besoins, traverse eh chemise un assez longue suite de corridors pour se rendre aux latrines; y étant arrivé, il glisse, et tombe sur la dalle humide et malpropre ; il y resta jusqu'au lendemain matin, au jour, qu'un infirmier le releva et le remporta dans son lit ; à la visite ,

le médecin, M. Thierry, le trouva beaucoup mieux que la veille , seulement il resta pendant long-temps paralysé du membre sur la hanche duquel il était resté appuyé.

Dans l'hiver de 1811, un jeune soldat nostalgique du 102^ régiment, tombe du fort de Savone, où il était en garnison, dans la mer en passant par les tuyaux des latrines , élevés d'environ soixante-dix à quatre-vingts pieds au-dessus de Teau ; il fut garanti dans sa chute par les immondices qui s'amassèrent autour de lui. Dans l'endroit où il tomba , il n'y avait que quelques pouces d'eau ; mais les vagues étaient fortes et surtout très fréquentes , elles venaient se briser au pied du fort et retombaient en nappe sur les épaules de ce malade. A l'appel de midi , il était absent, mais on ne s'en étonna pas, attendu qu'il restait quelquefois des journées entières dans son lit ou blotti dans une embrasure de canon sans bouger, et souvent même sans rien prendre; plus tard , on le chercha en vain, on le crut déserté. Le soir on ne fut pas peu étonné de le voir rentrer tout mouillé, dégoûtant et malpropre, mais assez gai et parlant; il semblait revenir d'un rêve ; sa figure , sa manière d'être, sa démarche, tout était changé; son regard n'était plus le même: autrefois, l'air étonné et îa bouche béante, quand on lui parlait, il vous re-

gardait sans jamais paraître entendre; aujourd'hui , il répond dès qu'on l'appelle et tourne la tête brusquement, tous ses mouvements sont plus libres. Depuis lors cet homme , revenu comme d'un délire et d'une profonde rêverie que lui-même avait peine à comprendre, fut de mieux en mieux; tout ce qu'il avait éprouvé disparut; il finit par devenir très intelligent et faire un très joli soldat.

Les annales de l'art attestent assez quelles tentatives ont été faites avec le froid, et dans combien de cas le hasard ou les essais l'ont rendu salutaire. Je viens d'en citer divers exemples; et , si je voulais les multiplier , je pourrais rapporter les belles expériences de M. Portai. On sait que ce vénérable praticien prouva, il y a plus de quarante ans , que les lotions et les boissons froides étaient le seul traitement qui convenait aux asphyxies par la vapeur du charbon ; mais je craindrais de m 'éloigner de mon sujet : j'aime mieux rapporter les cas où je l'ai employé et tracer des règles fixes pour en assurer le succès quand on en fera usage.

Toutes les fois qu'on a administré le froid , de quelque manière que ce soit, si on n'en a pas retiré tous les avantages qu'on s'en était promis , c'est qu'il a été mal appliqué; en général il faut mesurer son intensité sur la gravité du mal , et se régler , pour la manière de l'appliquer, sur la

marche et la nature de la maladie. Dans les inflammations , par exemple , où l'action du système nerveux et du système sanguin est exaltée, réunie et confondue, le froid devra toujours être administré d'une manière progressive , permanente, et soutenue comme les phénomènes de cette maladie elle-même; mais dans les névralgies ou irritations nerveuses , où la vie n'est accumulée, exaltée que sur un des systèmes élémentaires de l'inflammation , il devra être employé d'une manière interrompue, saccadée et intermittente comme la maladie à laquelle on l'oppose. Dans l'un ou dans l'autre cas , comme je l'ai dit , il faut en mesurer lé degré sur l'intensité du mal, marcher avec lui de manière pourtant à toujours le dominer, en réservant toutefois la température la plus basse pour les cas les plus graves.

Dans les inflammations internes , surtout dans celles qui sont par trop profondes , le froid ne peut être recommandé que d'une manière générale; encore ne faut-il pas choisir la période d'acuité; car, comme je l'ai dit en parlant delà révulsion, il faut tâcher de l'établir en un seul coup, autrement on sait quel risque l'on court; c'est pour cela que dans le typhus , lès fièvres putrides , les fièvres malignes ou de mauvais caractère , différentes aliénations mentales, le

froid a souvent échoué, quelquefois même il a été fort nuisible. Dans les névroses la chose est à peu près indifférente ; la sensibilité, qui était d'abord locale, devient bientôt générale; et quand on l'apaise d'un côté, elle diminue aussi de l'autre. Cependant il est des cas, quand l'irritation nerveuse est tout-à-fait locale 5 où l'application aussi locale du froid est préférable ; outre l'avantage qu'a cet agent d'émousser la sensibilité, comme je l'ai fait observer , il ne faut pas oublier qu'il a aussi celui de provoquer une réaction qui, ici, peut être très salutaire et même curative. Ou sait que toutes les douleurs nerveuses cessent dès qu'il survient de l'inflammation ; les maux de dents , par exemple , qui sont presque tous de cause nerveuse, se dissipent dès qu'apparaît la fluxion. Le froid, par une succession de secousses, peut très bien , en développant de l'inflammation , faire cesser les névroses ; on verra plus tard plusieurs observations de névroses guéries par la fièvre.

Dans les inflammations externes , il faut toujours que l'application du froid soit locale , et immédiatement faite sur la partie malade ; mais elle nécessite des précautions que nous aurons soin de faire connaître , au fur et à mesure que nous aurons occasion de parler des maladies où nous l'avons employé.

Quelle que soit la manière dont on fasse usage du froid, il agit toujours en privant nos parties de leur calorique. Cette privation sur les nerfs se borne à leur faire perdre leur sensibilité sur les vaisseaux capillaires : outre cet effet, il a encore celui de les constringer, d'y interdire la circulation , et par ce double effet de s'opposer à l'inflammation. A ce sujet je ne partage pas du tout l'opinion de MM. Lobstein et Broussais, tout récemment renouvelée par le docteur Goupil; ces messieurs veulent, je crois à tort, que dans tous les cas l'inflammation soit précédée de Tirritation nerveuse et lui soit toujours proportionnelle. Ce dernier médecin dit: «L'irrita- » tion nerveuse précède la fluxion que la stimu- »lation d'une partie détermine.» Et plus loin s «Presque tous les pliénomènes des irritations «débutent par celle des nerfs, etc. » (Goupil, Arch. gén, de méd.^ cah. de fév. 1824. ) Ce principe est faux , ce me semble ; je le rejette comme pouvant conduire à des inductions trompeuses dans la théorie de l'inflammation , et partant dans le diagnostic de toutes les maladies qui en émanent et dans leur traitement. Voici sur quoi je fonde mon rejet. D'abord , on sait que le système nerveux et le système vasculaire sont les premiers apparents dans l'embryon, et les plus développés dans le fœtus ;] ensuite , l'anatomie

CONSIDÉRATIONS GENERALES. Ôl

nous apprend que ces deux systèmes forment la base, la trame et le réseau primitif de tous nos organes. Si ces principes sont vrais, comme il est difficile de le nier ; si, comme nous l'avons dit , la santé n est que l'équilibre , l'harmonie , la concordance de toutes nos fonctions, la simultanéité d'action de tous nos organes et de tous nos tissus ; elle ne doit être , en dernier résultat , que l'harmonie , la concordance et la simultanéité d'action des systèmes sanguins et nerveux réunis , qui, dans tous les cas, doivent exercer un empire absolu sur la vie, et être le régulateur commun de ses actes. P'après ce, l'état morbide , par conséquent l'état inflammatoire, que nous avons dit n'être que l'exagération des phénomènes physiologiques, ne serait plus que Texaltation , la confusion d'action de ces deux systèmes élémentaires , qui , comme nous venons de le voir, étant également importants à la vie , peuvent tout aussi bien être les promoteurs du désordre l'un que l'autre. Je sais bien qu'on sera toujours disposé à accorder ici la priorité d'action au système nerveux ; cela vient de la propension qu'on a toujours à particulariser ; mais , si on y réfléchit bien , on sentira , à ne pouvoir en dputer , que , puisque les^deux systèmes dont je viens de parler sont en même temps formés , également

Utiles à la base de notre organisation , par conséquent également essentiels à la vie , on sentira , dis-je , que cette dernière peut tout aussi bien sortir de son état nornaal , franchir ses limites par l'un corûme par l'autre. Nous rapporterons plus tard des faits qui prouveront ce que nous venons d'avancer.

Si je ne craignais pas de sortir de mon sujet, et que cette simple réfutation ne m'entraînât beaucoup trop loin, j'ajouterais que, bien que ces deux phénomènes soient presque toujours réunis et confondus, ils existent cependant quelquefois d'une manière tellement isolée qu'il est impossible de les méconnaître. Par exemple , le froid , avons-nous dit, éteint la sensibilité nerveuse, et pourtant le froid, quand il y a réaction, produit l'injection des capillaires, qui peut aller quelquefois jusqu'à l'inflammation. Dirat-on ici que l'irritation nerveuse a précédé l'inflammation?— A moins qu'on n'admette aussi une réaction nerveuse? — Sans la nier, en la reconnaissant même, car je crois que la réaction n'est que le redressement, l'extension et le déploiement de ces deux ressorts réunis, on ne ferait encore que reculer la question sans la résoudre. —D'ailleurs, ne sait-on pas que les membres paralysés s'enflamment tout aussi bien que les autres ? — Peut-on dire encore

ici que rinflammation a suivi Tirritation nerveuse?— On voit que, pour refuser de se rendre à révidence, on serait obligé de se jeter dans les hypothèses et les subtilités. Dans les apoplexies , dans toutes les congestions locales qui précèdent l'inflammation, on dit que l'irritation nerveuse idiopathique a appelé le sang dans la partie malade. Qu'est-ce qui le prouve? pourquoi admettre ce qu'on ne voit pas et rejeter ce que l'on voit? pourquoi ne pas dire tout simplement que dans quelques circonstances le cœur , surchargé de sang , réagit , fait un effort sur lui-même pour s'en débarrasser, et que, par un violent coup de piston, il le chasse dans toute l'économie, particulièrement dans les principaux organes , et que, dans tous les cas , l'action des capillaires est beaucoup augmentée; dans le cas qui nous occupe, il ne le porte pas au poumon, parceque ce dernier organe le tient toujours sous sa dépendance (i) , mais il l'envoie au cerveau qui lui est quelquefois soumis. Il se passe ici en grand , entre le cœur et le cerveau , ce qui se passe en petit entre les ramuscules nerveuses et les ramuscules vasculaires ; essentiellement liée l'une à l'autre ,

(i) Voyez, page 72, l'observation d'une congestion qui s'est faite sur les poumons , l'individu étant en marche.

l'action de ces deux systèmes ne peut que rarement se séparer et exister long-temps désunie. On voit cependant tous les jours des injections vasculaires de la conjonctive , des joues , etc. , des varices même énormément distendues, qui ne sont point suivies d'inflammation , comme on voit aussi des névralgies qui existent sans ce phénomène; mais , primitivement isolés, ces deux états, pour peu qu'ils durent ou qu'ils soient intenses y finissent toujours par se réunir , se confondre et produire l'inflammation proprement dite , qui , dès lors , ne serait plus que l'exaltation d'action du système nerveux et du système sanguin au même degré , réunis et confondus. Ces discussions, qui paraissent peut-être oiseuses et purement théoriques au premier abord , peuvent cependant, ainsi que je l'ai dit, devenir très importantes , en les étendant au diagnostic de toutes les maladies ; car si elles restaient sans réfutation , comme je le pense, si l'inflammation était ce que je viens de dire , toutes les affections inflammatoires revêtiraient un caractère particulier, suivant la nature du système le plus irrité. Par exemple , le cancer ne serait qu'une inflammation , où prédominerait toujours l'action nerveuse, et le fongus hématode , aussi une inflammation où prédominerait continuellement l'action ou l'irrita-

tiondu système vasculaire(i): mais cette assertion a besoin d'autre preuve ; nous Texamineroiis dans un autre endroit.

Pour faire un emploi convenable du froid dans les maladies, il faut d'abord en bien connaître le siège , et l'appliquer localement et le plus immédiatement possible sur la partie malade. En effet, quelle action aurait cet agent sur un organe affecté par sympathie ou secondairement ? Il faut en outre , avons-nous dit , que son degré soit proportionné à l'intensité du mal, et, comme je ne me lasserai pas de le répéter , réserver la température la plus basse pour les cas les plus graves : car ici, comme en législation, les moyens de répression doivent être en proportion de la cause du désordre.

Si on cherche bien dans l'économie, on finira toujours par trouver l'organe malade qui enraie tous les autres: l'idée de maladies générales ou universelles ne vient que de l'ignorance où l'on était sur la structure comme sur la manière d'être et de vivre de nos organes ; mais actuellement que la physiologie moderne nous a révélé en grande partie les lois de notre organi-

(i) Cette ide'e de prédominance des tissus primitifs , dans les maladies , sera développée dans un cours de maladies des enfants que nous nous proposons de faire.

sation , il n'y a plus de maladies générales que celles dont on né connaît pas encore bien le siège ni la nature , et celles-ci sont en petit nombre. En effet , si , comme je ne saurais trop le rappeler, nous ne vivons que par le concours de nos organes , si la santé n'est que l'harmonie, l'équilibre entre toutes nos parties, la maladie ne peut être que le dérangement de l'un de ces mêmes organes ou des tissus qui le composent : consensus uiius, consentientia omnia... Cette vérité, devenue presque un adage , a traversé bien des siècles sans être bien sentie ; on commence seulement à s'en apercevoir.

L'idée de spécialiser et de localiser les maladies est sans contredit la plus belle découverte de notre siècle. Outre qu'elle est déjà d'une utilité réelle à l'humanité , la médecine lui sera ultérieurement redevable de tous les progrès qu'elle pourra faire, comme des immenses bienfaits que cette belle science pourra répandre. Avec elle, avec l'esprit d'analyse, plus de doute sur le siège des maladies, plus d'incertitude dans leur traitement ( i ). Quel avantage ! En effet, que pouvait-on faire dans une affection dont on ne

(i) Il serait presque mathématique si la matière me'dicale e'tait aussi avance'e que la physiologie. Mais quel imbroglio , quel dédale!.,.

connaissait ni la nature , ni le point de départ ? Un mauvais plaisant n'avait pas grand tort de représenter les médecins d'autrefois une massue à la main , et frappant au hasard sur la maladie ou sur le malade. Toute la médecine de jadis con^ sistait à avoir un plus ou moins grand nombre de formules et d'antidotes classés dans la tête, et à les adapter plus ou moins adroitement , suivant l'affirmation d'autrui ou sa tardive expérience. Quel mal n'a -t- on pas fait en agissant ainsi , pour faire quelque bien ! car , quoi qu'on en dise , il faut que le médecin raisonne avant que d'ordonner, et celui qui raisonnera le plus juste , s'il n'est pas le plus couru, sera toujours le plus instruit.

ïl n'y a pas d'effet sans cause, et toutes nos maladies en ont une: quelle qu'elle soit, elle a frappé un de nos organes ; il s'agit de le trouver, et on le peut toujours par l'analyse et le raisonnement. La bataille de l'essentialité pour les affections, regardée jusqu'ici comme universelle et générale , est donc à jamais perdue , il appartenait à notre époque de renverser un monument aussi imposant , et pourtant si fragile. M. Pinel en avait lui-même préparé la ruine en resserrant beaucoup le cadre nosologique , et en rattachant les fièvres dites primitives à certains appareils organiques. Ce savant , il faut

en convenir , a rendu un véritable service à la science , il en a pose les premiers fondements en en restreignant les principes. C'est lui qui a eu le premier l'idée de localiser les maladies (i). Il a rassemblé tout ce qu'on avait dit de bon avant lui , et c'est de là que nous sommes partis; on lui doit réellement une couronne; car sans lui et ses émules , où en serions-nous ? Avant ce grand homme , il était impossible de se faire une idée de la médecine: tout était confondu, dénaturé, renversé; les observations étaient mal faites ; sans raisonner , on était condamné à se choisir un auteur pour guide , à adopter ses idées sans les comprendre , et , son livre à la main , à suivre aveuglément sa méthode sans pouvoir mieux faire que lui , ni éviter les fautes qu'il avait pu commettre. M. Pinel , par sa méthode analytique , a régénéré la médecine, il l'a tirée du cachot où elle était tombée, il en a élagué les mauvais principes, il a anéanti tous les systèmes , et l'a ramenée dans sa vraie route , la voie de l'observation. Si nous avons aujourd'hui dépassé les limites qu'il nous avait tra-

(i) M. Pinel est le premier qui ait e'tudie' les phlegmasies sur les tissus membraneux. C'est sur cette ide'e , comme il le dit, heureuse, queBichat, deux ans après, a fait son Traité des membranes , et, par suite , son Anatomîe générale. Nosographie philosophique , Introduction , page xviij.

cées , c'est lui-même qui nous l'a enseigné. S'il en est fâché, c'est à lui-même qu'il doit s'en prendre : nous avons suivi son exemple. Du reste , qu'il se rassure ; on reviendra de cette doctrine un peu trop exclusive : trente siècles d'expérience ne peuvent pas être perdus ; les vrais croyants , les véritables physiologistes , ne sont pas ceux qui tirent le plus de sang ni qui tiennent le plus impitoyablement leurs malades à la diète ; ils savent très bien que, pour résister à la maladie, la nature a besoin de forces, qu'il lui en faut aussi pour combattre et vaincre , et qu'on a souvent eu tort de se livrer avec trop de confiance aux efforts impuissants d'organes épuisés ou trop affaiblis. Enfin, si M. Broussais , couronné d'immortelles, doit être placé à côté de Bichat, M. Pinel doit être mis à côté d'eux.

Dans toutes les maladies inflammatoires , à moins qu'elles ne soient très circonscrites à leur début , ou chroniques ; toutes les fois , en un mot , qu'il y aura réaction ou fièvre , et qu'elles seront aiguës , il sera bon de faire précéder l'application du froid par des saignées générales ou locales suffisantes pour diminuer d'une part le molimen inflammatoire, et de l'autre pour laisser plus d'espace, plus de jeu, plus de facilité aux fluides qui vont être appelés ou chassés des parties. J'ai été à même de remarquer que toutes les fois que les saignées avaient été négligées, ou même qu'elles n'avaient pas été faites en proportion des phénomènes inflammatoires , on ne parvenait que très difficilement à éteindre ceuxci et à se rendre maître de la maladie. Dans quelques cas d'inflammations externes peu intenses, sans fièvre, et où on ne trouve pas une indication formelle aux déperditions sanguines , malgré toute l'attention possible , il est toujours extrêmement difficile d'empêcher qu'il ne se forme quelques dépôts , quelques collections purulentes; accident qu'on peut toujours

éviter quand on a la précaution préalable de tirer du sang. Cette recommandation est surtout très importante dans les inflammations dites, par leur gravité , sur-aiguës. Ici on ne parviendra jamais à éteindre la fluxion , et même on l'augmentera toujours par le froid , sans cette précaution. J'ai dit que cet agent n'agissait jamais qu'en enlevant le calorique de nos parties ; mais s'il y est accumulé en grande quantité , s'il s'en développe plus que le corps réfrigérant ne peut en enlever , ce dernier , provoquant une réaction plus forte , favorise le mouvement inflammatoire plutôt que de s'y opposer.

Cérébrite, arachnite, congestion cérébrale , etc. Les cas où on applique le plus communément le froid, dans la pratique journalière, sont l'inflammation du cerveau , des méninges , ou les congestions cérébrales. Ici cet agent est mis en usage d'une manière presque populaire et banale, surtout chez les enfants; dès que, dans ces maladies , on n'a pas obtenu d'amendements dans les symptômes par les moyens ordinaires, vite on se hâte d'appliquer la glace sur la tête 5 sans distinction de degré ni souvent de cas. Assurément, dans ces sortes d'affections, le froid est le remède par excellence, le seul vraiment héroïque; mais je ne crains pas de dire que ce moyen,-

quelque avantageux qu'il paraisse, a causé la perte de plus de malades qu'il n'en a sauvé. Le froid , je l'ai dit ailleurs , entre des mains expérimentées, est un moyen précieux, mais extrême, et qui peut devenir dangereux : c'est dans les maladies qui nous occupent surtout qu'il est vrai de dire que, s'il ne guérit pas, il tue. Dans ces affections, pour l'appliquer , on se sert ordinairement d'une vessie de cochon qu'on emplit de glace pilée , et que l'on place immédiatement sur la tête et à nu , sans s'inquiéter du premier effet qu'il va produire , pas plus qu'on ne s'assure si le sachet tiendra ; souvent même on recommande à une domestique de le maintenir en place avec la main , ou de le remettre toutes les fois qu'il tombera... Pauvres mères, vous ignore:?^ que tout le salut de vos enfants est là 1. . . Quelques praticiens font pis encore, ils recommandent d'ôter de temps en temps ce sachet pour le remettre après. Si en agissant ainsi on savait le mal que l'on fait, il y aurait vraiment de la barbarie. Qu'on se figure, en effet , ce qu'il doit arriver quand on applique une ou deux livres de glace , réduite en poudre pour qu'elle touche une plus grand nombre de points , immédiatement sur une tête brûlante , sur une partie enflammée ! Quelle impression ! quel refoulement ! quelle réaction terrible ensuite! Il me semble voir alors unfluide s'élancer

avec impétuosité dans un ballon dans lequel on a fait le vide, et en briser les parois! Ici les deux effets du froid sont également à craindre; la soustraction trop grande et trop brusque du calorique peut produire la paralysie et même la mort de la partie sur laquelle on l'applique. J'ai vu un médecin , appelé auprès d'un enfant de six mois qui avait une fièvre cérébrale , lui appliquer sans précaution la glace sur la tête ; cet enfant est mort presque immédiatement après. Cette soustraction 5 avons-nous dit, s'opère en raison de la température du corps réfrigérant et de la chaleur de la partie malade ; si la première est trop basse ou trop disproportionnée avec celle de la partie sur laquelle on l'applique, celle-ci ne pouvant céder assez promptement son calorique , se dessèche et reste sans vie. C'est ainsi que Pelletier père , plaçant un morceau de mercure congelé sur sa main , s'écria aussitôt , Je suis brûlé ; en effet , la surface qui avait été en contact avec le mercure était desséchée, il y vint des phlyctènes et une escarre, et la plaie qui en résulta se comporta comme si elle eût été produite par un corps en ignition. Cet effet , il faut en convenir , est fort rare, cependant c'est par une foule de nuances et de degrés successifs et imperceptibles que le même phénomène s'opère sur nos parties, dans nos rapports journahers avec le froid. Il n'y

a que leur changement trop brusque ou leur exagération qui dérange Téquilibre et qui détermine l'inflammation.

Dans les maladies qui nous occupent , le premier effet du froid n'est pas le plus à craindre ; il est rarement porté assez loin pour produire la paralysie qui précède la congélation ; mais te plus dangereux , celui qui est le plus à redouter et à ménager, c'est la réaction. Quelqu'un est-il sans avoir éprouvé les douleurs déchirantes et vraiment intolérables qu'on éprouve en approchant brusquement ses doigts du feu après y avoir eu bien froid? Quelle sensation pénible! quel engourdissement! quelle angoisse! On dirait qu'une force invisible insuffle et distend ces parties en même temps qu'une autre puissance empêche qu'elles ne se gonflent. Qu'on suppose maintenant cet effet se passer dans le cerveau, dans cet organe pulpeux, semi-fluant chez les enfants , et on en sentira la conséquence. Quel fracas , quelles turgescences , quel désordre affreux ! les plus petits vaisseaux s'injectent , toutes les parties se distendent, et bientôt le fleuve circulatoire ne conservant plus de bornes, commç un torrent impétueux , rompt ses limites et pror duit souvent un épanchement sur-le-champ mortel. Trop d'exemples funestes attestent ce que j'avance ici ; je n'en rapporterai qu'un.

Madame M... me fait prier de passer chez elle pour voir son mari qui était indisposé : il se plaignait de maux de tête, d'étourdissements , d'engourdissement général , etc. ; il ne voulait rien faire. Un médecin lui avait ordonné quelques bains de pieds et une tisane rafraîchissante. Je trouvai M. M... au milieu de ses amis, causant paisiblement , mais divaguant sans cesse et ne pouvant lier ses phrases ni suivre une idée. C'était un homme de trente-huit à quarante ans, d'une moyenne stature, fort, replet, et d'une constitution tout-à-fait athlétique. Sa face était haute en couleur , les yeux étaient rouges et un peu hagards ; le cou était gonflé , et le battement des carotides visible. Je fis part à madame M... de mes craintes sur l'état de son mari , et je lui conseillai de le faire saigner. Appelé le lendemain, M. J..., médecin ordinaire de la maison , s'y refusa. Le surlendemain , les symptômes précédents augmentèrent , et le malade fut forcé de garder le lit. Alors je fus appelé en consultation ; une saignée lui fut faite ; on tira quinze onces de sang, le malade n'en fut pas soulagé. Le soir , on lui en pratiqua une autre d'une pareille dose avec presque aussi peu de succès. Le jour suivant, quatrième jour de la maladie , je fis fa«ire une saignée de pied qui procura un léger amendement. Malgré cela, là

nuit fut mauvaise , le délire augmenta , les agitations furent continuelles. Dès le matin on rouvrit la saphène ; mais les accidents n'en continuèrent pas moins , le pouls restait large , dur et plein , comme il était la veille et les jours précédents ; je conseillai encore une saignée de pied pour le soir, et immédiatement après, l'application de la glace sur la tête , en même temps qu'on mettrait deux forts sinapismes aux jambes. Je recommandai de commencer par de l'eau froide , de tenir la glace en place , de la renouveler dès qu'elle serait fondue , et surtout de ne l'enlever sous aucun prétexte que ce fût.

Le froid et la glace furent appliqués, mais les sinapismes furent omis ; cependant le malade fut mieux , à onze heures du soir il ouvrit les yeux , et la connaissance lui revint. Il ne tarda pas à parler et à s'apercevoir qu'il avait quelque chose de froid sur la tête ; ce bonnet ^ disait-il , l'incommodait. Il demande qu'on le lui ôte , on refuse ; il insiste , il prie , on a peine à empêcher qu'il ne l'arrache lui-même ; à la fin, son épouse s'abandonnant à sa funeste tendresse , cède et lui enlève le fatal sachet. Cependant le mieux et le calme continuent , chacun se glorifie déjà de n'avoir pas été trop sévère et d'avoir enfreint mon ordonnance ; mais à deux heures du matin, M. M... se plaint de chaleur à la tête, ses

idées se troublent , sa voix s'embarrasse , la parole se perd , le délire et les agitations reparaissent. On veut lui remettre la glace sur la tête, mais impossible ; le malade est dans une agitation qui devient bientôt une fureur : il arrache , il renverse tout; il veut sortir de son lit, quatre hommes ont peine à le contenir. A cinq heures du matin, on m'envoie chercher; j'arrive, on me raconte l'imprudence, et je reconnais le danger. Je veux ouvrir la jugulaire ; mais comment faire ? on ne peut approcher du malade ; et d'ailleurs je m'expose à trop de danger. Je me décide à envoyer chercher un gilet de force , et en attendant , je mets cinquante sangsues autour du cou. Malgré cela, les agitations redoublent , le danger devient imminent , le malade pousse des cris et des hurlements épouvantables. — Je me disposais à inciser l'artère temporale ; mais tout-à-coup les cris cessent , la figure pâlit le pouls s'altère , la respiration s'embarrasse , et le malade meurt entre mes bras... Je ne sais pas si beaucoup de médecins ont été témoins d'une pareille catastrophe , mais je sais bien que c'est une des plus terribles que j'aie vues. Le lendemain , à l'ouverture du cadavre , nous avons trouvé une énorme quantité de sang épanché dans les ventricules latéraux : ce fluide paraissait venir du plexus coroïde , qui était fortement injecté ;

les autres viscères de l'abdomen et de la poitrine n'offraient rien de remarquable.

Si on s'arrête un instant à cette observation , on ne peut s'empêcher de se faire la question suivante: Le malade serait-il guéri si on n'avait pas ôté la glace de dessus la tête ? La chose est au moins probable ( j'en ai vu de plus malades qui ne sont pas morts ) : il était calme , tranquille , les symptômes diminuaient , et il n'y avait pas de raison , surtout si on eût mis les sinapismes aux jambes comme je l'avais tant recommandé, pour qu'ils augmentassent. L'inobservation de ce que j'avais si expressé ment indiqué , la glace seule l'a tué ; si on ne l'eût pas appliquée , peut-être ne serait-il pas mort. En général, je le répéterai toujours, il vaut mieux ne pas se servir de cet agent que de ne pas le laisser d'une manière continue sur la tête. Quelques médecins conseillent dans ces circonstances les bains froids; mais je ne les ai jamais vus réussir, et j'ai souvent vu les malades rester dans la baignoire.

Un mot sur L'emploi du froid chez les enfants. Bien que chez les enfants les phénomènes dont nous avons parlé précédemment soient les mêmes , ils sont cependant plus rapides et plus marqués que chez les adultes : les enfants vivent

vite, les phénomènes pathologiques doivent être de même; ce principe doit toujours être la boussole du médecin dans leurs maladies. Leur excessive mobilité rend les déplacements faciles, et s'ils sont aisément malades , ils sont aussi facilement rétablis. En santé > et employé d'une manière générale , le froid a l'inappréciable avantage chez eux de détruire cette exquise sensibilité qui préside à leur existence, et qui complique ensuite presque toutes leurs maladies. Le froid, en provoquant sans cesse les forces expansives qui caractérisent cet âge , accélère beaucoup le développement de ces petits individus, et les rend beaucoup plus aptes à résister aux causes morbides extérieures. Les enfants accoutumés au froid ne sont que très rarement enrhumés, tandis que ceux qu'on en préserve avec beaucoup de soin le sont presque toujours. On ne veut pas se figurer dans le monde que les rhumes ne sont produits que par les changements de température , et que ceux qui sont toujours dans la même en doivent être exempts.

Si , en maladie comme en santé , le froid chez les enfants est bien plus salutaire que chez les adultes, il est aussi infiniment plus dangereux; c'est surtout chez eux que son degré doit être croissant et mesuré à l'intensité du mal. Les os-

5o DES MALADIES

dilations brusques chez les enfants sont toujours nuisibles ; le plus petit contre-poids dans la balance suffit souvent pour rétablir l'équilibre. Le froid a rarement chez eux l'inconvénient de produire sur un autre organe que l'organe malade des congestions funestes. Quand ces dernières ont lieu elles s'opèrent presque toujours à la au 5 à la périphérie , et rarement sur les prin-

aux viscères. Les enfants grandissent beaubup quand ils sont malades.

'est surtout dans les inflammations cérébra-

, chez les enfants? que le froid peut être utile ; aistout le succès qu'on peut en espérer repose yiuv les précautions qu'on vient de hre : c'est leur inobservation qui fait que la plupart des enfants chez lesquels on emploie le froid succombent. Outre leur excessive sensibilité, il est bon de se rappeler que chez eux les os du crâne sont extrêmement minces , souvent incomplètement formés , et que la tête est dépourvue de cheveux. Si l'impression du froid est terrible chez les adultes, que doit-elle être chez les enfants, vu cette circonstance? Ces considérations peuvent avoir une grande influence sur le résultat que l'on peut obtenir de l'application du froid dans ces maladies.

Convulsions. Nous n'avons encore rien de po-

EN PARTICUIIER. 5l

sitif sur les convulsions des enfantsrCela vient de ce qu'on n'a jamais voulu prendre de cette affection que les phénomènes les plus saillants , qu'on les a toujours rapportés au cerveau , d'où l'on a long-temps pensé que partent tous les nerfs. Après avoir considéré les convulsions comme dépendant toujours d'une irritation nerveuse, on les a considérées comme résultant toutes d'une irritationvasculaire. Ces deux idées, exclusives l'une de l'autre , sont également fausses , et peuvent conduire à des médications nuisibles. Les convulsions peuvent dépendre de l'une ou de l'autre, ou de toutes les deux à la fois. L'in flammation, avons-nous dit, n'est que l'exaltation d'action des systèmes nerveux et sanguin réunis et confondus; en conséquence tout organe irrité ou enflammé, qui réagira sur le système sensitif, pourra produire les convulsions ; comme il pro-= duira les injections, les congestions sanguines, quand il réagira sur le système circulatoire. La prédominance du système nerveux , chez les enfants , les rend susceptibles des convulsions, comme la prédominance du système sanguin, chez les adultes , les prédispose aux fièvres inflammatoires, aux congestions sanguines , aux apoplexies, etc. Quoi qu'il en soit, il n'y a guère que l'altération morbide de ces deux systèmes principaux qui produise les convulsions, celle de l'appa-

ïeil nerveux et celle de l'appareil digestif. Toutes les fois que l'action de l'un d'eux dépassera le rhythnie physiologique, il pourra y avoir des convulsions. On sait, par exemple, que ces phénomènes morbides dépendent souvent d'indigestion, de l'usage des mauvais aliments, de la constipation, de coliques, de dévoiement, etc. , etc. ; en un mot , de tout ce qui peut produire une inflammation ou en résulter: ainsi avant de chercher à remédier aux convulsions , il est donc important d'en bien reconnaître la cause. En effet, sans cette condition que pourrait-on faire? Quel effet produirait le froid sur la tête d'un enfant qui aurait la colique ou le dévoiement , et chez lequel cette colique ou ce dévoiement déterminerait des convulsions. Rien , sinon l'augmentation du mal, en déterminant une irritation intestinale plus vive. Si au contraire le ventre est silencieux; si nulle indigestion , nulle ingestion de mauvais aliments n'a précédé; si l'enfant a les yeux et la figure habituellement rouges; si depuis quelques jours on a remarqué des rougeurs et la pâleur alternatives et placardées de la face, s'il dort beaucoup, et s'il a pendant le sommeil des soubresauts dans les membres , des mouvements extraordinaires dans le visage, etc. 5 etc. , on peut être sûr qu'il y a une irritation du cerveau ou de ses enveloppes ,

et que les convulsions actuelles en dépendent. Dans aucun cas , avons-nous recommandé, la glace ne doit être employée sans avoir au préalable opéré une ou plusieurs déplétions sanguines. Chez les enfants surtout cette omission pourrait avoir des suites funestes. Chez presque tous ceux qui sont pris de convulsions il y a pléthore et une espèce d'exubérance de fluide qui ne sait , en quelque sorte , où se porter , et qui vient se placer sur le cerveau , parceque les enfants vivent particulièrement par là. Si on n'ôte pas du sang, si on ne diminue pas cette turgescence avant d'appliquer la glace, où veuton que cette surabondance vitale se porte, elle qui a déjà produit la maladie? Sur les poumons ? Ils sont trop petits , et d'ailleurs ils ne sont pas en ligne dans l'ordre du développement de nos organes. A la périphérie, au tissu cellulaire squs-cutané? Mais il est plein de graisse, l'enfant en est bouffi , sa peau est prête à se rompre. — Ce ne pourrait être que sur le ventre ou sur le cerveau; mais celui-ci ne tient-il pas sous sa dépendance les viscères abdominaux? D'ailleurs il est lui-même malade , il enchaîne tous les au-r très, et le retour ou l'afflux du sang dans cette partie ne ferait qu'accroître le désordre qui y existe déjà. On voit donc ici l'impérieuse nécessité de tirer du sang et de maintenir sur la tête

du malade la glace d'une manière permanente et soutenue. En se conduisant ainsi, on est presque sûr de ramener le malade à la santé ; en voici un exemple.

Mademoiselle Des*** , âgée de cinq ans , était indisposée depuis cinq à six jours. Elle avait habituellement la face colorée; très précoce, elle était fort vive , et parfois même colère: la moindre résistance à ses volontés la faisait entrer en convulsions. Un jour, après avoir été fortement contrariée , elle fut prise de douleurs de tête , il se manifesta des rougeurs et des pâleurs alternatives aux pommettes, et ensuite à toute la face ; il survint quelques mouvements convulsifs, quelques soubresauts dans les membres. Un élève, qui fréquentait la maison, conseilla des bains de pieds et des lavements ; mais on ne fit rien : la volonté de i'enfant s'y opposa. Le lendemain , les symptômes s'aggravèrent ; la petite malade fut contrainte de garder l,e lit ; il survint de la fièvre , bientôt du délire, et enfin tous les symptômes d'une arachnoïdite bien prononcée. Des sangsues à plusieurs reprises , des cataplasmes, des sinapismes, furent employés. Cependant le désordre continuait et le danger devenait imminent: ce fut dans ce moment que l'on m'appela. L'enfant était couchée sur lé dos , la tête un peu renversée sur son oreiller ; les yeux

étaient fixes , sensibles à la lumière et à naoitié fermés ; la figure était pâle et grippée en haut ; le pouls était petit, vif et serré ; quelques mouvements convulsifs se manifestaient encore dans les membres, à la face, autour du nez et des lèvfes. Le cas , comme on le voit, était pressant ; il n y avait pas de temps à perdre : un instant plus tard l'épanoliement se faisait, et l'enfant était perdu. On voulait encore lui mettre des vésîcatoires et de nouveaux sinapismes ; c'était aussi mon avis, mais je proposai de les faire précéder de l'application de la glace. A cet effet, je plaçai la malade sur une chaise , les épaules couvertes de serviettes et de taffetas ciré pour les préserver de l'humidité ; les pieds furent mis dans l'eau tiède, et je procédai à tous ces préparatifs en faisant découvrir la tête de la malade. Soutenue ainsi par deux personnes , je commençai à lui verser sur la tête de l'eau à la température de l'appartement , douze ou quinze degrés , puis je me servis d'eau de puits nouvellement tirée , enfin j'employai de l'eau ordinaire dans laquelle on faisait fondre de la glace. Peu à peu la tête qui était penchée et abandonnée sur l'épaule droite se redressa d'elle-même, les yeux s'ouvrirent , et après une heure de cette manœuvre l'enfant reconnut sa mère, et bientôt l'appela. Je continuai encore quelques instants mes affu-

sions froides; et, sans faire attention aux épithètes et aux félicitations presque déifiques que chacun me prodiguait (i), je mis la malade dans un lit un peu chaud, la tête très haute: c'est alors que je la coiffai de glace ; j.e plaçai une personne de chaque côté de son lit, avec injonction d'empêcher le sachet de tomber, et de le renouveler toutes les heures sans jamais l'enlever tout-à-fait, sous aucun prétexte que ce fût. Immédiatement après, et sans perdre de temps , je fis appliquer les vésicatoires et les sinapismes proposés ; et le quatrième jour de ce traitement, dix jours après l'invasion de la maladie, mademoiselle Des*** était en convalescence. Je dois dire que je continuai l'usage de la glace encore pendant douze heures , et que je ne cessai les applications froides entièrement qu'au bout de deux jours , et par une succession de température toujours croissante.

Assurément voilà un cas qui fait le triomphe de la médecine, et surtout de la médecine physiologique ; car on ne peut pas disconvenir que

(i) Sans doute il est fort agre'able de recevoir et surtout de me'riter des félicitations , mais il faut que le médecin soit impassible : ici , comme dans la douleur , il ne doit voir que son but.

c'est par des inductions physiologiques et des calculs que je suis parvenu à mon but. Mademoiselle Des*** fût-elle morte si on n'eût pas employé ce moyen? Je crois n'avoir pas besoin de répondre ; l'état fâcheux où je la trouvai à ma première visite ne me permet pas d'en douter.

Ainsi donc le froid et la glace seront toujours le meilleur moyen à opposer aux convulsions , quand celles-ci seront produites par une arachnite ou une autre irritation cérébrale ; mais il faudra toujours faire précéder son application de déplétions sanguines , la soutenir et la seconder immédiatement par l'action des vésicatoires et des sinapismes , pour dériver et fixer l'irritation.

Je dois ajouter , pour compléter en quelque sorte le traitement des convulsions , que sur ce moyen roule toute la thérapeutique de cette affreuse maladie ; il faut que les mères se persuadent bien que ce n'est que dans les souffrances et, pour ainsi dire, ces tortures apparentes, qu'est le salut de leurs enfants. Une chose doit les consoler, c'est qu'ils ne les sentent pas; mais si, par une coupable complaisance, ou une tendresse maternelle mal entendue , elles ont la faiblesse d'enlever trop tôt la glace , ou de ne pas laisser assez long-temps les sinapismes , leur enfant est perdu ; elles en deviennent le bourreau : ce sont elles-mêmes qui le tuent !

Gastrites et gastro-entérites. Dans la gastrite et gastro-entérite aiguë , il y a long-temps qu on a employé le froid. Avant qu^elles ne fussent connues, Stoll et BailLou , cédant à l'instinct des malades , recommandaient les boissons froides dans les fièvres bilieuses ; depuis la restauration, cette indication n'a pas changé : les explications passent , mais toujours les faits restent. Dans la gastrite sur-aiguë , gastritis de Sauvages et de M. Pinel, lorsqu'il y a douleur précordiale , soif, altération, en même temps qu'il y a vomissement et rejet de toutes les boissons ingérées , je fais cesser toute espèce de tisane , et j'ordonne au malade , pour tout remède , de tenir continuellement un morceau de glace dans sa bouche , et de le renouveler dès qu'il sera fondu. Ce moyen , tout simple sans doute , est tout-à-fait rationnel, et m'a toujours réussi; je suis toujours parvenu avec lui à arrêter les vomissements des choléra-morbus et à effacer tous leurs symptômes comme par etichantement. Cela n'empêche pas de mettre en usage les sangsues , les cataplasmes , les bains , et autres moyens antiphlogistiques.

Dans les gastralgies , ou douleurs nerveuses de iestomac (i) , celles où il n'y a ni fièvre ni alté-

(i) La connaissance incomplète de la doctrine physiolo-

ration qui se manifestent après le repas comme auparavant et souvent sans cause connue , le froid calme très bien les accidents ; mais ici il faut le donner à petite dose, de temps en temps, et d'une manière interrompue comme la maladie ; autrement il a l'inconvénient , en accumulant une certaine quantité d'eau fade dans l'estomac, de provoquer le vomissement (i).

gique a conduit à beaucoup d'erreurs. Il est bon de remarquer que ce sont les me'decins qui sont le moins pënëtre's de cette méthode qui sont le plus exclusifs. Pour eux, dés qu'une personne se plaint de douleur d'estomac , de suite ils y trouvent une gastrite chronique , sans penser que l'estomac peut être attaqué de ne'vrose et même d'asthe'nie , tout aussi bien que les autres organes. Il y a beaucoup de gens, de femmes surtout , qui se plaignent continuellement de maux d'estomac, et qui cependant conservent leur fraîcheur et leur embonpoint. Ces phénomène s impliquent évidemment contradiction avec l'idée première , et ne peuvent être réellement que le résultat de l'exaltation nerveuse de cet organe, d'où tout part et où tout arrive.

(i) Pour que l'estomac accomplisse sa fonction, il faut, comme les autres organes , qu'il soit excité convenablement , et d'une manière, pour ainsi dire , qui lui plaise ; autrement il s'irrite négativement , si je puis m'exprimer ainsi , il se convulsé pour se débarrasser de l'agent qui l'incommode etqui le gêne; c'est pourquoi l'eau chaude fait vomir plus tôt que l'eau froide ; elle affadit le cœur , dit le vulgaire ; elle énerve l'estomac. Les aliments fades, même en petite quantité , donnent plus souvent des indigestions que les aliments épicés pris avec excès. Un grain d'opium pris après le repas arrête la digestion.

6o DES MALADIES

Dans le premier cas (gastritis) , on a Tintention de chasser le sang des capillaires sanguins , et par là de s'opposer à l'inflammation ; tandis que, dans la gastralgie , on a pour but de provoquer leur injection pour déterminer ce phénomène ; car, comme je l'ai dit précédemment , dès que, dans les névroses, Tinflammation survient, la douleur cesse: les spasmes et les contractions douloureuses de l'estomac cessent aussi très bien quand la fièvre se développe ; je vais en citer un exemple.

Madame H***, extrêmement nerveuse , quoique d'un fort embonpoint , convalescente d'une affection de poitrine qui avait failli devenir grave , est prise de spasme , de vomissement et de convulsions d'estomac au milieu de la nuit. La veille, en se promenant au Jardin des Plantes, elle eut très froid aux pieds ; cependant elle dîna fort bien , et mangea même plus qu'à son ordinaire. Les douleurs commencèrent à deux heures du matin ; à cinq heures on me fit appeler. Je trouvai madame H*** dans une agitation extrême ; la figure était pâle , tirée en bas ; la langue muqueuse , sale , sans être rouge ; les hoquets y les vomissements et les haut-le-corps étaient presque continus ou se succédaient avec rapidité. Les matières rejetées étaient des mucosités filantes mêlées avec un peu de bile, sans aucune

trace d'aliments ; le ventre était souple et sans douleur ; la région épigastrique seulement était un peu rénitente ; le pouls était petit , calme et comme étranger au désordre ; la respiration était gênée; les pieds et les mains étaient froids , et par intervalle un frisson se faisait sentir par tout le corps. Je me hâtai d'employer les antispasmodiques, la malade avait déjà pris de lether; je fis des frictions opiacées sur le creux de Testomac, je fis échauffer les pieds, et j'ordonnai des boissons à la glace : dans la journée , les symptômes s'apaisèrent un peu , et le pouls s'accéléra ; le soir , une potion avec l'acétate de morphine procura une nuit assez calme. Le lendemain, à peu près à la même heure que la veille 5 malgré la continuation des mêmes moyens et de quelques autres analogues, les douleurs recommencèrent; la malade^était abattue, sa figure était verte de souffrance. Je ne vis pas alors d'autres moyens pour arrêter ce désordre , que de provoquer la fièvre; et, à cet effet, je fis appHquer un très large sinapisme sur le creux de l'estomac. A peine y était -il depuis une heure , que le pouls s'accéléra , les efforts et les agitations se calmèrent en proportion ; au bout de deux heures , une fièvre assez vive se manifesta , et tous les autres symptômes disparurent. Pendant tout le temps que l'accès dura, la malade

fut calme, la nuit suivante même fut assez bonne ; mais le lendemain la fièvre s étant dissipée, les vomissements menacèrent de se renouveler ; je les arrêtai par une potion anti-émétique un peu irritante : la fièvre reparut , peu à peu Faction circulatoire prédominant Faction nerveuse , les phénomènes de celle-ci se dissipèrent, et madame H*** se rétablit.

Dira-t-on ici qu'il n'y avait point irritation nerveuse ? Je n'en veux pour dernière preuve que ce que la malade me répétait encore il y a quelques jours. «Monsieur, me disait-elle, le » croiriez-vous ? chose vraiment étonnante, toutes » les nuits je suis éveillée , agitée et même un » peu souffrante à l'heure précisément que ma » maladie a commencé. » Le spasme de Cullen n'est pas dans tous les cas une rêverie! A ce sujet , qu'il me soit permis de rapporter un fait qui m'est tout-à-fait personnel; il fera voir que quelquefois réellement le spasme existe , et que si le froid le dissipe, il peut aussi le causer.

Il est une maladie tout-à-fait inconnue et dont aucun auteur n'a encore parlé ; c'est une affection particulière des doigts, qui semble être un des premiers degrés de la congélation. Elle survient ordinairement dès les premiers froids , ou le matin en faisant sa toilette , en plongeant ses mains dans Feau froide; elle ne dure que quelques in-

EN PARTICULTEP.. 65

stants:les personne sqai en sont affectées y font elles-mêmes peu d'attention ; elle se manifeste par l'engourdissement de la sensibilité de la partie qui va en être le siège. Les doigts diminuent de volume se décolorent, se crispent et se resserrent ; ils paraissent tout-à-fait exsangues ; les ongles deviennent bleus; la sensibilité est presque nulle et le tact est entièrement perdu. Commençant par le bout du doigt, cette affection se borne quelquefois à la dernière , elle va jusqu'à la seconde, mais jamais ne dépasse la première phalange. Le pouce et le doigt auriculaire en sont rarement affectés , ce qui tient probablement À la disposition des vaisseaux qui s'y distribuent; la santé générale de l'individu n'en est pas le moins du monde altérée. Pour toute douleur, il y éprouve un engourdissement et un petit picotement quand le sang y revient; l'un et l'autre cessent par la réaction et le retour de ce liquide; après, on éprouve un sentiment de chaleur et de cuisson ; les doigts sont rouges et gonflés , comme quand on a eu bien froid. Quoique le plus souvent légère et de peu d'intérêt en apparence, cette affection peut quelquefois être fort grave , et conduire à des considérations importantes sur le spasme et la manière d'agir du froid. Je fus moi-mêxne le sujet de cette espèce de congélation; c'était à Savone, dans le

golfe de Gênes , dans le palais qu'occupait M. le comte de Chabrol , aujourd'hui préfet de la Seine et alors préfet de Montenotte. Un jour que j'avais passé la soirée chez ce magistrat vénéré (i) , lorsque l'heure de se retirer fut venue , je sortis pour aller, dans une pièce voisine, prendre mon carrick et autres effets d'hiver ; en traversant un corridor je fus saisi par le froid; l'impression fut d'autant plus grande que la pièce que je quittais était très échauffée : nous étions au mois d'octobre, j'étais un peu en sueur. Je ne fis, comme on le pense bien , aucune attention à cette circonstance; je sors, j'arrive chez moi , je me couche et je m'endors très bien ; mais au milieu de la nuit je suis réveillé par des douleurs atroces dans les doigts; je ne sais à quoi les attribuer , je les sors du lit, et l'air me soulage , mais peu après les douleurs se renouvellent ; je les remets dans le lit, et elles se calment encore pour un instant. Cependant je ne sais bientôt plus quelle position prendre ; mes douleurs redoublent , m'arrachent des plaintes et bientôt après des cris ; je m^ lève , je me cou-

(i) M. de Chabrol était très aimé à Savone; son aménité naturelle et l'amélioration qu'il avait portée dans les différentes branches d'admiiiistration le rendaient cher à tous les habitants de la rivière de Gênes.

CÎie par terre, je me roule; mes cris sont si perçants qu'ils réveillent ma patrone (i). Cette excellente dame vint avec une lumière pour voir ce qui se passait ; elle et moi nous ne fûmes pas peu étonnés de voir tous mes doigts , à Texeeption des deux pouces et de l'auriculaire de la main gauche, entièrement blancs comme de la cire et froids comme du marbre ; la décoloration s'étendait jusqu'aux secondes et premières phalanges. Je ne savais alors où me mettre ; mes douleurs étaient vraiment intolérables , et pouvaient me porter à toute extrémité. Je passai toute la nuit à souffrir; le lendemain matin j'envoyai chercher un de mes amis, le docteur Larthe, aide-major au même régiment que moi; il ne sut que me faire. Le docteur Gaminati, médecin de l'hôpital de Savone, et M... médecin de sa sainteté Pie VII, alors détenue dans cette ville, furent successivement appelés et consultés; aucun d'eux ne put mé dire ce que j'avais; ils me conseillèrent les bains aromatiques, et les frictions alcooliques, le vin de quinquina à l'intérieur, etc. Rien ne réussit à diminuer ni même à émousser mes angoisses; le temps seul les calma : peu à peu , sans y rien faire, mes souffrances diminuèrent, et la fièvre cessa. Auboutdetroisse-

^ï) On appelle ainsi la maîtresse de la maison en Italie.

maines de tortures, il me futpermjs de me le\'er un peu ; je ne souffrais plus lorsque que je changeais de milieu et de température : par exemple , après être levé, j étais à peu près une heure à beaucoup souffrir , puis mes douleurs se calmaient ; il en était de même en rentrant dans le lit. Mes doigts étaient excessivement raides , surtout les deux indicateurs; ils étaient colorés ou incolores, suivant que la température variait ; quand je touchais un objet, il me semblait qu'entre ce corps et eux, il y avait quelque chose d'interposé , comme un morceau de carton ou de cuir très dur. Enfin , après six semaines d'horrible anxiété , l'épîderme commença à se détacher, et après deux mois il tomba de chacune de ces extrémités, en forme de doigtier ; son épaisseur était d'autant plus grande qu'elles avaient été plus malades , celui des indicateurs avait à peu près un quart de ligne d'épaisseur et la dureté du cuir. Après cette chute, mes doigts restèrent tout pointus , les deux index le sont encore aujourd'hui ; leur sensibilité était si grande , la peau était si mince, que je ne pouvais toucher la moindre chose sans éprouver de la douleur , etsoiivent sans me faire des ampoules. Peu à peu cependant cette susceptibilité trop exquise diminua , et aujourdliui je ne conserve plus , après tant de souffrances , que les doigts

exigus et très sensibles; le moindre froid les congèle , les décolore ; la sensibilité et la chaleur n'y reviennent qu'avec le sang ; celui-ci est toujours précédé de - fourmillement et même quelquefois d'un peu de douleur , suivant le degré de décoloration et le temps qu'elle a duré. Plusieurs fois , pendant cette période , il m'est arrivé de me couper, même assez profondément: alors il ne sortait pas de sang, l'incision était pâle comme si j'eusse coupé un navet; si la coupure était par trop profonde, il sortait un peu d'eau rosacée; 'mais quand la réaction s'opérait, cette eau devenait plus foncée, et bientôt le sang sortait rouge , rutilant et avec abondance. Que se passa-t-il dans mes doigts? je l'ignore ; je livre ce fait aux explications et au vaste champ des conjectures.

Dans les gastro-entérites ou gastrites chroniques , le régime entièrement froid m'a toujours réussi ; je suis toujours parvenu avec lui à triompher des plus intenses et des plus rebelles. La grande difficulté est de le faire observer strictement et assez long-temps aux malades.

Madame D*** portait, depuis plusieurs années, une irritation chronique de Testomac ; elle était jaune, sans appétit, maigre et toujours souffrante; elle devint enceinte, sa grossesse fut assez belle, et elle accoucha très heureusement. Au cin-

68 DES MAEADIES

qiiième jour de sa couche , elle fut prise d'une métritequi fut enlevée parles moyens ordinaires. Pendant tout ce temps, la gastrite se tint cachée; mais , dans la convalescence , toute la cohorte des maux de madame D*** reparut : alors dégoût pour toute espèce d'aliments , douleur épigastrique après avoir mangé, nausées, courbature, brisement des membres, etc., etc. Tous les moyens indiqués en pareil cas furent successivement et infructueusement mis en usage. Madame D*** n'en devenait que de plus en plus maigre ; ses jambes ne pouvaient plus la porter; elle était en outre découragée , et aucun aliment , quel qu'il fût, ne pouvait passer: je commençais moi-même à m'alarmer. Je proposai le régime froid ; on eut d'abord un peu de peine à s'y soumettre , mais cependant on s'y conforma. Pendant quinze jours , madame D*** ne prit autre chose que du lait très froid et de la bouillie également froide et sans pain. Pendant ce temps, au lieu de voir diminuer ses forces , la malade les vit reparaître ; l'appétit se fit sentir , et avec lui l'espoir se ranima. Encouragée par cet essai, madame D*** continua le même régime , à cela près d'un peu de pain qu'elle y ajouta. Elle le suivit pendant quinze jours, strictement, sans varier ni discontinuer un seul instant; au bout duquel temps madame D*** se trouva assez bien pour

augmenter ses aliments et les rendre un peu plus nourrissants ; elle ne buvait jamais que de l'eau très froide, et tout ce qu'elle prenait était à la même température. Toutes les fois que madame D*** se permettait quelque infraction au régime prescrit, elle en était immédiatement punie par des douleurs d'estomac , et plusieurs jours de souffrances et de dégoût; mais, lorsqu'elle reprenait sa manière de vivre , tous ses maux disparaissaient. Aujourd'hui elle n'en suit pas d'autre , et , quoiqu'il y ait plus d'un an , son estomac ne peut pas encore supporter les aliments chauds ni les moindres stimulants. Cependant madame D*** se porte bien ; elle a repris sa fraîcheur et sa gaieté ordinaire ; elle jouit même de plus d'embonpoint qu'elle n'en avait jamais eu.

Je pourrais citer un grand nombre de faits analogues, et même de plus graves et de plus tranchés ; mais celui-ci suffit pour établir le principe.

Péritonites, Depuis que les grands mots ont perdu de leur valeur, qu'on ne se laisse plus éblouir, en médecine, par les grands noms , et qu'on cherche soi-même la nature des choses, la péritonite , celle des femmes en couche surtout, fièvre puerpérale d'autrefois , a beaucoup changé

dans le traitement, d'abord empirique ou abandonné à la nature et aux vieilles bonnes femmes. On a fini par employer contre cette cruelle maladie les moyens les plus disparates et souvent les plus opposés. Chacun la traitait à sa guise ; décorée d'un nom pompeux (i) , on en cherchait la cure dans les agents qu'on croyait agir sur la cause qu'on lui supposait (2): ainsi i'élixir de Courcelles , le petit lait de Weisse, les vomitifs et vomi-purgatifs 5 et de nos jours encore le traitement de Meusnier et la méthode de Doucet, ont été tour à tour mis en usage.

Depuis Bichat , depuis M. Pinel , depuis que l'esprit d'analyse préside à la dénomination comme au traitement des maladies , tous ces moyens ont disparu. Le nom de fièvre puerpérale a été remplacé par celui de péritonite , et cette maladie n'est plus , comme son nom l'indique , qu'une inflammation du péritoine ; tout le monde est d'accord sur ce point et sur les moyens généraux que cette qualification indique : mais la saignée est- elle préférable aux sangsues, ou celles-ci à la première , voilà ce qui n'est pas en-

(i) On ne saurait se figurer de quelle influence sont ies mots en me'decine , et combien ils ont fait de mal.

(2) Il est bon de remarquer que ce sont précisément ceux qui lui conviennent le moins.

EN PARTICLLIER. 7I

core bien déterminé, et en quoi les opinions des praticiens diffèrent aujourd'hui ; il en est qui emploient exclusivement l'une ou l'autre. Sans m'établir ici juge de la querelle, sans approuver les uns, ni blâmer les autres, je ne crois devoir dire ici ce que je fais que pour arriver à l'application du froid, dont j'ai tiré le plus grand avantagedans cette maladie; ainsi, dans toutes les péritonites, puerpérales ou autres , lorsque l'invasion a été brusque, et que les symptômes sont intenses , je commence d'abord par faire pratiquer une oudeux larges saignées du bras, pour me donner de l'aisance et de l'espace (i) ; puis, quand la turgescence est apaisée , je fais couvrir le ventre de sangsues et de cataplasmes; enfin quand, avec ces moyens , je n'ai pas pu me rendre maître de l'inflammation, quand le pouls reste petit et fréquent , le ventre ballonné et douloureux , la respiration gênée et la suffocation imminente ,

(i) En effet, quand on a e'tonné l'économie par de larges fit subites déple'tions sanguines , outre qu'on a plus de place dans le système circulatoire pour opérer les refoulements , on a encore l'avantage de laisser toutes les parties imbibées de sang, qui, ne le cédant qu'avec difficulté', laissent en quelque sorte le temps au médecin d'attaquer la cause qui l'appelle dans la partie malade, et de la détruire avant que ce fluide n'arrive. Nos organes ne sont , si je puis m'cxprimer ainsi , que des espèces de dwerticula les uns par rapport aux autres.

j*einploie la glace. Ce dernier moyen m'a toujours réussi, et avec lui je puis dire que jen^ai jamais perdu de malades affectés de la maladie qui nous occupe. En voici un exemple des plus frappants : Un de mes amis , le docteur Bureau , vint me prier 5 il y a quelques mois, d'aller avec lui voir une de ses malades, rue du Cadran ; c'était une femme de trente-six à trente-huit ans , grosse , grasse , et d'une forte constitution ; elle avait habituellement le ventre très développé. Depuis long-temps elle se plaignait de douleurs vagues et surtout de coliques ; un jour , à la suite d'une affection morale très vive , ses coliques augmentèrent et forcèrent la malade à garder le lit. Le médecin dont je viens de parler fut appelé ; il employa le traitement convenable : les saignées, les sangsues , les cataplasmes émolHents , les bains , rien ne fut négligé par cet estimable confrère pour se rendre maître de l'inflammation. Cependant il ne put y parvenir , et c'est alors qu'il réclama mes conseils. A mon arrivée, la malade était couchée sur le dos et ne pouvait se remuer sans pousser des cris. Le ventre présentait une énorme surface ; il était ballonné, dur et tendu comme s'il eût été prêt à se rompre, douloureux à ne pouvoir supporter ni Iç drap ni 1^ couverture ; le pouls était petit ,, serré et d'une fréquence incalculable , ceiit

EN PARTICULIEU. 7^

trente-six ou cent quarante pulsations par minute ; de plus, la respiration était difficile et très élevée ; la soif était intense , et il y avait encore des vomissements. Que faire ? Les saignées ni les sangsues ne pouvaient plus être mises en usage ; les bains et les cataplasmes me paraissaient insignifiants; la mort, comme à mon confrère, me semblait certaine. Cependant, guidé par les antécédents , je proposai le froid comme dernier moyen de salut. Le ventre fut d'abord découvert et laissé à nu ; on le couvrit ensuite de compresses trempées dans de l'eau à la température de la chambre; puis on y ajouta de la glace , puis enfin on étendit sur tout Je ventre de la glace pilée ; il en fallut trois livres , tant il était volumineux. Pendant ce temps-là , cette dernière fut appliquée pilée et à nu sur tout le ventre ; la poitrine était bien couverte, et on cherchait à rétablir la chaleur dans les pieds et dans les mains par des briques chaudes. Vers le soir, les symptômes ci-dessus énoncés s'apaisèrent; le ventre s'affaissa, le pouls diminuabeaucoup defréquence, devint plus large. La nuit fut assez bonne, et si on n'avait pas été obligé de remuer à chaque instant la malade pour renouveler la glace, elle aurait dormi. Le lendemain on continua le même moyen; le mieux fut encore plus prononcé ; le surlendemain tout

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était rentré dans Tordre , et il ne restait plus, de l'imminent danger qu'avait couru cette femme, qu'une extrême faiblesse et une espèce de bouffissure générale. Elle traîna long-temps, elle eut beaucoup de peine à se remettre ; cependant aujourd'hui elle se porte bien, et elle est toutà-fait rendue à ses occupations.

affections de poitrine. Je n'ai jamais employé le froid dans les affections de poitrine , je crois même que ce serait un fort mauvais moyen. Hippocrate a dit : Frigida, velutnix^ glacies,pectori inimica, tusses movent, sanguinis eraptiones ac catarrlios inducunt. Je pense que le grand inconvénient que semble entraîner avec elle l'application du froid dans les maladies de poitrine , dépend de l'impossibilité où l'on est de l'appliquer immédiatement sur l'organe malade : alors on a à craindre le refoulement, les congestions, et tout le désordre des réactions éloignées. Cependant on voit beaucoup de personnes dans le monde n'opposer à leurs rhumes , même les plus intenses, que de l'eau froide. Madame C***, mère de M. C***, célèbre compositeur de musique, était de ce nombre. Cette dame, morte il y a quelques mois , âgée de plus de cent ans , n'avait pas d'autre manière de (raiter ses rhumes : dès qu'elle en était affectée , elle ces-

sait démanger, et elle buvait continuellement de l'eau froide , jusquà ce que sa toux fût apaisée. Je connais plusieurs personnes qui tiennent beaucoup à cet usage ; cependant je viens d'en traiter une qui a manqué son coup : au milieu de ses libations aqueuses , elle a été prise d'une fluxion de poitrine. Il se passe ici ce que j'ai dit ailleurs : outre qu'il ne se fabrique pas de sang, l'estomac s'irrite par le régime et par la diète; et cette irritation est d'autant plus révulsive, que, dans ce cas, la réaction continuelle qui a lieu s'opère immédiatement sur un organe sympathisant beaucoup avec l'organe malade. Mais, s'il se fait, delà poitrine sur l'estomac, des réactions qui peuvent être utiles, comme nous venons de le voir, il s'en opère bien plus souvent de l'estomac sur îa poitrine , qui peuvent être funestes. On sait, par exemple, que la plupart des fluxions de poitrine surviennent pour avoir bu froid , l'individu ayant chaud. Dans ce cas , la réaction s'opère également sur les deux systèmes , sanguin et nerveux. Si elle n'avait lieu que sur l'un des deux, ou sur l'un plus que sur l'autre, il s'ensuivrait des phénomènes difî*érents , suivant le système le plus affecté: par exemple , si c'était le système circulatoire, il se ferait sur les poumons une congestion sanguine qu'on appelle ordinairement apoplexie pulmonaire ; tandis

que si , au contraire , i'irritatioii se porte sur le système nerveux, il peut en résulter une toux plos ou moins intense , plus ou moins opiniâtre , mais qui n'est jamais inflammatoire, et qu'on appelle ordinairement nerveuse. En voici un exemple qui, par sa gravité , peut servir de pro^ totype à tous les autres. Il a, je crois , beaucoup d'analogie avec ce qu'on nomme grippe ou angine de poitrine ; et la coqueluche pourrait bien n'avoir pas d'autres causes.

Le 20 janvier dernier, je fus appelé à l'hôtel de France , rue Coq-Héron , pour voir M. B***, capitaine au régiment d'Holienlohe. Je le trouvai sur son lit, assis sur son séant; la respiration était haute et difficile, la figure était pâle et violacée; il avait l'air fatigué, et les yeux étaient ronds et abattus. Ce malade voulait être saigné.. J'avoue que de prime abord je crus avoir affaire à un anévrisme du cœur ou des gros vaisseaux ; cependant je m'approche, et je trouve le pouls calme et régulier , plutôt petit que large ; ma main sur la région du cœur ne trouve ni battement ni pulsation ; l'organe était enfoncé , paraissait petit, et ses mouvements étaient faibles. La dyspnée était si grande que depuis quelques jours M. B*** passait des nuits entières sanspou-r voir se coucher. Le décubitus sur l'un ou l'autre côté était également difficile , mais surtout

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sur le côté droit. Voyant que je m'étais trompé dans mon diagnostic , je cherchai par un examen plus détaillé à l'établir d'une manière sûre et invariable : alors je trouvai , au-dessus de la clavicule droite, qui était un peu élevée, le ïeste d'une tumeur qui paraît avoir été très volumineuse , et s'être manifestée à la suite d'efforts considérables de toux ; elle avait disparu graduellement ^ et ce qui en restait pouvait avoir le volume d'un petit œuf ; elle était molle , incolore , sans fluctuation ni douleur ; elle offrait des pulsations parcequ'elle était placée sur les artères axillaires et carotides. Les veines du cou sont généralement grosses , celles du larynx et du corps thyroïde sont énormément distendues, réunies en paquet , entrecoupées et entrecroisées dans tous les sens; les jugulaires ont le volume du pouce ; le haut de la poitrine est sillonné de grosses veines ; celles qui , dans l'état habituel, sont à peine visibles , sont ici de la grosseur d'une plume à écrire; au-dessous de chaque bras , dans l'aisselle , on trouve une tumeur de la grosseur d'un petit œuf : celle du côté droit est plus volumineuse que celle du côté gauche. Ces tumeurs sont molles et fluctuantes , sans changement de couleur à la peau, ni pulsations. Les bras offrent çà et là de petites tumeurs analogues à celles-ci , et du volume d'une cerise

OU d'une petite noix. Le reste du tronc , les cuisses et les janribes ne présenteiît rien de semblable. En plaçant la ligature pour pratiquer la saignée réclamée par le malade , je vis paraître sur toute la continuité du bras des. petites tumeurs pareilles aux précédentes ; il y en avait de toutes les grosseurs depuis celle d'un grain de plomb de chasse jusqu'à celui d'une aveline ; elles étaient placées à un pouce, quinze lignes environ les unes des autres , et sur le trajet des veines. La saignée soulagea beaucoup le malade, et le sang , outre qu'il était très noir, offrait cette particularité que les molécules rouges qui le composaient semblaient charbonnées et suspendues dans le sérum, comme le serait une poudre grossière. L'auscultation ne m'a rien appris ; j'ai entendu par le tube un sifflement assez fort et tout-à-fait analogue à celui que l'on perçoit dans les rhumes , les catarrhes, et toutes les irritations bronchiques. Qu'est-ce que cette affection? Pour asseoir tout -à- fait mon jug'ement, je questionnai le malade : alors il m'apprit qu'en 1822 , revenant de Corse, sa patrie, il était resté sept jours en mer; il faisait très chaud, c'était à la fin de juillet ; les jours étaient accablants, mais les nuits étaient très froides, parles fréquentes bourrasques et le m/'s^m/ continuel qui régnait. Une nuit qu'il veillait sur le pont, il s'enrhuma;

les jours suivants il toussait peu, les nuits seules étaient fatigantes ; débarqué aux environs d'Hières , il marcha à pied jusqu'à Toulon : la chaleur , sur cette côte , était horrible ; dévoré par la soif et tout couvert de sueur , en passant dans un village il demanda une bouteille de bière ; on lui en apporta une sortant de la cave ; M. B** la but presque d'un trait , et continua son chemin , sans , pour le moment , ressentir rien de fâcheux. Le lendemain , poursuivant sa route 5 il éprouva des courbatures et des lassitudes ; la toux augmenta , la respiration devint gênée ; vers le soir il ne put plus marcher, il fut contraint de se mettre sur les voitures ; cependant cet officier suivait toujours son régiment , tantôt à pied , tantôt en voiture. La respiration étant parfois libre et parfois embarrassée , M. B** faisait peu d'attention à son état ; il buvait toujours très froid, cela, disait-il, lui dégageait la poitrine et calmait sa toux. Un jour du mois d'août , après avoir bu une assez grande quantité de bière à la glace , il fut pris de quintes de toux, et de suffocations si grandes, qu'il crut , dit-il , que sa poitrine allait se rompre ; les secousses étaient si fortes et si fréquentes que le malade tenta de se détruire pour mettre fin à ses maux. Cette horrible anxiété dura deux jours, sans qu'on employât, pour la calmer, d'au-

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très moyens que les adoucissants et les antispasmodiques ; enfin ce fâcheux état cessa ; la toux devint supportable et la respiration devint un peu plus facile, cependant depuis elle ne fut jamais libre. Ce fut dans ce moment qu'il se manifesta, au-dessus de la clavicule droite, la tumeur dont j'ai parlé; il en parut unie aussi au-dessus de la clavicule gauche, mais beaucoup moins grosse et qui se dissipa quelques mois après ; les veines du cou acquirent suc-^ cessivement le volume qu'on leur voit aujourd'hui; celles de la poitrine se dessinèrent, et les petites tumeurs de dessus et de dessous les bras commencèrent à paraître. Depuis cette dernière époque M. B*** est resté continuellement souffrant. La respiration, tantôt plus libre, tantôt plus gênée , est toujours difficile ; il craché peu , des mucosités seulement ; la toux est légère, mais fréquente ; il a peine à marcher. Quelquefois , sans quinte , ni causes connues , il lui survient une grande quantité de sang dans la bouche , qu'il crache sans effort. A cette occasion on lui a souvent mis les sangsues sans en obtenir d'effet ; les saignées seules le soulagepti Cet officier, depuis le commencement de sa maladie , a beaucoup maigri ; cependant toutes ses autres fonctions se font bien. C'est un homme de quarante ans , fort et robuste , éminemment

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pléthorique, et qui a toujours joui d'une bonne santé. — Voici bien un effet du froid. Mais quel changement a-t-il produit dans le poumon? comment a-t-il amené ce désordre ? On ne saurait l'expliquer autrement qu'en disant que, vu la disposition du système artériel pulmonaire par rapport au système veineux du même organe ; que , vu l'obstacle que devait produire l'irritation placée aux confins de ces deux systèmes, il est permis de croire que la dilatation des vaisseaux pulmonaires présumée exister chez ce malade, affecte plutôt le système artériel que le système veineux de l'organe respiratoire seulement; car, pour le reste de l'économie, c'est le contraire qui doit avoir lieu , comme on va le voir. Dans l'une ou dans l'autre hypothèse , il resterait encore un phénomène très important pour nous à expliquer ; l'impression du froid , qui alors n'aurait agi ici qu'en constringeant l'extrémité de ces petits vaisseaux. Tâchons de nous en rendre 'compte pour ensuite l'appliquer à d'autres organes. On sait que la maladie de M. B*** a commencé par un rhume. — Qu'estce que c'est qu'un rhume? — Une irritation bronchique. Qu'est-ce que c'est qu'une irritation? — Un point au milieu du tout , devenu accidentellement le point de départ et de réunion de toutes les perceptions ; un véritable miroir de

réflexion où viennent se réfléchir, se réfracter et s'accroître toutes les sensations perçues par l'économie. Que devait-il arriver en déposant dans l'estomac une grande quantité de liquide très froid , en même temps que le corps était en mouvement et en sueur , et que le poumon était irrité ? — De deux choses l'une : si le corps eût été sain, c'est-à-dire si toutes les fonctions eussent été en harmonie , si l'individu eût été en repos, la réaction se fût opérée sur l'estomac ou à la peau. Dans le premier cas , il eût pu s'ensuivre une gastrite sur -aiguë et même mortelle, comme on en a des exemples , et dans le second cas, elle eût pu produire une diaphorèse plus ou moins abondante (i). Mais ici il y a un point irrité , un organe malade , ce devait être sur lui que devait s'opérer la réaction et se diriger les fluides ; ils se fussent peutêtre dirigés sur les surfaces articulaires , si ce point n'eût point existé: beaucoup de rhumatismes articulaires à l'armée , surtout chez les fantassins, ne reconnaissent pas d'autres causes. Que s'est-il passé alors dans le poumon ? le froid

(i) On sait que celle-ci est toujours en rapport avec la température et la quantité stimulante du liquide ingéré; et que quand on boit une grande quantité d'eau pure , étant en marche, on est bientôt couvert de sueur , tandis que le contraire a lieu quand on y ajoute quelque alcoolique.

qui a frappé Testomac a retenti sur les bronches ; celles-ci, déjà irritées, se sont tuméfiées; le sang qui y était appelé, d'une part par cette irritation , et de l'autre par la marche , n'a pas pu les traverser; les capillaires artériels alors se sont gonflés , engorgés , distendus (i) , et le sang , de proche en proche , a reflué vers le cœur, qui , ne pouvant le contenir, l'a renvoyé dans les veines ; dans celles surtout qui proviennent de la division de la veine «ave supérieure, qui se sont dilatées outre mesure pour le recevoir, cette dilatation est devenue d'autant plus grande et plus visible que les veines dont nous parlons sont plus rapprochées du cœur et plus superficielles ; les veines cave inférieure et azygos , pour nous être cachées , n'en sont peut-être pas moins malades. Quant aux petites tumeurs, il est probable qu'elles correspondent aux valvules où s'opère plus particulièrement la stagnation du sang dans les veines. C'est pour cela que leur nombre et leur volume est d'autant plus petit, qu'elles s'éloignent le plus du centre, qu'elles n'existent que sur les bras, et que les

(i) Ils se seraient peut-être enflammés si les deux systèmes élémentaires eussent été frappés au même degré l'un que l'autre , ou si la marche et la transpiration , en opérant une révulsion , n'en eussent empêclié.

veines thorachiques thyroïdes, jugulaires, etc. , en sont dépourvues

Tous ces raisonnements, je l'ai dit en commençant, ne reposent que sur des hypothèses; il faudrait, je le répète, l'ouverture du cadavre pour les confirmer; mais ils n'en servent pas moins à faire connaître le froid dans ses effets probables.

Gouttes y rhumatismes articulaires. Jusqu'ici , dès qu'une articulation était prise de douleur , bien vite on se hâtait de la tenir chaudement , de la couvrir de flanelles , et de la frotter avec des lîniments volatils camphrés, comme si on eût été fâché que la maladie ne vînt pas assez, promptement. — Qu'est-ce que la goutte ou le rhumatisme articulaire? — Une inflammation. — Que fait -on en tenant chaudement la partie qui en est le siège , et en l'entourant de cataplasmes? — En facilitant l'abord du sang dans cette partie , on favorise l'inflammation ou on augmente celle qui existe déjà. li est bon même de remarquer que dans cet être goutte qui depuis dix ans a repassé le détroit de la Manche , on employait autrefois le même moyen pour la provoquer et pour la combattre. Quand elle s'était déplacée, quand elle était venue méchamment se fixer sur la poitrine ou sur l'estomac, on mettait des flanelles chaudes , des cataplasmes

émollients, des sinapismes, etc. , sur Tarticulàtion primitivement malade , pour la rappeler à son premier domicile ; et quand dans celui-ci on voulait la détruire, on employait encore les flanelles chaudes , les sinapismes et les cataplasmes. De deux choses Tune , ou dame goutte était présente ou absente ; dans l'un et Tautre cas le même moyen ne pouvait pas lui convenir. Cette plaisanterie fait assez connaître le ridicule attaché au mot goutte^ d'après les idées du temps.. Depuis , on est tombé dans un excès contraire: dès qu'un individu est pris de douleurs articulaires, on s'empîesse de lui couvrir de sangsues l'estomac , les jointures , etc. ; il n'est pas d'endroit où l'on n'en mette: ces deux méthodes sont également nuisibles. Il est un terme moyen d'où le médecin ne doit jamais s'écarter , ce terme est de laisser assez de force , assez de sang dans l'économie , pour résister et réagir. J'ai vu plusieurs malades tellement affaiblis par les saignées , qu'ils n'avaient plus la force de vivre ; quoique d'une constitution robuste, leur sang était tellement appauvri, que la partie blanche de ce liquide prédominant beaucoup sur la partie rouge , ces malades restaient bouffis , infdtrés , devenaient hydropiques , et souvent succombaient à cette détério-, ration générale.

Quand, après avoir tiré du sang par la saignée ou par les sangsues , et avoir appliqué des cataplasmes 5 on est parvenu à enrayer la première fougue inflammatoire , et que malgré cela les douleurs persistent ou se renouvellent , le meilleur moyen pour les arrêter et pour les combattre, c'est le froid.

M. H***, d'une constitution éminemment robuste, mais qui avait été considérablement affaibli par un grand nombre de saignées et de sangsues qu'on avait été obligé de lui pratiquer et de lui mettre pour se rendre maître d'un rhumatisme très aigu qui siégeait sur toutes les surfaces synoviales , conservait encore une très grande sensibilité des articulations. Le plus petit froid , le moindre mouvement, même dans son lit , suffisait pour reproduire les douleurs , et les rendre parfois intolérables et assez intenses pour entretenir ou renouveler la fièvre. Je ne pouvais plus me permettre de saigner ce malade , il était déjà un peu bouffi , et les cataplasmes éroollients , au lieu de diminuer les douleurs, les augmentaient (i). Guidé par le

(i) On croit communément que les douleurs produites par les cataplames appliqués, ou trop long- temps prolongés sur une articulation redevenue saine, sont le résultat de l'abord du sang que lear humidité et leur température favorise: pas du tout; c'est l'effet d'une véritable asthénie , d'une lutte qui

raisonnement et quelques antécédents , je me déterminai à employer le froid. Les articulations malades furent d'abord mises hors du lit et laissées découvertes ; bientôt on les couvrit de cataplasmes à peine tièdes, puis entièrement froids, renouvelés toutes les heures, ou dès qu'ils seraient échauffés. Ce moyen n'était pas employé depuis une heure que déjà les douleurs diminuèrent et la fièvre se calma ; le malade s'endormijg la nuit suivante fut bonne , et celle du lendemain encore meilleure. Je pourchassai ainsi la douleur partout où elle se présenta; et à mesure que les forces revinrent, l'équilibre se rétablit. M. H*** aujourd'hui se porte très bien. Un horloger fut pris tout-à-coup d'une douleur assez vive dans le poignet de la main droite, pour avoir fait quelque chose de fatigant de ce côté. Il fit d'ajiprd peu d'attention à son mal ; il n'y avait ni gonflement , ni rougeur : mais bientôt ses souffrances augmentèrent, et il fut forcé de réclamer mes soins. Le pouls était agité, mais il n'y avait pas de fièvre. Je fis couvrir l'articulation de vingt sangsues : la douleur fut enlevée ;

s'établit entre la vie , les forces , les propriéte's vitales de la partie et le cataplasme qui tend à les détruire. Je ne cesserai de le répéter : la stimulation n'est que la vie ; et tout organe qui n'est pas assez stimulé se débat contre l'agent débilitant qui le blesse, qui le gêne, qui le tue.

mais , malgré l'usage des cataplasmes émollients, elle reparut le lendemain. Quinze nouvelles sangsues furent appliquées, et procurèrent encore un soulagement momentané : cependant le poignet se gonfla ^ et la douleur s'engourdit ; on continua pendant quelques jours les cataplasmes et fomentations émollientes narcotiques, les bains, et le régime antiphlogistique , etc. Un jour qu'il sortait de l'eau , ce malade eut froid: dès lors les douleurs se renouvelèrent , et furent biiucoup plus intenses qu'auparavant; l'individu était faible. Cependant je fis encore mettre quinze sangsues , ioco dolenti^ toujours suivies de cataplasmes émollients : la douleur, pour cette fois, ne fut point diminuée. Je me déterminai alors à appliquer le froid : une douzaine de cataplasmes furent placés sur une table de marbre, et toutes les heures , autour de l'articulatiiia malade , on en appliquait un; en moins de deux heures les douleurs furent calmées , et en moins de dix elles furent totalement dissipées pour ne plus revenir.

Anévrysmes du cœur et des gros et petits vaisseaux. Parlerai-je de l'application du froid dans les anévrysmes? INe sait-on pas qu'aidée de ce moyen , la méthode de Valsalva est bien plus heureuse et a été rendue plus utile ? J'ai vu des anévrysmes de l'aorte prêts à se rompre ; la

chute OU la formation de l'escarre retardée pendant plusieurs semaines par des applications froides; des anévrysmes de petits vaisseaux commençants réduits presque à rien par l'application de la glace.

Engorgement des testicules. Depuis que les bons effets du baume de copaliu à grande dose par M. Ribes, et du poivre cubèbe par M. Delpech de Montpellier, nous ont été révélés dans tous les degrés de la gonorrhée , les engorgements des testicules dans cette maladie sont beaucoup moins fréquents. La méthode antiphlogistique les avait déjà rendus beaucoup moins graves ; cependant jusqu'ici on n'avait encore employé contre cette douloureuse affection que la diète, les saignées, les bains, les cataplasmes et les sangsues. Ces moyens me semblèrent beaucoup trop lents ; je voulus employer la glace.

Un jeune homme avait contracté une gonorrhée qu'il voulait cacher à ses parents : il se soignait mal 5 il ne buvait point de tisane , et vivait comme à Tordinaire. Un jour qu'il montait à cheval, il eut le testicule froissé. Aussitôt, vers le soir, difficulté plus grande d'uriner, douleur et élancement dans le testicule; la nuit fut assez mauvaise. Le lendemain, M. E... vint chez moi.

go DES MALADIES

Le testicule droit était déjà doublé de volume ; l 'épididyme surtout était engorgé. Je conseillai à M. E... le repos, les bains , et, s'il n'y avait pas d'amendement, quinze sangsues pour le soir. Rentré chez lui , notre jeune homme ne dit rien à ses parents ; il monte dans sa chambre , se couche, et reste toute la journée sans rien prendre. Le soir cependant les douleurs devinrent si vives qu'il fut contraint d'avertir quelqu'un et d'avouer sa peccadille. Le lendemain , on me fit appeler. Les sangsues n'avaient point été appliquées : je les recommandai , et j'ordonnai de couvrir les piqûres de cataplasmes. Sous cette médication , les symptômes diminuèrent un peu , et la nuit fut assez bonne ; mais le lendemain, troisième jour de la maladie, les douleurs se renouvelèrent, et le gonflement était revenu dans le même état que la veille. J'appliquai de nouvelles sangsues, et je fis continuer les cataplasmes. Le quatrième jour, le malade était mieux : mais le testicule était encore quadruple de son volume ordinaire, le cordon était encore engorgé , et les douleurs étaient aussi vives. Pour hâter la guérison , je proposai la glace. On fit d'abord quelques difficultés; mais j'insistai, et on se rendit. Je commençai par faire un peu découvrir le malade, qui se tenait très chaudement (c'était en, hiver); et quand l'état de moiteur

GÙ il était habituellement fut complètement dissipé , je fis appliquer sur la partie malade des compresses trempées dans Feau froide , puis à la glace 5 puis enfin de la glace pure piîée et mise à nu. En moins de quatre heures les douleurs , qui étaient très aiguës, furent calmées ; et trois jours après , septième jour de la maladie , tout était dissipé , le testicule avait repris sa grosseur naturelle.

M. Del. . . portait depuis plus d*un an un engorgement chronique au testicule droit : celui-ci était dur, inégal, bosselé ; l'épididyme surtout avait acquis beaucoup de volume et une très grande dureté. M. Del... avait été traité à la maison de santé de M. Culerier; il y avait subi plusieurs traitements mercuriels et sudorifiques. Malgré cela , et toutes les applications locales possibles , on n'était jamais parvenu à réduire la forme ni la grosseur de cette glande. M. Del... commençait à y ressentir des douleurs lancinantes qui la traversaient dans tous les sens. Fatigué de tous les traitements , et surtout fort inquiet , M. Del. . . me consulta au mois d'août dernier. Le testicule était dans l'état que je viens de décrire, et je conçus moi-même beaucoup de crainte pour le sarcocèle. Cependant je tentai quelques moyens: je mis M. Del... à un régime rafraîchissant, je lui fis prendre des bains , et quand sa santé gêné-

raie fut à peu près bonne, j'attaquai la maladie principale. Tous les deux jours , M. Del. . . mettait deux ou quatre sangsues sur la partie malade; il favorisait l'écoulement du sang pendant quelques heures par des fomentations tièdes, et quand il ne coulait plus , il le couvrait d'un cataplasme froid, fait de son, et imbibé d'une assez grande quantité de laudanum , ou délayé avec une forte décoction de têtes de pavots. Après huit jours de ce traitement , les douleurs étaient presque entièrement disparues, et le testicule était beaucoup diminué; au bout de douze jours, elles avaient entièrement cessé, et un mois après, l'organe avait repris sa forme ordinaire et était réduit à la moitié de son volume. M. Del... conserve encore un peu de dureté dans l'épididyme , la glande elle-même est plus grosse que celle du côté opposé; mais tout ce qui pouvait faire craindre une dégénérescence cancéreuse est dissipé , et ce malade se porte aujourd'hui parfaitement bien.

Coliques qui précèdent i' écoulement menstruel, dysménorrhée. La menstruation, chez les femmes, est une fonction de majeure importance ; elle ne peut pas être dérangée sans que les autres ne s'en ressentent. A la campagne , dans l'état le plus rapproché de celui de nature , cette fonction com-

mence , existe et finit , pour ainsi dire , sans que la femme s'en aperçoive , et sans qu elle interrompe ses travaux agrestes , où elle trouve la vigueur et la santé. A la ville , c'est tout autre chose : l'inaction , la mollesse , l'éducation , nos institutions sociales, et, par -dessus tout, le préjugé, nous privent de tous ces bienfaits, et rendent inutiles , illusoires et sans effet tout ce que la nature a fait en général pour le bonheur de l'homme et lui faire une bonne constitution. Parmi les nombreuses indispositions qui affligent nos dames de ville, il n'en est pas qu'elles redoutent plus que les coliques qui précèdent et accompagnent les règles: outre leurs fréquences , elles sont quelquefois si violentes , que j'ai vu des femmes devenir vertes de douleur, et rester plusieurs jours souffrantes et indisposées ; d'autres ont des convulsions tout le temps qu'elles durent. N'était-ce pas déjà assez d'avoir une incommodité mensuelle, sans avoir encore une maladie périodique? les femmes sont vraiment à plaindre ; ne fût-ce que pour les maux qui les afûigent, elles méritent tous nos égards. Pour remédier à cette affection , il n'est pas de sortes de moyens qu'on n'ait mis en usage ; les saignées , les bains de fauteuil et autres , les narcotiques , les fomentations émollientes , les cataplasmes , les vésicatoires volants , les sina-

pismes à la partie interne des cuisses, etc. Tous ces moyens ont échoué, ou n'ont eu que des succès variés et momentanés : un seul ^ qui n'avait encore jamais été employé , dans quelques cas m'a constamment réussi, et chez plusieurs femmes je suis parvenu avec lui à les débarrasser complètement et sans retour de cette terrible incommodité : les lavements froids , pris au moment où les coliques deviennent intenses. Voici par quel raisonnement j'ai été amené à les mettre en usage : il est d'observation que les femmes maigres , irritables , délicates et des villes sont bien plus abondamment réglées que celles qui sont grosses , pléthoriques et fortement constituées , et que ces dernières connaissent à peine la maladie dont nous parlons. Le système nerveux joue donc un grand rôle dans la menstruation. Dans ce cas , les coliques qui se manifestent à l'approche des règles peuvent très bien dépendre de l'accumulation pénible et préparatoire du sang dans les vaisseaux utérins ou environnants ; alors cette accumulation , ce travail préliminaire , qui ordinairement ne produit qu'une pesanteur et un léger embarras dans le ventre, devient, chez les femmes nerveuses , une véritable douleur , d'autant plus grande et plus forte qu'elles sont plus sensibles et plus irritables , ou que cette accumulation est plus considérable.

EN PARTICULIER. gS

Cette idée a été confirmée par les moyens que certaines femmes emploient et quelques médecins conseillent : le vin chaud et un peu de liqueur, des frictions brûlantes sur le ventre avec des serviettes, des sinapismes au haut des cuisses, etc. Les bains, les lavements tièdes , les adoucissants, les antispasmodiques, ne réussissent jamais dans la maladie qui nous occupe , à moins que la dysménorrhée ne dépende d'un effet sympathique ; il en est beaucoup qui dépendent d'une irritation chronique de l'estomac. Comment agissent le vin chaud, et les moyens précités dans les cas dont nous venons de parler ? Il est évident que , d'une part , ils agissent en déplaçant une portion de la sensibilité exaltée dans le ventre , et par suite une certaine quantité de sang qui y afQue , et de l'autre en activant la circulation qui finit alors par surmonter les digues et les obstacles que le système nerveux lui opposait. J'ai pensé qu'en sédatifiant le système nerveux , en émoussant beaucoup sa sensibilité, j'obtiendrais le même effet; dans cette intention j'ai employé le froid : voici le résultat que j'en ai obtenu.

Madame K*** , encore dans la fleur de l'âge , grande , belle , mais très irritable , au physique comme au moral , était abondamment et régulièrement menstruée; depuis qu'elle avait

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commencé à l'être, cette fonction était toujours précédée de coliques atroces qui se renouvelaient chaque mois et qui duraient trois et quatre jours , et qui la rendaient fort malade; elle était fatiguée de tous les moyens qu'elle avait mis en usage , elle n'en connaissait pas qu'elle ^ n'eût employés. Je lui conseillai un lavement à l'eau froide aussitôt que les coliques deviendraient un peu fortes. Elle le fit ; quand on souffre , il n'y a pas de sorte de remèdes qu'on ne tente ; et à l'instant elle fut soulagée , et ensuite débarrassée entièrement de ses maux pour ne plus s'en ressentir. Depuis , les règles de madame K*** sont venues aux époques sans qu'elle ait ressenti de douleurs, ni aucune de ces souffrances qui les accompagnaient autrefois. J'ajouterai que depuis j'ai fréquemment conseillé le même moyen dans le cas que nous venons de spécifier , et qu'il m'a généralement réussi , sinon à les détruire complètement , au moins à beaucoup les diminuer. J'ai hésité long-temps à mettre cet agent en usage; il semblait si opposé à ceux ordinairement conseillés par tous les auteurs et les médecins , qu'il m'a fallu longtemps y réfléchir , et en quelque sorte un cas désespéré pour m'y décider. Malgré cela , vu le danger qui pourrait s'ensuivre, je n'ose encore le recommander aujourd'hui.

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