‹ Du froid, et de son application dans les maladiesChapitre 2 sur 2 · APPLICATION DU FROID DANS LES MALADIES EXTERNES AVEC PLAIES · texte numérisé non relu

APPLICATION DU FROID DANS LES MALADIES EXTERNES AVEC PLAIES

En médecine , comme dans toutes les sciences exactes , on doit toujours procéder du simple au composé , de ce qu'on voit à ce qu'on ne voit pas, et juger quelquefois par analogie. Quand j'aurai ouvert deux cents cadavres, chez lesquels j'aurai trouvé la plèvre enflammée , injectée , couverte de granulations , ou détruite par des dépôts pruulents ; après avoir été , durant la vie , pris de douleur de côté , de dyspnée 5 d'une fièvre plus ou moins intense, etc. , je serai bien porté à croire , pour l'avenir , que tout individu qui se présentera à mon observation avec l'appareil des symptômes que je viens d'énumérer , sera pris d'une inflammation de la plèvre ou d'une pleurésie* Quand, en appliquant de l'eau chaude sur ma main , je verrai celle-ci rougir, ses vaisseaux capillaires s'injecter, puis, continuant'monexpérience,la peau de cette même main s'enflammer , il faudra bien que je croie que la chaleur attire le sang dans la partie sur laquelle on l'applique, et dispose à l'inflammation. Quand enfin , faisant l'épreuve contraire , j'aurai appliqué sur cette main rougie , injectée , en-

flammée , de Teau froide , et qu'à l'instant je l'aurai vue pâlir , se détuméfier , et l'inflammation disparaître , je serai bien forcé de convenir et d'admettre que l'effet du froid est opposé à celui du chaud , et que les applications froides sont l'antidote de l'inflammation.

Une chose fort remarquable, comme je l'ai déjà dit ailleurs, c'est que, dès qu'une partie est enflammée ou commence à se tuméfier, on se hâte de la couvrir de cataplasmes émollients ou de fomentations très chaudes , comme si on voulait encore accroître la chaleur qui y existe déjà, et accélérer le travail qui s'y prépare , quand cependant on cherche à s'y opposer. Il est évident qu'il y a ici défaut de réflexion ou erreur de raisonnement de la part du praticien. Dira-t-on que l'humidité des topiques annihilera les. molécules ignées qui se développent dans la partie affectée ? Erreur : jamais cet effet , quelque prompt , quelque marqué qu'il soit , ne le sera assez pour les éteindre toutes et contre-balancer l'incalculable mauvais effet àes applications chaudes. Toujours au contraire, par l'usage de ces moyens, on obtiendra des résultats opposés à ceux quel'on désire , à moins qu'on n'ait en vue de produire la suppuration : alors , loin de blâmer les embrocations très chaudes , je les conseille ; on ne saurait trop faire pour arriver à son but et hâter le

travail de la nature. Mais , dans toute autre occasion , je les condamne ; et , comme dans les dix-neuf vingtièmes des cas, on a un tout autre but que la formation du pus, et que l'on cherche au contraire la résolution de l'inflammation sur laquelle on l'applique, je ne balance pas à déclarer cette pratique tout-à-fait déraisonnable et entièrement opposée aux vues de la nature. A ces moyens que je viens de blâmer, je substitua le froid , les applications froides , comme essentiellement préférables : il ne faut qu'y penser pour s'en convaincre. Cependant il ne faut pas jouer avec cet instrument ; il faut se rappeler que j'ai déjà dit que c'était une arme dangereuse. Dans l'application de cet agent, on doit toujours avoir la réaction en vue, et, si on veut s'y opposer , il faut le renouveler continuellement. Il ne faut jamais commencer à appliquer le froid à une température très basse , il faut y arriver graduellement; en général, une température modérée , de douze , quinze , dix-huit degrés, convient mieux. Si, en agissant ainsi, on a l'inconvénient d'aller moins vite, on a, avant tout, l'inappréciable avantage de prévenir de trop grandes réactions, et de remédier au seul inconvénient qu'a ce moyen , de devoir être renouvelé souvent. D'ailleurs , par des applications douces, la peau ne se crispe, ne se

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durcit point, et les absorbants affaniés se chargent avec facilité des molécules aqueuses, pour ensuite les porter dans le torrent de la circulation en arrosant les parties qu'elles traversent. On peut encore activer l'effet des applications froides en y ajoutant des substances médicamenteuses, soit opiacées, pourémousser la sensibilité nerveuse qui, comme nous l'avons dit, préside souvent à l'appel du sang ; soit émollientes , adoucissantes ou mucilagineuses, pour les assouplir : les particules de celles-ci étant plus onctueuses et plus douces , roulent plus facilement sur nos parties provoquent moins leur activité déjà exaltée , et , par leurs propriétés vraiment négatives, laissent aux organes entre eux le soin de ramener l'équilibre par une sorte de révulsion physiologique spontanée.

Si on veut obtenir immédiatement la résolution , on pourra , après avoir ramolli les parties et calmé les principaux phénomènes inflammatoires , non seulement ajouter quelques résolutifs , quelques substances légèrement stimulantes aux cataplasmes , mais encore appliquer ces cataplasmes excessivement froids. On ne doit pas craindre ici la réaction : si elle s'opère, elle ne peut être que favorable k la résolution. On verra plus tard qu'un certain degré de stimulation est nécessaire à cette terminaison de l'inflammation.

Dans les inflammations avec plaies, des tissus membraneux, ou d'une large surface, on peut les éteindre sur-le-champ par des applications froides ; mais il faut ici , comme je l'ai recommandé ailleurs, maintenir celles-ci d'une manière permanente et soutenue: autrement on double le mal. Dans les inflammations chroniques, si on emploie ce moyen, il doit être mis en usage par intervalles et par petites saccades, afin de provoquer la réaction et la stimulation , que nous venons de reconnaître nécessaires à la résolution.

Contusions et plaies récentes (i). On sait que le premier devoir du médecin , à la suite des contusions et des plaies récentes, est de prévenir l'irritation, pour empêcher l'abord trop considérable du sang 5 et par suite l'inflammation. A cet effet, on employait autrefois les résolutifs, qui étaient presque tous spiritueux. On avait tort , comme le bon sens l'indique, et comme les deux savants praticiens que je viens de citer l'ont

(i) On peut voir, à ce sujet , le bel et savant article de fil. le baron Percy, Dictionnaire des sciences médicales ( Eau , emploi chirurgical de P ) , et l'intéressante circulaire adressée , de Dresde , par M. le baron Larrey, à tous les chirurgiens de la grande armée, pendant la suspension d'armes de la campagne de i8i3.

péremptoirement prouvé. Leur premier effet pouvait bien arrêter l'hémorrhagie; mais, par leur propriété stimulante, ils provoquaient et doublaient Tinflammation qui devait suivre. Depuis la naissance de la médecine dite physiolo* gique , quoiqu'elle ne le soit pas toujours, on a jugé convenable de remplacer ces topiques par des cataplasmes émollients, qui sont tout aussi mauvais : tant il y a que les meilleurs moyens peuvent devenir nuisibles entre des mains malhabiles. Le froid remplit ici le double but qu'on se propose : il éteint la sensibilité , et s'oppose à l'afflux du sang.

Une cuisinière s'écrase le bout du doipjt avec un merlin qui lui servait à fendre du bois. Elle Xne consulté deux heures après l'accident : le doigt était déjà gonflé et le siège de pulsations ^douloureuses ; il était aplati et conservait encore retnpreinte du corps qui l'avait frappé ; il n'y avait point de déchirure extérieure , mais la rougeur ^t la chaleur commençaient à s'y manifester. Je lui conseillai de mettre à l'instant son doigt dans l'eau froide, de l'y maintenir long-temps, et de ne le retirer que pour l'envelopper d'un linge mouillé, et d'humecter souvent. Vers le soir, ayant négligé ce moyen , elle fut prise de douleurs horribles. Elle revint tout de suite à mes conseils ; elle tint pendant la nuit son doigt dans l'eau

ÏToide: «lie put dormir; elle ne souffrait que quand son bain commençait à s'échauffer. Le lendemain , la douleur fut supportable. La nature des occupations de la malade ne lui permettant pas de suivi-e strictement mon procédé, ses souffrances se renouvelèrent et continuèrent le lendemain et les jours suivants. Le septième, il se forma un petit dépôt purulent a l'extrémité du doigt : je l'ouvris , et il se cicatrisa eh suivant la marche ordinaire.

Sans rien affirmer , on peut cependant penser que 5 sans les applications froides , le désoi-dre que nous venons de signaler , et surtout la douleur, eussent été beaucoup plus grands: la violence de la contusion , la structure de la partie qui en était le siège , l'intensité de l'inflammation qui commençait à paraître , tout faisait présager un énorme panaris.

Ér'ysipete et phlegmon, L'érysipèle, feu sacrée feu Saint- Antoine j est connu dans sa nature, sa marche et ses symptômes ; ce qui l'est moins aujourd'hui , c'est sa véritable cause et son traitement. Nous savons en effet que les échauffants et certains coquillages déterminent cette maladie ; mais nous pensons que ces substances , qui sont toutes très irritantes, agissent sur l'estomac plutôt en déterminait une irritation , un

transport sympathique à la peau , que par leurs propriétés vireuses , acres , putrescentes et corrompues , comme l'ont cru Galien^ Hoffman^ Lory ^ et M. Pinel après eux. Ce qui le prouve, c*est que toutes les fois que l'érysipèle est déterminé par l'ingestion de substances irritantes dans l'estomac , il n'est point accompagné de fièvre , à moins qu'il ne soit très intense ; tandis , au contraire , que toutes les fois que ces mêmes substances déterminent de la fièvre, il ne vient point d'érysipèle. Dans le premier cas, je conçois qu'un vomitif, rappelant sur l'estomac l'irritation transportée à la peau, et la faisant partager à toute l'économie par les efforts multipliés que produit le vomissement ; je conçois, dis-je, que ce moyen guérisse: mais cette médication ne détruit point mon principe, elle contribue au contraire à le confirmer.

L'érysipèle peut aussi être causé par des agents irritants appliqués à la surface de la peau, comme les corps gras rances, l'insolation, les frottements trop rudes , la piqûre de certains insectes, comme des frelons , de la guêpe , des cousins, etc. Dans ces derniers cas surtout, on sait qu'il disparaît très bien par l'oxycrat et le& applications froides.

J'ai dit que ce qu'il y avait de moins avancé dans l'érysipèle, c'est le traitement . et surtout le

traitement externe. Après avoir employé successivement les corps gras, les farines sèches, les lotions, les fomentations, les cataplasmes émoilien ts, et résolutifs froids ou chauds , on a fini par conseiller de ne rien faire. M. Pinel est de ce nombre: c'est le parti le plus sage; car, quand on ne sait pas être utile à son malade , il faut au moins ne pas lui être nuisible. Toute cette incertitude, toute cette vacillation ne vient que d'un manque de raisonnement et de l'absence d'idées fixes sur la véritable cause de cette affection. Quand on l'a crue produite par un amas saburral , on a fait vomir ; c'est très bien : mais quand on l'a considérée comme idiopathique , on n'a su rien faire ; essayant alternativement des moyens contraires , on est passé à côté du bon. Le froid , avant moi , n'avait jamais été employé; ou s'il l'avait été, c'était avec si peu de méthode et de bon sens , qu'on n'en avait jamais obtenu que de fâcheux résultats. Comment se fait-il que l'antidote simple qu'entraîne avec ellela dénomination de feu sacré,, on de Saint- Antoine, n'ait pas fourni aux anciens médecins l'idée de se servir de l'eau froide pour l'éteindre ; et que, voyant ce feu se développer graduellement et peu à peu, on n'ait pas employé la même gradation pour s'en débarrasser ? Vraiment rhomme est bien extraordinaire : il va souvent

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chercher bien loin , avec beaucoup de frais , un remède incertain , et il rejette avec dédain ce que la nature prévoyante a placé gratuitement sous sa main comme un bienfait. Le froid est l'antidote spécifique de Férysipele ; et si Fabrice d' A quapendente y Hoffmann ^ H agendorf ^ etc. , en ont retiré de mauvais effets (i) , c est qu'ils n'ont pas su l'employer. Nous savons à quoi nous en tenir maintenant sur ces répercussions et ces prétenduesmétastases : sans nier qu'elles existent, nous savons les éviter; et jamais , quand on sera vraiment physiologiste, on ne les aura à craindre. La métastase ou la répercussion ressemble à un coup qu'on donne sur un globe arrondi : tous lés rayons du mouvement communiqué , d'abord divergents , vont se réunir au point diamétralement opposé de ce globe, et en brisent souvent les parois; si on frappe doucement et d'une manière progressive, si on évite les oscillations trop brusques, on évite aussi le contre-coup. Toutes les fois que , dans un érysipèle , quelque intense , quelque étendu qu'il soit, on emploiera de l'eau, d'abord un peu tiède, puis un peu fraîche, puis un peu plus , puis enfin toute froide , et enfin à

(i) Le premier a vu la frénésie, le second une angine, le troisiè me la gangrène du visage, suivre l'application de ce mojçn.

la glace s'il est nécessaire , et qu'on aura la précaution de la tenir sur la partie malade d'une manière permanente et soutenue , jamais , je le répète , jamais on n'aura à craindre de répercussion ni de métastase , et toujours on finira par dominer la maladie et l'éteindre.

Madame G*** était , depuis sa couche , fréquemment prise d'érysipèles erratiques ; depuis six mois qu'elle était accouchée , elle en avait eu cinq qui avaient successivement paru sur la figure, sur les bras, sur les jambes et sur les cuisses. Elle avait été convenablement traitée par son médecin ordinaire : les délayants, les rafraîchissants , quelques légers purgatifs , avaient été administrés. La dernière fois sa langue était jsale , il y avait un peu de saburre bilieuse; on la fit vomir. Madame G*** attribuait toutes ces indispositions à son lait ^ que son médecin, disaitelle 5 ne voulait pas traiter. Le ^5 août dernier, elle me consulta: elle portait sur la main gauche un petit érysipèle qui avait commencé à se développer à la campagne , probablement par l'effet de l'insolation. Elle me proposa, comme à mon prédécesseur, de traiter son lait; mais elle ne me trouva pas plus complaisant que mon confrère: j'ordonnai le froid; des compresses d'oxycrat fort léger furent appliquées sur la partie malade , et renouvelées toutes les demi-heures, Ea

douze heures , 1 erysipèle de madame G*** disparut. Deux jours après , il s'en manifesta un autre à la partie antérieure et supérieure de l'avant-bras droit. La malade me fit redemander , et je conseillai encore le même moyen ; mais la malade fut moins docile que la première fois ; elle négligea de renouveler ses compresses aussi souvent que je l'avais dit ; l'inflammation de la peau fut plus intense , il me fallut deux jours pour l'éteindre et l'en débarrasser. Le 10 septembre , madame G*** fut encore prise d'un troisième erysipèle : celui-ci se développa à la partie supérieure de l'épaule du même côté ; il était d'une plus large étendue , plus douloureux , et menaçait de gagner le cuir chevelu. La malade, fatiguée de voir se renouveler si souvent ces indispositions, avait tardé deux jours à me faire appeler. Pendant ce temps-là, le mal avait fait des progrès ; il y avait un peu de fièvre , la langue était humide et muqueuse , mais un peu rouge à la pointe , comme elle l'est dans les irritations gastriques. Je proposai encore à la malade l'application du froid : pour cette fois je la trouvai rebelle , elle s'y refusa. Je consentis à patienter jusqu'au lendemain, l'assurant par avance qu'elle n'attendrait pas jusque là pour me le redemander. En effet , vers le soir elle m'envoya chercher : l'inflammation alors

avait plus de six pouces de diamètre ; la chaleur qui s'en dégageait était acre, mordicante; la rougeur ne disparaissait qu'imparfaitement sous le doigt ; en un mot, elle commençait déjà à devenir phlegmoneuse. Lepouls était fréquent , mais sans fièvre; il n'y avait ni soif ni appétit. Je crus la saignée inutile; je fis appliquer sur l'épaule de madame G*** des compresses trempées dans de l'eau dégourdie : celles-ci se séchaient à l'instant comme si elles eussent été imbibées d'alcool, tant la chaleur était vive. Je plaçai une garde auprès de madame G***, avec ordre de renouveler les compresses tous les quarts d'heure, et de rendre l'eau toujours de plus en plus froide. On commença à huit heures: à dix on l'employait à la température de la chambre ; à minuit on y ajouta un peu de glace; à sept heures du matin , j'en fis appliquer de pure ; à quatre heures de l'après-midi tout avait disparu. On maintint encore le froid le restant de la journée , on le diminua graduellement , et deux jours après madame G*** ne se souvenait plus de son indisposition. J'employai ensuite le petit-lait, les doux laxatifs et les bains , et depuis lors madame G*** n'a plus été malade, au moins que je sache ; car elle est partie dans le cours de l'hiver pour rejoindre son mari en Espagne.

A l'Hôtel-Dieu , on traite les érysipèles en ap-

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pliquant un large vésicatoire sur leur centre; autre que c*est un moyen cruel, c'est une violente perturbation , qui est souvent suivie de vastes dépôts phlegmoneux. On concentre toute l'inflammation sur un point: si la première est peu forte ou peu avancée , on l'enlève par la seconde; si elle l'est trop, elle s'abcède. Sans blâmer ni rejeter complètement cette méthode, je répéterai à cette occasion ce que j'ai dit ailleurs (i) 5 «qu'en médecine, comme en politi- »que, c'est un mauvais moyen de calmer une » sédition que d'en fomenter une autre. »

Brûlure, La médecine est quelquefois si claire et si simple qu'on est étonné qu'elle soit encore si peu avancée. Les meilleurs moyens nous ont souvent été fournis par les gens les plus étrangers à l'art, ou par le hasard. La raclure de pomme de terre , par exemple , si recommandable dans la maladie qui nous occupe, a dû être mise en usage la première fois par une cuisinière , et tous les médicaments inventés depuis avec beaucoup de peine et beaucoup de frais, par les médecins et les chimistes, ne valent pas celui-là et n€ sauraient le remplacer. Cette pulpe rafraîchissante est vraiment un excellent topi-^

Qt) Ann. de la méd, phys., m" de mai i82v5'

que contre la brûlure; le mal est qu'il n'est pas bien employé ^ c'est-à-dire qu'on n'en met pas assez, ou qu'il n'est pas assez souvent renou« vêlé. La facilité de se le procurer, la manière simple de s'en servir et de l'appliquer sur nos parties, sa composition pulpeuse, humide, muqueuse et adoucissante, tout concourt à faire de cette substance un remède vraiment précieux. Elle agit, ai-j.e besoin de le dire.>^ par le froid qu'elle procure. Tous les moyens préconisée contre les brûlures agissent de la même manière. L'ammoniaque , tant recommandée , l'étlier, et toutes les substances volatiles, produisent le froid en se vaporisant. L'encre , l'eau de Goulard, l'eau ferrugineuse, le Uniment oléocalcaire, et autres analogues, agissent d'une a,ut;re manière : ils ont pour effet immédiat la stypticité , ils semblent crisper les petits vaisseaux , de manière à empêcher que le sang ne les distende. lien esta peu près de même du cérat saturné; niais ici il y a un corps gras et huileux qui détruit souvent les bons effets de l'aeétate de plomb.

Quand on pense aux douleurs atroces qu'endurent les malheureux qui sont brûlés , aux accidents souvent mortels qui s'ensuivent, et au temps qu'il faut pour les guérir, on verra que le moyen que je propose est une véritable découverte, et un vrai service rendu à l'humanité.

Un teinturier, en s occupant autour de ses fourneaux , fait un faux pas et tombe le bras dans une chaudière de teinture bouillante où il enfonçait de l'étoffe. Il est à l'instant retiré. On lui ôte sa manche de laine; mais le bras jusqu'à l'épaule est presque entièrement dépouillé, la peau s'enlève par lambeaux. On m'envoie chercher en toute hâte , mais je ne puis arriver que deux heures après l'accident. Les douleurs étaient déjà atroces. On avait mis çà et là de la raclure de pomme de terre et des carottes pilées ; depuis elles étaient moindres. Le malade était un homme de trente-six ans , peu fort, d'une petite stature, mais éminemment irritable. La figure était rouge, son œil était animé ; la réaction générale commençait déjà à se faire ; le bras était tendu , gonflé , fort douloureux ; le plus léger contact, le plus petit mouvement arrachait des cris perçants à ce malheureux. Sans perdre de temps à détacher minutieusement les linges et les topiques dont le membre était entouré, je le plongeai dans une poissonnière d'eau tiède. A l'instant les douleurs cessèrent. Une demi-heure après, j'enlevai les topiques dont je viens de parler, et, sans autre pansement , je le remis dans de l'eau un peu plus froide. Le soir , je le fis mettre dans l'eau entièrement froide , avec ordre de la re-

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nouveler souvent, et je prescrivis une potion calmante pour la nuit. Celle-ci fut bonne : le malade souffrit peu , il dormit , il ne s'éveillait que lorsque son bain commençait à s'échauffer. Le lendemain, j'y fis ajouter de la glace: le malade s'en trouva fort bien. Dès lors toutes ses douleurs disparurent, et il ne souffrait que quand on retirait son bras de l'eau pour la changer ; dans ce moment les douleurs étaient atroces : il lui semblait , disait-il , qu'un poids de cinq cents livres pesait sur ce membre. Le troisième jour, le malade fut encore mieux. Cependant vers le soir il survint de la fièvre, il éprouva un peu de douleur, et de la soif: je pratiquai une petite saignée et je prescrivis l'orangeade. Le lendemain la fièvre était tombée, mais la douleur persistait; pour la calmer, je fis ajouter un gros d'extrait aqueux d'opium à son bain. Le soir, le bras était moins rouge et moins tendu. Le cinquième jour fut assez bon ; le sixième , la douleur était entièrement dissipée ; le septième l'appétit reparut , le sommeil était bon, on ne changeait plus le bain aussi souvent ; le huitième, je lefis faire à la graine de lin , et on supprima la glace. Le bras n'était plus tendu, ni aussi rouge, ni aussi sensible au toucher; l'épiderme commençait à se renouveler. Le neuvième jour , le malade put le laisser

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quelque temps hors du bain ; le douzième , je supprimai tout-à-fait ce dernier ; et le quinzième , le malade ne se sentait plus d'un accident qui aurait pu entraîner sa perte , et il avait recouvré sa santé sans avoir couru aucun des dangers , ni avoir éprouvé aucune des douleurs intolérables qui accompagnent ordinairement ce genre d'affection.

Cependant on n'est pas toujours aussi heureux : il faut , pour obtenir un plein succès , que la partie brûlée trempe en entier dans le bain ; autrement on s'expose à faire beaucoup de mal, à moins qu'on n'y supplée en tenant toujours sur cette partie malade des compresses trempées dans l'eau froide. Chez le malade dont nous venons de parler , l'épaule , quoiqu'elle ait eu le moins de mal 5 est la partie qui Ta fait le plus souffrir et sur laquelle la guérison se soit le plus fait attendre, parceque ne baignant pas daiis la poissonnière , et quelque soin qu'on mît à renouveler les compresses , on ne pouvait jamais la tenir sur une température aussi égale ni aussi basse que le reste du membre.

La femme d'un artisan de mon voisinage (i) laisse sa petite fille à s'amuser non loin d'un fourneau où cuisait son déjeuner, pendant qu'elle

(i) Gazette de Santé, numéro de juin i823.

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va chercher quelques provisions : soit gourmandise ou autrement , la petite fille s'approche du fourneau , et le feu prend à sa robe. Cette enfant court en criant vers une alcôve où dormait son frère, âgé de huit ans ; celui-ci se réveille et voit le daiïger où se trouve sa sœur, le trajet avait activé la flamme. Le petit garçon se lève , court sur le carré et appelle les voisins. Un d'eux arrive , voit un enfant enflammé , le prend et le jette dans un baquet d'eau de savon qui servait à laver. Le feu est éteint , on m'envoie chercher; j'arrive un quart d'heure après l'événement , je trouve l'enfant sur un lit ; le feu ne lui avait rien laissé de ses vêtements , il ne restait de ceux-ci que la coulisse et le petit cordon qui tient ordinairement lieu de ceinture. Les yeux étaient à moitié fermés , la bouche était rétrécie ail point qu'elle n'aurait pu admettre qu'un tuyau de plume ; les cheveux , le cou , les épaules, le ventre, tout était brûlé ; en un mot, cette petite malheureuse était rôtie de la tête aux pieds ; seulement ces derniers avaient été préservés par les souliers. Les parties les moins endommagées étaient écorchées , la peau tombait par lambeaux; les autres étaient épaissies, racoquillées et presque charbonnées : je n'ai jamais vu de spectacle plus hideux et plus épouvantable. Que faire à cette infortunée ? elle

n'avait même pas la facilité de crier , tant ses joues étaient racornies : ses souffrances devaient être horribles; elle l'indiquait par tous les moyens qui restaient à sa disposition. Pour les calmer, je la fis plonger dans de l'eau légèrement tiède , à laquelle je fis ajouter une forte décoction de guimauve, de tête de pavot et de graine de lin : à l'instant ses angoisses cessèrent. Je rendis l'eau de plus en plus fraîche ; je couvris la tête et la figure avec des compresses imbibées dans l'eau du bain: mais, malgré cela, cette misérable enfant expira à midi , cinq heures après l'accident. Ne pouvant la sauver , j'ai eu au moins la satisfaction d'avoir fait quelque chose qui ait pu diminuer ses douleurs.

Quand la brûlure est faite depuis déjà assez, long-temps , que la plaie est en cicatrisation , qu'il ne reste plus que de petites îles de téguments, et en quelque sorte une sub-inflammation insuffisante pour que la guérison s'achève, l'eau froide convient encore ; mais il faut ici l'employer d'une manièreintermittente, dans l'intention de produire une inflammation plus active plutôt que d'éteindre celle qui existe. On sait que très souvent le cérat , l'eau de guimauve, de graine de lin, etc. , loin de favoriser la marche de la nature, s'y opposent; sous leur influence, les plaies sfe décollent, se creusent, s'agrandis-

sent et s'ulcèrent , ce qui tient probablement aux principes négatifs qui les constituent. Il faut, comme je l'ai dit ailleurs, un certain degré d exci* tation aux organes pour qu'ils agissent : il en est de même pour la curation des plaies. Tant que cette excitation existe à un degré convenable , la plaie marche vers la guérison ; mais dès qu'elle dépasse certaines limites, celle-ci s'arrête, sa surface ulcérée se sèche et s'enflamme ; si, au contraire , elle est trop faible, ces mêmes plaies languissent, se décolorent, deviennent, comme on le dit vulgairement, baveuses, et finissent même par se détériorer et s'accroître. Alors les légers stimulants conviennent, c'est ce qu'on appelait autrefois résolutifs ; ils agissaient , disait-on , en donnant du ton à la partie ; cette idée n'est pas si erronée que pourraient le croire certains physiologistes. L'eau froide ici occupe très bien sa place, et produitl'effet dont nous venons déparier. Une demoiselle se renverse une bouilloire d'eau bouillante sur le pied ; elle ôte bien vite son bas, malgré cela elle trouve des ampoules. Elle y met de la raclure de pomme de terre; mais, selon l'usage, elle n'en couvre qu'imparfaitement la partie brûlée, et n'a pas soin de la renouveler. Pendant les premiers jours tout va très bien ; mais, vers le sixième ou le huitième , la première inflammation une fois passé,e, on aperçoit quelques

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points qui, au lieu de se cicatriser , s'agrandis» sent et s'ulcèrent. Un pharmacien consulté donne du cérat; cet onguent, au lieu d'arrêter le nrial, l'augmente; on augmente aussi le topique en proportion, alors toutes les cicatrices se détruisent ; on y met des cataplasmes émollients, enfin tout le pied et le bas de la jambe se gonflent. Ce fut dans ce moment que je fus appelé. La plaie , au dire de la malade , était plus grande qu'elle n'avait jamais été, et le gonflement beaucoup plus considérable que le lendemain même de la brûlure. Je fis cesser tous les émollients, et je les remplaçai par des compresses trempées dans de l 'eau bien froide , renouvelée toutes les quatre heures : ici je commençai de suite par une température très basse pour provoquer une réaction salutaire. Sous cette application , les bords de la plaie se ranimèrent , devinrent rosés , de livides qu'ils étaient ; la suppuration , au lieu d'être claire et séreuse , devint blanche , épaisse ; le fond de la plaie, qui était pâle et cendré , se détergea , et des bourgeons charnus ne tardèrent pas à s'en élever. Mademoiselle L***, après trois semaines de traitement d'une brûlure qui n'aurait dû durer que quelques jours , en fut entièrement délivrée par ce seul moyen.

Cane^, Il me reste à parler d'une affection grave

OÙ l'erreur et le préjugé ont fait beaucoup de mal, contre laquelle on a employé beaucoup de moyens, et contre laquelle aussi ils ont presque tous échoué, du cancer enfin, de cette maladie insidieuse qui fait à la fois le désespoir du malade et le tourment du médecin. Comme dans beaucoup de maladies, l'incertitude du traitement tient à l'ignorance où nous sommes , même encore aujourd'hui , sur la nature de cette affection. Lorsqu'on on a cru qu'elle dépendait, comme l'indique son nom , d'un animal rongeur et rapace, placé dans le fond de la plaie, ou dans l'épaisseur des parties , on a cherché à l'apaiser , à le tromper , à le repaître avec des substances analogues j comme de la chair de veau, d'agneau, etc. : ce moyen avait à la fois le double avantage de calmer le mal, par la nature muqueuse qui caractérise la chair des jeunes animaux, et parle froid momentané qu'elle y produisait. Quand on a cru qu'elle provenait d'un vice, d'une acrimonie des humeurs, on a cherché à détruire celles-ci et à les évacuer par les purgatifs , les prétendus dépuratifs , ou par des antidotes plus ou moins nuisibles, ou au moins inutiles. Dans ces derniers temps , on l'a considérée comme produite par une inflammation , et on a employé les émollients, les aatiphlogistiqueF, les sangsues, avec un succès quelquefois vraiment

iatisfaisant (i j. Mais ces succès ont été variés, il autledire, et même quelquefois nuls. Pour compléter une si belle victoire, pour éclairer un si beau sujet, qu'il me soit permis de donner mon opinion, d'avancer une théorie; on saitque, jusqu'ici, elle nous a servi à expliquer les faits , mais que ceuxci sont toujours venus à l'appui. On se rappelle que nous avons dit que les inflammations pouvaient aussi bien commencer par l'irritation du système nerveux , que par celle du système sanguin ; qu'il était impossible d'assigner aucun terme de priorité, ni à l'un, ni à l'autre, et enfin que cet état n'était que l'exagération d'action du système nerveux et du système sanguin réunis , confondus , et au même degré. Cette définition de l'inflammation étant admise , ne pourrait-on pas dire que , dans le cancer , dans la maladie qui nous occupe , l'irritation nerveuse constamment prédomine et précède la marche des symptômes j tandis qu'au contraire dans le fongus hématode, c'est le système opposé, l'irritation du système vasculaire qui précède et prépare le désordre ?

(i) M. le professeur Lallemaud de Montpellier, ainsi que M. Maréchalj un de se élèves, ont, à ce qu'il paraît, obtenus de grands avantages de l'application des sangsues dans les cancers occultes et ulce'rés.

EN PARTICUIIER. lai

Cette idée, sans doute, n'est qu*une hypothèse : elle a besoin de preuves pour être confirmée; mais la nature du mal, sa manière d'être, sa marche et son invasion , les moyens qui , jusqu'ici, ont été employés avec succès, tout nous a conduit à cette conjecture. Par exemple, on sait que les narcotiques , qui ont la propriété d'émousser, d'engourdir la sensibilité nerveuse , sont le seul moyen qui ait réussi , dans le cancer , à enrayer sa marche et à calmer ses symptômes; on sait que les femmes nerveuses, irritables, y sont bien plus sujettes que les autres ; qu'elles le deviennent souvent par cette seule maladie, et qu'enfin la nature même de la douleur, qui est toujours vive , très aiguë, lancinante , mais interrompue , intermittente et saccadée, a la plus grande analogie avec celle du tic douloureux, et autres affections reconnues nerveuses. Dans le fongus hématode , au contraire, rien de tout ceci n'existe: la maladie marche à pas lents, pour ainsi dire, à l'insu du sujet; il n'en est averti que par le changement de forme, de volume et de couleur de la partie qui en est le siège. Les vaisseaux capillaires deviennent variqueux , se distendent et se gonflent, sans qu'aucune douleur précède et sans qu'aucun moyen puisse en empêcher; la compression elle-même est inutile, elle accélère au

contraire la marche et les progrès du mal. L'invasion et le siège de cette altération morbide sont aussi à remarquer: on sait, quand elle est visible, qu'elle commence par une petite ligne rouge, par un petit vaisseau injecté; puis qu'il s'en injecte un autre, puis un autre, puis un autre, puis enfin que ceux-ci se croisent, s'entrelacent, s'emmaillent les uns dans les autres , et finissent par se confondre : il est également démontré que les lèvres , les testicules , le bout du sein , et toutes les parties abondamment pourvues de capillaires, en sont particulièrement affectées ; on sait en outre qu'elle se développe plus particulièrement à la suite de contusions , sur des cicatrices , d'anciennes brûlures, partout en un mot où il existe , où il a existé une irritation, une injection vasculaire physiologique ou morbide. Je ne tiens point à ces explications, ni à ces idées; mais elles m'ont quelquefois servi de base pour appliquer le froid , et dans plusieurs circonstances je n'ai eu qu'à m'en louer. Je ne l'ai point employé dans le fongus hématode : l'occasion m'a manqué; et les effets que j'en ai obtenus dans le cancer ne sont ni assez marqués ni assez nombreux pour que je puisse conclure : aussi je ne rapporte le fait suivant que pour engager les praticiens à renouveler mes essais et mes expériences.

Mademoiselle F*** portait depuis plus d un an un petit bouton entre le nez et la pommette. Il était rouge, enflammé, entouré d'une éruption miliaire ; il était le siège d'un prurit et d'une démangeaison continuels fort désagréables, et quelquefois même de petites douleurs lancinantes. Ces symptômes augmentaient surtout à l'approche de la menstruation. Ce tubercule était dur à sa base, indolent au toucher. Il n'y avait point encore d'ulcération; mais la petite tumeur , élevée un peu au-dessus du niveau de la peau , menaçait à chaque instant de s'excorier. Mademoiselle F*** n'y faisait que peu d'attention. Quelques médecins, même sans l'avoir attentivement examinée, avaient cru devoir la rassurer. Cependant le mal faisait des progrès , les douleurs devenaient plus pongitives. Ce fut alors qu'elle me consulta. Je ne partageai point l'avis de mes confrères, et j'engageai mademoiselle F*** à ne pas rester indifférente à cette affection naissante qui pouvait devenir très sérieuse. Elle est jeune et jolie, et il n'en fallait pas davantage pour éveiller ses craintes , et , quelque temps après , pour me prier de l'en débarrasser. Je commençai par rafraîchir la malade et la tenir à quelques moyens généraux; j'attaquai une vieille gastrite, et quand elle fut détruite , je m'occupai de la turneur. J'appliquai «^ son

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pourtour quatre sangsues. Quand elles eurent bien coulé, je la couvris avec un cataplasme de son très froid , et renouvelé plusieurs fois dans la journée et pendant la nuit. La première application de sangsues produisit un effet merveilleux, la rougeur et l'inflammation diminuèrent beaucoup. Je continuai les applications froides pendant quelques jours, je revins une seconde fois aux sangsues, toujours avec le même succès. J'insistai encore pendant longtemps sur le froid; aujourd'hui même elle en fait encore usage de temps en temps ; mais la rougeur, le prurit, les boutons, la tumeur, tout a disparu : il serait difficile de distinguer quel côté en était le siège. Je dois dans cette circonstance payer de justes tributs de remerciements aux docteurs Treilles et Clerc , qui m'ont aidé de leur amitié et éclairé de leurs conseils.

Quand les progrès du mal sont lents et que la plaie est presque indolente , les effets du froid sont nuls, à moins que ce ne soit dans quelques moments d'exaspération; alors ils contribuent puissamment à calmer les douleurs: mais, après, le désordre n'en marche pas moins.

Madame H... s'était fait opérer d'une tumeur qu'elle portait dans le sein droit, depuis plusieurs années , et qui était accidentellement devenue

EN PARTICULIER. l fib

douloureuse, on fut obligé d'emporter la totalité de la mamelle pour enlever tout le mal. Madame H... supporta cette opération avec courage : au bout d'un mois la guérison n'était pas encore achevée ; la cicatrice était dure et collée aux côtes; il y avait plusieurs brides, plusieurs plis , et une surface de la largeur de l'ongle, qui ne se ferma jamais : cette plaie n'était ni douloureuse, ni enflammée, mais sa base était un peu dure , le fond un peu cendré. Je renvoyai madame H... vers son opérateur; celui-ci la tranquillisa, et ordonna des cataplasmes : ce moyen , loin d'arrêter le mal , au contraire l'augmenta ; cette plaie insensiblement s'agrandit ; ses bords se boursouflèrent , se renversèrent , et le fond devint grisâtre. Alors on voulut revenir à l'opération ; mais il n'était plus temps, la désorganisation gagnait les côtes, et passait même entre elles : la malade commençait à maigrir et à devenir cachectique; on ne pouvait plus y songer. Elle souffrait ordinairement peu ; mais de temps en temps il survenait des exacerbations de douleurs qui précédaient la fièvre. Quand celle-ci existait, elles étaient nulles ; mais avant et après elles étaient quelquefois fort vives. Ce fut dans ce moment que j'appliquai le froid: avec cet agent je suis toujours parvenu à calmer les souffrances, et ainsi.

quand j'ai été appelé à temps, à prévenir la fièvre ; malgré cela , la maladie marche , suit son cours ordinaire , et menace cette infortunée d'une fin prochaine.

Le froid est Timage de la mort ; la chaleur représente la vie.

Le froid est essentiellement débilitant; il n'est tonique que par la réaction.

La sensation du froid est conventionnelle et relative à chaque individu , à sa manière d'être, à son état de santé ou de maladie.

Le froid ne convient qu'aux individus jeunes et robustes ; chez les gens faibles, les vieillards et le^enfanWil est constamment nuisible.

Le frisson est le signal d'une concentration vitale sur un point de l'économie; plus il est intense , plus celle-ci est grande.

Dans les maladies , le degré , l'étendue et la durée du frisson sont en proportion de la gravité

du mal: le refroidissement des extrémités, dans les phlegmasies sur-aiguës, dans les fièvres de mauvais caractère, et la sueur froide qui précède la mort en sont une preuve.

Le siège du frisson désigne souvent le siège du mal; dans les fièvres intermittentes, il se manifeste dans le dos, quand elles dépendent de l'estomac ; dans les lombes et les extrémités inférieures , quand leur cause réside^ dans les intestins; et sur le trajet de quelque nerf, dans les fièvres dites larvées.

Le froid est l'antidote naturel de l'inflammation.

Dans les maladies nerveuses , en enlevant le calorique , le froid détruit la sensibilité de nos parties ; porté trop loin , il produit Ij paralysie et même la mort.

Dans les maladies asthéniques , employé à l'extérieur et d'une manière interrompue, le froid peut être utile , par les successives réactions qu'il provoque; seulement il faut en mesurer le degré sur la dose de vie de l'individu.

Le froid peut produire le spasme et les convulsions.

Dans beaucoup de maladies le froid est un moyen spécifique , mais qu'il ne faut pas laisser entre de communes mains : cet agent est à la fois précieux et terrible; s'il ne guérit pas, il tue.

De la manière d'employer le froid dépend tout le succès qu'on peut en obtenir; c'est la mesure du bien et du mal qu'avec cet agent le médecin peut faire.

Le froid arrête les hémorrhagies ; mais s'il est appliqué avant que l'individu ne soit affaibli , il produit une inflammation plus vive qu'elle n'eût été sans lui.

Le froid est salutaire dans les asphyxies par les vapeurs charbonneuses; il est nuisible dans celles par submersion.

Dans les inflammations aiguës , le froid doit être appliqué d'une manière progressive , per-

l3o COROLLAIRES.

manente et soutenue, suivant les phases du mal ; on doit observer la même ji;radation décroissante avant de le cesser.

Dans tous les cas, l'action du froid doit prédominer le degré de l'affection contre laquelle on l'emploie. .

Dans les inflammations aiguës, externes et circonscrites, il doit être appliqué localement et sur la partie malade.

Dans lesphlegmasies internes, le froid, appliqué à l'extérieur, agit comme révulsif.

Dans les inflammations chroniques , le froid doit être employé d'une manière pour ainsi dire interrompue, et à petits coups, pour favoriser la réaction utile à la résolution.

11 est indifférent d'appliquer le froid localement ou généralement dans les maladies nerveuses, mais il doit toujours l'être d'une manière saccadée et intermittente.

Pour peu qu'il y ait pléthore ou fièvre dans

les phlegmasies , il faut toujours faire précéder les applications froides de saignées générales ou locales.

Dans les affections nerveuses, l'observation de ce précepte est inutile; elje pourrait même être nuisible.

Le froid ne doit jamais être abandonné qu'on ne se soit rendu maître de la maladie; il faut en mesurer l'intensité au degré du mal , et réserver la température la plus basse pour les cas les plus graves.

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