‹ Du génie de l'architectureChapitre 14 sur 31 · DE L’ART, A L’ÉPOQUE APPELÉE LA DÉCADENCE · texte numérisé non relu

DE L’ART, A L’ÉPOQUE APPELÉE LA DÉCADENCE

Si nous parlons de cette époque, c’est moins pour rappeler les temps qui se sont écoulés du IIIe siècle à l’époque appelée le moyen âge , que pour montrer que le génie, ainsi qu’à ses premiers débuts, se manifeste toujours de la même manière dans les points essentiels, et que , bien que sans culture dans ces temps appelés , non sans raison , la décadence , il n’en fait pas moins ressentir les effets de son pouvoir incontestable : nous n’en voulons pour preuve que les travaux des chrétiens , en Italie, à leur sortie des catacombes ; à Rome, par exemple, que les Eglises ou Basiliques primitives érigées sur des lieux de souvenir, et telles que l’église de Sainte-Agnès , et, par tradition , celle de l’ancien Saint-Pierre, au pavé enrichi, à la façade dorée et richement décorée de peintures ; puis, en les supposant dans leur intégrité primitive , les églises de Saint-Martin-des-Monts , de Sainte-Marie Majeure, de Sainte-Marie [Intransteveî'e) , de Sainte- Cécile, etc., etc; hors des murs de la ville, les églises de Saint-Paul, de Saint-Pierre, des Trois Fontaines, et celle de Saint-Laurent avec son portique extérieur et ses peintures historiques, son intérieur de même caractère et en amphithéâtre (tous monuments formés en partie des débris de l’ancienne Rome). Enfin, parmi quelques-uns des édifices épars dans l’Italie ; le Pont Salara sur le Teverone, les palais et églises érigés à Terracine, du temps de Théodose, comme celles de Saint- Vital de Naziance, Saint-Celse, à Ravenne , etc., etc.

Passant, sur un autre point capital du globe , chez les derniers dominateurs des Grecs, nous trouverons d’autres exemples d’un genre tout-à-fàit étranger à celui des exemples précédents, non-seulement par le fait des types que l’on reconnaît venir du fond de l’Orient ,

mais encore par la différence des programmes. Ainsi, au lieu de Temples consacrés aux vertus déifiées, au lieu de pry tannées, de Théâtres de tous genres, de Monuments de souvenirs, de Stades, etc., etc., l’on voit d’abord des Eglises chrétiennes , ou des Maisons conventuelles suivant le rit Grec ; puis â la place de celle-ci, des mosquées avec leurs dômes et leurs minarets , des Harem , ou sérails , des Kiosques ou pavillons de plaisance, et des habitations mystiques.

Comme nous ne voulons, toutefois, qu’indiquer les objets principaux où se remarque le changement de direction de l’art , c’est parmi les Mosquées que nous prendrons notre exemple, et nous nous restreindrons à jeter un coup d’œil sur la Mosquée de la Mecque en Arabie, parce que nous y trouvons une des révélations d’origine de l’architecture. Nous y voyons, en effet, la Pierre Noire (pierre mystérieuse tombée du ciel ) qui sert de pierre angulaire à la Kaaba ou Maison de Dieu , formée sur un plan carré , présentant un prisme à l’extérieur, et, à l’intérieur, un salon couvert, soutenu de deux colonnes; puis, le Lieu d’ Abraham et le Monument élevé à ce patriarche ; les Pierres d’ Ismaël rangées en hémicycle et le Puits ouvert par l ange du seigneur à Agar et Ismaël ; ce Puits est enfermé dans un édifice qui se termine en terrasse , et où sont tracés des cadrans solaires qui servent à indiquer l’heure de la prière.

Ainsi, compris un arc isolé qui précède le monument à Abraham, la chaire en marbre érigée pour le prédicateur, les quatre lieux de prière pour les individus des quatre rits différents, enfin ces parties bien liées par une aire de forme elliptique pavée en marbre , et sur laquelle marchent les pèlerins, en faisant sept fois le tour de la Kaaba, sur un chemin bordé de petits piliers en bronze portant des traverses en fer, auxquelles sont suspendues des lampes de verre que Ton allume toutes les nuits ; compris , disons-nous, toutes ces différentes parties, nous voyons cet Ensemble au milieu d’un vaste parvis de la figure d’un parallélogramme , distribué par sept chemins pavés sur un sol sablé, et circonscrit de galeries à trois rangs de profon-

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deur. Ces galeries formées de gros piliers octogones en pierre , sont disposées alternativement en quadrilles, avec des colonnes en marbre ; chaque entre-colonnement est fermé en arc ogive , et chaque espace est couvert par une petite coupole de forme conique à l’extérieur. Aux angles de l’enceinte, ou attachés au temple , sont sept Minarets , Tours pyramidales très - élevées , par oii l’on monte à de petites galeries d’où l’on appelle les peuples à la prière. On entre de l’extérieur sous les galeries par dix-neuf portes, dont deux ouvertes sur des cours intermédiaires entourées de portiques.

Nous ne dirons rien autre chose du Monument principal , sinon qu’il est revêtu de drap noir avec des bandes ou ceintures portant des inscriptions en or; que sa porte, garnie d’une fermeture d’argent, est recouverte d’une riche portière en tapisserie, et que son intérieur tendu, ainsi que les colonnes , d’une étoffe rose avec fleurs d’argent, est éclairé par des lampes d’or et qu’il est parfumé; enfin, que de nombreuses colombes entretenues par les gardiens du Temple, au moyen des pieuses offrandes des pèlerins, voltigent continuellement dans l’enceinte de ce lieu sacré.

Nous observerons que cet édifice est tout de zèle, et que le génie de l’art s’y montre, sous ce rapport, d’une manière non équivoque , en excitant au respect , en offrant des abris à un peuple innombrable de pèlerins qui se rendent, par cara vannes, dans ce lieu isolé au milieu du désert , et qui ne s’anime qu’au temps du Ramadan et aux fêtes du Bairam (Carême et Pâques des Musulmans).

C’est aussi comme édifices religieux, moins étendus, il est vrai, mais plus complets dans leur ensemble couvert , que se présentent , en général, les Mosquées dont les principales, à Constantinople, seraient celles de Sainte-Sophie et d’Achmet, la Validée, etc.

Parmi les édifices que nous venons de citer sur deux points aussi célèbies du globe , I’Italie et la Grèce , nous tirerons hors de ligne les deux exemples suivants : la Basilique de Saint-Paul , hors les murs de Rome , et la Solimanie, à Constantinople.

Basilique Saint-Paul hors les murs de Rome. Son plan, comme on peut le voir, est d’une grande simplicité', et pre'sente un parallélogramme d’environ deux cents pieds de large sur quatre cent cinquante de long ; il est distribué d’abord en un péristyle avec deux Chapelles aux extrémités; puis, intérieurement, en une grande nef avec ses deux bas côtés soutenus, chacun, par quatre-vingts colonnes disposées sur deux rangs, et de différents diamètres. Cette nef et ses ailes sont séparées du sanctuaire par une haute muraille que percent, dans son milieu, une grande ouverture et quatre autres bayes ou portes répondant aux entrecolonnements. C’est par ces ouvertures que l’on entre dans l’espace appelé la Croisée ; il est divisé, dans sa profondeur, en deux travées; dans celle du fond, et toujours dans l’axe du monument, est un hémicycle ou rond point , et en avant, encore dans la ligne du milieu, se trouvent l’autel et le Tabernacle, symbole de V arche sainte . Voyez le plan représenté dans les médailles de la planche 22.

Le dessin en perspective de l’intérieur offre la vue des colonnades bordant la nef et formant les bas côtés ; les colonnes du deuxième rang, de moindre hauteur, soutiennent des arcades, ainsi que celles du premier rang qui sont surmontées de hautes murailles percées, a leur sommet, de bayes ceintrées. Ce premier ensemble est couvert d’une toiture portée par une charpente apparente et hardie. À travers la grande arcade, on aperçoit les deux espaces de la croisée, l’hémicycle, dans le fond, et l’autel qui se dessine sur le devant.

Ce Lieu , ainsi grandement disposé , est encore caractérisé par ses peintures qui retracent sur les parois de la nef des traits de l’Histoire Sainte; puis, au bas, dans une frise, les portraits des papes qui ont gouverné l’église, depuis Saint-Pierre. Sur les murs au-dessus delà grande arcade , on voit Jésus-Christ dans sa gloire , entouré de Chés rubins, de Signes symboliques, des quatre Évangélistes et des Élus (fui lui rendent simultanément hommage. La partie sphérique représente l’Eternel entouré des Prophètes. Ce dernier tableau est en

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mosaïque; les plafonds de la croisée sont également ornés et peints des plus vives couleurs.

Solimanie, à Constantinople. Bien que la date de l’érection de ce monument soit postérieure aux époques qui vont suivre , comme il ne cesse pas de ressembler, pour le type, aux édifices qui Font précédé de beaucoup, et qu’il est des plus complets, comme Monument religieux , nous n’avons pas balancé à le présenter dans notre réunion d’édifices , puisqu’elle est , avant tout , une exposition des œuvres les plus remarquables du Génie.

Nous reconnaissons qu’il comprend une surface totale de trois cents pieds de large sur six cent quarante-huit, laquelle fait plateforme élevée du côté de la ville. Cette plate-forme est entourée d’une enceinte , percée de sept portes qui répondent à autant d’avenues extérieures, et ouverte par des croisées très -multipliées. On entre dans cette première enveloppe, en regardant l’Ouest dans la direction du milieu , sous un porche, formé de deux fortes colonnes supportant une coupole et d’où Ton voit l’intérieur de l’enceinte et le rang d’arbres qui la pourtournent. C’est au milieu de cet espace qu’est érigé le Temple, lequel est précédé d’un Cloître renfermant la piscine des ablutions avec ses fontaines, et suivi d’un Jardin-Cinéraire également compris dans l’enceinte.

Nous voyons, de chaque côté de la ligne d’axe, aux angles extérieurs du cloître, deux tours terminées en flèche, et dans lesquelles sont pratiqués des escaliers avec de petites galeries ou balcons extérieurs ; ce sont les Minarets oii les desservants viennent annoncer au peuple l’heure de la prière. Ce cloître est entouré d’une galerie ouverte, terminée par vingt-huit petits dômes et soutenue par vingtquatre belles colonnes de marbre d’un seul bloc ; enfin , les murs sont percés de la porte principale , de deux portes latérales et d’un grand nombre de croisées; au milieu du Parvis, se trouvent la piscine et les six fontaines qui servent aux purifications.

Entrant dans le Temple par la porte principale qui est une des neuf

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ouvertures sur la même ligne , on trouve une petite galerie à double rang de colonnes en marbre et formant tribune, et la Grande Nef, d'environ quatre-vingt-dix pieds de large, qui présente trois parties; celles des deux extrémités formant coquilles ou cul de four, et celle du milieu terminée en dôme. Les deux bas côtés dont le milieu est séparé de la nef par de fortes colonnes de granit, soutenant trois arcades, sont surmontés, chacun, de tribunes terminées par cinq coupoles dont trois , d’une plus grande dimension , répondent à des milieux. Dans le fond de la grande nef, et dans la ligne d’axe, est le Mirabe ou MaharebXoxwnê vers la Mecque ; c’est le tabernacle qui renferme l’Alcoran.

A. l’extérieur , et au quatre extrémités latérales , sont quatre por- ^ tiques ou vestibules ; les deux du fond sont destinés à l’entrée du Grand Seigneur et de sa suite. Ces vestibules , ainsi que les galeries ouvertes des milieux, sont séparés par des piliers évidés où sont pratiqués des escaliers , ainsi que dans ceux des angles ; six de ces escaliers montent aux tribunes et au-dessus de l’édifice : les deux de la façade montent aux deux Minarets principaux.

Vient ensuite le Jardin- Cinéraire ; il est fermé par une enceinte ayant des ouvertures ou croisées très-multipliées, et est planté d’arbres formant quinconce. C’est au milieu de ce jardin qu’est le tombeau de Soliman Ier: cet Edifice présente, sur un plan octogone une double galerie et une cella terminée en dôme , au-dessous duquel on remarque le sarcophage du Sultan, et auprès , un gros chandelier en cuivre dont le cierge brûle jour et nuit. Non loin de ce tombeau en est un autre de moindre importance ; c’est celui de la Sultane , femme de Soliman. Du côté escarpé , et répondant à la ligne d’axe , est une entrée ouverte, ornée de bossages, à laquelle on arrive par un escalier placé à l’extérieur. Dans l’angle gauche de l’enceinte générale , et attenant aussi aux murs du jardin-cinéraire, se trouvent la Salle de réunion des officiers chargés de l’ordre dans la Solimanie , et les lieux communs à leur usage; du même côté, mais près de 1 entrée , sont d’autres lieux communs pour les Musulmans qui vont à la Mosquée.

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Tout ce que nous venons de dire de cet édifice s’applique aux deux aspects sous lesquels nous les représentons (pl. a3). Car si, en plan, on admire sa grande ordonnance en élévation, on est frappé de son aspect religieux , qu’on le voye de sa première Enceinte , dans son Cloître pavé en marbre , ou bien qu’on l’examine dans son vaste Intérieur également décoré et d’où l’on aperçoit, à travers les ouvertures du fond , la verdure du jardin cinéraire.

Quant aux effets d’optique, il suffit, pour s’en faire une idée, de se supposer dans une partie quelconque du Temple, soit que l’on regarde les tribunes et leur heureuse opposition de forme avec les grandes parties , soit que , placé dans ces mêmes tribunes , on parcoure de l’œil tout ce vaste Intérieur qui se présente alors sous des aspects tout autres , mais non moins attachants.

Il est à remarquer, de plus, à l’avantage de sa construction , 'que les masses des piliers extérieurs et leur correspondance avec celles des piliers intérieurs assurent bien , à la première vue, la stabilité de ce Monument colossal , et contribuent à son embellissement.

Dans le dessin en perspective on voit la réunion de toutes les parties qui constituent cette Grande Fabrique : les Minarets de l’entrée, une des sept Portes de l’enceinte, puis la porte et les galeries du Cloître avec balustrades et leurs coupoles , les deux grands Minarets attenant au Temple; le Temple avec son dôme terminé par un Colophon , ses ouvertures, ses escaliers terminés en terrasses, ses dômes couvrant les bas côtés, ses grandes ouvertures fermées de châssis de pierre évidés en lunettes , et ses galeries soutenues de petites colonnes de marbre; au bas, les fontaines pour le service ordinaire; enfin, le Jardin Cinéraire, une de ses Portes et son Mur d’enceinte, au-dessus duquel s’élèvent les deux Tombeaux et la verdure du jardin: le tout embelli par les allées d’arbres qui pourtournent l’intérieur de l’enceinte générale.

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