DU G É N I E
milieu de l’aire, un autel de forme gracieuse: on monte, dans toute la largeur, par un perron de neuf marches, sur une autre aire, au sol d’un beau péristyle de quatre colonnes de face, profond de deux entre-colonnements, et précédant la cella du temple au fond duquel on voit la statue du dieu. La pièce répondant à la porte, sous la loge, et les chambres des prêtres (dont une donne entre'e à une petite habitation composée de son triclinium, de son atrium et d’une galerie ouverte sur le jardin), forment les dépendances de ce petit édifice.
On peut remarquer encore deux habitations, composées de parties symétriques et pittoresques , qui ont pour limites le passage conduisant à l’Odéon et au Grand Théâtre. Nous entrons dans ce dernier, par un corridor ou galerie couverte qui le pourtourne circulairement et qui a, à l’intérieur, six entrées sur l’espace découvert, lequel est formé d’un mur lisse en demi - cercle continué en deux lignes droites, et d’un développement d’environ deux cent quatre-vingtdix pieds. Cet espace en profil ou en coupe, présente un cône renversé offrant, en totalité, trois parties de gradins ouCunei, savoir : ceux au-dessus du corridor, desservis par l’escalier au côté de la grande galerie; ceux du milieu formant la masse principale; enfin, ceux pour les places d’honneur. Les gradins du milieu sont desservis par six passages et escaliers répondant aux six portes d’entrées, et on communique à ceux du bas, par l’escalier descendant aux galeries souterraines qui conduisent aussi au Pro-scenium.
De toutes ses places et à travers un cadre d’environ cent pied d’ouverture, le spectateur voit, dans tout leur développement, la scène et le Pro-scenium; celui-ci qui est d’une grande hauteur, se distingue aussi par une architecture stable , élégante, décorée de sculptures et d’ornements en marbre, ainsi que de peintures analogues à la destination du lieu. Cette belle décoration est percée de trois bayes, celle du milieu est ornée de deux colonnes, les deux autres sont accompagnées de piédestaux, et tous trois donnent dans le
post-scenium ou lieu de rassemblement des acteurs, lequel dégage, par derrière, sur une aire découverte. De chaque côté de la scène, est une grande ouverture communiquant à une galerie d’ordre Ionique; celle de gauche et en retour, va se rendre à l’Odéon et au grand promenoir: arrivé à ce point, on est descendu, à quatre marches près , au sol de la voie du temple d’Esculape et dans un passage d’où l’on voit un autre dégagement en dehors.
C’est au milieu de ces deux entrées que l’on se trouve dans l’espace découvert appelé l’Odéon, et distribué en gradins divisés en deux parties; ceux du bas, qui sont pour les places distinguées, et ceux au-dessus, ou de la partie principale, sont desservis par quatre passages en degrés , dont deux communiquent à deux ouvertures, delà au corridor, et, enfin, aux escaliers descendant aux passages dans la voie. De ces gradins on voit: le Lieu de la scène; le Stage dégagé , des deux côtés, par deux ouvertures; le simple Proscenium percé de trois bayes ; le Post-scenium avec deux bayes aux extrémités; et, en face de ce dernier, quati^e autres bayes donnant dans le passage commun à la voie et au Promenoir ou Quartier des soldats.
Cette dernière partie se compose d’un espace, d’environ cent quarante-quatre pieds sur cent huit, entouré d’une galerie soutenue, sur le devant, par soixante-quatorze colonnes Doriques cannelées au tiers de leur hauteur. Ce couvert donne entrée aux chambres des soldats, dans l’angle à gauche, à une loge décorée et à un appartement de Chefs avec d’autres pièces de service, et derrière, à un grand magasin. Dans la direction du milieu, et répondant au Théâtre, est un exèdre orné, ainsi que celui qui est au milieu du côté droit du promenoir.
Voilà ce que nous avions à dire sur le matériel de cette principale masse d’édifices. Que ne pouvons-nous exprimer aussi, tout 1 intérêt que nous inspirent ses diverses parties, depuis le Grand Théâtre jusqu’au petit Temple, et depuis le grand Promenoir jusqu’à
go DU GÉNIE
la petite Enceinte des écoles ! partout nous reconnaissons le principe d'utilité publique quia mû le génie ; au Grand Théâtre par exemple, dans cette disposition simple et franche, où un peuple réuni se récrée la vue par les chefs-d’œuvres des arts, retraçant de hauts faits; aux Ecoles, dans ses portiques sous lesquels on aime à venir entendre les leçons données à la jeunesse; à l’aspect de ces petits Edifices consacrés , par le sentiment religieux dont ou ne peut se défendre ; en commençant par le Temple qui rappelle l’homme à la tempérance, là, en effet, une disposition grandiose, quoique sur un petit module, le portique préliminaire, un autel de bon goût, le large perron qui conduit au sol élevé où sont érigés le portique et la Cella au fond de laquelle est placée la statue du Dieu, le sanctuaire isolé dans sa petite enceinte bien close, tout n’invite- t-il pas à se livrer à de pieuses réflexions, et à présenter sa modeste offrande ? De même, dans cette autre enceinte consacrée à Isis, ce riche et gracieux pavillon formant tribune, ces galeries communiquant aux écoles par l’Aréa des philosophes, ce grand exèdre ou salon, le puits sacré, le petit et paisible logement du gardien, tout avertit que Ton s’y entretient religieusement des merveilles de la Bonne Déesse.
On retrouve encore le principe d’utilité publique, exprimé dans cet espace, plus étendu, appelé le Quartier des soldats, et servant aussi de promenoir. On voit avec plaisir, à la manière noble dont cette partie est traitée, à ses galeries et à ses exèdres, quel cas le Génie a fait des défenseurs de la patrie , et c’est une remarque que nous serons encore à portée de faire lorsque nous parlerons de la belle Cour de la maison militaire des Invalides à Paris.
En résumé, c’est généralement dans la grâce des formes, du Petit Théâtre, des habitations adjacentes, (surtout de celles de disposition régulière à l’intérieur) du beau Portique Ionique, des longues galeries ouvertes ou promenoirs, des exèdres intérieurs et extérieurs, des tontaines, et même du puits et des moindres passages, que Ton reconnaît que tout, à Pompéia, est traité avec une variété charmante
DE LARCHITECTUUE.
et un goût particulier, qui indiquent qu’un sentiment de bienveillance et de délicatesse a constamment inspiré et guidé le talent.
La planche 20 présente une réunion d’édifices, composant le quartier de l'instruction et parmi lesquels se distingue le Grand Théâtre. Pour aider à suivre la description que nous faisons de ce Monument, et donner une idée de la variété des hauteurs du sol, nous avons joint une coupe intérieure, regardant le pro-scenium.
Maison Pansa. Parmi les habitations particulières qui s’offrent à notre vue dans la ville de Pompéia, nous choisissons la Maison Pansa , comme nous paraissant la plus complète.
Son plan général, composé de bâtiments, de petites cours et d’un grand jardin, présente une île bordée, du côté droit, par la voie qui conduit au forum. Dans la ligne d’axe, parallèle à cette même voie, on trouve d’abord, l’entrée principale, offrant de suite un abri; puis, un petit Atrium ou vestibule ouvert sur une grande salle ou cour appelée Cavedium , du nom du bassin qui est dans son milieu, et auquel répond au plafond, (pour la forme et la dimension), une ouverture qui éclaire ce lieu; en tête du bassin qui reçoit aussi les eaux pluviales, est l’autel des Dieux-Domestiques: cette salle donne entrée à droite et à gauche, à huit chambres de service, dont deux, entièrement ouvertes sur le devant, et entourées de sièges, sont des exèdres ou endroits propres pour la conversation. Dans la direction de l’entrée , est la salle des Ancêtres et de réception appelée Tablinum\ elle est ouverte des deux côtés, et entièrement sur le Cavedium, mais limitée à l’opposé, par un mur d’appui qui est de hauteur à ne pas intercepter la vue des pièces qui suivent. A droite du Tablinum est le passage conduisant au péristyle ; à côté est une chambre de repos, la pièce opposée, à gauche, est la bibliothèque ayant son entrée sur le devant, et fermée également, dans le fond, par un simple mur d’appui. Aux trois bayes sur le Cavedium, sont adaptés des rideaux ou portières, pour se fermer sans privation d’air.
Par le passage déjà désigné, on entre dans un beau péristyle ouvert, de la forme d’un parallélogramme, et supporté par douze colonnes, d’ordre Ionique, dont quatre de face; au centre, est un bassin entouré de fleurs, ayant une arrivée d’eau, et à côté d’une des colonnes , est une ouverture ou citerne en forme d’autel ; ce pourtour formant portique couvert, donne, à droite et à gauche, entrée à deux exèdres, très-ornes pour l’étude, puis, encore à gauche à un appartement de trois pièces dont une prend du jour sur une petite cour qui a sa porte de sortie sur la rue parallèle au grand côté, et sur le passage au jardin.
Dans la ligne du milieu, et en regard du Tablinum, est la salle des festins, appelée Triclinium : elle est ouverte également aux deux extrémités et élevée de deux marches sur la galerie; sa baye du fond, qui donne sur le jardin orné de colonnes et de cypes sculptés , est fermée par un appui et un châssis délicatement dessiné.
A droite, dans la direction de la galerie, est le sanctuaire des Grands Dieux : le reste est distribué en plusieurs chambres ou salles de réunion pour les étrangers, avec entrées particulières sur le chemin à droite, et communiquant à l’intérieur par une grande pièce ouverte sur le péristyle. A la suite est un logement particulier, ayant également son entrée sur la voie : près de là est aussi un autre passage ne dégagement extérieur. Le surplus de la distribution consiste en treize salles ou boutiques, savoir: quatre sur la face, dont une communique avec l’intérieur; puis neuf, dont six en retour, sont les dépendances d’une boulangerie, comme boutique, magasin et fournil meublé de ses moulins et auges en pierre, etc.
A la première vue de ce plan et de la perspective intérieure que nous en donnons (pl. 22), on est frappé de l’effet vraiment théâtral, qui s’olfre dès le seuil de la porte d’entrée du vestibule, où l’on voit, tracée en mosaïque, une marque de bienveillance et de goût de l’hôte de la maison, 011 y lit ce mot : Salve. En poursuivant nous trouvons le Cavedium dédié aux Muses, décoré depuis son pavé et les parois
DE LARCHITECTURE. pO
de ses murs, jusqu’à son plafond dont la richesse se tire principalement de l’ordonnance de sa charpente ; celle-ci se compose , comme on peut le voir, de trois architraves parallèles à la face d’entrée; dans la travée du milieu , deux autres, transversales , forment le grand caisson ouvert, par où se répand la lumière ; également en travers sur ces premières architraves, s’appuyent des solives qui forment, par leurs intervalles, des caissons oblongs, et c’est sur ces seconds points que sont fixés des châssis ornés, divisés en petits caissons carrés, et portant le plafond renfoncé; (l’on retrouve encore l’ordre de ces planchers dans l’Italie moderne). Le riche et élégant autel des Dieux - Pénates, ses instruments de sacrifices ainsi que d’autres accessoires qui se mirent dans l’eau du bassin vivifié encore par des poissons familiers, contribuent aussi à l’ornement de cette première pièce. Ensuite, et successivement, se présentent des aspects variés de ton, comme celui-de la bibliothèque; le côté fuyant du péristyle et du Tablinum, etc.
Cette dernière pièce d’une heureuse situation, forme un deuxième cadre à travers lequel on aperçoit les élégantes colonnes du péristyle Ionique, le bassin qu’elles entourent, qui est lui-même embelli par des plantes et des fleurs naturelles, ainsi que par d’autres qui sont peintes sur les parois de l’encaissement, enfin, le Triclinium avec son entrée, et dans le fond, sa baye ordonnée, donnant sur la treille et le jardin.
Telle est l’esquisse légère de cette Maison antique, c’est-à-dire, d’une habitation du bon goût, qui se ressent encore des moeurs héroïques et où la simplicité est compagne du sublime; car, de même que nous avons vu au Forum, le dépôt de blés et la modeste mesure publique près du temple de Jupiter, nous voyons ici une boulangerie à côté du salon des Muses, puis les chambres de services et celles des serviteurs, avec les mêmes communications que les exèdres, la bibliothèque et autres lieux de consécration élevée.
-rzv-
LE • GENIE • DE « LAR CHITE C T VRE *A°L'VTILITE » PVBLIQVE