DE L’ART CHEZ LES CHINOIS
Aujourd’hui encore , avec le bambou et le jonc, qui croissent en abondance dans la Chine, on forme des faisceaux de toutes longueurs, pour les employer à toute sorte d’œuvres. Nous avons eu sous les yeux des dessins authentiques qui présentent, entr’autres objets, un Attirail de campement servant pour les voyages de l’empereur, et qui se compose uniquement de bambous et de nattes de jonc, avec lesquels on fabrique, en campagne, des logements fort étendus et fort commodes. Nous jugeons que cette espèce d’industrie étant possible à des peuples primitifs, on peut la regarder comme une des origines matérielles du Type svelte , et en inférer , qu’en général, le coloris des édifices Chinois, a dû avoir pour but, d’abord, de caractériser les lieux révérés, et ensuite , de conserver la matière. Mais revenons à l’objet principal, aux produits du génie dans ces contrées.
Sur le récit des voyageurs et d’après les matériaux qu’ils nous ont transmis , admirons ce vaste pays , un des principaux domaines de l’invention, couvert d’édifices d’un aspect riant, distribué par de beaux chemins droits et monumentaux qui traversent des campagnes cultivées et agrestes , qui se prolongent par le moyen de ponts jetés sur les rivières et les canaux, ou lient entr’elles les montagnes les plus escarpées. Un de ces ponts , appelé Loyau, à Sueno- Tcheou-fou, province de Fokien , forme galerie par ses supports ou piles : il est construit de belles pierres blanches, il a trois cents piles, couvertes de l’une à l’autre par des travées ou lintaux d’un seul bloc de granit, et est orné d’une balustrade. Figurons-nous ces nombreuses Pagodes relevant du Grand Temple du Tien (la lumière), ces tours
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mystiques bâties en porcelaine, ecs tombeaux en demi-sphère, ou, pour mieux dire , en demi- œuf ; ces oratoires ou monuments de souvenirs appelés, Miao ; ces palais hiérarchiquement ordonnés, les uns dans des plaines , les autres formés en observatoires et ouverts sur le penchant des montagnes , avec de vastes soubassements pavés de marbre et bordés de balustrades, d'un effet large, et toujours d’une délicate recherche dans les détails et d’une heureuse opposition aux masses qui sont lisses; enfin ces habitations, oii X agréable , comme des galeries ouvertes, des belvédères, des terrasses, des vases et des fleurs, fait aussi partie de X utile ^ et qui présentent aux sens charmés, un spectacle de beautés homogènes , sans afféterie , comme des fleurs dans un jardin.
Pour nous fixer sur le genre de ces sortes de beautés , nous choisissons :
i°. L’exemple d’un de ces Monuments mémoratifs appelés Miao,
2°. Celui d’un des palais impériaux , à Pékin ,
3°. L’exemple d’une habitation particulière, à Canton.
Miao dédié a Confucius . La disposition de ce Monument est bien simple ; mais comment ne pas y reconnaître le sentiment respectueux qui l’a dicté.
Il est précédé d’un chemin de belle construction, ombragé par une avenue d’arbres soigneusement encaissés, qui va se lier à l’Edifice au moyen d’un perron de dix-sept marches, conduisant à un parvis entouré d’une balustrade. C’est au milieu de cette aire, élevée et isolée, que s’élève le Monument composé d’une Cella ouverte de tout l’entre -colonnement qui répond à l’entrée, et entouré d’une galerie soutenue par des colonnes , dont six de front , qui ont pour base générale un socle orné pourtournant également l’édifice. Dans l’intérieur, et répondant à l’entrée, est une table en forme d’autel.
Voyez le plan renfermé dans la médaille de la planche ^5.
La vue perspective du Monument, présente, en avant, la chaussée
dallée, avec bordure régulièrement ordonnée et traversant un terrain agreste. Le parvis , ses murs d’encaissement et le revers du pavé qui le pourtourne, ainsi que la barrière d’appui, sont enrichis de marbre, de même que le socle orné qui porte la base des colonnes et la balustrade qui les sépare. Ces colonnes, qui ont environ 1 3 pieds de haut, sont peintes de couleur pourpre et simples de forme, ayant des consoles pour chapiteaux : elles supportent une corniche et une toiture, d’une grande richesse, en forme de corbeille ou de barque renversée. Au deuxième plan, reparaissent les colonnes de la cella, qui forment attique au-dessus de la première partie, et supportent également une corniche et une autre toiture de mêmes formes. Les angles des faîtages et les arêtiers de ces couronnements sont ornés , ou pour mieux dire, caractérisés par des figures de Ki-lifig (symbole du bonheur). .
Au-dessous des corniches et entre les colonnes , sont d’autres simulacres, comme des guirlandes de pampre d’où sortent des dards, et au-dessous de ces guirlandes, des pavillons de tente ou des frises imitant de précieuses étoffes. Les entre-colonnements de la cella sont fermés par de riches châssis divisés en quatre vantaux dont le bas est à panneaux ornés d’hiéroglyphes, et le haut à mailles ouvertes également ornées; ce deuxième plan est peint de couleur incarnat clair.
Les châssis, de l’entre-colonnement du milieu, étant ouverts, on aperçoit dans l’intérieur du salon et en regard de la porte d’entrée, un autel orné de flambeaux , de vases de fleurs et d’une cassolette ; le tout, placé devant l’image de l’Etre honoré , est enrichi de sentences et d’inscriptions morales, parmi lesquelles on remarque celle-ci qui était très-familière à notre philosophe. « Le juste milieu ou repose
« LA VERTU, EST TOUJOURS LE BUT DU SAGE, IL NE TEND JAMAIS AU- « DELA: IL EST UNE REGLE QUI NE SELOIGNE PAS DE LA NATURE DE
« l’homme. »
Palais de l’empereur, à Pékin. Ce palais , d’une immense étendue,
Io8 DU GÉNIE
présente, an premier coup d’œil, une Enceinte Générale contenant d’autres espaces ou cours et jardins avec pavillons de toutes grandeurs, variés de richesses, et dont l’habitation de l’empereur occupe presque tout le centre. Si l’on parcourt la ligne d’axe en profondeur, à commencer de l’entrée principale on trouve, d’abord une porte décorée symboliquement, puis un pont, une cour entourée de balustrades, une autre porte également symbolique, un premier vestibule et une cour dans laquelle sont trois autres ponts, ensuite deux autres pavillons avec deux entrées latérales , une autre cour, de toute la largeur de l’enceinte, où sont érigés, pour les grands officiers, douze pavillons dont quatre richement décorés; le tout précédant la Cour Impériale.
Cette partie principale l’emporte sur toutes les autres par son ordonnance pompeuse et par sa richesse. Elle est entourée de galeries et de portiques de marbre. Sur son parvis, aussi en marbre, et au milieu, est érigée une petite pagode; puis ensuite, se présente un riche perron en marbre , formant tribune en amphithéâtre et montant à un grand pavillon d’honneur pour les réceptions. Poursuivant toujours notre ligne du milieu, nous trouvons encore un pont communiquant au pavillon du trône, d’autres parties retirées où se trouve la Salle des Ancêtres et que circonscrivent de petites enceintes où sont, entourés de jardins et de bâtiments de service, les logements privés de l’empereur et de sa famille.
A cette disposition, ainsi graduée et qui offre des effets d’optique aussi variés que piquants, si l’on ajoute un coloris brillant et des dorures appliqués à chaque chose, une grande recherche et une grande délicatesse dans les détails, des pensées philosophiques écrites de toutes parts, les dessins, en sables de différentes couleurs, qui ornent les cours pavées de marbre , et que l’on varie encore chaque jour. Alors on pourra se faire une idée de l’étonnement et du plaisir, mêlés de respect, que les voyageurs éprouvent lorsque de pareils lieux leur sont ouverts.
La planche s5 offre la vue de ce Palais avec toutes des dépendances.
Habitation particulière à Canton. Bien que notre exemple ne soit pas d’une grande étendue et qu’il soit formé d’après un simple programme, (c’est la maison d’un négociant), on y reconnaît encore le Génie de l’architecture, alliant la belle disposition à l’utilité et au plaisir.
Le plan du rez-de-chaussée, distribué sur une surface longue, présente deux issues, l’une du côté de la rivière, l’autre du côté de la rue; il est traversé, dans son milieu et dans toute sa longueur, par un large passage alternativement couvert et découvert. Ce passage offre d’abord un espace ouvert, élevé de trois marches, où l’on trouve la porte d’entrée principale, et, de chaque côté, des boutiques avec des escaliers, dans le fond, montant aux chambres des commis. Ensuite , à droite et à gauche, on trouve les bureaux, les escaliers montant à l’étage supérieur, des cabinets d’étude, quatre grands salons parés pour recevoir les visites , lesquels ont , chacun , pour dépendance , un passage, une petite chambre à coucher avec cloison mobile ouverte du côté du salon. Ces grandes Pièces décorées, sont carrelées de marbre de diverses couleurs; elles sont largement ouvertes, chacune sur un petit Jardin meublé de citernes, d’arbrisseaux et d’objets précieux. Un de ces salons est fermé du côté du jardin, et, au lieu de passage, on y trouve, ainsi que dans celui qui lui est opposé, un escalier qui monte à une pièce correspondante. Dans notre ligne du milieu, au droit des façades des salons du fond, est un mur percé d’une large lunette précédée elle-même, d’un perron élevé de cinq marches, montant à un pallier isolé des deux côtés, et avec balustrade; le tout conduisant, à découvert et par un autre entre-colonnement , à une vaste salle à manger qui , de même que les salles Egyptiennes, est soutenue de colonnes disposées en quinconce; aux deux côtés sont des escaliers montant à une galerie ouverte et de même dimension. Répondant à celle d’entrée, est la porte donnant