‹ Du génie de l'architectureChapitre 17 sur 31 · I IO · texte numérisé non relu

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sur le perron qui descend deux marches dans le passage découvert, formé par deux ailes de bâtiments moins élevés , et dont celle de gauche comprend les cuisines, ainsi cpie les latrines aérées à l’extérieur: au côté droit est l’appartement des domestiques, avec la salle de bains. Entre ces deux ailes, sont une deuxième porte d’entrée , fermée de barrières et un large perron descendant cinq marches du côté de la rivière, ce qui termine l’étage du rez-de-chaussée.

Le premier étage est déjà décrit, pour ainsi dire, par ses communications multipliées avec le rez-de-chaussée; on y voit les chambres des commis, éclairées sur la rue; la pièce au-dessus du passage; la partie ouverte du milieu, éclairant les chambres au-dessus des bureaux, et qui sont des chambres à coucher de maître; un escalier y communiquant , ainsi qu’au grand espace qui couvre jusqu’aux deux appartements du bas. Cet espace formant aussi galerie ouverte, est éclairé du côté de l’entrée, seulement dans son milieu, puis entièrement, du côté opposé, sur les jardins et le passage; il est distribué d’une manière fixe, et soutenu par six colonnes; entre celles du milieu, et regardant l’entrée, l’autel du Dieu-Domestique est placé de manière à être aperçu dès le seuil de la porte d’entrée. Le surplus de l’aire est distribué en chambres destinées aux étrangers, aux amis, et formées dé cloisons mobiles. L’autre corps de logis du fond, séparé de celui-ci par les jardins, présente deux ailes ouvertes et soutenues, chacune, par deux colonnes, dont l’entredeux se ferme encore par des panneaux ou cloisons mobiles ; l’intérieur est une répétition exacte des salons au-dessous. Enfin, la grande salle, occupant toute la largeur de la façade, forme trois larges bayes avec balustrades; aux deux côtés sont les arrivées des escaliers venant du rez-de-chaussee. Telle est la disposition plani-métrique de notre exemple.

Si nous considérons maintenant ses aspects en élévation et en perspective, nous verrons, comme on a pule pressentir, qu’il en offre de piquants et de nombreux , et cela dès le seuil de la porte d’en-

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trée où l’on trouve le retranchement ouvert élevé de plusieurs degrés, et d’où la vue du spectateur perce jusqu’à l’autre extrëmitë extérieure; sur le premier plan du passage, ce sera le bel aspect de l’étage supérieur où est placé le sanctuaire de X Idole , orné d’or et de peintures brillantes; ensuite, le plafond ombré du premier corps de logis; puis, les murs du jardin, couronnés de pampres, enfin, cette ouverture symbolique en lunette, faisant cadre à un pallier isolé et au pont avec balustrade portant des vases de fleurs et de plantes. Ce passage ou vestibule aéré donne accès à la grande salle ouverte , ellemême par un entre-colonnement qui laisse voir le quinconce, ses colonnes avec leurs plafonds, puis la porte opposée à l’entrée, et enfin, celle par où l’on sort, à l’extérieur , du côté de la rivière.

Nous ne devons pas omettre , en rapprochant notre point de vue, l’aspect des deux ailes ouvertes en galeries au premier étage et dominantjes murs et les arbres des jardins, puis, en arrière corps, la large tribune qui laisse voir la grande salle du fond qui est très-éclairée, ses colonnes et ses plafonds fuyants. Nous ne parlerons pas des autres aspects généraux qui sont très-pittoresques, soit que l’on se place dans les galeries supérieures et que la vue plonge dans le rez-dechaussée , soit que l’on regarde d’une galerie à l’autre à l’intérieur ou à l’extérieur. Ainsi , laissant de côté ces différents effets d’optique , ces masses de construction simple et d’un principe élégant, le pavé soigné du grand passage et l’élévation du côté de la rivière , pour lequel la façade de la galerie nous semble bien inventée , nous entrons dans un des logements du rez-de-chaussée, dans le premier à droite, par exemple, et là nous aurons une idée du goût des Chinois pour les arts, et quelques traits de leurs mœurs, ainsi que de leurs habitudes domestiques.

Supposons donc qu’en l’absence de l’hôte, nous sommes introduits dabord dans son jardin, nous y voyons, répondant au milieu du salon ouvert et à l’autre extrémité près du mur , un vivier ou citerne avec un roc artificiel d’où s’élèvent des bambous et autres sortes de

plantes entre lesquelles se jouent de petits poissons dores très-familiers. Les côtes du jardin sont ornes de pots à fleurs, d’arbrisseaux, de vignes et de bambous qui forment des cabinets de verdure. Au milieu et sur un piédestal , est un grand vase en porcelaine où croisent ces belles fleurs qu’on appelle Lien-Hoa , plantes aquatiques de la forme de la tulipe, mais odorantes : on voit paraître, dans ces petits berceaux , des faisans et d’autres oiseaux curieux. Tout cela forme ainsi tableau au grand salon; nous disons grand, parce que ces sortes de pièces n’ont pas moins de vingt pieds carrés; (La baye qui est de toute la largeur , se ferme contre la pluie et le soleil , par une natte de cannes que l’on abaisse à volonté) ; le pavé est composé de quartiers de pierres et de marbres de diverses couleurs ; les murs sont proprement garnis de papiers de tenture, ou blancs, ou cramoisis, ou dorés. Se dessinant sur ces papiers , sont suspendues de grandes pièces de satin, et quelquefois de papiers encadrés, peintes en imitation de rharbres et de bambous, et sur lesquelles sont tracés des caractères en bleu d’azur , des distiques moraux et des proverbes tirés des ouvrages des philosophes Chinois. Parmi ces caractères et de ces tableaux, il en est qui sont tracés de main de maître et très-estimés. Le fond de ce salon est fermé de portes brisées, dont le haut est en treillis couvert d’une gaze peinte qui laisse entrer le jour dans la chambre à coucher; l’ouvrage des portes est très-soigné , elles sont ornées de divers caractères et de figures, en d’autres endroits, elles sont enduites d’un très-beau vernis et peintes en rouge, bleu, jaune, ou autres couleurs. Parmi les meubles, nous distinguons quatre grands guéridons portant des assiettes de citrons et d’autres fruits balsamiques, des branches de corail, des vases de porcelaine et des globes de verre qui contiennent des poissons dorés. Entre les principaux ornements, sont quatre lanternes carrées suspendues au plancher par des cordons et des écharpes de soie : elles sont revêtues d’une étoffe extrêmement fine sur laquelle sont dessinés très-soigneusement des fleurs, des oiseaux et des paysages. Dans les petites chambres à

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coucher , les lits sont très-soignés , et il en est quelquefois de la plus grande magnificence, mais toujours accompagnés seulement de quelques coffres vernissés où l’on renferme les hardes. 11 est à remarquer que les ornements sont entremêlés de sentences morales et de fables écrites en encre noire ou en vermillon. Le cabinet à côté est éclairé par une fenêtre; ses murs sont ornés, comme dans le salon, de sentences et de peintures antiques. On y trouve diverses tablettes chargées de livres , et sur une table près de la fenêtre , sont arrangés , dans le plus grand ordre, les instruments dont les Chinois se servent pour les calculs d’arithmétique, quelques livres choisis, les pinceaux et tout ce dont ils se servent pour écrire.

Quant à la grande salle du fond , et aux deux salles très-aérées du premier étage , elles ne le cèdent en rien , pour la décoration , à celles qui ont été précédemment décrites; ce sont toujours des parties simplement et grandement disposées , embellies des plus harmonieuses couleurs et des inscriptions les plus attachantes. Nous remarquons que les deux grandes salles du premier étage, ont, chacune, la double propriété de servir de lieu d’agrément et d’exercice pour les grandes réunions, soit le jour, soit la nuit, étant éclairées par les grandes lanternes ornées de fleurs, et, d’être disposées pour, en peu de temps, pouvoir former , des chambres pour les étrangers et les amis , et cela, au moyen de cloisons en panneaux mobiles que l’on tient en réserve à cet effet , et que l’on fixe au parquet et au plafond. Quelques-uns de ces panneaux sont avec châssis jusqu’à quatre pieds d’appui, et le surplus est rempli de très-minces écailles d’huitres, qui, par leur transparence laissent, entrer le jour dans la nouvelle pièce. ( C’est de ces écailles que sont fermées toutes les fenêtres des Edifices Chinois).

Tels sont l’ensemble et la distribution des grandes et petites parties de la Maison Chinoise à Canton : nous la donnons particulièrement pour faire réfléchir sur l’existence du génie et du goût et sur la simplicité des moyens employés.

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Les figures i et 2 (pl. 27) représentent le plan du rez-de-chaussée, et celui du premier étage: la médaille, entre les deux plans, est une coupc ou vue perspective prise dans le passage et dans le premier jardin à droite de l’entrée; l’on y remarque le principal percé à travers la grande lunette, puis au-dessus du mur, l’aîle également à droite, sa charpente apparente et régulièrement ordonnée et ornée. Les murs sont en briques , les colonnes sont en bois avec bases en marbres , et ont environ neuf à dix diamètres de hauteur. Les combles sont couverts de tuiles demi-cylindriques et vernissées.

Le tableau supérieur est la vue perspective de la façade, côté de la rivière.

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