‹ Du génie de l'architectureChapitre 31 sur 31 · RESUME ET CONCLUSION · texte numérisé non relu

RESUME ET CONCLUSION

liiN. voulant simplement faire connaître au public Y Architecture comme étant du ressort de son intelligence, de son jugement, à partir de l’état primitif de cet Art pris, pour ainsi dire , aux premières sensations élevées de l’homme, jusqu’au temps où nous écrivons , nous avons été amené naturellement à lui offrir , dans des Monuments de nations illustres , une sorte de Tableau historique et irrécusable de grandes pensées, généralement religieuses et législatives, depuis le premier objet formé a meme la terre et né du sentiment , jusqu’à l’Edifice renfermant le plus de combinaisons et provenant de l’esprit le plus réfléchi. Dans l’Inde, par exemple, nous avons vu des peuples, animés d’un saint transport , se creuser dans les montagnes des Monuments qui parlent clairement de Théogonie , d’Actes de Gouvernement, et attestent encore plus l’Amour, le Respect portés à la Divinité et à ses miraculeux mystères : Le Temple de'dié au Dieu du firmament , au Maître de la voûte Ethérée, en est une des nombreuses Preuves.

Non moins épris que les Indous, les Egyptiens nous ont aussi laissé de belles traces de l’homme religieux, social, et cela dans leurs Monuments, livres ostensibles , impérissables , exprimant des idées de morale, relatant des découvertes utiles sur la Science agricole, sur les Arts industriels , et particulièrement sur l’Astronomie ; le tout ,

écrit de la manière la plus grande, la plus simple, est encore traité sous les formes les plus délicates, la plupart très-significatives, même encore aujourd’hui. C’est ainsi que l’on a pu voir, dans l’ile Philæ, le Temple d’Osmis, et dans l’ancienne Latopolis, le beau Pronaos du temple d’Isis ; celui-ci montrant un état du ciel en rapport avec le sol Égyptien , et tous deux comme un Hommage rendu au Soleil et à la Nature; les Palais de Thèbes-Louqsor et Thèbes-Karnack, couverts sur leurs immenses parois, de tableaux en sculptures retraçant des Faits Héroïques et des Actes mémorables de Gouvernement, comme des Lieux d’ Exercice pour un grand pouvoir; enfin le beau Temple de l’ancienne Tentyris, comme indiquant bien, par ses colonnes aux quatre masques d’Isis, et terminées par des simulacres d’autels , aussi à quatre faces , la haute idée de sa Consécration.

En général, l’Ensemble et les Détails de ces Monuments, nous l’avons reconnu, sont Tout-esprit , Religieux , Poétiques et Métaphysiques. Par exemple, cette Disposition principale, toujours sous la forme de tente entourée de baguettes en faisceaux enlacés de bandelettes , c’est la représentation stable des premiers Lieux Sacrés ; le grand Cavet qui couronne toutes les façades extérieures et intérieures et jusqu’aux moindres tableaux, c’est la Corbeille d’ Osiris répandue sur la terre ; I’Attribut des milieux représente, sous une forme également emblématique , les Éléments , le Système universel du monde ; enfin ce ne sont que Signes parlants qui expriment des

idées de morale, et qui nous découvrent le Principe de la forme et de la délicatesse des membres architectoniques parvenus jusqu’à nous.

Viennent ensuite les Grecs, déifiant toutes les Vertus, voyant la Divinité dans tout ce qui est giund , noble et beau. Par exemple: la Sagesse se présente à leurs yeux sous les traits d’une Belle Personne qui réunit le Courage au Génie; ils l’appellent Minerve ; ils lui élèvent un Temple. Les Eléments, les Arts industriels, ne sont pas non plus oubliés; car, demême qu’ils ont érigé, dans l’Acropolis, le Parthénon à Minerve , ils élèvent un Temple à Cérès sur les

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bords de l’Ilissus, et un Monument Choragique aux Muses, près les murs d’Athènes. Du moins ce sont les trois Exemples que nous avons choisis pour attirer l’attention sur les Grecs de l’Attique.

Les Romains adoptent les idées sublimes des Grecs ; c’est ce que nous reconnaissons également par leurs Monuments. Ils sacrifient particulièrement à V esta , c’est-à-dire, au Principe Régénérateur , sous l’emblème du Feu ; ils déifient la Patrie , à laquelle ils réunissent respectueusement les Symboles des Alliés. Comme les Grecs , ils honorent les Dieux et leurs Grands-Hommes , soit par des actes de vertu et de courage, soit par des jeux, des exercices qui les rendent eux-mêmes propres à la défense de l’État ; enfin , comme ces Pères du goût, les Romains écrivent leur histoire religieuse, civile et militaire, par leurs Monuments , par des attributs architectoniques, des sculptures d’un grand style et d’un beau naturel. C’est ce qu’on a pu voir dans le petit nombre d’Exemples que nous avons fait ressortir de Rome Antique. En effet , dans la description libre que nous avons donnée de cette cité,, on a pu remarquer : que le Cirque Maxime est consacré au Souvenir de Rome Naissante , et le Panthéon a la Tolérance; que la Colonne Trajanne et l’Arc de Titus sont deux pages évidentes de l’histoire de ces héros ; que le Colisée est destiné aux exercices gymniques et nautiques ; Enfin que les Thermes de Dioclétien sont consacrés à Hercule et a Minerve , c’est-à-dire à X Instruction physique et a V Instruction morale ; consécration bien justifiée, car dans cet Édifice on retrouve, outre les deux Temples des deux Symboles, des Bibliothèques , des Exèdres, des Xistes, un Théâtre, des Promenoirs, enfin , des Bains graduellement combinés , et qui donnent le nom à ces sortes d’Edifices.

La fusion opérée entre ces deux peuples se remarque encore dans les Monuments, sur-tout en Italie, et, parmi des milliers d’exemples, nous avons choisi la Colonie Grecque de Pompeïa, où l’on 11e peut s’empêcher de reconnaître le Style et la Grâce des Grecs, alliés â la Grandeur toute nationale des Romains. Car , quelque petite que

paraisse cette Cite, elle n’est pas moins disposée selon ces trois divisions bien marquées, savoir : Son Côté des Monuments de souvenirs; son Quartier des grandes utilités publiques , dont le Forum a en tête le grand Temple de Jupiter; enfin, le Quartier de l’Instruction , où se remarquent le Camp des soldats , le Grand Théâtre, les Ecoles publiques, etc. , etc.

Tout dans cette ville , jusqu’à la Maison particulière, nous indique les mœurs privées de ces anciens chez lesquels nous trouvons, dans un ordre séduisant, l’alliance du Naturel avec le Sublime. La Maison Pansa, que nous avons choisie, nous offre en effet la réunion de Communications, de Logements de serviteurs, de Pièces de manutention et de l’habitation de l’hôte, proprement dite, avec le Sanctuaire des Grands Dieux, le Triclinium, un beau Portique d’ordre Ionique , la Bibliothèque, les Exèdres,un Péristyle consacré aux Muses, où est placé, en évidence, l’autel des Dieux-Pénates, et enfin le Logement Hospitalier.

Nous nous sommes abstenu des réflexions qu’aurait pu nous inspirer un pareil ordre de choses , cependant nous ne saurions nous empêcher de dire qu’ils nous explique par quels moyens ces anciens se sont rendus supérieurs en plus d’un genre; car on sent qu’il ne se séparaient point de la Simplicité Naturelle, non-plus que des Arts et de la Philosophie; aussi la philosophie, les Arts et la Nature, nous les font -ils comprendre, et nous font-ils aimer et adopter encore leurs charmantes productions.

Un changement total dans la situation des Grecs et des Romains nous est encore ostensiblement indiqué en Europe: en Italie , par exemple, par ces grandes Basiliques dont la disposition architectonique et les moindres détails reportent aux premiers temps de l’Église , et sur les murailles desquelles est enseignée et écrite, en peinture et en Mosaïque , la Loi renoue ellée de la Nature , qui , au nom du Christ , rappelle les hommes à la fraternité . Nous avons choisi pour exemple l’Eglise Saint-Paul, hors les murs de Rome.

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La Grèce nous offre aussi des preuves nombreuses de ce changement : Ses Monuments anciens sont d’abord remplacés par des Eglises Chrétiennes et par des Maisons conventuelles ; puis , on voit s’élever sur ces dernières des Mosquées avec leurs Dômes Hiéroglyphiques et leurs Minarets, des Harems , habitations mystiques et voluptueuses; tous signes qui annoncent la dissolution de l’ordre social établi par les Grecs, enfin le règne de mœurs de conquérants et d’esclaves religieux et sensuels tout à-la-fois. Nous avons donné, pour marque seulement du sentiment religieux et de la différence du genre Architectonique, la Mosquée appelée la Solimanie, à Constantinople.

Revenu dans l’Asie , mais au Temps du Moyen Age, nous nous sommes arrêté d’abord chez les Chinois, cette nation célèbre et particulière, marchant simplement comme les anciens, quoiqu’elle ait presque toujours été isolée des autres peuples. Là nous nous sommes plu à constater l’existence du Génie de l’Architecture , en ce que nous avons remarqué l’application de ces Qualités Générales qui sont communes à tous les monuments : i° Dans ces Edifices appelés Miao , et consacrés au souvenir des Vertus et de V Héroïsme. Dès lors nous avons eu l’occasion d’apprécier une idée d’ordre morale, bien faite pour enflammer le Génie , en reconnaissant que ce peuple fait

émaner la Vertu , les Grandes Actions , du Grand-Etre appelé Tien, la Lumière universelle; l’exemple que nous avons choisi est le Miao élevé a la mémoire de Confucius ; 2° Dans un des Palais de l’Empereur , à Pékin , où nous avons vu , contenu dans une spacieuse enceinte, une succession de Portes symboliques, de Cours, de Chaussées, de Ponts , de Loges et de Pavillons graduellement ordonnés , depuis la Salle de réception des Ambassadeurs , jusqu’à la Salle des Ancêtres et l’Habitation de l’Empereur et de sa famille : Cet ensemble, encore orné de pensées philosophiques, ne nous parle-t-il pas visiblement des Mœurs publiques, du Cérémonial et du Goût grave et pourtant aimable des Chinois ? 3° Dans la Maison d’un négociant,

à Canton , qui nous montre les mœurs privées de ce peuple , son goût pour les arts, toujours uni au sentiment religieux; en effet nous y remarquons, dès le seuil de la porte, une Chapelle au premier étage, où sont les Pénates, et au-dessous un percé dans toute la profondeur de l’habitation; ce qui donne à la distribution un dégagement aéré et commode , et procure des effets d’optique très-variés.

De cette première contrée de l’Asie nous avons ramené le lecteur devant les Monuments Indous , au temps des Brachmanes connus. C’est alors qu’il a vu la grande pagode de Tanjaour , et au-devant , le P» eposoir du boswa-Nandi , Emblème de Ici Nature , de la Fécondité. Là il assiste aux cérémonies qui se font dans ces sortes de Temples, et il est témoin des Fêtes consacrées au renouvellement des saisons. Ensuite, à Chalembrom, il admire la grande Pagode présentant, depuis sa base jusqu’à son sommet, toute la Mythologie Jndoue , et offrant sur sa plate-forme, parmi les montagnes, les jardins odoriférants , les ruisseaux et les bosquets , le spectacle de toute l’Enceinte Sacrée , remplie de Monuments symboliques , d’un desquels , le Nerta-Chabeï, nous avons fait ressortir des parties de la porte, et montré que le style de ces Supports et le style des piliers de l’étonnante salle du Thoultry, à Madoureh , que nous avons aussi donné comme Exemple , avaient remplacé, dans les Monuments d’Europe, les Types Grecs et Romains pendant l’intervalle d’environ onze cents ans, c’est à-dire jusqu’à l’époque de la Renaissance.

Pour donner des preuves de cette substitution , toujours en considérant les Edifices selon leurs qualités éminentes , nous avons choisi d’abord une partie du Palais de l’Alhambra , à Grenade, comme étant d’une belle disposition générale, et comme offrant aux sens l’idée d’une feuilîée perpétuelle. Le deuxième Exemple est I’Eglise Cathédrale de Paris, qui se montre, jusque dans ses moindres détails et ses vitreaux , comme un grand Livre Instructifs et plus encore, comme un Hommage bien patent des Parisiens a la Mère du Christ. Le troisième Exemple, sous une forme Orientale plus légère,

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îa Cathédrale de Milan ne prouve pas moins de Zèle delà part des Lombards envers le même Sujet révéré ; car le marbre blanc dont tout cet édifice est construit, et les nombreuses sculptures dont il est orné, démontrent évidemment une affection toute d’abondance. Notre quatrième Exemple est un Monument élevé, sous des auspices religieux, a la Mémoire de Héros morts en combattant en tertre sainte: Lieu de repos, appelé il Campo Santo , où l’on sent que l’Architecture , la Peinture et la Sculpture ont payé leur tribut avec Sentiment, Goût et Délicatesse. Enfin un Exemple que nous avons choisi , et comme trait caractéristique de l’Epoque , et comme montrant le passage du Temps qui finit à l’Epoque qui va commencer, c’est l’Hôpital de Milan. Nous n’avons pas eu besoin de demander qui avait créé l’ordonnance de cette grande et noble disposition ; qui avait formé ces deux grandes Salles distribuées, chacune, en quatre branches , avec un autel au milieu , et précédées de vestibules dégageant sur les galeries ouvertes au déhors; cette grande Cour entourée de portiques à double étage de galeries supportées par des colonnes de marbre; enfin toutes ces grandes dispositions qui produisent cette multiplicité de beaux aspects extérieurs ou intérieurs ? Tout nous a confirmé que c’était V Offrande du Génie de l’Architecture à V Humanité Souffrante.

Nous sommes ainsi arrivés à l’Epoque dite la Renaissance , expression que nous avons cependant reconnue ne devoir s’entendre que comme le Retour aux Types Grecs et Romains . Nous avons choisi, pour donner une idée du style de ce temps particulier : d’abord à Florence, le Palais Guadagni, à la façade formant tribune décorée, et contribuant à la pompe des fêtes publiques ainsi qu a l’embellissement de la cité; de plus, le Plan du Palais Nicolini, présentant une distribution gracieuse et convenable : à Venise, l’Ecole Saint- Rocii, indiquant, par ses attributs, l’union des Idées Religieuses et du Génie des Arts: à Rome, le Petit Temple de Saint-Pierre, in Montorio, Edifice plein de substance, abondant dans son sujet, et

original, quoiqu’inspiré des Temples Romains; les Loges du Vatican, montrant le Goût de cette époque , qui a su, comme dans les temps anciens, allier la Simplicité à la Délicatesse et à la Variété, en se servant des produits de tous les Arts. Enfin notre cinquième exemple a été la Cour du Vieux Louvre, à Paris, que nous avons proposée comme donnant l’idée la plus juste que l’on doive se faire du caractère des Palais.

En général, un simple désir de signaler des règnes, de faire revivre politiquement, par la science, de grandes choses passées, de donner de l’éclat et de la célébrité à des noms, s’est montré dans les Monuments des temps qui ont suivi ; et l’on a pu y remarquer également l’influence des règles données et des principes émis par les maîtres des XVIe et XVIIe siècles; sortes de règles particulières que nous avons réduites à leur juste valeur, en faisant ressortir celles de Vignole, comme modèle d’un système des cinq ordres d’ Architecture.

Nous avons reporté les effets de l’influence de l’esprit des temps et des principes publiés alors, à l’époque de l’érection de la Basilique Saint-Pierre, Monument qui s’est présenté à nous comme Chef- Lieu d’apparat de l’Eglise Chrétienne; nous avons admiré son grand Ensemble , cette Place aux deux côtés circulaires , soutenus par des colonnes et liés par un pavé ordonné, et avec des fontaines aux centres des hémicycles , puis son Portail , son Dôme colossal et son riche Intérieur. Nous avons pris nos autres Exemples à Paris, dont nous avons donné un Plan de masse, avec une Allégorie faisant allusion aux Arts sur les rives de la Seine. Notre premier sujet est le Portail de l’église Saint-Gervais, comme offrant un exemple simple d’ Harmonie sous un aspect vertical. Les autres sont : la Cour de la Sorbonne, à 1 Aspect Théâtral et Caractéristique; la Cour de l’hôtel des Invalides , présentant un de ces exemples où le Sublime de la conception répond d la Grandeur du programme ; le Portail Saint-Sulpice , dont les dispositions géométriques et colossales pro-

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duisent de grands Effets d’Optique; la nouvelle Eglise Sainte- Geneviève, comme étant aussi d’un grand effet; l’Ecole de Chirurgie, comme offrant l’alliance des formes les plus grandes avec les distributions les plus convenables; enfin le Théâtre de lOdéon, comme étant remarquable par ses Dispositions généralement franches , sa grande Salle de forme gracieuse , et par ses deux beaux Escaliers qui , dés leur entrée et à leur arrivée au premier étage , forment, au moyen de leur liaison avec le foyer, un coup -d’œil ravissant.

L’Académie de France est venue à son tour, imprimer aux Monuments Nationaux un Caractère qui s’est étendu même sur ceux des autres peuples ; ce qu’on avait déjà pu reconnaître dans les derniers Edifices que nous avons cités. Il nous restait donc à rappeler les Cours importants de professeurs célèbres ; Cours qui se sont extrêmement propagés, et à faire ressortir quelques-unes des Productions Spéculatives de cette institution.

Parmi ces innombrables Produits, nous avons choisi d’abord la Proposition d’un Palais de Justice, comme réunissant, surtout dans le Plan, toutes les données du programme, et présentant un caractère digne de son divin sujet; puis un Trésor Public, dans la distribution duquel le programme est également bien écrit , tant par la place qu’occupe chaque chose demandée, que par les communications franches pour le public et par la facilité de garder le trésor; ensuite des Greniers Publics, pour une grande ville; Trésor d’une autre espèce. Le Plan présente l’Edifice au milieu d’une Enceinte formée par des Bâtiments d’ Administration, avec de grandes communications couvertes, pour faciliter l’arrivage des grains et leur transport d’un Grenier à l’autre.

En dernier lieu, pour fixer l’opinion sur l’idée que l’on doit avoir des Travaux de cette Institution, depuis long-temps Conservatrice des Arts, nous n’avons pas oublié les études continuelles et profondes qui ont pour objet, la Restauration spéculative des Monu-

me nt s antiques; et, cest alors que, parmi un très-grand nombre de ces travaux, nous avons donné la Restauration du Temple de Vesta , dans laquelle nous avons particulièrement cherché à faire revivre le caractère de ce lieu respecté des anciens, et à reproduire ses accessoires présumés.

Entin arrivé à l’État Présent, nous n’avons pas cru pouvoir mieux le caractériser, sous le Rapport Historique et Moral de l’Art , qu’en choisissant des Monuments en évidence, et encore pris à Paris, savoir : I’Arc de Triomphe, composé à l’instar de ceux des Romains, et érigé en face du Palais des Tuileries, place dite du Carousel; et deux Edifices d'utilité physique, I’Abattoïr de Ménil- le-Montant, et le Nouveau-Marché du Faubourg-Si-Germain.

Comme complément , pour offrir -une idée générale de la fécondité du Génie , et pour donner en même-temps un exemple à suivre dans tous les sens du globe, avec les ouvrages publiés sous les yeux, nous avons parcouru rapidement une simple ligne de Paris à Rome jusqu’à Tivoli. Commençant par jeter un coup*d’œil sur Paris , sa structure en général , et ses monuments en particulier , nous avons nommé successivement : le grand Hospice de Bicêtre , Fontainebleau, avec ses palais , ses jardins ; Moret, caractérisé par son enceinte ; quelques Villes de l’ancienne Bourgogne ; Lyon caractérisé par les deux aspects bien distincts qu’il présente du côté de la Saône et du côté du Rhône : les Echelles , dans la Savoie ; le nouveau Passage du Mont Cenis ; Suze et ses antiquités ; Turin et ses édifices généralement colossaux ; Milan , avec ses Canaux , ses Monuments et ses Palais à double rang de colonnades ; enfin, Parme, Modène , Bologne , Florence , Sienne , Viterbe et Rome : celle-ci considérée dans son État actuel , présentant bien distinctement les traces des diverses situations dans lesquelles elle s’est trouvée, et offrant un vaste 'Théâtre aux slrts , de grands sujets de méditation pour la philosophie. Poursuivant notre chemin , de cette dernière ville nous sommes passés par Genesano, Albano,Nemi, Larrigia, Grotta-

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ferrata , Frascati , jusqu’à Tivoli, où nous avons laissé le lecteur.

C’est alors que nous l’avons entretenu des Jardins en général ; qu’à la suite d’un petit préambule sur la Théorie de cette agréable dépendance de notre Art, et après avoir fait l’énumération de quelques jardins principaux , nous lui avons présenté deux Exemples. Le premier, choisi parmi les Jardins de caractère et ordonnés selon les édifices, c’est le Jardin public des Tuileries, à Paris. Les Jardins de la Villa Borghèse près les murs de Rome, sont notre deuxième exemple que nous avons choisi dans les jardins du genre mixte. Nous avons terminé par présenter un de ces Édifices charmants qui peuvent servir à orner un jardin , s’ils n’en sont pas le principal objet; c’est le Casin de la Villa Pia , dans les Jardins du Vatican, qui , ainsi que l’on a pu s’en convaincre , mérite bien son titre de consécration: le Génie de l’Architecture aux Muses , aux délassements privés.

Par ces Produits du Génie , ou du moins par l’idée assez ample que nous avons donnée de leur essence , se sont trouvés naturellement exprimés , le Caractère de l’Art, son But moral et physique, son Ame , son Goût , l’Immensité de son matériel , et ses Moyens de conservation. Aussi, ayant toujours eu présents à la pensée tant d’édifices qui ont couvert et couvrent encore la terre , n’avons-nous pas cru nous avancer trop, au commencement de cet ouvrage, en disant du Génie : il ceint la terre de ses lauriers ; et pour le bien peindre, à l imitation des anciens dans leurs ingénieuses allégories , nous avons animé I’Arciiitecture sous les traits dune Muse. Puis, pour montrer les Lumières dont le Génie cherche à s’éclairer, ainsi que les Substances dont il s’alimente ; nous avons déroulé une Biographie d’Ouvrages principaux, publiés depuis Vitruve jusqu’à nous; moyens d’instruction, prodigieux sans doute, mais dont l’insuffisance ne nous a pas été moins démontrée par cette Loi qui commande la Variété dans les choses , que par cette Vérité, que pour des Propositions

Nouvelles il faut des Idées des Solutions Nouvelles ; de là nos recherches sur la Force génératrice qui sait répondre à toute espece de propositions , et que nous avons definie: Faculté de créer; faculté que nous nous sommes plu à montrer comme étant, par sa nature, Sublime, Epuratrice de la pensée, essentiellement bonne, essentiellement humaine , cherchant partout a plaire, prévoyante dans 1 Hôpital comme dans le Palais, éminemment Religieuse dans l’Inde comme dans l’Égypte, en Grèce comme en Italie, dans le Panthéon de Rome comme dans le plus petit Oratoire Gothique. Nous avons aussi mis à même de sentir , que le Génie est I’Art tout entier ; que le Savoir lui doit son existence ; que comme il est tout Amour , il recherche l’Instruction avec ardeur , et que, par exemple, une simple partie architectonique, un support lui étant offert par l’étude, sous la plus belle forme, selon le degré de stabilité suffisant, bien conçu dans toutes ses moulures, il s’en empare, mais en y apportant les modifications appropriées au sujet. Par le fait, on a pu juger de ce qu’il y a d’occulte dans son action, et, en nous servant d’une expression de notre philosophe Montaigne, nous aurions pu dire du Génie , qu’il fait comme les Abeilles « qui vont pillotant ça et la les fleurs , pour ensuite en composer un miel qui est tout leur. » Enfin nous avons suffisamment démontré cpie c’est par le Génie que I’Architecture a toujours eu et aura toujours la Qualité infinie d’ART libéral.

Dans le pur intérêt de la Vérité et tle la Beauté , nous avons cru devoir signaler aussi des Inconvenances et des Défectuosités , telles entr’autres cpie , X Oubli trop fréquent du véritable caractère dans les Monuments; le Mépris ou la t Négligence dans leur ensemble; X Encombrement des édifices, surtout ceux d’un intérêt moral ; le Peu de Signification dans les uns, la Nudité , autrement dire , le Vide d’idées dans les autres, etc. , car nous voulons, avec l’universalité des bons exemples, que le Zèle et le Génie se montrent avant tout, et quoiqu’en disent ceux qui adoptent ou affectent d’adopter toute

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espèce de simplicité, le Temple orné , même avec profusion peut marquer au moins une bonne intention de Famé, cette sorte de grâce que l’on aime à retrouver dans tous les actes quels qu’ils soient ; je n ai rien de trop beau pour fêter mon ami , mes moyens consultés, cela s’entend, et c’est encore pour lui plaire, mais mon action ne lui est pas équivoque ; elle a fait parler mon cœur.

En vain de prétendus sages économistes, voudraient faire croire que les Arts n’ont pour objet, que des plaisirs frivoles et un luxe inutile, et qu’il est bien plus instant de satisfaire aux besoins physiques, par exemple, que d’ériger des Monuments. La Raison et le Plaisir, escortés de toute I’Antiquite s’élèvent contre la première proposition. La deuxième obtiendrait incontestablement la préférence dans les moments pressants , et pour satisfaire aux besoins de l’existence, mais ces besoins satisfaits, l’homme, nous le demandons, n’est-il sur la terre que pour végéter comme un Animal, même bien nourri, bien vêtu ? N’a-t-il pas, par sa Nature élevée, une autre Destination que celle de s’occuper de lui et de quelques-uns des siens? n’a-t-il plus besoin de manifester son ame, de faire preuve de reconnaissance envers la Divinité? n’a-t-il plus besoin de Liberté , de Bienveillance ? Enfin ne doit-il plus rappeler la Dignité de son Être en se rendant utile à tous? et, entre particuliers, n’est-il pas beaucoup plus Humain et beaucoup plus Religieux d’ occuper ou de concourir à occuper ses frères valides , dans un intérêt commun ou privé, que de les laisser dans une honteuse oisiveté, une abjecte dépendance , dans un état de stupide incurie ? S’il n’en était pas ainsi , nous ne saurions nous expliquer la nécessité de l’existence des hommes, ou au moins leur réunion en société policée; l'Etat Sauvage nous semblerait cent fois plus noble.

C’est une particularité bien digne de remarque et qui, depuis long-temps aurait même dû fixer l’attention du Législateur, que cette Tendance de l’ Esprit à n’envisager notre Art que sous son

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côte matériel, et conséquemment hors de l’intérêt ou vrai Beau Bien, tandis que des peuples même naissants se proposaient toujours un but si élevé, savaient si bien agrandir leurs sujets, leur prêter leur âme et les vivilier jusque dans les moindres détails : car un Temple, pour eux, était un Monument solennel d’ Amour, élevé à la Divinité , un Livrée Ostensible de Morale et d’ Instruction ; un Théâtre, un Palais consacré aux Plaisirs élevés et également d V Instruction; un Grenier d’abondance ainsi qu’uN Cellier, des Trésors à Céres , a Bacchus , tous deux ayant pour motifs la propagation des découvertes Agricoles ; un Port, un Abri ouvert par l’hospitalité ; des Forges, des Ateliers étaient pour eux des lieux animés par des Êtres Divins , Protecteurs de V Industrie ; enfin il n’était pas jusqu’aux Chemins, aux Ponts, aux Fontaines qui ne fussent des objets de culte particulier , ainsi que les Jardins qui étaient confiés aux Dieux termes, Allégorie expressive des Vertus Sociales, faisant Allusion à ce sentiment sacré inébranlable, de la Fidélité a la cause commune. Pour nous , il en serait de même de toute espèce de Propositions qui, en prenant des dénominations élevées, ne pourraient qu’exciter le Génie à atteindre le double but de satisfaire à T Utilité Physique , et a V Utilité morale.

Le Goût a aussi son chapitre et Montesquieu nous en fournit la Définition que nous trouvons applicable surtout à celui que les Grecs et les Romains ont montré dans leurs principes architectoniques.

L’erreur où l’esprit tombe sans cesse à l’égard de la Construction et de I’Economie nous a fait aussi parler de ces deux sciences pour les indiquer l’une et l’autre comme des Conséquences des OEuvres du génie. D’abord, nous avons montré la Construction comme exprimée principalement dans la Contexture générale de l’Edifice, et I’Economie comme une suite de la Justesse de la Conception et de la Bonté de l’opération ; et comme nous avons aussi observé que chaque édifice a une Constitution , une Économie , une Harmonie qui

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lui sont propres , et que ces qualités ne dépendent point de la construction proprement dite, mais bien des moyens créés par le Génie pour la diriger , nous avons pu dire que le Génie est le principal Constructeur, comme il est l’Econome essentiel, puisque seul, il sait remplir les données des programmes sous tous les rapports et selon les moyens les plus simples.

Nous sommes ainsi arrivé aux Institutions Conservatrices de l’Architecture, alors nous avons présenté I’Académie de France, comme étant son principal Sanctuaire } un Centre d’étude et d’ Émulation > indépendant des vicissitudes des temps et de la fragilité de l’existence des hommes. Enfin, autorisé par l’expérience, nous adressons des avisa nos jeunes émules, nous leur rappelons ce que l’Institution attend de leur Génie, toute l’extension du mot Probité, et l’Avantage dü travail excité par V Amour de V art i car leur avonsnous donné à entendre, vous attacherez d’autant par vos produc * tions , que vous-mêmes aurez été plus ou moins épris eh produisant 3 et, à ce sujet, nous les renvoyons aux préceptes de Boileau qui recommande pour son art, l’Etude du langage, et qui ordonne à son auteur d’abandonner la carrière , si son astre , en naissant , ne l’a formé poète ; Quant à ceux qui sont élus par la Muse, nous ne leur avons pas dissimulé les vicissitudes attachées à l’Art et à l’Artiste, en les engageant toutefois à s’occuper sans cesse sur le Mont-Sacré, pour renforcer les cohortes des défenseurs des Muses, en les assurant qu’aussi bien la société de ces Libres, Chastes et Dotes Sœurs, n’est pas sans charmes pour qui conserve un cœur naturel et une âme élevées

Ensuite de cet exposé général , nous pouvons donc conclure, d’après les Exemples mêmes, leur variété infinie, les Qualités morales et physiques de chacun d’eux, que l’Architecture est essen tiellement chargée de concourir au bien-être des humains en satisfaisant à toute espèce d’utilité, en contribuant principalement à élever

la pensée des peuples et à relater les découvertes de tous les genres , et que l’Art qui s’adresse ainsi à tout notre Être , ne consiste pas dans de simples reproductions, dans des recueils de formes et de types modulés , ni dans l’exposition de doctrines et de formules sur les moyens d’ériger et d’ordonner les Monuments, comme la plupart des théories le donneraient à penser; mais bien, que cet Art consiste dans un Tout, dont le Génie animé d’un sentiment généreux est l’Ame; qu’il faudra toujours, pour le juger sainement, remonter aux Principes d’utilité physique et morale; puis, afin de se pénétrer des moyens qu’il emploie pour se faire sentir, il faudra également se reporter aux Qualités métaphysiques , générales et communes qui se déclarent, avec non moins de force, dans I’Edifice de forme brute , le plus simple , que dans I’Edifice le plus délicat et le plus composé. Qualités universelles qui ont été senties dans tous les lieux, dans tous les âges, et qui s’appellent, dans notre langue : Unité sous le rapport physique et le rapport moral ; Symétrie et colossal obligés ; Aspect de stabilité ; Grandiose ; Style relatif uni au style propre du compositeur ; Beauté caractéristique ; Beauté géométrique et d’optique, et enfin Beauté harmonique. Toutes bases mises en jeu par le Génie pour former des Temples de tous les rites, des Édifices de tous les genres, et selon les données de toutes sortes de programmes, de manière à ce qu’il en puisse ressortir toujours cette définition que I’Architecture est I’Art cl’ intéresser au moyen de la Création la plus parfaite des Édifices.

11 n’eut peut-être pas été hors de mon sujet de m’étendre davantage en exemples puisés dans toutes les parties du monde, de faire sentir plus particulièrement de quelle importance I’Art a toujours été, comme Moyen puissant de Législation et de Gouvernement , comme ayant concouru et pouvant concourir toujours à l’Illustration des Sociétés, à l’Activité qui leur est si nécessaire, en excitant à la Vertu, à une immense Industrie, à des Relations commerciales entre

les peuples, à des Echanges de bons offices entre les particuliers; enfin en créant sans cesse et pour Tous des moyens de bonheur.

Mais c’est à l’éloquence de toutes les chaires que j’ai laisse le soin de faire ressortir d’aussi précieuses propriétés ; quant à la tâche que je m’étais imposée, je crois l’avoir suffisamment remplie, puisque j’ai cherché surtout à rappeler l’Architecture à son principe élevé , et montré qu 'elle est accessible au sentiment commun , par la raison qu 'elle est essentiellement OEuvre de Sentiment, de Génie et de Goût , fondée sur V Utilité Morale et Physique } dirigée d’apres des Qualités , des Principes Naturels , Fixes , universellement reconnus , et enfin formée d’ Éléments Simples, Composés , Variés et Baisonnés ,

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