INTRODUCTION
Le but que nous nous sommes proposé en choisissant ce sujet, a été de présenter quelques observatons relatives à l’histoire des classifications dans les espèces du genre Rosa. Ce n’est pas une monographie, travail qui, sans aucun doute, serait des plus intéressants, mais pour lequel nous ne sommes nullement préparé.
La première idée de ce travail nous a été suggérée par l'étude de nombreux matériaux recueillis dans le département de l’Aube depuis quelques années et dont la détermination nous a souvent présenté des difficultés.
C'est donc des espèces de la Champagne méridionale que nous nous occuperons principalement, non sans toucher quelque peu aux formes le plus fréquemment cultivées dans nos jardins, ou qui présentent quelque intérêt pour l’histoire générale du genre.
Exposer ce qui a été fait sur ce genre ardu, ce serait refaire l’histoire d’une partie considérable de la
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botanique systématique dans ces dernières années : entreprendre une monographie de: ces nombreuses formes ou espèces, ce serait une révision de tous les herbiers des grands établissements scientifiques de l’Europe : et encore, chaque herbier particulier contient des formes spéciales, des variétés innomées. L'étude de ces matériaux desséchés présenterait d’ailleurs de grandes difficultés, devant lesquelles n’a pas reculé l’éminent botaniste belge, M. Crépin. En effet, dans l’herbier, la direction des tiges, la couleur des fleurs, l’épaisseur des folioles sont impossibles à constater : il en est de même de caractères biologiques dont l'importance s’est révélée depuis quelque temps : le mode de végétation des organes souterrains.
Il est arrivé, d’après l'inspection de ces échantillons conservés, que de nombreuses espèces ont été créées arbitrairement ; espèces qu’il devient impossible bien souvent de retrouver dans la nature et que le botaniste consciencieux doit impitoyablement rejeter.
À propos de cette question des espèces dites critiques, espèces jordaniennes, il est bon de faire remarquer que le genre Rosa a dû réjouir tous les botanistes diviseurs qui ont presque à l'infini, pulvérisé les types anciens. Ces formes présentent souvent des caractères tellement subtils qu’il devient d’une extrême difficulté de les saisir, etencore quand on croit pouvoir nommer une plante, est-on bien
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sûr de sa détermination? Dans bien des cas, il nous a été impossible de retrouver exactement les caractères indiqués, nos plantes différant par des plus ou des moins qui eussent suffi pour créer de nouvelles espèces.
Nous ne saurions trop nous élever contre cette tendance désastreuse, qui, à part quelques hommes . de grande valeur, n’est exploitée que par des personnalités vaniteuses et ignorantes : rien en effet né touche plus à l'ignorance que cette ostentation de savoir. D'ailleurs quelle confiance pouvons-nous accorder à des créateurs d'espèces, qui au bout de quelque temps en arrivent à ne plus reconnaître leurs créations.
Au début les travaux analytiques de la nouvelle école ont produit quelques bons effets ; ils ont montré que les anciens n'avaient pas toujours fouillé au fond des caractères spécifiques avec assez de soin, mais bientôt les abus sont survenus et l’ont emporté. La nouvelle méthode en est arrivé à faire la distinction spécifique du buisson, de l'individu, et encore sur chaque branche d’un buisson plusieurs petites espèces pourraient être établies.
M. Crépin, dont nous adoptons complètement les idées sur les classifications des roses, fait remarquer qu'il est impossible d'identifier deux échantillons provenant d'individus différents; on ne peut que les rapprocher.
Le grand tort que l’on peut reprocher à l’école
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nouvelle c’est de ne pas s’être inspirée suffisamment de deux principes généraux qui jouent un rôle considérable dans les sciences naturelles : la solidarité des caractères et l'existence des variations parallèles. Ces deux principes dont nous dirons quelques mots plus loin, devront bien certainement par leur application servir de base à une classification raisonnée et raisonnable du genre qui nous occupe. La méditation des faits qui en découlent nous indique clairement que bien des espèces faites récemment doivent disparaître de la science.
De plus, pour bien apprécier les formes, les variations, il faut un sentiment de l’espèce que tous ne possèdent pas à un égal degré, sentiment qui manque à peu près complètement à beaucoup. Il est en effet des esprits qui ne sont point frappés des différences que peuvent imprimer à. un même être végétal, les conditions différentes d'existence, le milieu ambiant, le sol, etc. Ces gens aussi peu doués voient une rose différente dans chaque buisson, sans songer aux lusus si fréquents, aux accidents individuels si faciles à rencontrer : en un mot « ils manquent de ce que Crépin appelle le sentiment, l'instinct de l'espèce. »
L'espèce est-elle nettement tranchée dans le genre Rosier? D'après les recherches de géographie botanique, nous pouvons dire qu'elle l’est autant sinon plus que dans beaucoup d’autres genres. Chaque type est en effet compris dans des limites géogra-
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phiques plus où moins larges qu'il faut franchir pour trouver des espèces voisines également bien délimitées : une confusion véritable ne saurait donc: régner parmi les espèces.
Voici comment Crépin définit l'espèce dans ce senre : « Les espèces me semblent être des types d’or- « ganisation se révélant à nos yeux dans un ensemble « de caractères morphologiques et biologiques, types « susceptibles de se modifier en présence de milieux « divers, mais conservant toujours assez de notes « communes à tous leurs individus pour se faire « sentir ou reconnaitre à travers leurs métamor- « phoses. » En d’autres termes : l'espèce c'est la réunion des individus semblables entre eux ou n’en différant que par des caractères peu importants et n’altérant point profondément leur organisation. Il est fort probable qu’en poursuivant ses investigations de ce côté et en s’inspirant de cette définition de l’espèce. On arrivera à démontrer que la même espèce peut être glabre ou velue en passant par tous les intermédiaires, glanduleuse ou églanduleuse sur toutes les parties ou seulement sur un certain nombre de ces parties : alors la taxonomie sera bien simplifiée entraînant avec elle une multitude de ces prétendues espèces qui n’ont pris naissance que dans le manque d’instinct botanique. Les sections ellesmêmes ainsi ramenées à un très petit nombre de types pourront être supprimées.
Crépin a déjà fait faire un grand pas à la science
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à ce sujet, en s’efforçant de réunir tous les chaînons intermédiaires entre la foule de ces formes Innombrables, approfondissant les modifications et établissant des séries parallèles. |
Les tendances mutuelles des deux écoles en présence peuvent donc être ainsi exposées :
L'école des botanistes diviseurs veut de très nombreuses espèces obtenues par démembrement des anciens types ; l’autre école n’admet qu’un nombre assez limité de types spécifiques avec des variétés servant à relier entre eux la plupart de ces types.
Les premiers croient à l’autonomie de l'espèce, à : son entière immutabilité ; les autres admettent quelques espèces autour desquelles rayonnent des variations en grand nombre; ils attachent peu d'importance à ces types qui ne sont que transitoires, leur descendance devant se transformer peu à peu.
Nous sommes avec ces derniers et comme eux nous sommes forcément partisans des idées transformistes qui pour nous peuvent seules expliquer les phénomènes biologiques, tant des végétaux que des animaux : idées basées sur cette hypothèse qui consiste à admettre que la somme des variations peut atteindre toute grandeur que l’on voudra, pourvu que l’on considère un temps suffisamment long. Si l’on réfléchit en effet au temps considérable que doit traverser une plante cultivée avant qu'on puisse trouver dans ses variétés de nouvelles propriétés bien tranchées, avant que ces nouveaux caractères distinc-
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üfs deviennent héréditaires, on arrive à conclure que depuis la première apparition de la plante archétype, il a dû s’écouler un temps d’une effroyable longueur : d’ailleurs la géologie et la physique du globe nous ont depuis longtemps habitués à ces considérations.
Entre les tendances opposées des deux écoles, doit exister une juste mesure qui, nous l’espérons, finira un jour par se généraliser. C’est avec ce sentiment de juste milieu que le rhodologue pourra faire sortir l'étude des roses d’une confusion inextricable jusqu'ici, et déterminer la place précise des formes difficiles : il y aura là beaucoup plus de mérite qu'à ajouter vingt formes nouvelles à la flore, car, dit M. Cogniaux (1): « Il y a plus d'avantage pour la « science à démontrer qu'une mauvaise espèce doit « être rejetée qu’à en créer deux nouvelles. »
(1) Bull. Soc. bot. de Belgique, XI, p. 438.
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L'histoire de la Rose est aussi vieille que le monde; les anciens Egyptiens l’ont probablement connue quoique les savants n’aient pu en retrouver la figure sur leurs anciens monuments. Lors de l'expédition d'Egypte, on ne trouva dans toute cette région que les Rosa alba et centifolia : malgré les recherches des modernes, il est certain qu'à l’époque de la domination romaine, on y cultivait la Rose de Damas, qu’on en faisait venir à grand prix pour les besoins du luxe.
Vers 1200 ou 1000 avant J.-C. les Hébreux cultivaient la Rose dont le nom revient fréquemment dans leurs livres sacrés, et particulièrement dans l’Ecclésiaste.
Au VIIT: siècle avant notre ère nous trouvons la Rose mentionnée dans Homère ; et au V° siècle, Hérodote nous parle des Roses à 60 feuilles qui fleurissaient dans un canton de la Macédoine, proche les anciens jardins de Midas : elles avaient, dit-il, un parfum plus agréable que celles qui venaient ailleurs(L. VIII, ch. 138, traduction de Larcher).
Les lyriques grecs ont fréquemment chanté la reine des fleurs, mais aucun avec plus de verve qu'Anacréon : « La Rose, s’écrie-t-il, est la plus belle des fleurs. La Rose fait tous les soins du printemps; elle est les délices des Dieux. » (ode V).
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Les Orientaux ont fréquemment célébré la Rose dans leurs poésies; 1ls ont même expliqué d’une manière fantaisiste la présence des aiguillons sur ses tiges. « La tige de cette fleur n'avait point d’épines avant l'entrée d’Ahrimane (principe du mal) dans le monde. » (Zend-Avesla, trad. Anquetil IT, 405). Chaque fleur est consacrée à un génie particulier et la rose à 100 feuilles l’est à Din.
Plus tard, un des plus illustres pères de l'Église, St-Basile, s’est inspiré des mêmes idées mystiques et a dit que les Roses, dépourvues d’épines à la naissance du monde, n’en furent marquées qu’à mesure que les hommes devinrent plus corrompus.
Les Turcs, moins gracieux dans leurs images, mais tout au moins singuliers, prétendent que la Rose est née de la sueur de Mahomet. RAS
Chez les Romains, Ovide, Virgile, Horace en ont fait l'emblème de la grâce et de la beauté. Virgile cite en plusieurs passages, les Roses de Pœstum (Rosa bifera Pœstli) remontantes, qui étaient les plus renommées de l’époque. Les jardiniers romains. dédaignant leurs fournisseurs égyptiens, avaient acquis l’art des floraisons hâtives. Dans Pline, nous trouvons des détails intéressants, pour la plupart déjà indiqués par Théophraste, sur la reproduction, le bouturage, les semis, lesc ultures forcées, etc.
Pline divise les Roses en roses sauvages et roses domestiques et distingue plusieurs espèces, d'après la couleur, l'odeur, le lieu où elles croissent. Les
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plus estimées sont, d’après lui, les roses de Préneste et celles de la terre de Labour (probablement des formes des Rosa centifolia et damascena), puis vient la Milésienne (rose de Provins), les Trachiniennes (roses incarnates), la Spinède et l’'Alabadique. Il est assez difficile de bien se figurer actuellement quelles peuvent être ces dernières espèces. Une sorte appelée græcula (rosier grecque) a toutes ses feuilles entortillées (pétales) : la Coronéole est ainsi nommée à cause de son inflorescence en couronnes, en corymbes bien fournis, c'est une espèce d’automne très odorante, probablement fournie par le Rosa damascena qui donne habituellement à cette époque une seconde floraison. Pline parle également d'une Rose musquée, cultivée de son temps dans les jardins d'Italie : c'est le Rosa moschala apporté d'Asie et peut-être spontané, puisque Todaro l’a retrouvé dans les forêts montagneuses de la Sicile. Il est vrai que ce nom de Rose musquée a été donné ‘quelquefois à la Rose de Damas et réciproquement. Pline äppelle toutes les roses sauvages du nom commun de Cynorrhodon.
Nous trouvons dans la compilation souvent indi- : geste du savant romain des détails intéressants, ou plutôt curieux sur ces plantes : « Le rosier, dit-il, est plutôt une épine qu’un arbrisseau. Puis il parle du bouton vert qui soutient la fleur {le calice) qu'il appelle tête de la rose (dans Théophraste xepxor ruv eëu ), environné de 5 petites feuilles vertes (sépales),
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dont il y a deux « barbues d’un côté et d’autre, et deux qui ne le sont point, la cinquième ne l’est que d'un côté. » « Le bout des fleurs qui touche au bouton est blanc » : c’est l'onglet appelé par Dioscoride « owyes ». Galien parlant de cette portion des pétales les appelle « 2080 » .
Déjà à cette époque les anthères avaient frappé les yeux des observateurs. Aussi trouve-t-on décrit « des petits grains jaunes attachés à des filets menus, » sous le nom de flores Rosarum et non d’anthera « car anthera, c’est le nom de compositions diverses usitées en diverses maladies ». A l’automne le calice vert (caput Rosarum) murit et se trouve àlors rempli de semences dures environnées de bourre ».
Parmi les espèces sauvages, les unes sentent la . cannelle et ont les feuilles plus petites que les autres (Rosa rubiginosa?); d’autres ont les feuilles du myrthe mais plus grandes et leur fleur rappelle celle de la rose muscade, on l'appelle l'églantier(Rosa canina?); une autre a les feuilles plus petites que celles de l’églantier etle fruit tirant sur le bleu : d’après la figure du commentateur Daléchamp (1), ce serait une forme inerme du Rosa spinosissima.
Nous passons sous silence les nombreux détails relatifs à l'odeur, à la culture, au sol qui conviennent à ces plantes, détails puisés en grande parte dans Théophraste (Livre 6, ch. 6).
(1) Daléchamp, Hist. des Plantes, 1, 103. — Lyon, 1653.
De ces citations de Pline, nous pouvons conclure que les anciens ne connaissaient que peu de nos espèces actuelles : les Rosa centifolia, damascena, peut-être moschata ; le Rosa gallica l'était également ce qui tendrait à faire taxer de fausse la légende qui attribue l'introduction de cette plante à Thibaud le chansonnier, comte de Champagne et de Brie.
Quelques années plus tard, Dioscoride, dans son recueil de formules, est amené à donner quelques indications très brèves il est vrai, mais longuement commentées par Matthiole au XVI° siècle. Ce n’est qu'une répétition de Pline. Il divise les Roses en Roses privées et Roses sauvages. Les Roses jaunes croissant en Italie et inodores y sont décrites; c’est probablement la première indication des espèces du groupe des Églantiers introduites déjà d'Orient, et . constatées seulement avec certitude quelque temps après : la première connaissance du Rosa sulphurea est attribuée à Charles de l’Ecluse, et celle du R. Lulea à Daléchamp. Quoi qu'il en soit, Matthiole décrit des Roses jaunes et ne peut avoir fait confusion, car cette coloration en assez rare dans le genre qui nous occupe.
La structure de la fleur à échappé en parte à ses observations, car si Matthiole décrit les pétales, les anthères, les étamines, 11 omet les organes femelles qui, un siècle après échapperont encore à la perspicacité de Daléchamp.
Les agronomes latins sont également entrés dans
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quelques détails, mais nous ne ferions en les citant que rappeler ce que nous-venons de dire {Varron, Columelle, Palladius).
A partir de cette époque, nous devons parcourir le long espace de temps qui s'étend jusqu’au XI° siècle pour trouver de nouvelles traces de travaux intéressants. Les Maures d’Espagne cultivaient à cette époque les Roses avec beaucoup de succès et en avaient obtenu d'assez nombreuses variétés. Dans la traduction de Abñn-el-jaïr, par M. de La Neuville, on trouve des renseignements sur leurs procédés de culture. [Is possédaient dans leurs jardins des Roses blanches, incarnates, jaunes et bleues. Les Roses à fleurs bleues comprenaient deux formes : les fleurs panachées de jaune et de bleu, les unes à l’intérieur, les autres à l'extérieur de la fleur.
Cette fable de la Rose bleue, paraît bien hasardée, car un autre auteur arabe de la même époque, n'en dit pas le plus petit mot. Le procédé indiqué pour l’obtention paraît, pour le moins fort singulier : « Un habitant de Damas, dit l’auteur arabe (1), m'a raconté qu'ayant fait dissoudre (sic) de l’indigo dans de l’eau ordinaire et arrosé avec cette teinture un pied de rosier, depuis le commencement d'octobre jusqu’au moment où la végétation prend de l’activité, les Roses fournies par ce pied furent d’un bleu
(1) Livre de l'Agriculture, par Ebn-el-Awam, 2 vol. in-fol. Ma-
drid, 1802, traduit par de La Neuville (1823).
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foncé très agréable : mais quant à celà, je le tiens pour une histoire faite à plaisir. » ee
Cependant le marquis d’Orbessan (£ssas sur les Roses, 1752) assure avoir vu près de Turin et croissant sans culture des roses de cette couleur : un rosiériste distingué du commencement de ce siècle, l’abbé Berlèze, reproduit la même affirmation. Malgré toute l’autorité qui s'attache à ces noms, l’histoire des roses bleues nous semble encore à venir et doit prendre rang à côté de celle des pivoines de même couleur. Peut-être y a-t-il eu confusion avec des phénomènes de virescence analogues à ceux qui produisent dans nos Jardins la Rose verte (Rosa semper- {lorens v. viridiflora).
Les procédés de culture employés par ce peuple étaient variés : semis en août, éclat de souches en janvier, boutures de branches et de racines, marcottage et enfin greffe sur églantier. Malgré tous ces soins, toute cette perfection culturale, il est à remarquer qu'ils ne possédaient point d’espèces franchement remontantes.
Vers la même époque les poètes persans et orientaux, n'étaient pas moins enthousiastes que leurs prédécesseurs ou leurs coreligionaires d’Espagne : Saadi, le plus illustre d’entre eux a donné à l’un de ses poëmes le titre de « Jardin des roses ».
D'ailleurs les Orientaux ne se sont pas contentés de
chanter la beauté des Roses, mais ils ont cherché à
en retirer le parfum : ce n’est guère qu’au XVII: siècle
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qu'ils y parvinrent. Cette découverte d’après une légende bien connue serait le fait du hasard (4).
Cette essence y est désignée sous les noms de A’thr ou Othr et était particulièrement fournie par les roseraies de Chiraz en Perse, etcelles de Kachmyr, plantées principalement de Rosa moschala.
C’est maintenant dans la région montagneuse des Balkans (2) que se prépare ce précieux produit, ‘auquel on mélange fréquemment l’essence obtenue de la distillation de divers Andropogon et principalement de l’Andropogon pachnodes. Là préparation existe maintenant encore très limitée en Perse, où les roses sont devenues fort rares. Ce n’est plus le pays des roses, comme nous pourrions le croire d’après ses poètes.Le Schah est.actuellement obligé de faire venir d'Europe les rosiers destinés à l’embellissement de ses palais. Olivier, cite cependant dans les jardins de Téhéran, des pieds de Rosa moschala hauts de plus de 30 pieds. Il existe aussi, paraît-il, un rosier de dimensions inusitées dans les jardins des palais d’Ispahan : les fleurs en sont blanches d'après l’observateur, M. Pissard. Cette plante ne serait-elle que le À. moschata ; nous n’avons pu voir qu’un jeune sujet sans fleurs et il nous est impossible malgré la description originale de nous faire une
(E) Hist. génér. de l'empire du Mogol, par le P. Catrou, 1705, p- 425. — Langles, Recherches sur la. découverte de l'essence de roses, 1804. — Kæmpfer Amænitales exoticæ, p. 373.
(2) Planchon, Drogues simples d’origine végétale, If, 317.
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idée exacte du ARosa Pissardi (Gar.). Les lieux arides de la Perse sont également la patrie du curieux Rosa berberifolia plante bizarre élevée au rang de genre monotype sous le nom de Æulthemia : la Sonvarie chinoise nourrit également cette plante et tout récemment on l’a rapportée du Turkestan.
Ce n’est pas seulement la Perse qui paraît presque dépourvue de roses, mais l'Afrique ne semble guère plus riche ainsi que l’a remarqué M. Doumet-Adanson. Le Maroc, par exemple, ne renferme comme espèce intéressante que le À. Seraphini (Vis.) espèce méditerranéenne fondée sur un type de Corse et qui se retrouve dans les régions chaudes de l’ancien continent. Les cultures de rosiers, y sont également inconnues.
Au XVI: siècle viennent quelques auteurs qui s’occupent sérieusement des espèces sauvages de l’Europe; c’est : Charles de l’Ecluse qui signale le A. hemispherica sous le nom de R. Java flore pleno (1528-1619); en 1586 Lebel en décrit 10 espèces qu'il fit dessiner et graver; Charles Bauhin dans son Pinax (1620) en porta le nombre à 19. Tragus (1498-1554), le plus original des pères du XVI: siècle décrit les Rosa rubiginosa et serpens dans son Kreutterbuch (1539); Fuchs dans le Stirpium historia (1542); Tabernæmontanus dans le Krauterbuch (1588); Lindern dans le Tournefortius alsaticus (1728); Hermann, Dissertatio de rosû (1762) ; Mappus (1691) continuèrent avec beaucoup de méthode et de
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sagacité l'étude des plantes parmi lesquelles le genre Rosa joue un rôle considérable; chez ces vieux pères de la botanique, les roses connues à cette époque sont bien décrites et 1l est assez facile de s’y reconnaître au milieu de leurs longues phrases diagnostiques. Voici avec leur synonymie la liste des espèces qu’ils indiquent.
Rosa arvensis. — R. campestris repens alba (CG. B.) — Rosa sylvestris 4 sp. (Mappus) (Tragus). — R. sylvestris altera minor flore albo (Ray)
Rosa gallica. — R. sylvestris flore majore et rubente (Mappus). — R. rubra simplex et multiplex (CG. B.). — R. rubra officinarum (Tabern.).
Rosa austriaca (Crantz). — R. pumila (Clus.).
Rosa centifolia. — R. centifolia batavorum (Clus.). — R. maxima hollandica v. centifolia. (C. B.).
Rosa pomponia. — R. minor præcox flore rubello pleno (Mapp.).
Rosa spinosissima. — R. campestris spinosissima flore albo odoro (C. B.). (Clus.). (Mapp.).
Rosa pimpinellifolia. — R. campestris spinosissima flore rubro odoro (C. B.).
Rosa mitissima. — R. balloniana (Herm.). — R. sylvestris pomifera (Lobel).
Rosa alpina. — R. minor, rubello flore, non spi-
nosa (Mapp.).
Rosa cinnamomea. — R. maïalis (Her.). — R.
odore cinnamomi fl. simpliei vel pleno (C. B.).
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Rosa canina. — R. sylvestris, vulgaris, flore odo-
rato incarnato (C. B.). (Mapp.). — R. canina vulgo
dicta (Dodoens).
Rosa alba L. — R. alba (Tabern.). (C. B.). (Lind.). Rosa rubiginosa.— R. eglanteria (Tab.). (Herm.). — R. sylvestris foliis odoratis (B. Mappus).
Rosa pomifera. — R. sylvestris pomifera major. (B. Mapp.). Rosa eglanteria. — R. lutea simplex (Bauhin). Rosa sulphurea. — R. flava flore pleno (Clus.).
On ne saurait trop insister sur les immenses services rendus à la botanique par les pères du XVI siècle: ‘nul mieux que Kirschleger n’a su faire revivre ces grandes figures de la science et n’a appelé l’attention sur l'oubli immérité dans lequel on les avait laissées. Linné, malgré son immense mérite et son merveilleux génie de méthode, est le premier coupable en cette matière : il a abandonné les noms proposés par ses devanciers ou bien encore il se les est approprié. Les botanistés modernes ônt à peu près tous consacré cette iniquité contre laquelle il nous semble juste de protester. Il est d'usage en effet de ne pas citer après un nom de genre ou d'espèce le nom des auteurs antérieurs à Linné (Tournéfort, excepté pour les genres) ; « cet usage nous a paru souverainement injuste, dit Kirschleger, envers les pères de la botanique aux XV° et XVE siècles ». Ainsi Fuchs a créé le Digitalis purpurea; Dodoens, l'Eryngium campes-
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tre ; CG. Bauhin le. Solanum luberosum : nous ne comprenons point comment il est permis d'attribuer à L. le mérite de ces créations et d’en dépouiller leurs vrais auteurs. « Nous savons bien que tout cela peut blesser l’amour-propre de certains auteurs, mais nous préférons ne pas blesser les sentiments de justice et de reconnaissance (1). »
En 1690, La Quintynie ne connaissait que quatorze espèces ou variétés de roses : c’est le même nombre que décrit Linné en 1762. Ici pour la première fois et grâce à la nomenclature binaire (substantf et adjectif), la simplicité se fait jour dans la botanique. Toutes ses espèces sont devenues entre les mains de ses successeurs immédiats le point de départ d’un nombre plus ou moins considérable de formes. Malgré ses imperfections, malgré les fautes inséparables d'aussi prodigieux travaux, Linné n’a pas moins solidement posé les bases des sciences naturelles : il fut de bon ton il y a quelques années de le décrier, de rappeler ses erreurs, de dire que le magister dixit n’était plus de saison. Toutes ces attaques insensées ne peuvent que le grandir, en même temps qu’elles tournent à la coufusion de ceux qui s’en sont rendu coupables. La gloire de Linné survivra intacte, alors que ses détracteurs seront plongés dans un oubli juste et bien mérité.
(1) Kirschleger, Flore d'Alsace, t. Ier, 1852.
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Si nous étudions les roses connues de L. deux choses sont à distinguer : les espèces décrites dans ses œavres, celles qui sont contenues dans son herbier. C'est surtout à ces dernières que nous nous attacherons ; elles ont été à plusieurs reprises étudiées par des maîtres et particulièrement par le savant rhodologue anglais Baker. On doit attacher une importance particulière aux espèces Linnéennes suivant qu’elles représentent des types de son herbier ou de son Species, ainsi le Rosa rubiginosa L. herb. n’a pas la même forme queleR.ruwbiginosa décrit dans le Systema. Voici quelles sont les espèces de l’herbier :
Rosa eglanteria et sa variété bicolore.
Rosa rubiginosa.
Rosa cinnamomea.
Rosæ pimpinellifolia.
Rosa spinosissima (étiquetté R. pimpinellifolia).
Rosa villosa (Rosa mollissima. Fries).
Rosa pomifera (étiquetté R. sylvestris virgininsis).
Rosa sempervirens.
Rosa gallica (et diverses formes de cette espèce).
Rosa provincialis (étiquetté R. belgica. Miller:).
Rosa pumila.
Rosa arvina (étiquetté R. gallica).
Rosa alpina (et v. pyrenaïca).
Rasa canina.
Rosa glutinosa (Sibth.) étiquetté R. cretica mon-
tana foliis subrotundis glutinosis et villosis (Jacq.) - Rosa collina (Jacq.)
Rosa alba. L.
Rosa pendulina (R. inermis fructu longissimo. L)
Sous le nom de Rosa dumelorum se trouve un Rosa rubiginosa;le Rosa sepium (Th.) bien caractérisé s’y rencontre aussi mais sans étiquette.
En 1698, dans l’histoire des plantes qui croissent aux environs de Paris, Tournefort ne cite que deux espèces de roses, le Rosa canina et le Rosa rubiginosa; la première ainsi caractérisée :
Rosa sylvestris vulgaris flore incarnalo odorato. (G. Bauhin).
R. sylvestris (Tab.).
Eglantier.
La deuxième est ainsi décrite :
Rosa sylvestris foliis odoralis (C. B.).
Rosa folus odoratis eglanteria dicta (J. B.).