CIVIL. iri
pables de pourvoir eux-mêmes a» leurs besoins. Cette règle, que la sagesse infinie ducréateur-a établie sur les œuvres de ses mains, nous voyons que
^es ' créatures- inférieures à Thomme P'observent constamment et avec exactitude. Dans ces animaux "qui vivent rl'herbe , la société entre ie mâle et la femêjle ne dure pas. plus loogrtemps que chaque acte de copulation, parce que les mamelles de la mère étant suffisantes pour nourrir les petits, jusqu'à ce qu'ils soient capables de se nourrir
. d'Herbe, le maie se cdntente d'engcnxlier , et il ne se mêle plus après celad# la femelle ni ds petits, à la subsisr
..tance desquels il ne peut rien contriiniQT, Mais à l'égard des bêtes de proie, la société dure phis long-temps , a cause que la m.ère ne pouvant pas bien pourvoir à sa subsisfânce propre , et nourrir en même-temps ses petits par sa seule
' preie , qui est une voie de se nourrir , et plus laborieuse et plus dangereuse que n'est celle de se nourrir d^herbe , l'assistance du mâle est tout-à-fait nécessaire pour'le maintien de leur commune famille , si l'on peut user de ce terme, laquelle, jusqu'à ce qu'elle puisse alleï
cbercher quelque proie , ne saurait lub*.
1 12 L E G OU VERï^EMENT
sister que par les soins du mâle et de , la femelle* On remarque la même conduite dans tous les oiseaux, si on ex- , cepte quelques oiseaux domestiques , qui se trouvent dans des lieux où 1% continuelle abondance de nourriture exempte le maie du soin de nourrir les petits; oji voit que pendant que les petits , dans leursuids, ont besoin d'ali- mens / lé mâle et la femelle y en .portent, jusqu'à ce>que ces petits-là puissent voler et pourvoir à leur propre sub- ^sîstance. ,
IV. Et dn cela^ à mon avis , consiste la principale , si ce n'est la seule raison pour laquelle le mâle et la femelle , dans le genre-humain, sont obligés à une société^ pW longue que n'entretiennent lés autres créatures ; cette raison * est que la femme est capable de concevoir, et est, de facto y pour l'ordinaire^ de rechefi enceinte et accouche , longr temps avant que Penfànt , qu'elle a déjà, soit en état de^ se passer du secours dç ^es parons , et puisse lui-même pourvoir à ses besoins: ainsi, un père étant obligé de prendre soin de ceux qu'il a engendrés, et de prendre ce soin là pendant long-temps , il est aussi dans l'obligation de continuer à vivxe dans la société coa*
c I lr i L. 113
lugale avec la même femme de qui il les a eus, et de demeurer dans cette société beaucoup plus long- temps que les autres créatures , dont les petits pouvant subsister d'eux- hiè mes avant cme" Ife temps d'une nouvelle procréation vienne^ le lien du mâle et de lafemellq se rompt jde lui-même , et l'un et l'autre se trouvent en une pleine liberté , jusqu'à ce que cette saison, quf a coutume de solliciter les animaux à se joindre ensemble , les oblige à se cboi^ sir de nouvelles compagnes: et ici, on ne saurait admirer assez la sagesse du ' rand créateur , qui , ayant donné à 'homme des qualités propres pour pour^ voir à. l'avenir , aussi-bien que pour pourvoir au présent , a voulu et a fait en sorte que la société de l'homme et de la. femme durât beaucoup pluslong-"^ temps que celle du mâle et de la femelle parmi les autres créatures , afin que
?>ar-Ià rindustrie de l'homme et de la émme fui: plus, excitée , et que leurs intérêts fussent mieux unis , dans la vue 'de faire des provisions pour leur« enfans , et de leur laisser du bien; rien 41e pouvait être plus préjudiciable à des enfans qu'une conjonction incertaine et vague, ou ime dissolution la-
cile et fréquente dé la société conjugale.
V. Ce sont là certainement les fondemens de l'union conjugale, qui est infiniment plus ferme et plus durable parmi les hommes que parmi les âutre^ espèces d'animaux. Cependant cela ne laisse pas de donner occasioja de demander pourquoi le contrat de mariage , après que les enfans ont été procréés et élevés , et qu'on a eu soin de leur laisser un bon héritage , Wb peut être déterminé de sorte que le mari el la femme puissent disposer d'eux domme il leur plaira ^ par accord ,^our un certain temps» ou sous de certaines^condi" tions, conformément à ce qui se pratique dans tous les autres contrats et traités volontaires. Il semble qu'il n^yj a pas une absolue nécessité dans la nature de la chose , ni eu égard à sea.fins , . que le contrat de mariage doive avoir îieu durant toute la vie : j'entends parler du mariage de ceux qui ne sont soumis à aucunes lois positives qui ordonnent que les contrats de mariage soient perpétuels.^
VI. Le mari etlafemme^ qui n'^ont au fonds que les mêmes intérêts , ont pourtant quelquefois des esprits si dif-
: CI r I L. îtS
férens , des inclinations et des humeurs si; opposées, qu'if est nécessaïte qu'il se trouve alors quelque dernière délermînation ^ quelque règle qui remédie à cet inconvénient-Ià , et que le droit de gouverner et de décider soit placé quelque part : ce droit est naturellement le partage du mari ; la nature le lui donne comme au plus capable et au plus iort; mais cela ne sY^tendant qu'aux choses qui appartiennent en commun au mari et à la femme , laisse la femme dans une pleine et réelle possession de ce qui, par le contrat, est reconnu son droit particulier , et du moins ne donne pas phis de pouvoir au mari sur la femme que la femme en a sur sa vie. ' Xe pouvoir du mari est si éloigné du pouvoir d'yn monarque absolu , que la femme a, en plusieurs cas, la liberté de se séparer* de lui, lorsque le droit naturel ou leur contrat le lui permettent, soit que ce contrat ait été fait par eux-mêmes dans Vétat de nature , soit qu'il ait été fait selon les coutumes et les lois du pays où ils Vivent ^ et alors les enfans , dans la séparation , échoient au père et à la mère , comme ce contrat le détermine.
VIL Cai toutes les fins du mariage -
' ll6 LE G'OUVERï^EME N t
devant être cansklérées et «voir lenf '\ effet sous un gouvernement politîqrfe, au«si-bien que daUvS l'état pie nature , lé magistrat civil ne dinniîniie point le droit ,oule pouvoir du mari où deldfemme^ naturellementnécessaires j)ouT ses fins, qui sont de procréer des enfans, de se supporter et de s'assister mutuellement pendant qu'ils vivent ensemble. Tout ce que le magistrat fait, c'est qu'il ter-
, mine les différends qui peuvent s'éleverentré eux à l'égard de ces choses-là.
il en arrivait autrement, si la souve^^ raineté absolue et le pouvr^ir de vie et de mort appartenait naturellement au mari,^ et n'était nécessaire à la société de l'homme et de la femme , il ne pour- ' rait y avoir de mariage, en aucun d<5 ces pajs, ou il n'el5i point permis aux maris d'avoir et d'exercer une telle autorité et un tel pouvoir absolus ; mais'
Jes fins du piariage ne requérant point un tel pouvoir dajps les maris , il est clair qu'il ne lep^r est nullement nécessaire ; la condition de la spciété conjugale ne l'établit point , mais bien tout ce quî^
Îjeut s'accorder avec là procréatiop et *éduca,tioa des enfnns , queles parens sont absolument obligés de nourrir et d'élever , jusqu'à ce qu'ils puissent pour-
C ï Y î L. ^ llj
voir à leurs bwoîns et se secptirîr eux» niêines. Pour ce qui regarde Tassistançe , la défense , les con&olatipns rériproques , elles peuvent varier et être réglées par ce contrat qui a uni d^abord ïcs mariés , et les a mis en société , rien n^étantuécessaire à une société que par rapport aux fins pour lesquelles elle a été faite,
VIII. Dans le chapitre précédent j'ai traité assez au long de "la société qui est entrée les |;èri s et mères et les enfans , et des droits et des pouvoirs distincts et^iv^ers qui leur appartiennent respective rcèni ; <:'eât pourquoi il n'est pas nécessaire que j'en parle ici. Ilsuf-
. Et de reconnaître combien cette société est diiBerente d'^ine société politique.
IX. Les noms dt maîtres et de serviteurs sont aussi anciens que l'histoire , et ne sont donnés qu'à ceux qui sont de condition fortdififerente ; car un homme libre se rend serviteur et v^let d'un sautre , en lui vendant, pour un certaîa temps ^ son service , moyennant un certain salaire. Or , quoique cela le mette Communément dans Ja famille de san maîti*e /et l'oblige à se soumettre à sa dijKi^ipline et aux occupations de sa
^lâi$oa9 il ne dooiie pourtant de^o^r
Ïl8 LE GOUVERNE M ENr
i^oir au maîtTe sur son serviteur oii son palet, que pendant quelque temps , que pendant le temps qui est contenu et marqué dans le contrat ou le traité fait ?ntr'éiLX. Mais il J a une autre sorte ^ jerviteurs, que nous appelons, dVn iQm partictriier, esclaves , et qui, ayant ^té faits prisonniers dans une juste guerre, sonf, par le droit delà nature , mjets à la domination absolue et au pouvoir arbitraire de leurs maîtres. Ces ^ens-là ayant mérité de perdre la vie^ i) à laquelle ils n'ont plus de droit par conséquent, non plus aussi" qu'à leur liberté, ni à leurs biens; et se trouvant 3ans l'état d'esclavage, qui est incompatible avec la jouissance d'aucun bien propre , ils ne sauraient être considé-
(i) C*est ce que nie avec raison^ Tau leur
Je VEsprit des Loix ^ liv. XV , c. 2. « Il est
faux y dit-il y qu'il soit permis de tuer , dans
.a guerre , que dans un cas de nécessité , mais
iis qu'im homme en a fait un autre prison-
lîer 5 on ne peut pas dire qu'il ait été dans
a nécessité de le tuer , puisqu'il ne l'a pas
Tait. Tout le droit que la guerre peut donner
lur les captifs , est de s'assurer tellement de
eur personne , qu'iU ne puissent plus nuire.
..es homicides faits de sang-froid par les sol-
lats 5 et après la chaleur de l'action , sont re-»
eté£ de toutes les uations du monde >»• ^ '
-rés , en cet état , comme membres de la société civile (i), dont la fin principale est de conserver et maintenir les . biens propres.
^ X/ Considérons donc le maître d'une famille avec toutes ces relations subordonnées dé femme , d'eitfans, de servi-
. teurs et d'esclaves , unis et assemblés sous un même gouvernenient domestique. Quelque ressemblance que cette famille puisse avoir , dans son ordre., dans ses offices , dans son nombre, avec «n petit état, il est certain pourtant qu'elle en est fort différente, soit dans sa constitution , soit-dans son pouvoir , $oit dans sa fin : ou si elle peut être
. regardée comme une monarchie , et que le père de famille y soit un monarque absolu , la monarchie absolue a un p.ouvoir bien resserré et bien petit; puisqu'il est manifeste , par tout ce qui a été dit auparavant, que le maître d'une famillo a,sur CCS diverses persannes qui la composent, des pouvoirs distincts, dés pouvoirs limités différemment , soit à l'égard
(i) Donc 5 dit le mênae auteur , 1. i, il n'y a pas de loi civile qui puisse ecapêchec un esclave de fuir , lui qui n'est pas dans la société , et que par conséquent âUCUAG loi liivilç U9 conclue*
IlO LE GOUVERNEMENT '
du temps , soit à l'égard de Pétetidue ; car ,' si l'on excepte les es- •claves, lesquels après tout ne contribuent en rien à l'essentiel d'une famille , le maître , dont nous parlons , n'a poîjjf imv pouvoir législatif sur la vie ou sur ia mort d'aucun de ceux qui composent sa famille , et la maîtresse en a autant 'que lui. Et certainement, uirpère dç famille ne saurait avoir un pouvoir absolu sur' toute sa f/imille , yû qu'il n'a qu'un pouvoir limité sur chacun de ceux qui en sont riiembres. Nous verrons miepx comment une famille , ou quel-
aue autre semblable société d'hommes iffèrc de ce qui s'appelle propremeiit société politique, en considérant en quoi îmesociétépoiitîqueconsîsteelle-mêmc.
XI. Les hommes étant nés tous également, ainsi qu'il a été prouvé, dans une liberté parlaite , et avec le droit de fouir paisiblement et sans contradiction ,. de tous les droits et de tous les "privilèges des lois de la nature , chacun^ a , par ia nature , le pouvoir non-seule* ment de conserver ses biens propres, c'est-à-dire, sa vie, sa liberté et se$* richesses, contre toutes les entreprises, toutes les injures tl tous les attentats,
des autres I iziais encore dç juger et ^^
punir
"^ c I y I t. lit '
piinÎT ceux qui violent les lois de ia^ nature, selon qu'il ^olt que l'offenser le mérite, de punir même de mort ^* ' Iprsqu'il s'agîtde quefque crîmeénorme, Qu'il pense mériter la mort. Or, parce qu'il ne peut y avoir de société politique, et qu'une^tëlle société ne peut subsister, Sicile n'a en soi lejpou^oir de conserver ce qui lui appartient e^ propre , et , • pour cela, de punir les fauteé de ses membres ; là stulement se trouve une fiociété politique où chacun des mettibres s'est dé;poui|llé de son pouvoir naturel , et Pa remis entre les mains de la société , afin qu'elle en dispose dans toutes sortes de causes, qui n'empêchent point d'appeler toujours aux lois établies, par elle. Par ce mojen , toi^t jugement des particuliers étant exclus, làsoxîiété acquiert le droit de souveraineté'; et certaines lois éiant établies , et certains bommes autorisés par; la communauté pour les faire exéeuter, ils terminent tous les différends qui peuvent arriver entre les membres de cette société-là, touchant quelque matière dje^ droit , et punissent les fautes que quelque membre aura commises contre la société en. gépéral^ ou contre quelqu'un de son cotpa^ conformément aux peines marquées paa:^
les lois. Et par-là il est aisé de discerner f*'eux4|iji sont, ou qui ne sont pas en^ Sejuble &à société politique. -Ceux qui composent un seut et même corps, qui ont des lois communes établies , et de^ juges auxquels ils peuvent appeler/ et gui ont l'autorité de terminer les dis-? putes et les procès qui peuvent, être parmi eux , et de punir ceux qui fotit tort aux autres, et commettent quelque crime ; ceux-là sont en société civile les uns avec les autres ; mais ceux qui ne peuvent appeler de même.à aucua tribunal sur la terre , ni à aucunes loi* positives, sont toujours daujs l'état de nature ; chacun , où il n'y à point d'autre juge, étant juge et exécuteur poursoi^ même : ce qui est, comme je l'ai montré auparavant , le véritable et parfait état de nature. - ,
'XJI. Xine^ société virent donc, par les ^oies que nous venons de marquer , k, avoir le pouvoir de régler quelles sortes de punitions sont dues aux -diverses- , offenses et aux divers crimes qui peuvent -^ se commettre contre s«s membres; ce qui est le pouvoir législatif : comme ellp acqwiert de même par- la le pouvoir de. .punir les injures faites à quelqu'un rie %^% membres par quelque personne qui
n'en est point; ce qni est le droit de la guerre et de la paix.. Tout cela ne fend. <ju'à conserver , autant qu'il est possivble, <.e qui. appartient en propre aux membres àe cette société. Mais quoique chacun de ceux qui sont entrés en so-
. ciété ait abandonné le pouvoir qu'il avait de puEjir les infractions des lois de la nature, ettle juger kii-mêniede»s^' cas <jui poiiVaient se présenter, il faut remarquer néanmoins, qu'avec le droit Ae juger des offenses , qu'il a remis à. rautorité législative , pour toutes les cause» dans lesquelles il peut appeler au magistrat , il a remis enmêuic temps à la société le droit d'employer toute sa force pour l'exécution des jugemens de la société j» toutes les fois que la nécessité le requerra : en sorte que ces jugemens^ sont au fonds ses propres juge*
, mens,puisqu'ils sont faits par lui-même, ou par ceux qui le représentent. Et ici nous voyons la vraie origine du pouvoir législatif et exécutif de^la société civilci, lequel consiste à juger par des lois établies et constantes, de quelle manière les, offenses commises dans'la société doivent être punies; et aussi ^ par dés Jugemens occasionnefs fondés sur le^ 4>ré$Càteji circonatanceSjdufait de quelle
iiianière doivent être pûmes les injures du^ebors : et à Pégârd des unes et des autres , à employer toutes les forces de tous les membr«s>^ lorsqu'il est nécessaire. ' ^ XriL C'est pourquoi , par-tout où il y a un certain nombre de gens unie dt telle sorte en société , qtie chacun, d'eux ait renoncé à son pouvoir exe*»
çutif des lois de la nature , et Tait remis au public, là, et là seuleumênt, ée trouve une société politique ou civile.
Et au nombre des membres d'une telle société, doivent être mises, non-^seule»mçnt ces diverses personnes , qui, étant dans l'état de nature , çnt voulu entrer en société, pour composer un penpltét un corps politique, sous un gouverne^ ment souverain, mais aussi tous ceux qui se sont joints ensuite à ces gens-là^ qui se sont incorporés à la même société, qui se sont soumis à un gouvernement déjà établi : car de cette manière, ils autorisent la société dans laquelle ils entrent volontairement, connrntentle pouvoir, qu'y out les magistrats et les
E rinces de taire des lois , selon» que le ien public le requiert, et s'engagent .encore à joilidre" leurs secours à celui
4es autres, 3'il eit nécessaire, pour Isl
' ^ - c t Vï t. îiS
siireté des lois et rexécutîon dçs jiigemens , qu'ils doivent regarder comrrre leurs jugeraèns et Jeuns arrêts propres. Les hommes donc sort'ent de rétat d© îjLnfure, et entrent danSune société politique X lorsqu'ils créent et établissent des juges et des souverains sur la terre ^ à qui ils communiquent raulorité de teruyixer tous les différends, et de puiiir toutes les injures qui peuvent être faites 4 quelqu'un des membres de la société f et par -tout où l'on vjoit un c^rtaià nombre d'hommes , de quelque manièi^Él d'ailleurs qu'ils se soient associés , parnli l€squels ne se trouve j>as un tel pouvoir décisif, auquel on ]puissé appeler y on doit regarder l'état où ils éont eommff étaiit toujours l'état de nature.
XIV. Il paraît évidemment , par touC cé'qu'on yicnt de lir^ , que la monarchie absolue, qui semble être considérée paï quelquès-yns comme le seul gduverneihënt qui doive avoir lieu dans le monde p est, à Vrai dire, incompatible avec la société civile , et ne peut nullement être réputée une forme de gouvernement civil ; cat la fin de la société
» civile étant de remédier aux inconvéniens qui se trouvent dans. l'état de
V nature , et qui naissent de ^la liberté on,
i26 LE O O U V E R N E IVI E N^
c-mcun est d'être juge dans sar propfe cause , et dans cette vuer, d'établir une certaine autorité publique et approuvée, ' k laquelle chaque membre de lasociétépiiisse appeler et avoir recours , vpqjjf des injures reçues, ou pour des disputes et des procès qui peuvent s'éiever, et être obligé d'obéir; par-tout où il y a des gens qui ne peuvent point appeler et avoir recours a une autorité de cette aorte , et faire terminer par elle leurs différends (i) , ces gens-la sont assuré- JSiGut toujourjj dans l'état de nature y aussi bien que tout prince absolu jt^% a l'égard de ceux qui sont sous éa do^ Hiination. ' , , .
XV. En effet, ce prince absolu que nous supposons, s'attribuant à lui seul ^ tact le pouvoir législatif , <jue le pou-« voir exécutif-, on ne saurait -trouver parmi ceux sur qui il exerce $on pouvoii?
(i) Le pouvoir publié de toute société s'ct tend sur chaque pérsanne qui est contenue dcHis une société 5 et le principal usage de ce pouvoir 7 est de faire des lois pour tous ceux qui y sont souïnis , auxtjuelles , en tel cas, ils doivent obéir., à moins qu'il ne se présente quelque raison qui force' nécessairement cie ne le pas faire , c'est-à-dire, à moins que les lois dé la raisoïi cm de Drcu n'enjoig^ûent ^ le'^cojtttmre.llookçr, Eccl. Pel, L i , $. x6.
ci V I L. ^ /Ï2^
113» juge à qui Ton puisse appeler, eotnnMi à. un liomme qui soit capable de décider et' régler toutes choses librement , sans prendre parti , et avec autorité , et da qid l'on puisse espérer de la consolatioi^ ef^ùelque réparation , au sujet de quel»* que injure ou > de quelque damraaga qu'on aura reçu, soit de luinTr^êine, ou
Ear son ordre. Tellement qu'un tel omme, quoiqu'il s'appelle i^zar ^ ou Sultan , ou de quelque autre manièrei qu'on voudra , est aussi bien dans l'état de nature avec tous<îeux qui sont sous sa domination , ^ii'il Vy est avec 'tout le reste du genre humain; car ^ par-toiit où il y a des. gens qui n'onî; |H)int de réglem^ens stables , et quelque commun jugè.ai^quer ils puissent appeler sur la teir«, pour la décision des disputes de droit qui sont capables de s'élever e;itr'eux, on y ^st toujours oans; l'état dr nature (ï) , et exposé
(ï)Pour éloigner toutes ces fâcheries mutuelles, toutes ces injures , toutes ces injus-, tîces ; savoir, celles qui sont à craindre dan9 l'état de nature , il n'y avait qu'un moyen h pratiquer 5 qui était d'eu venir à un accord «ntre èuiik, par lequel ils formassent quelque 'S<?i:l:e.. de gouvernement public, et, s'y soumissent.; en sorte que sous ceux àqaiik aiijaient co«iiuais Pautorité du gouvernement*
«i8 Le GOUrERNEMENT'
,à toiis les iilcoovéniens qui raccom-»
pagnent , avec cette seule et malheu- .reuse difiFérense , qyx^on y est sujety ou
Îïlutôt esclave d'un prince absolu : au ieu que dans Pétât ordinaire de nature, chacun a la liberté de juger de son propre^ droit, de le maintenir et de le défendre autant qu'il peut. Mais toutes lesfoisque les biens propres dîunhonîmê seront envahis par la volonté ou Tordre
ils pussent voir fleurir la paix , la franquillité , CT toutes les autres choses qui peuvent rendre y " heureux. Les hommes ont toujours reconnu que lorsqu'on usait de violence envers eux, et
3u*on leur faisait tort , ils pouvaient se défenre eiix-xnêmes ; que chacun peut chercher sa ' propre commodité , maïs que si en la cherchant on faisait tort à autnii ,'cela ne devait point être souffert , <et que tout le monde devait s'y opposer par les meilleurs moyens; et qu'en-» fin personne ne pointait raisonnablement entre-, prendre de déterminer §on propre droit; et conforn.ément à sa détermination et à sa décision , de passer ensuite à le maintenir ; à cause que chacun est partial, et envers soi, et envers ceux fOur qui il a de Taftection , et que par conqi^ent les désordres ne finiraient point, si l'on ne donnait, d'un commun consentement, Pautorité et le pouvoir de décider et de régler tout 5 à quelques-lms qu'on choisirait; perisonne n'étant en droite sans le consentement dont nous parlons , de s'ériger en seigneur «t en juge d'aucun autre* HçoMier 3 Ëccb PoL i. I. $,,io. -. *
- CI r I L. x20
de son monarque ^ lion-seulement il n'a personne à qui il puisse appeler, et ne peijt avoir recours^ à une autorité publique^ comiiie doivent avoir la liberté 4^^ire ceux qui spi^t dans une société , « mais^^comme s'il était dégradé de l'état commun de créature raisonnable ; il n'a pas la liberté et la permission de ^ug^r de son droit et de le soutenir , çt.parlà y il est expos,é à toutesles misères et à tous les inconvéniejas qu'oii a sujet de cjfaindre et d'attendre d'un jiomme qui, étant dans un état de nature où il ; se croit tout permis , et. où rier^ ne peut s'opposer à lui , est de plus^corrprripu* ^ par la flatterie , et. arnié d'un grand
/ pouvoir. .
: XYI. Car si querlqu^un s'imagine qiu^
, le paxivoir absolu .purifie le s^ng des
'hommes, et élève la nature humaine:!,
il n'a ^u'à lire l'histoire de ce siècle,
Gii de quelque i autre , pour être Con-
, vaincu du contraire. Un. homme qui ,
d^ns les ijléserts de l'Amérique , st^8iit
. iQsolent et dangereux , ne^ aevieudr^ait
• " y point sans doute meilleur pur lé trône ,
>iir7.tput lorsque le savoir et la relîgioa
rgo LE G ou V E n iste ment «ité du silence à ceux qui -oseraient y trouver à redire. Après, tout , quelle espèce de protection est celle d^wn.mojiarque ûbsoliî ? Quelle sorte de père .de la patrie est un tel prince? (^ii#I bonheur , quelle sûreté en revient à la société civile, lorsqu'un gouverna raçnt , comme qelui dont il s^gît , a été amené à sa perfection ? Nous 1 e pouvons voir dans la dernière reiaûou w Geyloii.
XVIL A la vérité, <!^ns les monai»- «cliies ab^lues , aussi bien que dans \^ autres formes de gouverfienaens , les * sujets ont des lois pour y appeler , et de« juges pour faire terminer leurs différends et leurs procès , et réprimer la ^ •violence- que 1«» uns peuvent faijro aux
auti'es. Gertainèm^lî, il ^J ^ P^^*" :S0B5î€ qi» ne pen^è que cela est liécesfSaÎTe , et qui ne^oroîe que celui qui; you^ tJi-^k entreprendie dç l'abolir, mérité^, ijailt d'être regardé commie un ennemi Jdéckré dfe la société ^t du geût^ î«màîn., On-p€ut raisoûJaablem?én%diotftteî* qti^ èet lisage établi «^ viëtenc é^tefe >téri tabulé affection pour le j^énre-bumaiti '^ pour la société, et soit uji^ffet d^e •c^tt^ charité que nous sommes tous ^obligés d'avoir les uns pour les aut!:e<^; cependant il ne ^e pratique xiçn ejû
ci V ï t. r^f-
. celfe' que ce que ceux qui aiment leur pouvoir, leur profil et teur agrandissement, peuvent et doivent naturellement laisser pratiquer , qui est ^d'empêcher MfÊTi ces animaux, dont le travail et le «ervice sont destinés aux plaisirs de îenrs tnaîtres et à leur avantage ^nesè fassent duluaMes uns aiix autres, et ' u& se détruisent. Si leufô niait r es en «sent de la sorte , ë'ils prennent soin d'en% ^ ce n'estpàr aucune amitié , c'est
„ seulement à cause du ptofit qu*ik ea. retirent. Que si l'on se hasardait à demander , ce qtri n'a garde d'arriver sou*-
. vent, qn^elle sûreté et quelle sauver ;garde se trouvé dans un tel état etxlans un tel gouvetnement, contre la violence et l'oppression du gouverneur absolu, on recevrait bientôt cette réponse , qu'une fîeuîe demande de cette nature méritô'la mort. Le^ monarques absolus H les dcfenseurs du pouvoir arbitraire avouent bien qu'entre «iijèts et sujets ^
, il faut qu'il y ait de certain,e« règles ; 'deè lois et des juges pour i leur paix et leur sûreté mutuelle ; inais^ ils sou-^ -tfennent qu'un hônimêqui ^ le gouverïjfè-njient entre ses mains , 'doit être »iiso4u- et au dessus de 'Coûtes sortes d^ ^irGOB$taa::e$ et de raîsoiïniemens d'au*
truî; qu'il a le pouvoir de faire le tore et le« injustices qu'il lui plaît , et que ce qu'on appelle communément tort et injustice , devient j[uste , lorsqu'il le pratique. Demander alors comment^^Mt peut être à l!abri du dommage , dés in-' jures', deç injustices qui peuvent être faites à quelqu'un par celui qui >e$t le plus fort , ha ! ce n'est pas lïioias d'abord que la voix de la factioiiet dé la. rébellion.. Commé^ si lorsque les hommes, quittant Tétat de nature , pour entrer en société, couvenaierit que tous , hor^ un seul , seraient soumis exact,ement et rigoureusement atix' lois, et que ce seul
J privilégié retiendrait toujours toute la iberté de l'état de nature , augmentée . et accrue par le pouvoir , et devenue Kcentieuse par l'impunité, vCe serait assurément s'îmàginer que leshortmnes sont assez foijs pour prendre grand soin de remédier aux mots que pourraient leur faire des fouines' et des renards, et pouT être bien aises, et croire même qu'il serait fort doux pour eux d'êtrç . dévorés par des liojos. .
XVIII. Quoique les flatteurs puissent dire , pour amuser les esprits du peuple ^ les hommes ne Jaisseroôt pas de sentir toujours les înconyéûiens qm. nais§e|tf
iltt pouvoir absolu. Lorsqu'ils viendront ^ à appercevoir qu'un homme , quel que soit son rang, ;est hors- des engagemens de la société <;ivile dans lesquels ûs «Ht, eX qu'il n'y a point d'appel pour "^eux sur Ja terre contre les dommages et les maux qu'ils peuvent recevoir de lui , ils seront fort disposés à se croire dan» rétatde nature , à Tégard de celui qu'ils Verront y être , et à tâcher , dès qu'il leur sera possible, deseprocurerqueU que sûreté et quelque protection efficace dans la société civile , , qui n'a été formée , du commencement, que pour cette protection et cette sûreté} et ceux
aui en sont membres, n'ajant consenti 'j entrer , que dans la vue d'être à couvert de toute injustice et de vivre heureusement. Et quoiqu'au commencer ment ( ainsi que je le montrerai plus au long dans la suite de ce traité ) , quelque Vertueux et excelleût personnage ayant. acquis , par son mérite , une certaine prééminence/ sur le' reste des gens qui étaient dans le nfême lieu que lui,; ceux -Cl' aient bien voulu récompenser, d'une grande déférence, ses vertus et «es talens extraordinaires , comme éteint une espèce d^au.torité natrrelle , et aient rerni^ entre se» mains.^
cl uii commun accord, le gouvernement et l'arbitrage de leurs différends , sans prendre d'autre précaution que celle de se confier entièrement en sa - droiture et. en aa sagesse : néanmclfll^, lor^jue.le temps eut donné del'autojité , et, connue quelques-uns veulent nous persuader , eut rendu sacrée «t inïi^iolable cette 'coutume , que la ilégligente et peu prévoyante innocence a ?ait nî^ître , et a laissé parvenir k des ^femps différensv, et à des successeurs îÔ^me autre .tjcempe ,-le peuple a trouvé tfue ce qui lui appartient en propre n'était pas en sûreté et hors d'atteinte, , sous le gouverpemcnt dans lequel ii vivait ^ comme il' devrait être, puis* qu'il n'y avai^ point d'autre fia d'un gouvernement , que dé conserver c« qui appartient à chacun (i) : alors il n'a
(r) Dans le commencement , lorsque qu^Ir que sorte de gouvernement fut formé y ij peut être arrivé qu'on ait fait ^utre chl)sç q«e de remettre tout. à la sagesse et à la dis-' vcrétion de ceux qui étaient choisi* posur gour» ArejîniçMrs. .Mais ensuite , par l'èrpéKicncevyles jïioninies .out teçoanii qu* ce |gpufirerB€i»^K»^.^ /auquel ils se. troiiy aient soumi^, ,^tait su^.^]^ 'k toutes sortes tfmconvén^ens , et que ce "qu'ils avaient établi pour reifiëdier à îeurè jxmux m: fiiisaieut que le« augmeiit^r t e& O0I
|>ii se Croire en sûreté, ni être en repos, ^î se regarder coinjne étant en société civile , jusqu'à ce que raiitorité législative ait été placée en u^ corps collectif
. .^A^ens , qu'o^ appellera sénat y parie^ ment^ ou de quelgu'autre manière qu'on voudra , et par le rho jen duquel chacun , sans excepter le premier et le wineipal de la société , devienne sujet « ces lois que lui-même , con^me étant une partie de, l'autorité, législative , «a établies , et jusques à ce ciu'il ait }été ftésolïi qne qui que ce soit ne
- |>ou]rra , pai: sa propre autorité , dimî- »U4Br la force des lois, quand une fois elles^ auront été faites , ni sous aucun prétexte de supériorité , prétendre être exempt d'y ofeéîr , pom' se permettre, ou à qu^eïaues-ufid de ctix% d^ sa dépendance , des choses qui y soient contraires (i). ^JÇerspn^e , sans dpute , dans
dît que 5 viure selon lu volonté d'un seul homme j ç'çst ta cause fit là source de toutes les misères m -G^e^t pourquoi ils ont fait des lois dàas les-» i|lie^cs5 chacun pût ^ontiempler «t lire son de- 'Toîr^ ert conn^tre ks ^eir]es-qpefmé^tein.t ceu»X jjni lijs vrolci^^* Jfïooker, Èccl. EoL.l.i. §. jo.
(i) hts lois civiles, étaint d^s actes de tout le corps politique, sont par conséquent audessus à<i chaque partie de ce corps, Hool^er^ ^O^Ie-ttiêtee €J»dcoit% . '
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la société civile lie peut être exempt d'en observer les lois ; car si qnelqu'un pense pouvloir faire ce qu'il voudra, et qu'il n'j ait d'appel mr la terre contre ses injustices et ses violences , je««ki». mande si uri tel homme n'est pas tou* jours'entièrement dans i^état de nature , s'il^n'est pas incapable d'être membre de la société civile ? Il' faut demêurejr d'accord de cela ; à moins? qu'on aime mieux dire que l'état de nature et la société civile sont une seule et même choS^e ! ce que je n'ai jamais vu , comme