‹ Du gouvernement considéré dans ses rapports avec le commerce, ou, De l'administration commerciale opposée à l'économie politiqueChapitre 2 sur 46 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

Chez Pélicieb , Libraire , cour du Palais-Royal. A LILLE , chez L. Danbl , imprimeur du Roi.

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ÎSTOURS PRELIMINAIRE,

ixFAÈs la science du Gouvernement, qui s'occupe de Torganisation morale des sociétés et les fait vivre , la science la plus honorée parmi l€s hommes a toujours été celle de l'Administration , science très-vaste , puis qu elle embrasse tqus les intérêts positifs des peuples , et très-compliquée , puisque ces intérêts varient de nation à nation , et , pour ia même nation , d'une époque à une autre.

Si ces réflexions sont vraies de l' Adminis* tration en général , elles s appliquent plus particulièrement encore à l'Administration commerciale des peuples ; car le commerce met tous les peuples en contact , d'où naissent beaucoup d'oppositions et de rivalités dont il n'est pas toujours très-aisé de tirer avantage.

Le caractère de la science de T Administration est de ne reconnaître qu'un trèspetit nombre de principes fixes. StJLLY protégea l'agriculture de préférence au commerce , et fit bien , parce qu'il venait après des guerres civiles qui avaient ruiné les campagnes.

CoLBEKT s'occupa plus particulièrement de Tindustrie , et fit bien aussi , car , dès ce moment, T Angleterre manifestait le dessein d'attirer à elle le commerce de tous les peuples, et il était sage de ne pas la laisser marcher seule dans une roule qui devait la conduire à la souveraineté maritime.

Ainsi la science de l'Administration est essentiellement dépendante des temps, des lieux et des hommes. Elle vit de faits et d'expérience , et repousse toute théorie absolue , parce que le malheur des théories est d'être inflexibles , c'est-à-dire, sans application possible aux intérêts qui, de leur nature , sont toujours très-variables,

La science de l'Administration commerciale ( qui est lune des subdivisions de la science de l'Administration proprement dite ) passait autrefois pour très-difficile à acquérir. Un homme qui l'aurait possédée au degré le plus éminent et qui aurait laissé des mémoires, ne s'y serait Occupé que de son pays ; il n'aurait pas cru que ce , qui était vrai de la France , contrée située entre deux mers, dût l'être nécessairement

de rAllémagae qui n'en touche aucune.

€oLBERT, transporté tout à coup à Vienne, et charge, de FAdministration commerciale de ce pays, aurait donc certainement re« culé devant un pareil fardeau, ou du moins se serait cru obligé , avant de s'essayer à le porter , de refaire à nouveaux frais la plupart de ses études. Il n'en est plus ainsi : une science récemment découverte range toutes les nations sous la même loi. Riche en théories quelle vante, quoiqu'elle en change perpétuellement, pauvre ^n faits qu'elle dédaigne , les principes qu'elle pro* fesse s'appliquent à tous les peuples ; elle crée des administrateurs pour tous les pays. Elle va même plus loin ; elle veut des chaires d'où elle puisse régenter le monde; et , pour les obtenir , elle tonne contre les Gouf ernementsqu'elle appelle insensés et absurdes» Cette science est TEconomie politique.

En traçant ce premier aperçu , malheureusement trop exact , de la science économique , telle qu'elle s'est montrée jus^uici^ je sais à quels injustes reproches je m'expose , et je les redoute peu , parce que je

ne séni patf embarrasse d'y répondre. En rentrant en Ike , mon intention est dé com« battre s&m mënageiùaent , non les bommés ( que sont les hommes quand H s'agit de tek intérêts ?) , mais les doctrines. Les prin« cîpe^ que je cherche à défendre sont ceux que la France suit depuis Colbkrt , ceux-' là mêmes qtu « modifiés ftlon la différence des lieux , ont porté TAngleterre au degré de prospérité où nous la voyons, ceux enfin qui ont obtenu chés toutes les nations Tas^ sentiment des administrateurs les plus recommandables et des écrivains la plud éclairés. A tant de noms illustres , à GoXr> BftRT , à DAv£NÀirr , à Forbonnais i à M. Necker , qu'oppose-t-on ? SMrm. £t qu'était Sboth? Professeur de belles-lettres à Edimbourg , comme Qvèsnat , chef des économistes en France « était médecin à Paris. Ainsi, c'est au tribunal de deux hommes paiement étrangers à rAdministration que les ministres les plus habiles de TEurope ont été cités et jugés ineptes. Si jamais on écrit rhîstoîre des inconséquences humaines , il faut e^rer qu'on n'oubliera pas celle-là.

Smrm n*a exerce aucune influence sur TAdministration cte TAngleteire. Dan» le pays même qui la vu naître , il n a pas amené la moindre réforme : c'est une vérité qu'il ne faut cesser de répéter , parce quelle est très -propre à prémimîr contre les dangers de sa doctrine. En quoi donc Smith peut-il faire autorité ? Quesnay a été plus vanté que Smfth ; et qui oserait citer QuESKAY aujourd'hui ?

M. Say travaille depuis quinze ans à naturaliser en France la doctrine de SMrrH »

qu'il a Reproduite , à de légères modifications près, dans un ouvrage très-remarquable par le talent et la méthode. Cet écrivain appelle çieîl/es erreurs les principes qui régissent l'Administration commerciale de tous les peuples de l'Europe. S'il Êiut l'en croire , les hommes qui professent ces principes sont sous le joug d'un vieil errtpi-risme. Mais quel terrible préjugé contre M. Say que cette longue suite d'àdminis-trateurs distingués , que cette ligue imposante d'écrivains qui tous ont vu autrement que lui! et M. Say ne se le dissimule pas.

Ecoutons-le : (i) ^ On a âit^ à Vappuiies 3» çieilles erreurs ^ ^u* il faut bien qu'il y ait » quelque fondement à des idées si gêné-- » ralement adoptées par toutes les nations ; » ne doit-on pas se défier d'observations et » de raisonnements qui renversent ce qui a » été tenu pour constant jusqu'à ce Jour ^ ce • qui a été admis par tant de personnages » que rendaient recommandahles leurs lu- » mières et leurs intentions ? Cet ai^gument « 3» |e Favoue • est digne de Étire une pro- » fonde impres^on , et pourrait jeter du *» doute sur les points les plus incontesta- » blés ^ si 1 on n avait vu tour à tour les » opinions les plus Êiusses, et que main^ » tenant on reconnaît généralement pour » telles, reçues et pro^ssées par tout le 9 monde pendant une longue suite de » s^les. Il n y a pas encore bien long-r » temps que toutes les naticHis , depuis la

(i) Traité d^économie politique , discours iH-âimiaairc, Z^ édition, p. Ixvi. — 4.^ édition , p. bmj. Je cite les deux dernières éditions , attention que j'aurai toujours, afin de rendre les recherches faciles pour un plus grand nombre de lectenri.

9 plus grossière , jusqu'à la plus ëclairëe , » et que tous les hommes , depuis le porte- 9 faix, jusqu'au philosophe le plus savant, 9 admettaient quatre éléments. Personne » n eût songé même à contester cette doc- 9 trine , qui pourtant est fausse ; tellement » qu'aujourd'hui il n y à pas d'aide-natura- » liste qui ne se décriât, s'il regardait la » terre , Feau , l'air et le feu , comme des » éléments. » Si M* Say croit répondre ainsi à l'ohjection très-forte qu'il s'est proposée, il s'abuse étrangement. Que des hommes , d'ailleurs très -éclairés, se soient trompés pendant plusieurs siècles sur un point quel* conque d'histoire naturelle , cela ce comprend et ne prouve rien. L'eau ^ l'air, la terre et le feu , éléments ou non , en étaientils moins utiles à l'homme ? Le soleil , dont la terre usurpa si long - temps la place au centre du système planétaire , avait-il pour cela cessé de mûrir nos moissons ? Ces erreurs-là sont sans conséquence ; elles n'amènent point de bouleversements , ne jettent point de mal-aise dans les esprits; elles ne blessent surtout aucun intérêt , raison pour

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