PARIS
F. SAVY, LIBRAIRE-ÉDITEURI
21, RUE HA.UTEFEU1LLLE, 21
Vf
» Si [est-ce qu'il est du .difficile concoction offense l'estomacli , engendre manlvais sans, et par son excessive chaleur, férit le cerveau et remplit la teste de fascheuses et doloreuses vapeurs.i
(R»bel»is, Pantagruel., \iv. ui,rti.49:
Us l'Herbe nommée pantagruelion.)
De tout temps les peuples orientaux ont usé de préparations enivrantes; le datura, la jusquiarae, le chanvre, ont été employés seuls ou concurremment. Mais, de ces substances, la plus répandue, la plus généralement usitée, paraît être le chanvre indien ou hachisch.. Quelques auteurs arabes font remonter la découverte de ses propriétés seulement à l'année 658 (1280 de l'ère chrétienne), et ils ont attribué aux lois du Coran l'usage de cet enivrant. 11 est évident que Mahomet, en défendant à ses fidèles les boissons fermentées, a contribué à répandre l'emploi du chanvre, mais celui-ci élait connu depuis longtemps déjà.
Les anciens qui en ont traité : Pline, Columelle, Galien, n'ont pas parlé de ses effets enivrants. Ce-
pendant, au rapport d'Hérodote (1), les Scythes s'enivraient en aspirant la vapeur des graines de chanvre projetées sur des pierres roupies au feu, el il est prohahlr que le nê/xw/Aès d'Homère n'était autre qu'une préparation de hachisch. Virey, qui alonguemcnt discuté ce point, regarde le nêpc/iffw comme unejnsquiame, Xkyoscyamvs datnra (2), et cependant la lecture de son mémoire amène à une conclusion différente : Hélène, dit. Homère, apporte une coupe de vin mêlé de népenlhès au jeune Télémaque, qu'accahlait le chagrin : «Celui qui boil une coupe pleine de ce vin ne peut verser aucune larme pendant, un jour.» (Odyssée, liv. iv, vers 218.) N'est-ce pas là signaler les effets exhilariants du chanvre? De plus, suivant le poëte, le népen thés venait de l'Egypte, où le hachisch est l'enivrant par excellence. Enfin, au temps d'Auguste, suivant Diodore de Sicile, les Egyptiennes de Thèbes se vantaient d'avoir seules la recette d'Homère (3).
Quoi qu'il en soit, ce fut, ainsi que nous l'avons dit, la prohibition des liqueurs alcooliques qui contribua à propager l'usage du chanvre parmi
(I) Virey, HitUelin de phai
i2) «Virey, dit M. Uecourlive (thèse de l'École de pharmacie, 1S48), Virey a [trouvé que le cannabis indica était bieu le uépeuthès d'Homère.» C'est une erreur qui a été répétée. Virey dit positivement que le népenlhès devait être uue jusquiame.
(3) Virey, toc. cit.
les populations musulmanes. Les fanatiques y puisaient l'exaltation de leurs passions. On sait que les sectaires furieux, envoyés par le Vieux de la Montagne, étaient constamment sous l'influence du hachisch, et, du nom de hachischins qu'ils prenaient, on forma le mol assassin, dont les Croisés enrichirent notre langue au xm" siècle. Le fanatique qui frappa le général Kleher était aussi sous l'influence du chanvre, et, comme les musulmans, qui avaient l'habitude de cette substance, causaient des désordres, le g'énéral Menou rendit, le 17 vendémiaire an IX, un arrêté qui défendait de fumer la graine de chanvre. Les Orientaux s'en servaient aussi pour ranimer leurs forces ou pour s'exciter au combat. Dans l'Inde, les porteurs de palanquins ont l'habitude de fumer un mélange de chanvre et d'opium, et, quand ils sont fatigués, ils puisent dans cette substance une force nouvelle. Quand les Anglais s'emparèrent de Delhi, lors de l'insurrection de 1857, les cipayes révoltés étaient sous l'influence du bangh (nom indien du.hachiseli). Malgré des lois sévères, le hachisch est très-employé en Turquie, en Syrie, en Egypte, en Inde et sur toute la côte orientale d'Afrique : aussi les poètes orientaux ont-ils chanté ses vertus singulières; l'un d'eux a dit : «Le pauvre, quand il en prend seulement la valeur dun drachme, lève une tête superbe au-dessus des émirs a (i).
(I) Berllieraad , Médecine et hygiène dei .Irabcs, \\, 369.' Paris, 1855.
Si les propriétés enivrantes du hachisch ont été long-temps ignorées parmi nous, celles du chanvre européen n'étaient pas inconnues à Rabelais, qui dit de la g'raine de chanvre : «Si est-ce qu'elle est de difficile concoction, offense l'esloînach, engendre malvois sang 1 , et par son excessive chaleur, férit et remplit la teste de fascheuses et doloreuses vapeurs n (1).
Caractères botaniques. — Synonymie des préparations du hachisch. — Préparations orientales. — Etvdc chimique et préparations pharmaceutiques.
Caractères botaniques. — La plante qui fournil le hachisch appartient à la famille des l'rticées et au genre cannabis, qu'Endliker a érigé en famille, les Cannabinêes.
Le genre cannabis ne comprenait que le chanvre commun (cannabis sativa), lorsque Lamark, ayant reçu par Sonnerai des échantillons de la plante indienne, crut devoir en faire une espèce particulière, sous le nom de cannabis indica. Plusieurs botanistes se sont rangés à cette opinion ; d'autres ont pensé que les caractères de la plante indienne ne sont pas spéeiliques, et que le cannabis indica de Lamark doit être considéré comme une simple variété. Parmi les botanistes qui ont
(1) Habclais, toc. cit.
adopté la division de Lamark, on trouve Loiseleur- Deslongchamps, Guillemin, Richard. — Au contraire Speak, Persoon, Lemaire, Decourtive, Personne, considèrent le cannabis comme une simple variété du chanvre européen.
Voici les caractères des deux variétés :
Le cannabis saliva a la tige droite, d'une hauteur variant de 3 à 10 pieds, simple ou peu rameuse, garnie de feuilles profondément incisées, à divisions palmées, dentées, aiguës, feuilles opposées sur le bas de la lige, alternes à la partie supérieure, d'un vert foncé en dessus, d'un vert glauque en dessous. Fleurs dioïques : fleurs maies petites, d'un jaune verdàtre, courtes, pédicellées, h bradées minimes; périanthe régulier, pentapbylle, à segments oblongs ou lancéolés, un peu plus courts que les étamines. Étamines au nombre de cinq, pendantes, à filets courts, fdiformes; anthères grandes, basifixes, oblongues. Fleurs femelles : périanthe tubuliforme, ventru à la base, enveloppant l'ovaire. Ovaire subglobuleux, style court, terminal, terminé en deux stigmates pubescents. Graine à tégument verdàtre, membraneux, adhérent. Embryon huileux, replié; radicule longue, supère. Racine fibreuse.
L'individu mâle est plus petit, plus grêle, d'où l'erreur dans laquelle tombe le vulgaire (et tombaient les anciens botanistes), en lui donnant le nom de chanvre femelle, et vice versa.
Suivant Lamark, le cannabis indica a une tige moins grande, plus rameuse, plus dure, et on
le distingue particulièrement en ce que les feuilles sont eonstammenL alternes. D'après M. Guibourt, ses fruits sont plus petits.
Ces caractères ne semblent pas suffisants pour motiver la création d'une nouvelle espèce; les propriétés narcotiques et enivrantes appartiennent aussi à la plante européenne, propriétés d'autant moins marquées, qu'elle est recueillie plus au nord. M. Berthault a préparé avec le chanvre français de la hacbischine, qui, prise à une dose quatre ou cinq fois plus considérable que celle du Caire, a donné des résultats identiques (i). M. Decourtive a trouvé que la hacbischine préparée avec le cannabis récolté en France est active, et celle qui vient du chanvre d'Italie plus active encore (2).
Synonymie. — Les noms que reçurent en Orient les préparations du chanvre sont nombreux, et là synonymie en est complexe. Aussi embarrassat-elle les écrivains des derniers siècles, et aujourd'hui régne-t-il encore un peu d'incertitude sur la valeur de ces différents noms. Plusieurs circonstances contribuèrent à amener cette confusion . La plante s'emploie, ou fumée ou ing-érée dans l'estomac, et pour ces deux modes d'absorption, a été transformée en préparations diverses, qui cha cune ont un nom spécial ; elle est usitée dans tout
(1) BanhiulU, du fjactihi-fi (llièse de Paris^ 1854, u° 258).
(2) ik'i'oui'livf, ila Hachisch (llièse de l'École de pharmacie, IMS.)
l'Orient, dénommée, par conséquent, dans différentes langues; de plus, les élecl.uaires eilivMtlts ont été désignés sous le simple nom de pâte, d'onguent, etc.
Le hachisch est le nom le plus généralement connu et sur la valeur duquel il n'y a aucun doute. Il s'applique en effet à la plante elle-même, et veut dire simplement herbe, ainsi que le rapporte Alpin, qui avait visité l'Egypte au xvi" siècle. « Les Égyptiens, dit -il, usent beaucoup de chanvre, qu'ils appellent assis, nom qui veut dire simplement herbe, comme si le chanvre était l'herbe par excellence » (1).
On le trouve aussi en Algérie appelé hachisch-alfokara : herbe aux fakirs (2).
On l'appelle encore ckurrus, bangh, bend, mas' lach, madjoon, etc.
Le churrus ou cherris est la matière résineuse molle qui est sécrétée par les feuilles et recouvre la plante; c'est la partie active du végétal; elle est recueillie, soit en frottant la plante avec des lanières de cuir, soit en la pilant et l'exprimant dans une toile à laquelle la résine s'attache. Elle est souvent mêlée de débris de feuilles; elle est destinée a être fumée; on peut aussi l'absorber par l'estomac sous forme de pilules.
Le banrj, bhanrj, bangie semble être le nom persan
(1) P. Alpini medicina jEgyplorium... Lugdunt Ratavorum, 1745, |>. 258.
(2) Lacoste, (De quelques usages arabes au point de vue de l'hygiène.! Tlièse de Montpellier, 1851, n" 59.
du hachisch ; les anciens le désignaient sous le nom de banque persarum, Clusius (1) le regardait comme ayant le chanvre pour base, et le pensait identique à l'électuaire que les Turcs appellent maslach et maju. Linnée (2) réunit le maslach et le bangue comme des pâtes à composition identique.
Le nom de bangh se retrouve aussi dans l'Inde pour désigner le chanvre (3). Suivant Muller(4), il s'appliquerait à la plante femelle, et le nom de ganja appartiendrait à la plante mâle. Ganja se rencontre dans les dialectes de l'Inde et des pays voisins : ganja en bengal, en tamoul, ganja chetlu en telinga; on retrouve l'analogie dans le sanskrit ganjica, dans le Javanais gumche (5).
L'électuaire pris par Kœmpl'er pendant un repas, lors de son voyage en Perse (6), et qui amena une si singulière ivresse, est évidemment une préparation cannabienne, et je ne sais sur quoi se fonde Linnée pour donner comme base à cet électuaire le peganum harma/a, de la famille des ruta-
Le bangh des Indiens suivant Hermann, cité par Linnée, serait un composé dont Y hibiscus sab-
(1) Clusii exoticorum tibr! itcccm, Mb. n, cap. 25; 1665.
(2) /tmanilalcs academicir, l. VI , |>, 180 (ihèse d'Alander : fneùrianlia).
(3) Maleria medica, by Whitdaw Ainslie, I. II, p. 208; London, 1826.
(4) Dorviuilt, Supplément à t' Officine pour 1857.
(5) Natcria medica, by WhîU'Iaw Ainslie, etc.
(6) Linnée, loç. cit.
dmiffa (mah'acées) constituerait le principe actif, mais il n'est aucune observation qui fasse reconnaître à quelques hibiscées des propriétés enivrantes, et ce que nous savons aujourd'hui ne laisse aucun doute sur la composition du bangh.
Sous le nom de maslach turcarum, les écrivains ont parlé d'un électuaire dont la composition n'était pas toujours identique ; tout au moins paraîtelle fort complexe. Suivant Cartheuser (1), il renfermait de l'opium, des semences d'ivraie, de chanvre, de datura, de mandragore, de fougère, le tout réduit en poudre et mêlé à du miel.
Sennert (2) nous prouve assez que le mot maslach était un mot générique, et qu'il s'appliquait aux pâtes enivrantes, quelle qu'en fût la composition. II rapporte, d'après Sylvage, interprète de la république de Venise près du sultan, qu'il existe deux sortes de maslach : l'un, appelé affium, étaitde l'opium pur; l'autre, appelé bongelk, était fait avec du miel, des feuilles et des semences de clianvre (3).
Madjouu en arabe veut dire pâte, onguent. Il
(1) J. F. Carllteuser ritdiinrnta materne medîcœ raiioi!alis t elc. , p. 365; Fraucofurli, 1741.
(2) Danieli Senneiti medicina practka, p. 272-277; Paris,
(3) Du reste, les anciens ailleurs de matière médicale commettaient souvent de singulières erreurs quand ils s'occupaient de piaules exotiques. Ainsi Sennert dil i « Les Turcs prennent beaucoup d'une cerlaiue drogue qu'ils appellent capH et que je crois ôirede l'opium pure.
s'emploie pour des préparations rannabiennes et pour des préparations opiacées (1).
Le HOili de ttiêf s'appliquanl à un état de langueur, de paresse, de rêverie qui suit l'emploi du hachisch, on a dit aussi par exlension, fumer du ldcf, manger dit kief.
Èii-àr est le liom tjùe reçoit le chanvre en Anatblle (2J : il signifie produit secret, préparation secrète.
Enfin terminons en citant deux onguents dont parle Alpin : le bosa, formé d'ivraie et de chanvre; et le b'VD'vi, fldhl la composition ne lui est pas cdnUuè.
Pi œpa hâtions orientales. — L6é préparations orientales sont destinées a être fumées ou à être insérées pat- l'estomac. Pour le premier usage, on se contente souvent de dessécher les sommités fleuries et de les fumer soit dans une pipe à fourneau étroit, cottilne sont les pipes à opium, soit dans le narghilé. Généralement la plante perd ses propriétés en se desséchant, et c'est sans doute ce qui a fait dire à M. Decourtive que le hachisch fumé n'agit pas sur nos cerveaux français. C'est une erreur. J'ai eu de ces sommités fleuries rapportées de Zanzibar; j'en ai fumé en cigarettes et elles avaient une très-grande activité. Cette sorte
(!) flfatljomr. en tamoul , majoon eu sanskrit. (Voy. Ainsli , lot. cit.).
<2) Boucl.ar.ltil, annuaire /m,r 1865.
devait la conservation de ses principes ne tifs à ce que la plante desséchée était fortement serrée dans des rouleaux d'écorce formant une espèce d'étui à suture longitudinale. Cette écorce élastique comprimait la plante, et empêchait l'accès de l'air.
La meilleure préparation destinée à être fumée est celle que j'ai prise dans le narghilé et qui venait d'Alexandrie : c'est une matière résineuse, dure, noirâtre, disposée en corde et roulée sur etie-même. C'est, je crois, la résine de la plante, le ehurrus, et elle doit être identique à la préparation qu'on trouve à Smyrne, où elle est appelée israël. Celle-ci est disposée en rouleaux et trèsusitée par les derviches (1),
En Anatolie, on prépare des pastilles pour les fumeurs de la manière suivante : u On place une quantité déterminée d'esrar (poudre de feuilles de chanvre) dans une casserole en fer que l'on chauffe lentemeht sur un brasier. Dès qu'une odeur vireuse commence à Ke développer, l'opérateur plonge la main dans un vase rempli d'une forte infusion de café, et arrose avec soin la poudre tout en la remuant avec diligence au moyen d'une cuiller eh hois. Dès que ce mélange est bien fait et que la poudre s'est changée eu pâte ayant l'odeur et la couleur du café, on le relire du feu, on le verse sur une plaque de marbre, et l'on commence à le manipuler pour lui donner
(l) Bouchardal, Formulaire magistral, 1851, p. 88.
une consistance homogène, pour le couper ensuite en morceaux réduits en forme de petits bâtons de huit pouces de longueur et d'un pouce d'épaisseur. On conserve ces bâtons dans du linge mouillé pour les empêcher de trop durcir afln de pouvoir à toute occasion en couper des rondelles avec facilité. Les pastilles du poids de 4 grammes environ coûtent 1 piastre chacune (20 cent.). Une seule pastille est plus que suffisante pour plonger une personne non habituée dans le délire le plus complet » (1).
L'extrait gras est très-usité; il sert de base à une foule de pâtes, de confitures, de bonbons secs. « On fait bouillir les feuilles et les fleurs de la plante avec de l'eau à laquelle on a ajouté une certaine quantité de beurre frais, puis le tout étant réduit par évaporation à la consistance d'un sirop, on passe dans un linge. On obtient ainsi le beurre chargé du principe actif, et empreint d'une couleur verdâtre assez prononcée » (2).
L'extrait gras est une préparation très-active, mais il rancit facilement, et c'est une substance désagréable et repoussante.
La dose est de -i à 6 grammes : le professeur Hech, de Montpellier, l'a administré d'emblée à la dose de 16 grammes, et M. Moreau de Tours a pu.
(1) D r Mongeri, ia Boucliardal, Annuaire île thérapeut. pour 1805, p. 65.
(2) Bewchardat , Matière mêthc, t. I, arl. Hachisch.
en faire prendre jusqu'à 20 grammes sans inconvénients.
Les Orientaux ajoutent à l'extrait gras des aromates, du sucre, du miel et du musc, qui en masquent l'odeur et la saveur. On obtient ainsi les confitures connues sous le nom de dawa-mesk, fcawa-mexft-, drogue musquée, dont Alpin avait parlé en l'appelant diamesk (1). 11 se prend à la dose de 30 grammes. On fait aussi des bonbons secs. J'ai mangé d'un gâteau sec, ayant l'odeur vireuse caractéristique du hachisch, cassant , renfermant une grande proportion de sucre, et dont la surface noire, piquetée de gris, rappelait l'aspect de certains granits. A la dose de -£ grammes, je l'ai trouvé inerte.
D'après le D r Mong'eri (2) , voici comment se recueille le chanvre dans l'Asie Mineure, près de Brousse et en Mésopotamie, près de Mossul :
«Le marchand d'esrar, a son arrivée sur la localité où le cannabis est cultivé, divise ses g-ens en escouades qui entrent dans les champs et coupent d'abord toutes les sommités lleuries de la plante afin que les feuilles d'où l'on relire ce produit puissent prendre plus de développement et de vig'ueur. Quinze jours après cette opération, on commence la récolte, après s'être bien assuré que les feuilles ont grandi et qu'elles présentent de la
(1) P. alpini, elc, toc. cit., p. SU,
(2) la Bouchardal, Annuaire pour 1865.
viscosité au loucher. La récolte se fait en moissonnant ia plante. On évite l'arrachement par crainte de perdre ou de déchirer les feuilles. On transporte toutes les tiges sous un hangar, où l'on commence à détacher et à recueillir toutes les feuilles en les plaçant, pour les faire sécher, sur un long lapis de laine très-grossier qu'on appelle kilim. Dès que les feuilles sont arrivées à la sic-cité voulue, on les ramasse et on les réunit toutes sur la moitié du tapis, en se servant de l'autre moitié libre pour les frotter rudement jusqu'à ce qu'elles soient réduites en poussière. Ce premier produit est tamisé immédiatement et mis de côté, et constitue la qualité choisie de Yesrar, et s'appelle sighirma. Le résidu que contiennent les nervures des feuilles est réduit aussi en poudre, de la même manière, par un nouveau et ultérieur frottement. Ce second produit, qui s'appelle hourda, n'est pas estimé du tout. Aussi, tandis que la première qualité se vend ordinairement iO francs le kilogramme, l'autre, au contraire, se place avec peine à 10 francs.»
Outre les pastilles pour les fumeurs, dont nous avons parlé plus haut, on prépare un sirop d'esrar. Il paraît que la production de Yesi'ar dépasse 2b, 000 kilogrammes.
On voit que la destruction des sommités fleuries augmente la richesse en résine des feuilles; d'autre part, suivant M. Dorvaut (1), le chanvre
(1) Du Haekitch, m BuVel. du thérap., t. XXXV, u. 300.
indien a acquis la somme do ses propriétés narcotiques quand il est en fleurs, ou même quand il commence à g-ermer, et les parties les plus actives de la plante seraient les sommités fleuries.
Il est beaucoup de ces préparations orientales avec lesquelles les essais physiologiques ne peuvent être sérieux, à cause du mélange de substances étrangères. Ainsi, le ganja de l'Inde renferme souvent de l'opium; d'après M. Aubert Roche, il est de ces électuaires de chanvre auxquelles on ajoute de la poudre de cantharides. Suivant Ainslie (1), il y en a qui contiennent de la noix vomique.
Les effets produits par la plante ou la résine fumée, ou par les préparations pharmaceutiques, sont les seuls qui méritent entière confiance ; ils ne sont dus, alors, qu'au principe actif du cannabis; disons en peu de mots quel est ce principe et quel est le résultat de l'analyse c|iimique.