DE L'OMBRE PATHOLOGIQUE DE PROJECTION HILAIRE
L'investigation radiologique est toujours le complément indispensable d’un examen, même lorsqu'elle ne nous fournit que des signes additionnels d'une maladie déjà diagnostiquée. Elle devient plus précieuse encore, quand, pratiquée dans un simple but prophylactique, elle nous révèle un début d'affection ignorée. Dans ce cas, l’origine étiologique n'est pas évidente. L'analyse de l'ombre et l'examen complet constituent alors les éléments cardinaux du diagnostic.
La tuberculose est certainement la cause la plus importante des ombres pathologiques de projection hilaire. En dehors de certains cas de maladies évidentes, c’est à cette affection que l’on doit penser. Nous y ferons ici la plus grande place.
Les affections susceptibles de réaliser des ombres thoraciques semblables sont nombreuses. On se les représente quand on pense aux diverses régions anatomiques qui sous les rayons X se superposent sur un même plan dans la même zone : parois ostéo-musçu- Jaires thoraciques antérieures et postérieures, culs-desac pulmonaires médiastinaux, pré et rétro-hilaires, organes hilaires eux-mêmes, bronchiques, artériels, veineux et lympbatiques ; enfin les organes du médiastin peuvent eux aussi par leur hypertrophie se projeter dans la même région.
Nous ne retiendrons de ces affections possibles que
celles qui nous ont semblé justifier quelques observations utiles. : jf
Les perturbations vasculaires projettent fréquemment des ombres pathologiques hilaires. Il peut s'agir de stase veineuse avec « ses ombres hilaires énormes, à Contours flous, à structure irrégulière, constituées. presque en totalité par des entrecroisements vasculaires » ; il peut s’agir d’une hypertension de l'artère pulmonaire avec « ombres hilaires augmentées, mais. nettes, battantes » (Laubry, Chaperon, Thomas).
Le diagnostic de ces cas est rarement embarrassant.
On a pu déjà établir celui de cardiopathie ; la radiographie n'apporte dès lors qu'une confirmation. Mais. il peut arriver que la défaillance du cœur soit discrète, le trouble cardiaque incertain. C’est le fait parfois de tuberculeux pulmonaires, à forme fibreuse, ou traités par collapsothérapie ; l'ombre hilaire risque dans. ce cas d'être interprétée comme traduisant une lésion tuberculeuse. L'intensité même de cette ombre, la dyspnée, la cyanose, la congestion des bases doivent pour le clinicien constituer des indications de premier ordre. Une thérapeutique toni-cardiaque influençant heureusement ces symptômes montrera au clinicien s’il a vu juste.
Nous ne rappellerons que pour mémoire, parce que relevant de diagnostics exceptionnels, les grosses. adénopathies tumorales, Hodgkin, lymphadénomes, lyÿmphosarcomes, qui peuvent réaliser de grosses. ombres hilaires.
Plus important à signaler est le diagnostic d’adé-
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nopathies trachéo-bronchiques banales, volontiers: porté par des cliniciens et radiologues, en dépit des nombreux auteurs qui en ont dénoncé l'abus. Récemment encore, M. Lestocqoy a pu nettement observer que « en réalité il n’y a pas d’adénopathies trachéobronchiques notables, chroniques, non tuberculeuses. Les broncho-pneumonies banales ne s'accompagnent pas d’intense réaction ganglionnaire et les dilatations bronchiques infectées, véritables éponges de. pus, les abcès du poumon même ne comportent pas de telles adénopathies. Les pièces anatomiques que nous avons recueillies nous le démontrent formellement. Les seules intumescences ganglionnaires qui ont une: traduction radiologique sont attribuables soit à la tuberculose, soit aux tumeurs du médiastin »
Il faut donc se méfier des ombres hilaires pathologiques d’allure ganglionnaire, post-rougeoleuses ou coquelucheuses.
N'importe quelle infection pulmonaire d’autre part, en dehors même de la tuberculose, peut se localiser dans les culs-de-sac pulmonaires pré- et rétro-hilaires et simuler une ombre d’origine hilaire.
MM. Mouriquand et Savoye, M. El Rafié ont consacré récemment les premiers un article, le dernier sa thèse, au « Hile pneumococcique ». Ils ont signalé des cas de pneumonie aiguë, à pneumocoques, d’allure clinique typique, dans lesquels « l'ombre apparaissait comme une masse homogène, assez régulière, accolée à la région du hile, et simulant avec assez d’exacti-
tude une image tuberculeuse ganglio-pulmonaire ».
Le TE
Des congestions pulmonaires banales, des abcès du poumon peuvent également réaliser la même ombre radiographique de projection hilaire. Les mêmes auteurs ont observé un enfant qui présentait « une grosse ombre hilaire droite arrondie à contours réguliers » en même temps qu’un état général médiocre, mais qui ne réagissait à aucune des cuti-réactions successivement répétées. L'ombre rétrocéda en quarante jours, mais postérieurement l’enfant fit une récidive -et cette fois au niveau de l’ancienne ombre se creusa ‘un abcès typique.
Nous notons que les auteurs emploient l'expression -«hile pneumococcique; ils parlent d’abcès hilaires; il ne peut s'agir ici, comme en matière de localisation de lésions tuberculeuses, que d’apparences topographi- -ques, que des radiographies de profil auraient facilement rectifiées. Ces lésions de pneumonies ou d’abcès ‘ne peuvent, en effet, se développer que là où ily a du parenchyme, c’est-à-dire dans les culs-de-sac médias- . inaux antérieurs ou postérieurs.
On trouve dans la littérature médicale des cas bien curieux de diagnostic étiologique d'ombre de projection hilaire. Il s’agit entre autres de maux de Pott -dorsaux.
M. Martin, MM. Lelong et Jamet, M. Lereboullet -ont pu faire les uns et les autres de ces observations. M. Martin relate un cas où la radiographie thoracique avait montré « une image arrondie, à contours nets, non animée de battements, de la région parahilaire moyenne » qui évoquait « l’idée, soit