R. P. A..G, MORICE, O, M. I
Missionnaire en Colombie Britannique
Au cours de l’année 1897, M. C. Knapp terminait une revue de mon livre Au Pays de l'Ours noir! en souhaitant que « de retour dans ma lointaine mission, je réunisse les matériaux d'un volume aussi intéressant que celui dont il venait d'essayer de rendre compte». Ranne note a été prise de ce vœu, En attendant qu'il puisse se réaliser, les circonstances m'ont amené à offrir à la Société Neuchâteloise de Géographie un travail de moindre importance, bien que peut-être d'actualité non moins grande. Admis dans son sein à : e gracieux, j'ai naturellement cherché à payer ma dette ue reconnaissance et me suis rappelé que j'avais encore en portefeuille ües notes d’un voyage d'exploration à partir du centre de ma mission, sur le lac Stuart, jusqu’à l'une des nombreuses baies ou fiords qui découpent les côtes de l'Océan Pacifique à la latitude où je vis depuis tantôt vingt ans. C’est ce journal de voyage que je me permets de soumettre aujourd’hui à la Société.
D'un autre côté, comme notre pays est très probanlement une terra in: gnita pour la grande majorité des lecteurs du
1 Chez Mme Ve Briguet, Paris, Rue de Rennes. 82. 2 Bulletin de la Société Neurhâteloise de Géographie, tome 1X, 1896- 1897, page 202.
Bulletin. puisqu'il est resté peu connu mème des géographes les plus récents, je n'ai cru pouvoir mieux faire que d'accompugner imex notes d'un fragment de carte à grande échelle illustrant, avec la contrée dernièrement parcourue, le territoire limitrophe précédemment exploré. Quelques renseignements sur la topographie du pays, certaines explications sur les anciennes cartes de cette partie du monde, ainsi que les raisons qui ont motivé la mienne, fourniront la matière de la première purtie de mon petit mémoire.
LE Pays ET SA CARTE
La contrée en question comprend à peine un quart de mon district de missions, Elle est située immédiatement au Sud- Ouest du lac Stuart, belle pièce d'eau qui peut être considérée comme le centre géographique de la Colombie Britannique. Centre géographique, ai-je dit, topographique serait plus correct, car, jusqu’en ces dernières années, les connaissances des géographes ne s'étendaient guère plus loin que le bassin du lac Stuart, au Nord duquel toutes les cartes portent encore la mention: « pays inexploré». Or les sources de la Nétchakhoh et le bassin de son cours supérieur étant, au double point de vue économique et ethnographique, une région presque absolwinent déserte et tout à fait en dehors des voies de cuminunication ordinaires, ce coin de l'Amérique est demeuré jusqu'ici négligé des géographes.
Si je ne me trompe, la première carte qui essayât de donner une idée de ce pays, ne date que de 1871. Elle fut dressée par les soins de feu M. Trutch, alors ministre des Travaux publics de la Colombie Britannique. C’est un travail consciencieux, finement exécuté et assez correct en ce qui concerne le Sud da la province. Mais relativement au territoire qui nous occupe, cette carte doit être considérée comme une quantité négligeable et, à vrai dire, elle ne prétend pas à autre chose, puisqu'elle le couvre de grands lacs aux formes fantastiques,
tous en pointillé et sans autres noms ou mentions que lake coun‘ry, pays de lacs. Le lac Francais lui-même y est en pointillé, et le cours de la huute Nétchakhoh y est raccourci de plus de moitié, Deux autres détails achéveront de démontrer son peu de valeur en ce qui regarde le pays qui nous occupe. Cette carte assigne juste le double de la longueur du lac Fraser à la rivière qui relie cette pièce d'eau au lac Français, tandis qu'elle n'en a que la moitié, et le lac Hehn, au lieu d'être, avec le lac Vert dont l'existence n'est mème pas soupçonnée, la source de la rivière la Houe qui se jette duns la basse Nétchakhoh, y est représenté comme la source de la rivière Noire (Black Water) qui tombe immédiatement dans le Fraser, lu grande artère fluviale de la Colombie Britannique, presque un degré plus au Sud.
En 1871, M. Mare Smith, ingénieur uu service de la Compagnie du chemin de fer Canadien-Pacifique, sit le trajet entre les lacs Fraser et Sainte-Marie, puis, longeant la rive septentrionale de ce dernier, se rend ! au Sud-Sud-Ouest jusqu'à la rivière Dean où Saumon, où j : evais moi-mèine le suivre dix ans plus tard, A l'exception ‘sac Sainte-Marie dont il ne put mème relever correctement les rives puisqu'il ne le suivit que par terre et à une certaine distance, il eut le désavantage de coupe, en travers les systèmes hydrograpb:mes qu'il rencontra, et ne put guère ajouter au contin, ::: de données géographiques déjà acquises. Le résultat de 11e exploration partielle se trouve consigné dans la carte géologique du Dr G.- M. Dawson, publiée en 1875-76. Nous aurons l'occasion d'en reparler lorsqu'il sera question des altitudes.
Dans le cours de l'automne 1876, un autre ingénieur du nom de Cambie traversa, dans l’intéret de la même compagnie, le lac Français dans presque toute sa longueur, puis se rendit, à travers bois, au lac auquel j'ai donné son nom; il remonta la vallée de la rivière Bleue jusqu'à un point culminant d'où il crut apercevoir dans le lointain une partie du lac que je devais plus tard nommer lac Émeraude. Revenant sur ses pas, il descendit en radeau le lac Cambie et son système hydrographique ainsi qu'une partie de la haute Nétchakhoh jusqu'à un point où il prit la tangente pour se rendre directement à Quesnel, en dehors de notre district.
Dès lors, les cartes commencent à prendre des formes se
ER
rapprochant quelque peu de la réalité. Les grandes lignes des lacs Français et Cambie sont reproduites avec assez d'exactitude, et le tracé de la Nétchakhoh proprement dite devient presque correct. Ce qui n'empêche pas que la source de cette rivière ne soit placée, même sur la carte de J.-H. Brownlee, publiée en 189, tout pres de la rivière Noire et considérablement au Sud du triangle lacustre d’où le fleuve sort en réalité. Ce réseau de lacs reste aussi à l’état problématique.
Le Dr Dawson, mort directeur du Bureau de Géologie à Ottawa, avait précédé M. Cambie d’un an sur le lac Français, et sa carte géographique ! rend assez bien la configuration du littoral de cette grande pièce d’eau, sans pourtant entrer dans aucun détail. Savant aussi modeste que distingué, qui daigna m'honorer de son amitié, géologue de profession. mais ethnographe, philologue et géographe à ses heures, le D' Dawson apportait la plus grande conscience dans tout ce qu'il entreprenait ; il est à regretter qu'il ñ'ait pu pousser au Sud et recommencer au plus grand bénéfice de cette région le travail qu'il venait de mener à bien relativement à la contrée située entre les Territoires du Nord-Ouest canadien et le lac Stuart. Le relevé de son itinéraire, tel qu’il se trouve sur sa carte, beau travail au 1:500 000 en plusieurs feuilles, est des plus instructifs ?. Mais, comme je viens de le dire, celle-ci s’arrête au lac Francais, à moins que nous ne mettions en ligne de compte le lac Peters qu’elle donne en pointillé, sans formes ni proportions mème approximativement correctes.
Nous arrivons maintenant à la carte de MM. Poudrier et Gauvreau, résumant le résultat d’excursions, réelles ou supposées, faite: dans ce pays au cours de l’année 1891. C’est la seule carte qui se cantonne dans les limites de mon district de missions et, bien que !2 plus spéciale et la plus restreinte dans
1 Différente de celle dont il a déjà été question.
+ Les lignes qui précèdent étaient écrites quand j'ai reçu la visite d’un voyageur qui vient de refaire, de l'Est à l'Ouest, et vice versa, l'itinéraire du Dr Dawson. Or. ce monsieur se plaint amèrement du peu d’exactitude de la carte en question, ce qui prouve une fois de plus que l’adage errare humanum est s'applique à d’autres qu'aux ignorants. Les remarques de mon visiteur m'ont rappelé certaine critique du même genre dont on m'avait fait part autrefois, mais à laquelle je n'avais pas alors attaché l'importance à laquelle je sais maintenant qu'elle avait droit.
nl
le périmètre qu’elle embrasse, c’est de beaucoup la moins exacte. Elle est grossièrement dessinée et fourmille d'erreurs. Pour me borner au seul territoire actuellement en question. on y indique le plateau chilcotin trois degrés trop au Nord: les cinq lacs qui, sans compter le lac Émeraude, forment la source septentrionale de la Nétchakhoh, y sont réduits à un seul!; les rivières Endakhoh et le déversoir du lac Francais y sont représentés comme ayant deux embouchures distinctes dans le lac Fraser, etc., etc. Inutile de parler de la chaîne de lacs qui forment la source méridionale de Nétchukhoh qu'aucun Blanc n'avait explorés ou mème simplement visités avant mes voyages, pas plus que le lac Émeraude et son émissaire, ni le système fluvial et lacustre qui coupe en deux parties inégales l'immense presqu'ile formée par les chaines de lacs dont les lacs Dawson et Morice sont les têtes respectives. Rien de tout cela ne parait sur la carte de Poudrier, ni même sur les cartes plus récentes, ou bien ce qui rappelle vaguement l'existence de ces éléments géographiques s'y trouve représenté avec des formes ou dans des positions impossibles à reconnaitre.
Quant à l'orographie du pays, à part la chaine des Monts de la Côte, nos cartographes ne nomment qu'une seule montagne. celle qu’ils appellent Quantcus (lisez: Æhwantcæz), je veux dire le mont Wells, auquel on voudrait assigner la majeure partie d'une contrée en réalité coupée de lacs et de rivières.
Un autre détail relatif à la carte de Poudrier. Ce monsieur me fit, à mon insu, l’honneur de donner mon nom à un cours d’eau qui coule à peu de distance au Nord-Ouest du lac Français et qui, en réalité. n’est autre que la Buckley, tandis qu'il prit pour la source de cette dernière une rivière de caractère tout à fait différent. Or il me paraît incompréhensible qu’une personne un tant soit peu au courant de l’hydrographie de notre pays ait pu tomber dans une pareille erreur. La Buckley est une rivière de montagnes bien connue, un torrent aux eaux savonneuses et fortement chargées d’alluvion, tandis que ce que M. Poudrier prenait pour sa source est un modeste cours d’eau aux eaux noirâtres et paisibles dont il n'est pas
* Mème la dernière carte du gouvernement de la province n’en marque que deux.
nécessaire d’avoir vu le confluent pour être sûr de sa non identité avec la Buckley.
La carte publiée en 1895 par le gouvernement de la province. la dernière qui ait un caractère officiel, a copié cette faute avec une foule d’autres qui ont trait à la partie de mon district non représentée dans ma carte. C’est à tel point que lorsqu’en 18% un de ses membres me fit l'honneur de me l'envoyer à corriger en vue de reproductions ultérieures, je dus m’excuser en déclarant que le tracé en était si défectueux qu'il me paraissait préférable de dresser du pays une carte entièrement nouvelle plutôt que de faire une simple revision des anciennes.
Puisque nous en sommes aux derniers travaux honorés de l'imprimatur du gouvernement, un petit détail donnera la mesure du soin avec lequel cette partie de la province a été traitée par les cartographes officiels. Les deux dernières cartes, celles de 1893 et de 1895, portent encore le fort Fraser comme étant situé sur la rive méridionaleidu lac du mème nom, alors que cet établissement a été, depuis plus de vingt ans, transporté sur la rive Nord de cette pièce d’eau, changement que, par extraordinaire, M. Poudrier a constaté en 1891.
Pour en revenir au travail de MM. Poudrier et Gauvreau, c'est cette même carte qui. de concert avec le rapport qui l’accompagnait, aurait voulu transformer nos solitudes en terres arables ou, pour le moins, en pâturages propres à l'élève des bestiaux. Les dires d’Indiens peu véridiques et, du reste, incompétents en pareille matière, non moins, probablement, que les désirs du gouvernement d’alors, étaient certainement responsables de pareilles assertions, beaucoup plus que l'observation personnelle des cartographes eux-mêmes. Alléchés par ce rapport couleur de rose, un certain nombre d'émigrants nous arrivèrent un printemps pour décamper aussitôt qu'ils se furent rendu compte de l'état réel du pays. Pas un seul, et pour cause, ne nous est resté. Car, sans parler du climat qui, à cause de l'altitude non moins que de la latitude, est très rigoureux, il ne faut pas oublier que si la Colombie Britannique, prise dans son ensemble, a mérité le titre d’« océan de montagnes », le territoire qui nous occupe ne fait point exception à la règle. Parcourez-le dans tous les sens, et vous ne trouverez guère que deux choses : des lacs et des montagnes. Là où les uns font défaut, vous êtes presque sûr de trouver les autres.
Et, à ce propos, il est peut-être bon de noter que les indigènes ont, dans leur langue, deux mots distincts, cyæs et tzœlh, comme équivalents de notre terme « montagne ». Le premier a trait aux éminences de caractère moins prononcé et invariablement couvertes de forèts, tandis que le second s'emploie pour définir les élévations de nature alpestre. aux cimes dénudées et généralement rocheuses et dépassant toujours la limite du bois qui, chez nous, se trouve à environ 5200 pieds d’altitude (1580 mètres). Ces dernières. sans être absolument d'une grande élévation comparées aux hautes montagnes d'Asie et mème d'Europe, se font presque toujours remarquer par leurs formes fantastiques, leur aspect pittoresque et leur difficulté d'accès, Dans le district représenté par ma carte, les tzælh ne se trouvent guère que dans le voisinage des monts de la Côte, chaine de montagnes parallèle à l'Océan Pacifique et, bien loin à l'Est, aux Montagnes Rocheuses,
Quant à nos lacs, ils présentent tous les caractères des lacs de montagne, profonds et généralement peu larges. Ce sont, pour la plupart, des vallées submergées. Ils nourrissent presque toujours d’excellent poisson : deux espèces de truites, Salvelinus namaycush (Walbaum) et Salmo purpuratus (Pallas) : le poisson blanc (Coregonus clupeiformis, Mitch.) et une multitude de carpoides.
Bien qu’il ne soit pas indigène à nos lacs, je ne saurais taire le plus important au point de vue économique, je veux dire le saumon du Pacifique (Oncorrhrrynchus nerka,Walb.). 11 pénètreannuellement vers la mi-août, quelquefois en quantités immenses, dans une partie du bassin de la haute Nétchakhoh. mais il ne peut franchir la série de rapides et de chutes qui rendent la navigation impossible, même au canot. immédiatement en dessus du confluent de l’émissaire du lac Sainte-Marie. Il ne peut pas davantage atteindre ce lac, arrèté qu'il est dans sa course ascendante par les hautes cascades de la rivière du même nom. Le saumon, c’est le pain quotidien du Déné. Coupé en tranches, tailladé et fumé. il se conserve des années.
La manière de le prendre varie selon la localité et la nature
1 C correspond ici au c français, æ à l’e de je, te, le, ete. et lh représente une ! sibilante qu'il faut avoir entendu prononcer pour avoir une idée exacte de sa valeur.
du cours d'eau qu'il fréquente. Ici, le déversoir du lac Stuart est coupé, d'un bord à l’autre, d'une barrière donnant accès, de distance en distance, à de longs paniers cylindriques en forme d’entonnoir dans lesquels le poisson se presse sans pouvoir sortir. Le long de la Nétchakhoh, des trappes, de forme un peu différente, sont disposées sur les bords avec un résultat presque aussi satisfaisant. Ailleurs, l’Indien profite des chutes de rivières de moindre importance et suspend au-dessus un treillis large de deux ou trois mètres et recourbé dans sa partie inférieure en forme de crémaillère. Arrêté par l'obstacle, le saumon, en essayant de franchir la chute, vient donner contre le treil. ge qui lui barre le chemin et retombe captif dans le panier formé par le fond de l'appareil.
Le gros saumon blanc (0. Chavicha) est moins abondant; on le capture presque toujours au moyen du dard ou du harpon.
Considérée dans ses principaux représentants, la flore est assez peu variée. Les conifères dominent presque partout. Ce sont des pins et des sapins (Pinus contorta, Abies nigra et À. balsamea) ou bien encore, dans une certaine région, le jir ou pin Douglas (Pseudotsuga Douglassii), ce géant de nos forêts, un bel arbre au bois dur et cassant. Par-ci par-là, des peupliers trembles et des liards (Populus tremuloides et P. balsamifera) les remplacent dans les sols plus humides et, avec d’autres arbustes tels que les saules (Saliæ longifolia) et les aunes (A/nus rubra), leur feuillage, de couleur plus gaie, tranche quelque peu avec la teinte sombre des conifères.
Plus rarement encore, trembles et saules s’éclaircissent, s’éloignent de plus en plus ou bien disparaissent momentanément, laissant la place à de grandes plantes comme l’épilobe (E. angustifolium), la berce (Heracleum lanatum), la vesce (Vicia americana) et d'autres graminées. Nous avons alors ce qu’on décore dans le pays du nom de prairie. Par ailleurs, aucun arbre fruitier. Plusieurs variétés de petites baies, airelles et myrtilles dont il est superflu de dresser la liste, en tiennent lieu.
Chacun de nos arbres a un habitat aussi distinct que constant. Tandis que le pin Douglas ne cro,. guère que dans un terrain montueux et très sec, le sapin noir préfère un sol tapissé d’une couche de mousse qui y entretient une humidité perpétuelle. Une autre espèce d'abies, assez rare et inconnue, je
ER
crois, des botanistes, renchérit encore sur l'abies nigra et ne se trouve bien que dans les bas-fonds marécageux. Quant au pin noir (P. contorta), sa rencontre est toujours saluée avec joie par le voyageur perdu dans la forêt ou fatigué des fourrés du sapin aux racines innombrables ct des inégalités du sol dans lesquelles il se complait. Outre que ce pin est rempli d’une résine qui le fait brûler même avant d'être sec, sa présence est toujours l'indice d'un terrain sablonneux, généralement plat et uni, et souvent recouvert de la plante à fumer (Arclostaphylos uva-ursi). Par contre, les chevaux non ferrés sont assez éprouvés par le terrain rempli de cailloux, presque toujours granitiques, à peine cachés par le sable à la surface duquel ce pin étend ses racines.
Le peuplier tremble demnande un sol plus riche. et la couche annuelle de ses feuilles mortes lui crée, rapidement, un terreau qui pourrait être utilisé par l’agriculture. Quant à son congénère, le liard (P. balsamifera), son apparition dans le lointain laisse presque toujours deviner le voisinage immédiat d'un lac ou d’une rivière. dans l’alluvion desquels il déploie le réseau de Ses immenses racines. Cette circonstance facilite à merveille le lancement à l’eau des canots qui sont aujourd'hui exclusivement taillés dans le tronc de cet arbret.
Un autre arbre très important aux yeux de l'Indien est le bouleau (Betula papyracea). Tous les vases et ustensiles de nos Porteurs sont confectionnés avec son écorce, à laquelle des coutures en racine fibreuse de sapin donnent la forme voulue. Son bois est presque aussi utile, Il sert à fabriquer ces planches minces et recourbées en volute que les Anglais appellent {oboy-
* gans ou traineaux à chiens. Là-dessus l’Indien lace son maigre bagage que trainent trois chiens aujourd'hui de race très mèlée, précédés le plus souvent d’un sauvage en raquettes
Celles-ci, on le sait, sont des cadres de bois ayant peut-être, au
1 Comme dans presque toute l'Amérique du Nord, les canots de nos sauvages étaient originairement en écorce de sapin. Il y a quelque %0 ou 80 ans, une bande d’Iroquois, ayant traversé les Montagnes Rocheuses, s'était avancée jusqu'au lac Thatla. au Nord du lac Stuart. Les deux canots de bois qu'ils montaient excitérent la curiosité, puis la convoitise des Porteurs qui massacrèrent les Iroquois et s'emparèrent de leurs canots qu'ils descendirent ici. Ces deux embarcations servirent de modèle au premier canot de bois fabriqué par nos sauvages.
Re — centre, 45 centimètres de largeur sur 1 mètre 20 de longueur, effilés aux deux extrémités et remplis d’un treillage en lanières de peau de caribou qui empèche le pied de trop enfoncer dans la neige. Ces cadres ou châssis ont maintenant leur extrémité antérieure recourbée en l'air, et les plus estimés sont en bois d'érable des montagnes (Acer glabrum).
En montagne, un bâton muni, dans sa partie inférieure, d'un cercle garni d’un semblable treillis rend, en hiver, le service analogue au chasseur indigène que les raquettes à ses pieds. Il a même parfois un avantage que ne possèdent point ces dernières. Une boucle passée dans la partie supérieure sert d'appui, par l'intermédiaire du bras gauche, au canon de son fusil que sa main rendue tremblante par l’échauffement résultant d’une longue course ne pourrait tenir assez fermement.
L'épaisseur de la neige varie dans nos parages entre un mètre dans la plaine et huit ou dix mètres dans la montagne, ou plutôt dans les cols ou défilés éntre deux montagnes. J'ai constaté ici, Mission du lac Stuart, deux jours de suite, 53° Fahrenheit, soit 4% centigrades environ au-dessous de zéro : mais c'était là un froid exceptionnel. Il est pourtant assez commun de trouver le mercure gelé le matin, quoique, dans ces dernières années, nos hivers semblent se faire moins rigoureux.
La faune n’est guère plus variée que la flore, mais ses représentants sont encore nombreux. Parmi les animaux à fourrure, le castor (C. fiber, Linn.), bien qu'ayant beaucoup diminué, reste le plus important, à moins qu’on n'excepte le renard (Vulpes vulgaris) dont la peau atteint, comme on le sait, un prix fabuleux cuand le poil en est noir ou argenté. D’autres quadrupèdes, doni la fourrure varie considérablement de prix selon l'espèce ou les fluctuations du marché, sont l’ours noir (Ursus americanus) dont la chair est aussi très recherchée, et le terrible ours gris (U. horribilis), moins estimé comme fourrure et redouté même des aborigènes. sans oublier la martre (Mustela martes), le pécan (M. canadensis) que nos Indiens appellent une grosse martre, la loutre (Lutra canadensis), le
1 A l'encontre de ce que s’imaginent nombre de chasseurs, des renards noirs, argentés, rouges ou croisés se trouvent fréquemment dans la même portée.
ne need
lyux (Felis canadensis) et d'autres fauves de moindre impurtance. L'ours blanc des régions arctiques ne descend point jusqu'à nous. Par contre, nous avons des ours noirs qui sont blancs. Ce sont, on le devine, des cas d’ulbinisme plus fréquents dans nos déserts qu'on ne pourrait le croire. Quant à notre ours brun, ce n’est qu'une variété du noir et non point une espèce distincte comme en Europe.
Le gibier sans fourrure et que l’Indien chasse uniquement en vue de l'alimentation consiste presque exclusivement dans l'orignal (Alce americanus) et le caribou (Rangifer caribou. Ges deux nobles animaux. sont, du moins, les principaux représentants de ce qu'on est convenu d'appeler, dans le pays, le grand gibier. Ce sont des espèces de cerfs qui ne se rencontrent guère que sur certaines montagnes en hordes comptant de deux ou trois individus à une centaine de têtes, On les chasse à courre, ce qui exige beaucoup d'adresse et d'agilité de la part des Indiens. Le chevreuil (Cariacus virginianus leucurus), maintenant assez nombreux le long de la Basse Nûtchakhoh, tend à remonter le bassin de cette rivière ; dans ces derniers temps, on l'a mème rencontré près de la rivière Stuart. On je chasse depuis plusieurs années dans le voisinage de l'extrémité nord du lac de ce nom. Moins abondants que le caribou et l'orignal et de plus difficile accès sont le mouflon (Ovis montan.) et la chèvre sauvage (Capra americana) dont l'habitat est restreint aux flancs escarpés des montagnes du genre {zælh. Ce sont les chamois de l'Amérique du Nord. Non loin de leurs retraites se tiennent aussi deux espèces de marmottes (Arctoinys caligatus et A. monaæ) dont la première surtout est très prisée des aborigènes. Sa chair est excellente, et sa peau sert à la confection de manteaux ou couvertures très appréciés pendant nos voyages d'hiver.
Enfin, the last but not the least 1. nos forèts donnent encore asile au lièvre américain (Lepus americanus) qui est chez nous le gibier du pauvre. c'est-à-dire de la veuve et de l’orjihelin, puisqu'il n’est pas nécessaire de posséder une arme à feu pour s’en emparer, On connaît les particularités de ce lièvre : gris en été, il devient. en hiver. d’un blanc qui le fait confon-
1 « Le dernier mais nonle moindre. »
UE) de
dre avec la neige au sein de laquelle il gite! Un autre détail peut-être moins connu, est sa disparition périodique tous les sept ans environ, suivie, quelque temps après, d'une augmentation progressive, précédant une nouvelle disparition ou émigration. Les Indiens croient, à tort apparemment, à la dernière hypothèse.
A l'exception des plus gros animaux, les différents quadrupèdes ci-dessus énumérés se prennent à des pièges d'invention indigène qui :dénotent une assez grande ingéniosité. Un certain nombre tombent aussi, à l'occasion, sous le plomb du chasseur.
Une revue des ressources alimentaires du pays serait incomplète sans une mention des oiseaux aquatiques que nous aménent chaque printemps et chaque automne. Quatre espèces d'oies sauvages et peut-être vingt espèces de canards visitent annuellement nos lacs et nos rivières et varient, pour un temps, notre régime quotidien. Mais comme l’'Indien apprécie généralement moins la qualité que la quantité, l'importance de cette ressource s’efface à ses yeux devant un autre gibier aquatique qui lui arrive au printemps en bandes innombrables. J'ai nommé la grèbe dont une espèce (Æchmuphorus occidentalis\ est très prisée de nos gens. Ces oiseaux aquatiques poursuivant rarement leur route vers le Nord avant que nos lacs soient débarrassés de leur glace, les Indiens leur tendent des filets de pêche à la surface de l'extrémité inférieure du lac qui dégèle toujours la première et où la gent emplumée prend ses ébats. Conduisant ensuite sept ou huit canots, ils cernent la troupe et la poussent dans leurs filets. C’est un exercice très intéressant et très riche en bons résultats, puisque une prise de cent têtes à la fois n’est pas estimée chose merveilleuse. Au lac Gordon, les indigènes en chassent parfois des bandes sur la plage où ils les assomment à coups de bâton, comme on faisait autrefois pour le great auk où grand pingouin, dont la science déplore aujourd’hui là complète extinction.
Je finis ce bref apercu par où j'aurais peut-être dû le commencer, le côté ethnographique. La partie de mon district représentée par ma carte est aujourd’hui fort peu habitée. De
: Cette particularité se reproduit aussi chez la belette (Putorius vulyaris).
fait, ce n'est qu'au bord des lacs Fraser, Gordon et Sainte-Marie que vivent encore les restes de la population indigène qui animuit autrefois les forèts de ces contrées de la Colombie Britannique. En 1862, la petite vérole y détruisit des villages entiers. Les Indiens qui survécurent, avec leurs descendants. forment aujourd'hui une population de 334 âmes seulement !. Une bande d'autres sauvages vient périodiquement au lac Hehn pour y pêcher une petite espèce de saumon lacnstre (0. Æennerlyi); mais leur lieu d'origine est plus au Sud, Lors de ma visite à cette localité, j'y trouvai cinq familles indigènes qui s'apprètaient à retourner dans leurs foyers. Sans compter le Késæl ou saumon de lac qu'ils avaient journellement consommé, ces indigènes en emportaient environ 39000 pièces desséchées au feu et à la fumée à la facon du saumon ordinaire. Et dire qu? la rivière qui coulait à leurs pieds en regorgeait encore au point qu’on n'eùt guère pu y plonger le pied sans en déplacer plusieurs !
Mais je m'apercois que le poisson m'entraine loin des pécheurs. Ceux-ci sont naturellement des Peaux-Rouges qui appartiennent à la race dénée, appelée mal à propos athabaskane par des ethnographes américains. Ces Indiens font partie de la tribu des Porteurs, mi-nomades, mi-sédentaires, qui pratiquaient autrefois la crémation et dont les femmes devaient constamment porter à dos les restes calcinés de leurs défunts maris. Ils vivent de chasse et de pèche, ont une organisation sociale comprenant des « nobles » héréditaires ou chefs de clans, obéissant, en matière de successions, à la loi du matriarcat, et parlant un des idiomes les plus riches et les plus compliqués qui aient jamais servi à exprimer les idées de l'homme.
Pour plus amples informations sur ce sujet, je me permettrai de renvoyer le lecteur familier avec la langue anglaise à mes différentes monographies qu’on trouvera dans la bibliothèque de la plupart des sociétés savantes 2,
: Dans ce nombre ne sont pas compris les 185 sauvages qui habitent le village contigu à notre Mission centrale, ni les 40 habitants de Pintché, sur le lac Stuart. c
: Les plus importantes sont:
The Western Dénés; their Manners and Customs. Proceedinys Cana-
dian Institute, volume VII.
Quant à l'histoire de ce pays, elle peut se résumer en quelques dates. Lorsque nous aurons dit que le fort Suint-Jacques, sur le lac Stuart, fut fondé une dizaine d'années après la découverte de ces contrées, en 1794, par Sir A. Mac-Kenzie qui voyageait au service de la Compagnie du Nord-Ouest, laquelle devait presque immédiatement fusionner avec la Compagnie de la Baie d'Hudson qui a conservé jusqu'à nos jours le monopole de fait, sinon de droit, de tout le commerce des pelleteries, et que nous aurons rappelé les quelques explorations Jéjà mentionnées, il ne nous restera plus qu'à ajouter la date de la fondation de notre Mission du lac Stuart (1873) qui dessert la région représentée par ma carte,
Nos « forts » n’ont aujourd'hui de militaire que le nom. Ce sont de simples comptoirs, où les natifs viennent troquer leurs fourrures contre les habits, munitions et provisions dont ils ont besoin.
Il me semble maintenant que ce coup d'œil général sur le district doit suffire. Inutile d'entrer dans des détails topographiques. Sa superficie est assez limitée. Je ne veux pas donner à mon travail plus d'importance que son objet n'en comporte, je dois laisser à ma carte et à mon journal le soin de compléter ce qui peut manquer à l'exposé qui précède. On y verra que, bien que la vraie source de la Nétchakhoh soit le lac Émeraude. ce cours d’eau ne orte le nom que lui donnent Indiens et géographes qu'à partir du lac Huard. Cette rivière, ou pour parler à l'européenne, ce fleuve, roule des eaux claires et verdûtres entre des rives généralement basses et bordées de sombres conifères. linmédiatement à sa naissance comme cours d’eau distinct, il a les dimensions de la Seine à Paris, ou peu
The Déné Languages. Transactions Canadian Institute, volume I.
Déné Roots. Ibid., volume III.
Notes on the Western Dénés. Ibid., volume IV.
Three Carrier Myths with Notes and Comments. Ibid., volume V.
Are the Carrier Socinlogy and Mythology indigeneous or exotic ?
Transactions Royal Society Canada, Section II, 1892.
The Use and Abuse of Philology. Transactions Canadian Institute, volume VII.
On the Classitications of the Déné Tribes. Ibid., ibid,
Déné Surgery. Ibid., volume VI.
Who are the Atna? American Antiquarian, volume XXIII, n° 5.
s'en faut, et ina sonde me donna là quinze pieds anglais 4,56 mètres) de profondeur.
A ce propos, je ne puis m'empècher de remarquer ici que le D° Dawson est bien certainement en deçà de la vérité quan il ne donne à ce cours d'eau que 450 pieds de large (17 métres) à un point un peu en dessus de la jonction de la rivière Gordon. D'après mon télémètre, il existe certains endroits en amont où il n'a pas moins de 400 n° cres d’un bord à l'autre et, à un demi-mille (805 mètre:.) en amont du confluent de la Gordon, la Nétchakhoh, qui est alors pleine d'iles et élargit ses rives d'une manière anormale, n'a certainement pas moins de 600 mètres d’un bord à l’autre, Son cours, en général, comme du reste celui de la plupart de nos rivières, est passablement irrégulier. On pourrait pourtant lui assigner une largeur moyenne de deux cents mètres, Immédiatement en amont de l'issue du lac Fraser, elle a 17 pieds (5 mètres) de profondeur en eau basse, tandis que la Nétchakhoh inférieure est, pur endroits, relativement peu profonde. Ayant suivi ce flerrve de chacune de ses trois sources à son embouchure — ce qu'aucun Blanc ou mème sauvage n’a encore jamais fuit — je crois pou voir en parler en connaissance de cause,
J'en viens maintenant à ma carte. Les pages qui précédent ont laissé deviner sa raison d'être, Elle comporte, en plus de celle du gouvernement, les données suivantes qui lui sont propres :
1° Les vraies sources de la Nétchakhoh, savoir, le lac Éineraude et son effluent, le lac Dawson et son déversoir ainsi que le lac Morice et son bassin. Le journal de voyage ci-après, comme aussi le dernier chapitre de mon livre «Au Pays de l'Ours noir », indiqueront comment je fus appelé à découvrir ces belles pièces d'eau. Tandis que le lac Dawson peut avoir 22 milles de long (85 kilomètres 400 mètres), le lac Morice n’en à pas moins de 52 (83 kilomètres 670 mètres) et l'on verra plus loin que le lac Émeraude en a probablement %3 (37 kilomètres). Chacun de ces lacs est très profond, et leurs eaux sont si claires que le poisson ne peut y abonder faute. probablement, des matières végétales et des organismes imiérieurs qui lui sont nécessaires pour vivre et se protéger et auxquels les lacs Français, Sainte-Marie, Fraser et d'autres de moindre jimportance doivent la couleur foncée de leurs eaux.
% Le relevé des lacs Radeau, Knapp, Borel, Hallet, Sainte- Groix, Murray, Lejacq, Camsell, Lucas, Sinclair, Vert, etc., que j'ai visités et explorés moi-mème et qu'aucune carte n'avait encore dessinés, sans compter plusieurs autres que j'ai décrits «d'après les données des Indiens les plus compétents. Connaissant maintenant le soin scrupuleux que j'apporte à ce genre de travail, ceux-ci se sont appliqués à ètre aussi exacts et aussi minutieux que possible, au lieu de m'expédier à la hâte un croquis quelconque comme ils avaient fait précédemment pour les Blancs qui leur avaient demandé pareil service.
Min que chacun conserve la part de responsabilité qui lui revient dans la préparation de la dite carte, j'ai cru nécessaire d'indiquer fidèlement mes divers itinéraires. Ce sera plus agréable pour le lecteur de mon journal. et le géographe saura par là distinguer ce que j'ai décrit de visn de ce que je n'ai pu observer avec autant de précision.
30 La rectification du littoral et des iles, quand il y a lieu, des lacs Fraser. Peters, Sainte-Marie, Cambie, Simonin, Hehn. Burns et Decker, que les cartes les plus récentes parfois ne donnent que d'une manière approximative, et la reconnaissance comme unités géographiques distinctes, des lacs Plat et Huart ainsi que des chenaux et des iles qui les relient entre eux au au lac Gambie. Sur la dernière carte du gouvernement, le lac Lejaeq ou son équivalent (car ce lac est loin d'y être à sa place) projette au Sud un bras ou baie de plus de six milles de longueur (4 kilomètres 600 mètres) qui n'existe que sur le papier et l'on y donne plus de quinze miles (24 kilomètres) de longueur à son déversoir qui peut en avoir un ou deux (1600 à 3200 m.) au plus. En outre. cette rivière se jette immédiatement dans le lac Huard et non pas dans une pièce d’eau imaginaire comme le portent les cartes.
4° Le tracé très exact du cours de la Nétchakhoh avec ses différents rapides et ses tributaires, Ceux de ces derniers que je
(t) Ce bras de lac se trouve sur toutes le: cartes postérieures au voyage de M. Smith, et comme, d’après la carte #éologique de Dawson, ce gentleman le doubla à une très faible distance, il y a tout lieu de croire qu’il prit pour une partie intégrante du lac Lejncq une nappe d’eau qui, en réalité, constituait un lac tout à fait distinct. Des recherches suhséquentes ont confirmé le bien-fondé de mes suppcsitions.
n'ai point parcourus — et ils soni sans importance, de simples ruisseaux pour la plupart — n'y sont naturellement donnés que d'une manière approximative,
5% Ma carte contient encore le relevé des principales montaynes qui se trouvent dans le périmètre qu'elle embrasse, J'avouerai en toute simplicité que c'est là un point qui, à mes veux, a bien son mérite, puisque chez nous les collines et les imontagnes sont si nombreuses que le relevé ne laisse pas d'en être très compliqué, Je ne suis donc pus toujours entré dans tous les détails du relief, et je ne prétends pas que tous ceux que je donne soient rigoureusement exacts, Mais l'absence presque lotale de toute donnée orographique sur les autres curtes est plus que suffisante pour me consoler des imperfections qui peuvent s'être glissées dans ma carte, En tout c l'existence et ies principaux traits des montagnes que je signale ne sauraient ètre révoqués en doute.
6e Un autre détail qui est propre à ma carte est l'indication scrupuleusement exacte de la profondeur de tous les lacs de quelque importance, résultat de sondages que j'ai opérés moimème. Il m'a toujours semblé qu'une carte n'était qu'à moitié complète au point de vue hydrographique quand elle ne donnait que la largeur et la longueur d’une pièce d'eau sans dire un mot de sa profondeur.
Le lecteur trouvera peut-être que c'est faire acte %e mauvais Français que d'indiquer ces détails en pieds angl i., de mème qu'il est reconnu plus scientifique d''"'aiues les distances en kilomètres plutôt qu'en milles. Mon excuse sera d'abord la force de l'habitude et l'influence du milieu, mais surtout, dans lo premier cas. le grand avantage au point de vue de la nomnenclature qu'offre l'évaluation en pieds plutôt qu'en mètres. Un moment de réflexion rappellera au lecteur qu’une quantité qui ne demande qu'un ou deux chiffres avec le mode de computation anglais ne pourrait s'écrire qu'avec trois ou quatre, eu égard aux fractions de mètres qu’il faudrait ajouter dans un grand nombre de cas. désavantage dont on admettra les inconvénients là où l'espace est un point à considérer. Pour ré. duire mes chiffres en mètres et en kilomètres, il suffit de se rappeler qu'un pied anglais équivaut à 0"3048 et un mille à 1609035.
% Outre le résultat de mes sondages, j'ai encore voulu don-
ner l'altitude des montagnes dont j'ai fait l'ascension et même des lacs les plus importants. On pourra ainsi se rendre compte et du degré de rapidité des cours d’eau et des conditions climatiques probables des pays circonvoisins.
La carte géologique du D' Dawson indique aussi l'altitude des différents lacs alors connus (1875-76), et comme ces détails sont empruntés aux deux expéditions Smith et Cambie, qui disposaient probablement d'instruments plus précis que le mien, je me suis permis d'adopter leurs chiffres dans les quelques cas où il est évident que ceux-ci ne sont pas fournis par un simple baromètre de poche. D'un autre côté, et plus souvent même, je ne me suis pas fait faute de rejeter leurs données en faveur des miennes quand la divergence entre les deux était si prononcée que je n'ai pu me résigner à croire à l'exactitude des premières. Au risque d'ennuyer le lecteur, je ne puis m'empècher d'entrer ici dans quelques détails. La carte géologique de Dawson donne au lac Sainte-Marie 2800 pieds d'altitude (851 mètres) alors que je n’en ai jamais trouvé plus de 92575 (783 mètres). ! D'après la mème autorité, le lac Gambie aurait 2740 pieds d'altitude (833 mètres), tandis que mes propres observations lui en donnent entre 2600 et 2675 (74) et 813 mètres). Dans tous les cas, à l'encontre des chiffres fournis par les explorateurs susmentionnés, il est certainement plus élevé que le lac Sainte-Marie. Une altitude supérieure à celle qu’accusait mon baromètre est de même attribuée à tous les autres points observés par M. Smith, tandis qu'au lac Français que celui-ci n'a, je crois, jamais vu, on ne donne (probablement d’après M. Cambie) que 2375 pieds d'altitude (722 mètres), alors que mon instrument — le mème dont je m'étais précédemment servi — indiquait 2375, 2400, 2475 (722, 729,6, 752,1 mètres) et de nouveau 2400 pieds (722 mètres) selon les conditions atmosphériques. Le lac Fraser ne serait que de 225 pieds (676,4 mètres) au-dessus du niveau de la mer, bien que je ne l’aie jamais trouvé en dessous de 2240 pieds (680,9 mètres). Quänt au lac Stuart, auquel on n'accorde jamais plus de 2200 pieds d’alti-
1 Voici le relevé de mes observations selon les différences de température pendant l'espace de quatre jours :
2450 — 2550 et 2575 — 2000 — 2973 m7h4— Tioet 783 — 760 — 783
tucle (668,8 mètres), il m'est difficile de croire qu'il en ait moins de 2250 (681 mètres).
Ces différences en plus d’un côté et en moins de l’autre m'autorisent, me semble-t-il, à croire que les chiffres fournis par la carte de M. Dawson proviennent de deux instruments distincts dont l'un exagérait, tandis que l'autre diminuait les altitudes.
8° J'ai aussi fidèlement noté les chutes et rapides qui sont si fréquents le long de nos rivières. Les autres cartes négligent complètement ce détail en ce qui regarde le territoire qui nous occupe. Le fait que la plupart indiquent ces accidents lorsqu'ils se rencontrent le long de la Basse Nétchakhoh est l’équivalent d’un aveu d'ignorance relativement à son cours supérieur.
9% On trouvera également sur na carte l'indication des limites de certaines plantes : du pin Dougia: déjà mentionné, du cèdre (Thuya eæcelsa) et du pruche (Tsuga canadensis). Le premier ne croit qu'au Nord de la ligne qui en marque l'extension, tandis que le cèdre et le pruche ne paraissent qu’à l'Ouest et annoncent les approches du littoral.
On ne sera pas peu étonné de remarquer, dans mon petit travail. l'indication d’une ligne de télégraphe. Son érection, ou plutôt sa résurrection, date de l'année 1900. En 1865-66, des spéculateurs avaient voulu relier le Nouveau Monde à l'Ancien en faisant correspondre les réseaux télégraphiques américains avec ceux de la Russie via Colombie Britannique, Alaska et Sibérie. Leurs agents en étaient arrivés au point appelé aujourd’hui Telegraph Creek, par le 58° de latitude Nord, quand ils apprirent le succès du câble transatlantique. C'est cette mème ligne, abandonnée depuis, qui vient d'être reprise en faveur des mines du Klondike. Au moment où j'écris ces lignes. octobre 1901, la jonction entre le monde civilisé et Dawson Gity s'est probablement opérée.
Enfin, j'ai voulu noter mème ces sentiers indiens que je n’ai point parcourus et qui. à la vérité, ne sont, pour la plupart, que de simples pistes quelquefois à peine reconnaissables. Ils n'en constituent pas moins un des indices de l’activité humaine dans nos déserts où l'on se sent si parfaitement isolé, si bien perdu dans l'immensité de la forèt qu’un coup de hache porté à un arbre, une branche cassée de main d'homme il y a peut-ètre de longues années deviennent autant de traits d'u-
nion avec un monde qu'on croyait avoir définitivement quitté ; ce sont comme autant de phares qui remettent au cœur du voyageur égaré l'espoir d’un trajet pius rapide et exempt de tätonnements aussi pénibles qu'inquiétants. À ce propos, il est bon de remarquer que le fait même de mon passage à un point donné n'implique pas nécessairement l'existence d'un sentier régulièrement tracé. Du reste, la légende de ma carte préviendra toute méprise à ce sujet.
Il va sans dire que les glaciers sont notés sur la carte d'un coin de pays appelé avec raison la « Suisse de l'Amérique ». Il n’est que juste d’ajouter que je ne prétends aucunement avoir relevé tous ceux qui existent dans le périmètre du travail que je me suis imposé. Le touriste peut seulement être sûr d'y rencontrer ceux que j'ai notés et que j'ai personnellement observés de près ou de loin.
10° J'aurais peut-ètre encore le droit d'ajouter le relevé de grandes pièces d’eau comme les lacs' Augicr, Lotbinière, Newcombe. Sommet, Gladstone, Newman, de Charencey, Bellot, Mac Kinley, etc., que je n’ai point explorés, il est vrai, mais dont ma carte n’en est pas moins la première à fournir l’emplacement, la forme et les proportions d'après les autorités déjà mentionnées. La somme de recherches qu'il m’a fallu consacrer à ces traits géographiques, le nombre des Indiens que j'ai dû consulter, le soin extrème avec lequel j'ai contrôlé leurs dires et les calculs minutieux que ce travail a nécessités n’ont enhardi à les baptiser tout comme si je les avais décrits de visu.
Qui dit lac dit généralement rivière ou déversoir, et il est bien rare que les uns ou les autres ne soient accompagnés d’une ou de plusieurs montagnes. Je me suis efforcé de reproduire le tout aussi fidèlement que possible.
el est, en attendant le grand travail qui doit comprendre tout mon district de missions, le fragment de carte que j'ose offrir à la Société Neuchâteloise de Géographie. Ce n’est ni un chef-d'œuvre, ni mème une œuvre exempte d’erreurs; mais c'est un travail consciencieux, fruit de quatre longs voyages entrepris expressément en vue de colliger les matériaux nécessaires à sa compilation. Je ne parle pas du trajet entre le lac Stuart et certains autres points, comme le lac Fraser et Stony- Creek, dans le voisinage du lac Gurdon, que j'ai effectué près d'une cinquantaine de fois.
où
Mes instruments ont toujours été des plus simples. Outre ma montre, je n'ai jamais eu qu'une boussole, un télémètre (dont j'ai usé rarement) et pour les altitudes, un baromètre de montagne. J’oubliais une bonne paire d'yeux qui, m'ayant accompagné lorsque je mesurais à la chaine, sur la glace d’autres lacs, des lignes dont le total dépasse 80 kilomètres, m'ont été d’un grand secours pour déterminer les distances alors que je ne pouvais avoir recours à mon télémètre. Un moment on ina fait espérer le prèt d’un sextant qu'on disait rester inutilisé dans les bureaux du gouvernement à Victoria. Mon attente a été déçue, et du reste, je doute que l'usage de cet instrument ent été bien nécessaire, vu que, certaines latitudes ayant déjà été déterminées à plusieurs reprises, je n'avais qu'à coordonner mes matériaux à partir des points déjà scientifiquement observés. Quant à la longitude, nous devons nous guider sur la Câte du Pacifique minutieusement dessinée par les ur la marine anglaise. Comme le Dr Dawson me l’écrivait naguére, il est douteux que la longitude d'aucun point de l'intérieur ait jamais été relevée. Sous ce rapport. nous devons nous fier à notre montre et à notre boussole,
Il va sans dire que j'ai toujours soigneusement fait la part dans mes observations de la déclinaison de la boussole qui, dans nos parages, est d'environ 8° à 29°. Je puis aussi me rendre cette justice que je n'ai jamais épargné ma peine quand il a été question d'établir le bien-fondé de n'es observations, et je pourrais citer mainte montagne que j'« gravie presque uniquement dans l'intention de vérifier de son sommet et corriger au besoin les renseignements fournis par ma montre et ma boussole. C'est ce qui me rend assez téméraire pour m'imaginer que, tout amateur géographe qu’on puis.3 ètre, on peut toujours faire d’aussi bon ouvrage que certains ingénieurs de ma connaissance qui semblent croire que, parce qu'ils ont franchi les limites de la civilisation, ils peuvent. sans nuire à leurs intérêts pécuniaires ni s'exposer à la contradiction, servir au public un travail dont ils seraient probablement les premiers à rougir s'ils pouvaient prévoir qu'il seruii soumis à la critique de personnes compétentes.
Je me suis toujours fait un devoir de ne rien changer à la nomenclature des lacs et montagnes déjà connus sous un nom français ou anglais. et j'ai invariablement donné le noin du
premier visiteur de race blanche aux points où l'on m'avait précédé. Pour le reste, j'ai usé de mon droit d’explorateur et j'ai donné aux autres éléments géographiques relevés sur ma carte le nom de personnes qui m'étaient chères ou envers lesquelles j'étais lié par les liens de la reconnaissance !. Personne ne pourra m'en blâmer, d'autant plus que les noms que leur donneni les Indiens sont pour les Blancs d’une prononciation généralement impossible, et leur transcription en lettres ordinaires et sans sign£s accessoires offre des difficultés encore plus grandes, En outre, la plupart de ces termes n'ayant aucun sens aujourd'hui, leur traduction est presque impossible.
Enfin il ne faut pas oublier que ceux qui ont noté ces noms et les ont transcrits sur leurs cartes, ne connaissant pas les plus simples éléments de la langue des Indiens qui les leur fournissaient, ne pouvaient guère le faire sans crainte de se tromper. Mème par l'intermédiaire du chinouk, cet ineffable jargon de vocabulaire si limité qui Sert de moyen de communication orale entre les races blanches et peau-rouge dans tout le pays à l'Ouest des Montagnes Rocheuses, on n'est pas toujours sûr de comprendre ou d’être compris. Si les cartographes qui m'ont précédé s'étaient bien pénétrés de l’à-propos de ces remarques, ils ne seraient pas tombés dans les erreurs grossières devant lesquelles un individu familier avec la lague de mes sauvages à peine à garder son sérieux. Un exemple ou deux suffiront pour justifier ma critique.
Inmédiatement au Nord-Ouest du lac Français se trouve une montagne à sommet dénudé que porte la carte du Dr Dawson. Or, il me semble entendre ce bon monsieur demander en chinouk à son guide aussitôt qu’ils se trouvèrent en vue de la dite montagne :
— Ikla maïiha wawa okouk (Goinment appelles-tu cela) ?
Ce à quoi l'Indien aura répondu :
Tzælh. (C'est une montagne.)
Et le docteur-géographe de saisir son carnet et d'enregistrer
1 Les sauvages ayant persisté à appeler Morice devant les Blancs et souvent même entre eux le lac Œteauh Youtsou que j'avais moi-même nommé Saint-Thomas en l'honneur d’un de mes compagnons de voyage, ma carte et mon journal consacrent simplement le fait accompli. Cette pièce d'eau étant maintenant connue des Blancs sous le premier nom. le changer eût été provoquer une confusion inutile.
soigneusement ce qu'il prend pour le nom propre de la montagne : Mont Tzoveel, c'est-à-dire Mont-Montagne ! C’est là du moins le nom que nous servent toutes ses cartes.
Un autre exemple, si le lecteur le veut bien. Le lac Peters est appelé Hountcha en Porteur. Or la mème carte appelle Mont Hountcha-yuz la montagne de second ordre qui l’avoisine, ce qui revient à dire : Mont Montagne-Hountcha, puisque yuz (ou plus correctement yæs) n'est autre chose que le possessif du mot cyæs avec lequel nous avons déjà fait connaissance.
De mème pour les lacs. La dernière carte du gouvernement nomme le lac Gambie « Lac Ootsa-bunkut ». Le véritable nom indien de cette pièce d’eau est Fortsoû défiguré en Ootsa par l'oreille du transcripteur anglais, et le bunhut de sa carte n'est autre que le mot pæn'hæt qui, pour nos Indiens Porteurs, est synonyme de « Jac ». Nous avons donc ici la mème tautologie : lac Lac-Yoûtsoù. Je ne puis m'empècher de croire que « lac Gambie » sonne tout aussi bien, sans compter que ce vocable consacre en lui-même un fait maintenant historique.
Ine faut pas oublier non plus que mon système de distinguer chaque élément géographique par un nom propre empèche des répétitions qui ne sont que trop fréquentes dans les cartes anglaises. Cette dernière considération a bien aussi sa valeur. Je me suis amusé à compter les rivières Saumon qu’elles renferment, et je n’en ai pas trouvé moins de sept dans la seule Colomhie Britannique ! Dans l’espace de deux tiers d’un degré de latitude seulement, les mèmes cartes nous servent trois lacs d’Ours. dont deux sont tributaires de la même rivicre, On voit tout de suite la confusion que peut engendrer pareille homonymie. et ce n’est pas une des moindres raisons qui militent en faveur du système que j'ai adopté.
Puisque nous en sommes à la question des noms, je ne puis omettre une remarque qui se présente à mon esprit à l'occasion de celui du lac Français. On y verra un des très rares exemples de l'influence d’une langue aryenne sur un idiome américain. La plupart des cartes appellent cette pièce d'eau LE. François, ce en quoi elles font preuve d'un remarquable conservatisme en faveur de l'ancienne orthographe. La carte de Brownlee (1895) le nomme L. Francaic (sic), et celle de Poudrier L. des Francais. ‘ r les Indiens l'appelaient originairement Nita-pæn, L. la Levre, en considération, sans doute, de sa
forme allongée. D'où lui vient donc son nom actuel, et comment se fait-il qu’il n'est plus connu de nos indigènes que comme Méto-pæn, ou lac Français ? d’une méprise, tout simplement ; du peu de finesse de l'oreille des premiers employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson, lesquels, entendant les sauvages appeler ce lac Nita-pœn et sachant par ailleurs que Néto signifie Français, confondirent les deux termes et donnèvent ainsi naissance à une erreur qui s’est per, ‘tuée jusqu'à nos jours et a mème fini par faire tomber en désuétude chez l'Indien actuel le seul vocable que ses pères eussent connu.
La périssologie que j'ai signalée plus haut se reproduit à l’occasion de tous les cours d'eau dont on a voulu conserver les noms Indiens. ŒAhoh (contracté en khoh à la fin d'un nom propre) signifie rivière en Porteur et, par exemple, le Stella-ko des cartes (qui devrait être Stella-khoh) est l'équivalent de Rivière Stella ou du Cap. C'est donc un vrai pléonasine de dire avec toutes les cartes anglaises la R.Stella-Fo, la R. Enda-ko, etc.
Quant au fleuve Nétchakhoh, il est si important et maintenant si connu que, dans ce cas particulier, l'usage a force le prescription : ilest trop tard d'essayer d'en changer le nom. Dawson et la plupart des yéographes anglais écrivent ce dernier Nechacco, bien qu’ils écrivent ko la finale de toutes les autres rivières. Je m’accuse de l'avoir écrit moi-même Noutchukoh dans un livre de caractère populaire. Gomme palliatif de ina faute, je remarquerai, relativement à sa désinence, que je suis encore à me demander si le lecteur français prononcera correctement le 4 très guttural de koh, représentant le seul son qui soit philologiquement exact. Quant à la première syllabe du mot, je dois dire que le fleuve en question est appelé Nou-tcha-khoh par les Indiens qui m'entourent, et que j'avais alors autant le droit d’user de ce terme que j'en ai aujourd’hui de le remplacer par le nom dont se sert la sous-tribu qui peuple son bassin immédiat.
Relativement à son étymologie, elle est assez douteuse. Noutchah-khoh voudrait dire exactement: la rivièi+ qui coule en aval de l'ile, et un coup d'œil jeté sur ma carte révèlera la grande péninsule formée par les deux chaines de lacs qui enlacent, à sa source, un territoire qu'on pourrait considérer comme une ile en aval de laquelle coule le fleuve. Mais cette
dérivation ne tient pas devant le nom de Né-tcha-khoh que lui donnent les indigènes qui ont maintenant pour habitat la région arrosée par ce cours d'eau. J'allais dire les descendants des Indiens qui virent les premiers ce fleuve, mais je dois me rappeler que la sous-tribu qui tire son nom actuel de son voisinage les Me-tcha-u'tenne ou gens de la Nétcha, vivent maintenant un degré plus au Sud, dans la vallée de la Rivière Noire. Ce seul fait suffirait à prouver que les migrations de la tribu ont suivi une direction Nord-Sud.
Mais trève à ces digressions philologiques ; nous sommes ici pour parler géographie, et du reste il me tarde d'en venir à mon journal de voyage.