CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Les fonctions procréatrices de la femme s’enchaînent dans leur succession , et ne laissent entre elles aucun intervalle depuis l’instant de la conception jusqu’au sevrage du nouveau-né. Le lien qui unit ainsi ces divers actes révèle déjà le mode physiologique commun qui les domine , et qui leur imprime les caractères distinctifs en vertu desquels s’établissent entre eux les plus grandes analogies. La grossesse , l’accouchement et la lactation ne sont, à proprement
parler, que trois stades ou trois périodes d’une seule et meme fonction , qui commence au moment où la femme conçoit , pour finir à celui où le produit de la conception n’a plus besoin du lait maternel. Et non-seulement ces phénomènes se succèdent sans interruption , mais encore ils sont l’un pour i’autre un véritable travail préparatoire. Le premier annonce le second et dispose l’économie à sa réalisation ; le troisième suppose toujours ceux qui l’ont précédé , et trouve dans les résultats qu’ils ont amenés les conditions nécessaires à son propre accomplissement.
Nous avons à étudier cette dernière partie de la fonction procréatrice, c’est-à-dire celle qui doit fournir au nouveau-né l’aliment approprié à ses besoins et à la délicatesse de ses organes digestifs.
L’énoncé même de la question indique les divisions qu’il faut admettre dans notre travail. Nous avons , en effet, à considérer la lactation :
1° Dans son produit ;
â° En elle-même et sous son aspect physiologique ;
3° Sous son aspect pathologique , ou , en d’autres termes , au point de vue des maladies qui se rattachent à cette fonction.
Pour peu que l’on médite sur les termes de cette question, on ne tarde pas à se convaincre qu’ils comportent tous de grands développements sans doute, mais qu’au fond leur importance est bien différente. Sous ce rapport, l’intérêt de chaque partie s’élève dans une proportion croissante. Or, c’est cette importance, c’est cet intérêt qui sera pour nous la mesure des développements que nous leur consacrerons.
En ce qui concerne le lait considéré dans ses qualités physiques et chimiques et dans ses altérations matérielles , notre ambition doit se borner à exposer avec concision et à ordonner les notions les plus positives de la science actuelle. Ce sujet est placé sur les confins de l’histoire naturelle , et présente encore d’ailleurs tant d’incertitudes , que notre tâche serait immense si nous
abordions le contrôle de tous les faits qui s’y rattachent et des diverses opinions qu’ils ont suscitées.
La lactation , envisagée sous son aspect physiologique , et pathologique sera l’objet principal de notre étude. C’est là , en effet , une de ces grandes questions médicales qui touchent à toutes les parties de la science de l’homme ; aussi doit-elle occuper une place considérable dans l’obstétricie. Là se trouve l’intérêt pratique ; là sont les difficultés, les oppositions de doctrines : c’est donc sur cette partie de notre travail que nous devons concentrer notre attention.