‹ Du lait et de l'allaitementChapitre 18 sur 28 · ALLAITEMENT ANIMAL · texte numérisé non relu

ALLAITEMENT ANIMAL

On y a rarement recours, et pour le cas où il est mis en pratique, c’est ordinairement.la chèvre qui est prise pour nourrice.

La composition de son lait est cependant différente de celui du lait de femme, ainsi que le montre les chiffres suivants qui ont été déjà posés précédemment :

POUEPRS/ AID, ET, 4.20 Lactidégs À rites 1 4.00 Matières protéiques. . 3.70 SOC PE NS 0.56 Faure sie, 2 1081204

Comme on le voit, ce lait est moins riche en lactine et contient au contraire plus de matières protéiques que celui de femme. Aussi, je suis d’avis, en me basant sur l'analyse et sur l'expérience des faits, que ce mode d'allaitement, surtout chez les jeunes enfants, doit être complètement prohibé, car il amène très-souvent des accidents du côté du tube digestif. On ne peut y avoir recours que lorsque les enfants ont déjà accompli plus de la moitié de leur première année. Cependant certains praticiens le préfèrent à l'allaitement artificiel, parce que, selon eux, en l’adoptant on se rapproche davantage de l'allaitement maternel ! C'est une erreur, l'emploi rationnel du lait de chèvre ne peut être fait que dans des conditions similaires à celles qui président

Er ie à celui du lait de vache, dont il se rapproche par sa constitution.

Les formules que j'ai proposées pour l'administration du dernier de ces laits conviennent bien pour celui de chèvre; mais comme il est plus riche en matières protéiques que le précédent, on doit l’étendre d’un plus grand volume d’eau et par conséquent le sucrer aussi davantage, tout en prenant la précaution de l’enrichir en matières grasses par la méthode si simple et si pratique que j'ai indiquée.

Du lait de chienne. — Dans ces derniers temps, l’on a préconisé le lait de chienne dans les cas de rachitisme chez les enfants. Son influence heureuse serait due, d'après ceux qui le préconisent, à la grande quantité de principes salins qu’il contient et qui seraient formés principalement de phosphate de chaux. Les conclusions des D'* Renaud et Pigeon de Fourchambault ne sont pas justifiées, car en opérant sur tout autre lait que celui de femme, mais différent de celui de chienne, ils seraient arrivés à des résultats identiques.

Allaitement mixte. — L’allaitement mixte est l’allaitement maternel incomplet, c’est-à-dire qu'il se compose de l'allaitement maternel et de l'allaitement artificiel älternés. On y a très-souvent recours et avantageusement pour la mère et pour l'enfant.

Ce que j'ai dit de chacun des deux allaitements qui le composent me dispense d'insister davantage.

DES MODIFICATIONS DU LAIT PAR LES MÉDICAMENTS OU DES LAITS MÉDICAMENTEUX.

Parmentier et Beyeux, dans leur remarquable travail

Lot

que j'ai eu déjà l'occasion de signaler plusieurs fois, avaient indiqué ce fait important que certaines substances végétales pouvaient modifier la couleur, l'odeur, la saveur du lait. Guidés par ces considérations et par. des idées physiologiques, certains médecins, et notamment le D' Labordette, ont pensé qu’en administrant des matières minérales aux animaux en état de lactation il scrail possible d'obtenir des laits médicamenteux et que par suite l’on aurait là un moyen de #raitement indirect des enfants à la mamelle.

L'idée théorique une fois admise, de nombreuses expériences ont été entreprises, en France et en Allemagne, pour en vériñer l’exactitude. Aussi, aujourd’hui, depuis les travaux et les observations de MM. Swediaur, Bertin, Biett, Cullerier, Lebreton, Peligot, Chevallier, Henry, etc., le passage des médicaments dans le lait et comme conséquence l'existence des laits médicamenteux est-elle mise hors de doute. Cependant, certaines substances n’ont pu être relrouvées dans ce liquide après leur administration, tandis qu’il en est d’autres dont la présence reste douteuse. Résumons donc l’état actuel de la question. |

Antimoine. — Lewald a opéré sur l’émétique et sur le soufre doré ; le premier de ces corps passe plus facilement que l’autre dans le lait, mais il disparaît aussi plus rapidement. En effet, quatre-vingts heures après l’administralion de l'émétique (0 gr. 20), ce sel n'existait plus, tandis que le soufre doré se retrouvait encore cinq jours après l'administration.

Arsenic. — Administré à l’état de liqueur de Fowler (25 gouttes à une chèvre), il passe rapidement dans le

lait. Cinq à dix-sept heures suffisent, d’après Lewald, mais au bout de soixante heures tout est éliminé. M. Hertwig prétend que l’arsenic, administré à des . doses élevées à des vaches comme moyen de traitement, peut amener l'empoisonnement de la viande.

Bismuth. — Donné à l'état de sous-nitrate, il passe assez rapidement dans la sécrélion lactée, mais en petite quantité, d'après Lewald, tandis que, selon MM. Chevallier et Henry, il y passe en très-grande quantité.

Fer. — Quand on administre des préparations contenant ce métal à des laitières, il passe aussi dans leur lait, ainsi que le démontrent les analyses de MM. Lewald, Marchand, Chevallier et Henry, Rombeau et Roseleur ; seulement ce corps se montre et disparaît d'autant plus rapidement qu'il est plus soluble. Harnier et Simon prétendent, au contraire, qu'ils n’ont pu trouver de traces de ce passage ; cela n’est pas croyable, puisque les cendres du lait normal contiennent toujours parmi leurs éléments conslitutifs du phosphate de fer.

Pour moi, l'élimination de ce métal est bien évidente ; en effet, j'ai pu examiner le lait d'une femme soumise au tartrate de fer depuis trois semaines et dont voici la composition :

Boutres%, #1 7.7 198.93 Lactine. .:. . .. . 69.97 Caséum. « » « + + « 6.29 Albumine. « « . . 9.41

SOS tree 1.40 Faure LS ete 2e S74. 00

30 grammes de ce lait ont été évaporés, puis le résidu,

soumis à la calcination dans une capsule de platine, a été traité par l’acide nitrique bien pur; la solution, étendue de quelques gouttes d’eau distillée, à été traitée par le sulfocyanure de potassium, qui a fait naître une coloration rouge de sang. Un autre lait, traité par le même réactif, mais qui était fourni par une femme non soumise au traitement ferrugineux, ne m’a rien donné sur le moment; cependant, au. bout de quelques instants, la coloration rouge s’est développée, mais moins intense que dans le cas précédent.

Mercure. — La question a été longtemps controversée. MM. Peligot, Chevallier, Henry et Harnier n'ont pu retrouver le mercure dans le lait des animaux soumis au traitement mercuriel ; mais, d’un autre côté, M. Lewald et M. Personne ont constaté la présence de ce métal.

Voici le procédé délicat d'analyse suivi par M. Personne, qui permet de constater facilement la présence du mercure dans le lait des animaux soumis à un traitement mercuriel : 1° Faire passer un courant prolongé de chlore à froid jusqu’à séparation de la matière caséeuse, qui devient friable ; 2° filtration ; 3° élimination du chlore en excès par l'acide sulfureux ou un sulfite ; 4° précipitation par l’acide sulfhydrique, qu’on effectue dans un flacon bouché; 5° laver plusieurs fois par décantation; 6° sécher le précipité au bain-marie dans une capsule; 7° l’introduire dans un tube bouché peu fusible, le recouvrir de chaux vive, après avoir étiré le tube en V fin; 8° chauffer au rouge, en commençant par la chaux et finissant par le précipité; 9° produire des taches sur des lames d’or, qui doivent disparaître par la chaleur.

PET Tee Plomb. — MM. Falke et Lewald ont fait voir que ce métal, administré à l’état d’acétate, passait dans le lait, et, de plus, ils ont constaté la continuation du passage des composés saturnés durant quelques jours, même après avoir cessé de les administrer.

Zinc. — MM. Chevallier et Henry, Lewald, Harnier ont vu que ce métal, à l’état d'oxyde, passe rapidement dans le lait; mais, de même que le fer, il en disparaît rapidement,

lode et iodures, brôme et bromures. — MM. Langhlin, Peligot et Lewald ont démontré que les iodures passent aussi dans le lait. Le dernier de ces chimistes a même donné quelques détails curieux. Administré, en effet, pour la première fois en dissolution alcoolique à l’état de sel, il ne se révèle qu’au bout de quelques jours; mais alors, si on l’administre de nouveau, au bout de quatre heures on peut en constater la présence, et il persiste peudant plusieurs jours après qu’on a cessé l’administratiou. De plus, l’iodure ne se trouve jamais dans le sérum, mais seulement dans le caséum.

Sels. — Tous les chimistes admettent que le carhonate et le bicarbonate de soude, le chlorure de sodium, le sulfate de soude et de magnésie, etc., passent dans le lait. Suivant les travaux de MM. Chevallier et Henry, confirmés depuis par ceux du chimiste allemand, Marchand, le nitrate de potasse et les sulfures alcalins font exception. Ce dernier chimiste assure que les sels à acide organique passent dans le lait à l'état de carbonate. Harnier admet, au contraire, que ces sels n’y passent pas ; mon analyse sur le tartrate de fer ct les

ff = expériences de MM. Falke et Lewald viennent à l'encontre de cette manière de voir.

Sulfate de quinine. — Suivant MM. Chevalier et Henry, le sulfate de quinine, donné jusqu’à la dose de À gramme, n’a pu être reconnu dans le lait; cependant celui-ci présentait une amertume remarquable.

Sous quel état se trouvent dans le lait les médicaments qu'on y a introduits? Pas plus que MM. Chevallier et Henry, le D' Labourdette n’a pu résoudre la question; mais un fait important a cependant été mis en évidence, c’est que les substances assimilées dans ces conditions sont toujours moins accessibles à l’action des réactifs que celles qu’on aurait en opérant un simple mélange avec le lait. Cela semble prouver que pendant le travail d'élaboration les matériaux organiques du lait entrent en combinaison avec les oxydes métalliques, de façon à les rendre inimpressionnables aux réactifs qui agissent ordinairement sur eux. Il me semble qu’il est permis de dire qu’il se forme alors des associations analogues à celles dans lesquelles le fèr, s’unissant aux cyanures pour former des sels doubles, perd la propriété d'être décelé par certains réactifs qui servent ordinairement à le reconnaître.

Les observations de M. le D' Langhlin sur l’éliminaüon de l'iode associé au caséum apportent une confirmation à celte opinion.

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