‹ Du lait et de l'allaitementChapitre 2 sur 28 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La thèse que j'ai l'honneur de présenter aujourd’hui, à mes juges de l’École de pharmacie, a pour litre: « Du lait et de l'allaitement. » Le sujet est très-vaste et a déjà été traité par les savants les plus distingués, les chimistes les plus illustres ; aussi ne me suis-je proposé que de résumer tous les travaux faits jusqu'à ce Jour, en cherchant à élucider, par des expériences personnelles, quelques points douteux.

J'ai divisé mon travail en deux parties :

Première parte. — Etude générale du lait, comprenant: 4° l'historique; 2° les propriétés physiques et organoleptiques; 3° l'examen microscopique ; 4° l’étude chimique, en insistant principalement sur le beurre, la lacline et les matières protéiques ; 5° l’énumération des principaux procédés d'analyses employés jusqu’à ce jour ; 6° enfin, la description du procédé d'analyse suivi dans ce travail.

Seconde partie. — Après avoir donné quelques nclions physiologiques, j'éludie les diverses espèces d'allaitement : {1° l'allaitement maternel, le meilleur de tous ; 2° l’allaitement étranger, en insistant sur les diverses influences modificatrices du lait; 3° l’allaitement artificiel, en indiquant les modifications qu'il faut faire subir au lait de vache pour le rendre parfaitement digestible pour l'enfant. En même temps que je fais voir que les liquides tels que les eaux de riz, de gruau, eic., que l’on donne aux nouveau-nés, sont

EN (es plus nuisibles qu’utiles ; 4° l'allaitement animal ; B° l'allaitement mixte. Je parle ensuite des laits médicamenteux, du lait comme médicament,ainsique de son emploi en toxicologie, Je continue par des observations relatives au lait artificiel de Liebig. Enfin, dans un dernier chapitre suivi d'un résumé général, j'expose les procédés à suivre pour opérer l'examen rapide du lait et la constatation de sa valeur.

Comme on le voit, le sujet est vaste, et demanderait, pour être traité plus complètement et plus scientifiquement, des connaissances nombreuses que je ne possède pas.

Je m'estimerai heureux cependant si ce travail incomplet reçoit, de la part de mes juges, une bienveillante approbation.

Qu'il me soit permis de remercier ici M. Baudrimont, pharmacien en chef de l'hôpital Sainte-Eugénie, professeur à l'École de pharmacie, des savants conseils qu'il m'a donnés, et de la sympathie qu'il m’a toujours témoignée pendant la durée de l’internat que j'ai passé sous sa direction à l’hôpital Sainte-Eugénie ; je remercie, particulièrement aussi, MM. Bouis, Planchon et Lucien Patrouillard, de leur bienveillance à mon égard.

Le lait est le produit sécrété par les glandes mammaires. Il doit être considéré comme l’émulsion d’un corps gras, le beurre, dans une solution aqueuse de lactine ou lactose chargée de quelques autres principes fixes.

M. le D' Robin classe ce produit parmi les humeurs récrémentitielles transitoires ou de génération; tels sont encore l’ovarine et le sperme.

I] définit ces diverses humeurs : « des liquides réabsorbables en totalité, et dont la résorption ne peut se faire que dans certaines circonstances.

Le lait n’est pas sécrété seulement par les femelles des mammifères. Ce sont elles cependant qui ont reçu la mission spéciale de le produire, mais les mâles le donnent quelque fois aussi : il constitue alors une sécrétion anormale.

Dans le Journal de Verdun, en 17714, il est question d’un vigneron des environs de Reims, du nom de Martineau, qui en donnait des quantités appréciables.

Humboldt cite, dans son voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent, un laboureur qui nourrissait son fils de son propre lait.

Le D' Schmetren, de Helbronn, a eu l’occasion d’ob-

io server en 4837, une sécrétion laiteuse dans les mamelles d'un jeune soldat de 22 ans.

En 1845, le D° Auzias-Turenne a pu constater la présence du lait dans les seins, très-volumineux, d’un jeune étudiant arabe Zuchari Effendi ; par une légère pression, le liquide émulsif jaillissait abondamment.

Voilà des exemples bien authentiques de sécrétion du lait par les hommes. On en connaît d’autres non moins bien constatés par les mâles de différentes espèces :

Le premier exemple de sécrétion anormale se trouve consigné dans l’histoire naturelle d’Aristote (Hist. nat., liv. IT, 8 16).

Blumenbach a cité, dans son Vergleichende Anatomie (p. 504%, édit. 1805), un bouc lactifère que l’on voyait au commencement de ce siècle dans le Hanovre.

Un autre bouc a été observé en 1844 près de Giessen (Muller's Archiv, p. 438, 1844).

En 1845, Geoffroy-Saint-Hilaire a présenté à l’Aca: démie des sciences un mémoire sur un bouc laelifère qui existait au Jardin des plantes (Compte-rendu, 1845). «

MM. Filhol et Joly ont eu l'occasion de citer aussi, dans leur important mémoire, des béliers, des taureaux, des chiens et des chats qui ont donné du lait,

Ainsi, il est hors de doute que les femelles des mammifères n’ont pas seules le priviléwe de produire un liquide émulsif; mais, malgré l'exemple cité par de Humboldt, elles ont seules, d’après les lois de la

nalure, le devoir de le produire et de le donner en quantité suffisante à leurs petits, pour subvenir aux exigences de leur entretien et de leur développement.

C'est donc du lait normalement sécrété que je vais m'occuper dans les pages suivantes.

L'analyse chimique a permis de constater qu’il renferme les éléments indiqués ci-après:

Oléine, butyrine, caproïne, capryline, capréine, myristicine, palmie tune, stéarine, butine, lecithine, ou matière grasse phosphorée (la réunion de ces matières constitue le beurre).

Matières albuminoïles, caséum en suspension, caséum en dissolution, albuminose (ces matières ont été considérées comme un corps unique désigné sous le nom de caséum),

Lactine (sucre de lait). |

Chaux, magnésie, potasse, fer, manganèse, soude (à l’état de phosphate).

Sodium, potassium (à l’état de chlorure).

Soude (combinée soit avec le caséum, soit avec quelque acide organique).

Potasse, ammoniaque (à l’état de sels).

Des silicates, des fluorures, du soufre, de l’iode, de l’urée, de l’eau.

Il résulte de l'inspection de ce tableau tiré d’une conférence de M. le professeur Bouchardat sur l'emploi du lait comme aliment, et sur ses falsifications que le lait est un composé des plus complexes.

On conçoit qu'il doit en être ainsi lorsque l’on

songe que, destiné pour un certain temps à servir de Maichand. 2

pourriture unique au Héivénuunés ilne peut” pro düuire les effets que l'on en attend qu'autant qu'il renferme tous les éléments nécessaires au développement de ce petit être. Il contient done tous les principes organiques et inorganiques qui, dans les phases conséculives de la digestion, sont susceptibles de se transformer, sous l'influence de lois bien déterminées, en ces matériaux si nombreux el si variés qui constituent

notre corps lui-même.

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