DES DIVERS PROCÉDÉS ANALYTIQUES
« Les laits provenant des mêmes femelles sont tellement susceplibles de varier, disent Parmentier et Deyeux dans leur beau précis d'observation, qu'il paraît impossible d'en trouver deux parfaitement semblables
entre eux. » Pour les apprécier, il faut donc avoir recours à l’analyse chimique. |
M. A. Gautier, dans le Dictionnaire de chimie pure et appliquée de Wurtz, décrit les procédés les plus impor-
tants donnés jusqu’à ce jour pour faire cette analyse. En voici l’énumération :
1° Procédé de Chevallier etO. Henry;
F. » Quevenne et Simon ; 3° ». Becquerel et Vernois ; 4° » Filhol et Joly ;
h° » Eugène Marchand ; 6° » Baumhauer ;
7° » Millon et Commaille.
Je ne décrirai pas à mon tour chacun de ces procédés, puisqu'il est facile de les retrouver dans un livre qui est aujourd’hui dans les mains de tous les chimistes : je me bornerai à quelques réflexions applicables à la plupart d’entre eux.
En indiquant les quantités extrêmes de lactine obtenues par MM. Vernois, et Becquerel et par MM. Millon et Commaille, j'ai du déjà faire quelques réserves sur la valeur de ces chiffres; c’est qu'en effet le procédé suivi par les deux premiers observateurs repose sur l’examen optique du sérum filtré, à l’aide du saccharimètre. Or M. Corenwinder a fait voir que cette méthode était incertaine et qu’elle donnait toujours des résultats trop faibles, parce que le sérum préparé selon la méthode de MM. Vernois et Becquerel contient toujours de l’albumine et quelquefois de la gélatine qui possèdent un
pouvoir rotatoire inverse de celui de la lactine. Marchand. 6
— là —
Ainsi, par exemple, ayant préparé par la : méthode ordinaire le sérum du lait de vache de bonne qualité, il lui trouva une déviation à droite de 13°, mais le liquide ayant été ensuite coagulé par l’ébullition, il donnait après filtration une déviation à droite de 17°. Il y avait donc dans le liquide une quantité d’albumine susceptible de modifier le pouvoir rotatoire direct du suc du lait, de 4 degrés.
Or, l’albumine existant toujours dans le lait en proportions plus ou moins considérables, il s'ensuit que les dosages obtenus par MM. Vernois et Becquerel sont trop faibles, et que, par contre, les proportions de caséum ou plutôt de matières protéiques qu'ils ont données sont trop fortes, puisque ces matières sont dosées par différence. Elles le sont encore pour une autre raison ; la dessiccation du résidu de l’évaporation du lait a été faite par eux à 80°; ce résidu retenait encore une petite quantité d’eau qu'il perd, lorsque sans l'altérer, on le maintient un temps suffisant à la température de l’eau bouillante. |
Dans tous les autres procédés, le dosage de la lactine est fait au moyen de la liqueur cupro-potassique, mais il l'est en opérant tantôt sur le lait pur, tantôt sur le sérum. Quand on agit sur le lait pur, selon le conseil du Dr Rosenthal, l’on arrive à un résultat très-exact si l'on prend le soin d'agir immédiatement, ou peu de temps après la traite. Il en est encore de même quand l’on opère sur du sérum préparé rapidement, dans une limite de temps restreinte aussi. Mais, lorsque le lait est tiré depuis un certain temps, surtout pendant les chaleurs de l'été, la proportion de matière sucrée s’affaiblit rapidement, et elle s’affaiblit d'autant plus que la
durée des opérations préliminaires est plus considérable.
L’affaiblissement de la lactine a toujours pour effet de provoquer une erreur dans le titrage du caséum, puisque, dans tous les procédés, ce titrage se fait par différence, et que le sucre de lait, tout en subissant des transformations sous l'influence de l'air, laisse, dans le résidu desséché, de l'acide lactique ou d’autres matières indéterminées, qui ne changent pas le poids du résidu ou qui ne le modifient que d’une façon peu prononcée. C'est sans doute à des différences de cette nature que sont dues la faiblesse des proportions de lactine trouvées par Millon et Commaille dans les laits d'Alger et de Marseille, et la probable exagération de caséum trouvée par eux. é
Ce qui est bien certain, et le D' Rosenthal l’a bien démontré, la proportion de lactine contenue dans le lait de vache normal et non altéré oscille entre 50 et 53 gr. par litre; elle ne s’abaisse jamais au-dessous de ces proportions; elle peut quelquefois s'élever audessus.
La séparation du caséum, ou plutôt la préparation du sérum, se pratique le plus communément en ajoutant au lait normal, porté à la température de 25 à 40 degrés, un centième de son poids d'acide acétique. M. Gautier blâme ce procédé: selon lui l’on n'obtient qu’une coagulation incomplète du caséum, de telle façon qu’une grande partie de l'albumine trouvée she tard doit être considérée comme de la caséine.
Cette critique ne me paraît pas fondée, car si l'on opère la coagulation du lait sous l'influence des membranes de l'estomac de veau, sous l'influence de la
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présure, — ces proportions respectives de la caséine et de l’albumine restent à peu près les mêmes, — je devrais dire les mêmes --: que celles obtenues par l’autre méthode. Et comme la propriété la plus caractéristique du caséum est la coagulation par le contact de la présure, que c’est là ce qui le distingue de l’albumine, l'on voil de suite que l'observation de M. Gautier ne doit pas êlre accueillie. |
Le dosage des cendres doit porter sur la totalité des produits laissés par l’évaporation d'un poids donné de lait, car le caséum, séparé sous l'influence de l'acide acétique, relient toujours une certaine quantité de sels terreux, notamment du phosphate de chaux qui, nécessairement, fait défaut dans le sérum qui sert habituellement à opérer le titrage.
L’indication du procédé analytique employé est des plus importantes, ainsi que le font bien voir les différences énormes que l’on observe dans les diverses analyses faites jusqu'à ce jour. Voici donc la marche que j'ai suivie dans ce travail. :
La densité est prise à l'aide du pèse-lait de Quevenne. Les corrections sont faites à l’aide de la table jointe à son instruction pour l'usage du lacto-densimètre.
La richesse en beurre est déterminée à l’aide du lactobutyromètre de mon père.
Le sucre de lait est dosé à l’aide de la liqueur eupropotassique, dont le titre est déterminé à l’aide de lastine cristallisée, pure, convenablement desséchée. L’essai esl fait dans un tube de verre. |
L'eau s'apprécie en soumettant à l’évaporation à une température voisine de 1005 grammes du lait normal. Le résidu est maintenu à une température oscillant
entre 95 el 100, et ne s’élevant jamais au-dessus de 100", jusqu’à ce qu'il ne diminue plus de poids. Ce poids soustrait de 5 gr., fait connaître la quantité exacte de l’eau. Le résidu soumis à la calcination abandonne les cendres, dont la quantité est alors exactement appréciée: car, contrairement à l'opinion de M. Gautier, ces cendres ne subissent aucune esvèce de réduclion lorsque la calcination faite en dehors de l'addition du carbonate alcalin est faite dans une capsule de platine sur une lampe à alcool, ou un bec de gaz.
Il reste maintenant à déterminer les proportions relatives de caséum et d’albumine.
Pour y arriver, l'on évalue par une évaporation bien conduite la proportion d'eau contenue dans 5 gr. de sérum. Ensuile, l’on cherche, par le calcul, la quantité de lactine contenue en dissolution dans ce liquide: cela est facile, puisque l’on connait la richesse du lait luimême en eau et en lactine, et que, quand les opérations sont convenablement menées, les rapports de ces deux substances ne peuvent pas changer.
Le résidu de l’évaporation du sérum est incinéré.
Ce sérum ne pouvant être formé que d’eau, de lactine, de sels et d’albumine, la quantité de celle-ci est déterminée alors par différence, puisque l’on connaît les quantités respeclives des autres éléments qui l’accompagnent.
Mais ce sont les quantités d’albumine et de caséum ‘contenues dans le lait qu'il s'agit de connaître. Rien de plus facile maintenant, car le poids de l’albumine, comme celui de la lacline, est toujours en rapport dans ce cas avec la quantité d’eau qui retient le corps en dissolution. Le calcul d’une simple règle de trois fait donc
connaître la quantité exacte de l’albumine, et puisque ce poids, ajouté à celui du beurre, de la lactine et des sels contenus dans le résidu de l’'évaporation du lait doit être augmenté de celui du caséum pour constituer l’égalité avec celui de ce résidu, la proportion du caséum se trouve déterminée alors elle-même par simple différence.
La question de l'alimentation des enfants est l’une des plus importantes sur lesquelles le médecin aussi bien que le pharmacien sont appelés chaque jour à donner leur opinion; l’un en se servant de ses connaissances physiologiques, l’autre de ses connaissances chimiques. Aussi chercherai-je à résumer aussi complètement que possible, tout en les discutant, les principaux travaux qui ont été faits sur ce sujet.
Le D'J. Gonneau, dit avec juste raison: « Nous sommes trop disposés à prendre l’enfant nouveau-né pour un homme et à lui donner des aliments qui ne conviennent qu’à un autre âge.» En s'exprimant en ces termes, ce savant médecin proteste contre l'alimentation prématurée, que l'on effectue toutes les fois qu'avant l’éruption complète des huit premières dents on donne à l'enfant tout autre aliment que du lait.
L'enfant nouveau-né doit téter et non boire! dit le D° Chalvet, et il appuie cette donnée tout autant sur l'anatomie que sur la physiologie, ainsi que le montre le passage suivant tiré de son mémoire :
« Si l'on examine la bouche du nouveau-né, on constate qu'elle ne peut exercer convenablement ni la pré-
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hension, ni la mastication. La langue, quoique développée, n’exécute avec précision que les mouvements de succion.
« Si de la cavité buccale nous passons à l'estomac et aux intestins, nous trouvons encore là une démonstration anatomique établissant que le nouveau-né n’est pas apte à digérer certains aliments trop communément imposés par la nourrice. Ces organes à l’état d’ébauche, pour ainsi dire, au moment de la naissance, ne paraissent pouvoir absorber sans danger que des principes préposés à l'absorption par un travail préalable auquel l'enfant est presque complètement étranger. »
« L’estomac est petit, sans forme bien arrêtée. La membrane muqueuse est mince, lisse. Les replis et les glandes qui la rendent apte à remplir plus tard certains actes digestifs sont encore à l'état tout à fait rudimentaire, surtout les glandes à suc gastrique, qui ne contiennent à cette époque qu’un petit nombre de cellules, dites à pepsine. »
« La membrane musculaire ne présente que des fibres contractiles pâles et peu développées. Cette membrane est mince, transparente et incapable d'agir efficacement par ses contractions sur le contenu de ce viscère. Aussi, quand il se fait un caillot de lait dans l’estomac, cette masse ne peut être convenablement roulée sur les parois gastriques pour subir l’action dissolvante des sucs encore peu abondants: d’où indigestion, vomissements et lientérie. »
« Nous trouvons les mêmes conditions anatomiques : à signaler du côté des intestins. Partout nous constatons la faiblesse des membranes contractiles et l’évolution incomplète des organes sécréteurs, »
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En nous basant, seulement sur l’anatomie, il nous est donc permis de dire immédiatement que l'alimentation du nouveau-né doit être d’une digestion aussi facile que possible, puisque tous ses organes digestifs sont à l’état rudimentaire, en même temps qu'elle doit se composer d’un aliment complet, capable de subvenir non-seulement à sa subsistance, mais encore à son développement. Or, le lait, par sa composition complexe, est celui de tous qui répond le mieux à cet usage, pourvu loutefois qu'il soit approprié à l'âge de l'enfant.
Le nouveau-né devant être soumis à l'allaitement pour se développer dans les meilleures conditions, disons quelques mots de :
1° l’allaitement maternel, 2° l'allaitement étranger, 3° l’allaitement arüficiel, 4° l'allaitement animal, 5° l'allaitement mixte.