QUATORZIÈME OBSERVATION
Tumeim verruqueuses des cordes vocales enlevées avec le
forceps .
William J..., âgé de quarante ans, s'adressa à moi, en mai 1863, pour un enrouement datant de cinq ans. L'étal général de sa santé était bon, mais quinze ans auparavant il avait été atteint d'accidents syphilitiques primitifs. Il n'avait janjais eu d'accidents secondaires. La voix était dure. Au moyen du laryngoscope on voyait une tumeur large, mince, aplatie, d'apparence membraneuse, s'étendant horizontalement de chaque corde vocale vers le centre de la glotte. L'épiglotte étant trèsinclinée, il était très- difficile de voir le larynx dans toute son étendue, et, par suite, d'examiner les excroissances d'une manière complété (voir fig. 54).
w Fig. 54. — Tumeurs verruqueuses sur les cordes vocales.
On n'a pu voir le larynx qu'en soulevant l'^pigloUe avec la pincette épiglottique. rvb» Bande ventriculaire droite.
Ivb. Bande ventriculaire gauche.
w» Tumeurs verruqueuses des cordes vocales»
L'étroitesse de l'ouverture laryngienne augmentait les difficultés de l'opération. Ce ne fut qu'après plusieurs tentatives infructueuses que je parvins à enlever une petite portion de la tumeur de la corde vocale droite. En même temps, je m'efforçai de diviser la base de la tumeur de la corde vocale gauche avec une lancette laryngienne. Le malade me quitta après l'opération, mais il revint bientôt, en crachant du sang en abondance. L'examen laryngoscopique fit voir que la membrane muqueuse était entièrement recouverte de sang ; mais je ne pus déterminer exactement la source de l'hémorrhagie. J'appliquai à l'intérieur du larynx une forte solution de perchlorure de fer et j'ordonnai au malade de sucer de la glace. L'hémorrhagie continua cependant et finit par devenir alarmante ; enfin elle fut arrêtée par un gargarisme et une potion au tannin à dose élevée. Un jour ou deux après l'opération, je fis un examen laryngoscopique minutieux avec le concours du docteur George Johnson, et il nous fut impossible de déterminer le point qui avait donné lieu à l'hémorrhagie. J'enlevai plus tard quelques fragments de la tumeur avec mon forceps à lames horizontales. Maintenant la voix du malade est claire, mais il se plaint quelquefois d'un léger chatouillement dans la gorge.
OPÉRATIONS SllR LE LARYNX.
QUinziËHE OBSERVATION.
Enrouement datant de sept am, produit par un polype fixé immédiatement au-dessus de l'attache antérieure des cordes vocales. Le polype fut enlevé avec nwi» forceps et ta voix fut rétablie.
Morris B..., âgé de quarante et un ans, bottier, qui précédemment avait été chanteur, vint le 20 août 1865 à l'hôpital pour les maladies de la gorge. 11 raconte qu'il avait été très-enroué pendant sept ans, mais qu'il
c. Corde voala gauche.
n'avait jamais été aphone. A l'âge de seize ans, il avait eu une atteinte d'accidents syphilitiques primitifs. Un médecin lui avait coupé la luette, mais cette opération ne fit pas revenir la voix. L'examen laryngoscopique montra qu'il existait une tumeur de couleur jaunâtre, de la grosseur d'une petite fève, immédiatement audessus de l'insertion antérieure des cordes vocales. Elle était mobile (probablement pédiculée), mais la
base était cachée par la tumeur, et, par suite, il était difficile de déterminer exactement son point d'attache. Pendant l'occlusion de la glotte, la tumeur reposai! sur l'extrémité des deux cordes vocales ; quelquefois elle s'appuyait davantage sur une cordé que sur' l'autre, soit à droite, soit à gauche (voir fig. 55).
21 août. J'eus une consultation avec le docteur George Johnson et avec M. Mason, qui confirmèrent mon diagnostic.
24 août. — En présence de ces deux messieurs-, j'en: levai la tumeur au moyen de mon forceps. La tumeur fut heureusement saisie à la première tentative, et, à l'exception d'une petite parcelle de sa base, elle fut enlevée. Après l'opération, nous examinâmes le malade avec le miroir, mais le sang nous empêcha de voir bien distinctement la base de la tumeur. J'étais disposé à enlever le fragment qui restait, mais après mûr examen nous convînmes de le laisser,pensant qu'il se flétrirait. Immédiatement après l'opération, le docteur Johnson constata une amélioration dans la voix.
26 août. J'enlevai avec le forceps la petite portion restante de la base de la tumeur. La guérison fut complète, et au bout d'une quinzaine de jours cet homme parlait parfaitement bien.
ce La tumeur, d'après le docteur Andrew Clark, était formée de trois ou quatre petites parcelles, sans forme déterminée, de couleur jaune, striées de rouge et d'une consistance cornée. Leur structure était d'une détermination difficile à cause de leur dureté. La surface libre était composée de plusieurs couches minces, formées
d'un épithélium écailleux, dont quelques éléments avaient des nucléoles. Si ce n'avait été l'absence de la cholestérine, on aurait pu facilement prendre l'élément cellulaire pour celui d'un cholestéatome. Au-dessous de l'enveloppe épithéliale, il y avait des petits foyers sanguins et des masses amorphes d'un composé de protéine coagulée. » Quoiqu'il n'y eût pas dans ce cas (les fibres dans le composé de protéine, le docteur Clark le regardait cependant comme un cas de tumeur fihro-épithéliale en voie de développement.