‹ Du libéralisme exclusif, ou études sur le système de l'exclusivisme considéré au point de vue de l'esprit national et de la constitutionChapitre 12 sur 12 · ANNEXES · texte numérisé non relu

ANNEXES

Nous joignons ici deux documents qui marquent la situation.

L’un est une lettre publiée le 4 juillet dernier par VÊchu du Parlement, organe du ministère, sous l’initiale N. ; l’autre, une proposition soumise au Conseil pros incial du Brabant, et signée par trente-trois de ses membres, proposition demandant la suppression de l’enseignement religieux dans l'instruction primaire. Les deux documents traitent des questions qui rentrent trop dans celles qui ont lait l’objet de ces Etudes, pour ne pas les considérer comme en formant une partie intégrante.

La lettre, écrite à la suite du résultat des élections du 9 juin de cette année, ne saurait point ne pas avoir une signification particulière par le journal qui la publie. Son but est de caractériser la mission du libéralisme exclusif. La voici textuellement; elle est adressée au rédacteur du journal.

« Monsieur le directeur,

« Vous le disiez avec raison ces jours derniers . le libéralisme a sa mis- ut» ..r 1 * sion parfaitement déterminée dans ce pays, dont le bon sens et l'amour du vrai seront toujours l'apanage suprême.

« Cette mission est la séparation complète, absolue, définie par la loi, de l’État et de l'Église.

< C'est un problème que la Belgique libérale et religieuse mérite de résoudre.

t Aucune Constitution n’a donné i l'Église les libertés dont elle jouit dans notre pays. La nôtre refuse absolument au Pouvoir laïc toute intervention dans ce qui touche aux croyances religieuses.

« C'est un gouvernerait étranger qui nomme chez nous les Évêques. Ce sont des Congrégations étrangères qui peuvent s'implanter ici sans que l'autorité laïque ail à les contrôler. C'est l'instruction publique libre, sans autorisation, sans examen préalable, qui peut enseigner la jeunesse, l'éclairer ou la corrompre ; lui inculquer l'esprit de la Constitution ou celui de l’Encyclique; en d'autres termes, des principes patriotiques ou hostiles 4 la patrie. — A tout cela la société laïque n'a rien a voir, rien à dire.

« Le gouvernement, lui,, est surveillé, contenu de mille manières. Le clergé, au contraire, est maître absolu chez lui ; et comme il est de l'essence de toute force, non contrôlée, de chercher à étendre son empire, c'est du

côté du clergé que les exigences s'accroissent sans mesure. Ce que l’autorité civile appelle justement des abus, le clergé le nomme ses libertés, ses prérogatives ; et c’est avec la plus rude âpreté qu'il lutte pour leur conservation. — 'Enfin, comme dans l’état de choses créé en Belgique par notre Constitution, les attributions s’entremêlent et ne sont pas encore nettement dégagées les unes des autres, il est peu de jours qui s’écoulent sans donner matière â conflit.

« Et au fond.'cependant, qu'y a-t-il de vrai et d’équitable dans les plaintes, les récriminations du clergé? Un fait en prouvera l’inanité. Une fois que les lois qni circonscrivent les droits de chacun son^ votées, la voix des griefs se tait comme par enchantement ; et quand le Parti clérical arrive au Pouvoir, il subit sans sourciller tout ce que, pendant des mois, des années, il a fait appeler par ses organes : des spoliations, des vols, des inventions révolutionnaires et sataniques.

« C’est ainsi que, depuis la révolution française, il accepte, presque sans plus y songer, le mariage civil dans les pays où il a été admis et où il fonctionne sans provoquer la moindre réclamation ; tandis qu'il prédit la fin du monde dans ceux où le même mariage tend à se faire place dans les lois.

« Le clergé ne veut rien céder des droits que, de son côté, la société laïque prétend lui appartenir, et la lutte dure depuis trente ans en Belgique.

« Nous ne nous en plaignons pas trop. Elle a créé un esprit public, des Partis à doctrines. La lutte est entre nous, qui voulons la liberté en tout et pour tous, avec la loi pour limite, cl une aulmilé religieuse qui ne veut plus rien abandonner des choses qui lui restent sans justice, et que notre faiblesse lui a jusqu'ici laissé détenir.

« C’est â effacer les derniers éléments d'antagonisme que le libéralisme doit tendre. C’est à dégager le terrain de tout ce qui reste de matière à conflit que la majorité libérale, soutenue par tout ce que le pays compte d’esprits raisonnables, doit viser.

« L’œuvre commune s'achèvera. Les succès passés garantissent ceux que nous prépare l’avenir; ces succès sont assez prouvés et par le rang que nous occupons dans le monde depuis la consolidation de notre révolution, et. jusqu’à certain point, par l’acquiescement du Parti catholique lui-même, qui, arrivé au Pouvoir, n'a jamais osé toucher à une seule de ces lois qu’il maudissait tant pendant qu'elles occupaient les Chambres et le pays. •

« Pour atteindre ce grand but, que nous appelons la vraie conciliation des esprits, il a beaucoup été fait. — Le Tarji libéral a subi les accusations les plus odieuses et les plus ridicules. On ne lui a ménagé aucune colère, aucune calomnie. Pendant les dernières élections, elles ont atteint une mesure qu’on n’avait jamais connue. Tout ce qui est société civile, tout ce qui est laïc a été présenté comme immoral, antireligieux. — Et ces absurdes accusations contre un ministère libéral retentissent au moment où huit églises nouvelles se bâtissent à Bruxelles. Mais leur siège est fait

«t la langue se refait. Les associations mendiantes s'appellent charitables. La surveillance des deniers du pauvre s'appelle la mort de la liberté de la ■charité; les bourses d'études accaparées par le clergé à peu prés seul et que la loi restitue & tous, s'appelle vol. Le dictionnaire casuiste permet tout cela, mais le sens commun s'y oppose et la loi est le sens commun érigé en formule. Mais que la loi tienne bon elles fureurs désarmeront, quoi qu’elles en aient.

« Les principes sont l'arche sainte des Partis. Les nôtres sont inébranlables La majorité libérale est dans le vrai, et c'est pour y rester qu'elle poursuit sa grande mission, celle de la suppression des éléments de conflit. Les esprits superficiels et indifférents se raillent souvent des appellations de libéraux et de catholiques, comme surannées. Mais, après tout, elles n'existent guère que depuis la paix (1859), elles n'ont que 25 ans en Belgique et elles ont été l'axe de notre politique intérieure.

• C'est à la suite des griefs communs des libéraux et des catholiques que s'est formée la coalition d'où est sortie notre indépendance. L'indépendance conquise, cette noble mère nous a donné toutes nos libertés, y compris celle de faire h chacun sa juste part d’héritage. C'est cette part qui se discute depuis 1840, avec calme, avec modération et avec justice du cèle des libéraux ; avec colère, fureur, rage de la part de leurs adversaires. Le pays jugera. îi.

Celte lettre a toul le caractère d'un programme, et nous croyons pouvoir nous dispenser de faire beaucoup de remarques à son sujet, après les considérations développées dans ces Éludes Elle peut se résumer en ces termes :

€ Aujourd’hui, les exigences du clergé s’accroissent sans mesure

par suite de la position indépendante que lui garantit ta Consti- < tulion, et, avec les exigences, les conflits; car le clergé ne veut « rien abandonner des choses qui lui restent sans justice, et que, « jusqu'ici, on lui a laissé détenr.

« Il est nécessaire d’effacer ces derniers éléments d’antagonisme, « et qu’à celte fin, la séparation complète de l'Église et de l'État, * en ce moment encore non définie, soit clairement déterminée par « la loi. La mission du libéralisme est là ; lorsqu’il l'aura achevée, « la Belgique jouira de la véritable conciliation des esprits qui doit « exister chez elle. *

Comme on voit, le langage du libéralisme est la parole du Maître, qui peut se traduire ainsi :

< C’est à moi de dicter la loi ; quand je l aurai dictée, vous vous « y soumettrez, et puis vous aurez à être contents et satisfaits, de « la manière qui me convient. »

Voilà bieu le sens du programme, et il est assez difficile de

comprendre la conciliation des esprits avec un pareil langage.

Aussi, est-il un point capital dont la lettre s’abstient de parler; elle ne dit pas si, après la mission du libéralisme accomplie, le principe de iVxdustoisme libéral fera place il un Pouvoir conciliateur. Or, la question est là ; car si Vexclusivisme devait survivre à la conciliation des esprits, qu’on regarde comme la seule véritable, la lettre entière ne serait qu’une contradiction et n'aurait plus de sens.

Cependant, notre méfiance est grande; l’auteur de la lettre, disant que les exigences du clergé croissent sans mesure, en raison de son Pouvoir, qui n’a pas de bornes, on ne conçoit guère comment, devant des exigences semblables, l'exclusivisme pourrait, en aucun temps, se considérer comme non nécessaire pour maintenir libre le terrain qu’il aurait dégagé.

La grande conciliation des esprits, qui, selon l’auteur de la lettre, est la seule vraie, se verrait ainsi ajournée aux calendes de la Grèce.

Il y aurait de l 'exclusivisme, et toujours de Vexclusivisme; toujours le libéralisme exclusif au Pouvoir, travaillant sans cesse à accomplir une mission qui ne se termine jamais, et on sait combien elle inspire la confiance et assure le bonheur !

Mais entrons dans le sérieux et allons au fond des choses. Nous demanderons à l’auteur de la lettre ce qu’il entend par les exigences sans mesure du clergé, qui croissent toujours ? où ces exigences sans mesure et toujours croissantes se sont produites?... en quoi elles ont consisté?... Quelle est, depuis les trente-deux années que le clergé se trouve en possession de l’indépendance, l'acte d'immixtion dans le domaine civil qui puisse être mis à sa charge?

Ces exigences, croissant sans mesure, nous portons défi d’en citer une qui soit, nous ne dirons pas une atteinte, mais qui ait l’apparenced’une atteinte à l’indépendance du Pouvoir! l’apparence dune immixtion dans le domaine civil!

Et ces choses qu’on prétend lui rester sans justice, et dont on lui fait reproche de ne vouloir rien abandonner, nous défions qu'on en indique une seule pour laquelle il ue soit dans la plénitude de son droit !

Quand on lui dispute et qu’on lui enlève l’instruction religieuse dans les écoles de l’État ; quand on l'expulse de la collation des bourses catholiques d’étude; quand on a supprimé les fondations charitables pour l’en bannir ; y avait-il là des exigences sans mesure? des choses dont il était en possession sans justice ?

Sont-ce encore de sa part des exigences sans mesure d'avoir revendiqué pour les catholiques leurs champs de repos? de s'être opposé à des profanations, dont la violence a dépassé, elle, toute mesure ?

Sont-ce là , demanderons-nous, les exigences démesurées, les possessions illégitimes qui rendent nécessaire la mission du libéralisme? et il faut bien que ce soient elles, puisqu'on ne saurait eu alléguer d'autres!

Eh bien, nous disons, nous, que les actes sans mesure ne sont pas les actes du clergé, mais les actes posés par le libéralisme ; et que si telle est la mission de conciliation des esprits qu'il s'est imposée; celle qui doit effacer les éléments d’antagonisme; cette conciliation a la réalité des rêves, comme la mission celle des chimères.

Nous ne passerons pas en revue toutes lesqueslions qui, d’après l’auteur de la lettre, pourront se présenter jusqu’à ce que le libéralisme ait fait table rase des derniers sujets de conflits. Ceux qui ont parcouru ces Éludes s'expliqueront facilement comment et pourquoi la série <n -era longue; ils en comprendront les tendances, et leur concli ‘-"n era, sans doute, comme la nôtre: que IVxcfarivisme libéral, à la façon des réformateurs idéologues, n’a d'autre plan que le bouleversement successif de tout ce qui est, pour aboutir, non à la conciliation des esprits, mais à un cataclysme social.

Quant à la séparation absolue et complète de l'Eglise et de l’Etat, avec laquelle les exigences que nous venons d’énumérer n’ont rien de commun, nous ne prendrons au sérieux ce qu'eu dit le libéralisme, que lorsqu’il aura renoncé à son principe d'exclusion. Tant qu'il prétendra à la possession exclusive du Pouvoir, nous le regarderons comme parlant de l’indépendance de celui-ci et de sa séparation d’avec l'Église, à la manière d’un despote qui plaide pour sa cause.

L'auteur de la lettre se livre a un genre d’argumentation qu’on serait tenté d'appeler une plaisanterie.

Toutes les mesures que décrète le libéralisme, dit-il, sont bonnes, puisquejamais aucune d’elles n’est changée lorsque ses adversaires arrivent au Pouvoir.

Comme s’il y avait à tirer de là une autre conclusion, que celle de leur répugnance pour des agitations pareilles à celles de 1857 !

Voici dans quels termes fut soumise au Conseil provincial du Brabant la proposition pour la réforme de la loi sur l'instruction

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<■ Bnbant a primaire; nous ne donnerons toutefois que les considérants qui e.t

propos de l'in»- » . . » * *

insctioo prî - COraClCriSeOt 16 but !

Maire.

« Considérant qu’il importe de mettre la loi sur l’instruction primaire « en rapport avec la liberté de conscience, la liberté des cultes, et d’appli- « quer le principe large et fécond de la séparation de l’Église et de l’Étal, « et de l’indépendance du Pouvoir civil; *

« Considérant que l’intervention, à titre d’autorité, du clergé dans l’école, « et l’instruction obligatoire de la religion, comme dogme, ne respectent et « ne garantissent pas suffisamment ces libertés ; *

« Considérant que l’école doit être laïque pour que tout neige, à quelque « culte qu'il appartienne, puisse la fréquenter sans y voir jamais froisser < ses croyances religieuses; »

* Considérant que l'instruction primaire est, de l’aveu de tous, un « besoin social; que dès lors il appartient à l'Étal de pourvoir efficace- « ment à ce besoin essentiel de la société moderne; »

[SCancc du 23 juillet 1 8G3.J

Dire que l’enseignement est, pour le Gouvernement, un devoir social, et, d’un autre côté, que cet enseignement doit sc donner en dehors de l’instruction religieuse, comme conséquence du principe de lu séparation de l’Eglise et de l’État, et de l’indépendance du Pouvoir civil, c’est avancer des choses qui se combattent et se détruisent. Car comment l’enseignement saurait-il entrer dans la mission du Gouvernement, si, séparé de l’instruction religieuse, il ne peut être qu’un enseignement antisocial; vérité d’une évidence qui tient de l’axiome, et que nous croyons inutile d’appuyer du témoignage des hommes les plus irrécusables?

Quand donc la proposition faite au Conseil provincial du Brabant parle de devoir social, on doit demander comment il peut exister un devoir social, là où il n’est possible de recueillir que des fruits antisociaux ?

On fait observer que l’école se bornant à l’enseignement proprement dit, rien ne s’oppose à ce que, pour l’instruction religieuse, on se rende à l’église, ou qu’on la reçoive dans la famille.

Si les choses pouvaient s’arranger de la sorte, les mesures à prendre seraient, en effet, des plus simples. Mais qui ignore, que dans la pratique, ce soit l’impossibilité même?

il est, d’ailleurs, une considération décisive qui démontre à elle seule l’insuffisance du moyen : c’est que l’atmosphère elle-même de l’école doit être religieuse, comme l’a si heureusement dit une des autorités les plus considérables, M. Guizot.

Mais, pourquoi l’indépendance du Pouvoir civil et le principe de

ia séparation de l’Eglise et de l'État exigeraient-ils d’isoler l'enseignement scientifique de l’instruction religieuse?

Nous ne saisissons pas l’incompatibilité qu'il y a entre choses si étroitement liées; nous comprenons le grand intérêt que le Pouvoir et la société ont à les réunir, nous ne concevons point ce qui pourrait engager à les séparer.

Assurément, ce n’est point, comme on le prétend, la liberté des cultes; car rien ne doit être plus facile que de garantir cette liberté à chacun, surtout quand on fait attention qu’en Belgique, la grande généralité, pour ne pas dire tout le monde, ne peut être sacrifiée à de minimes exceptions.

La proposition pèche donc par son point de départ, et loin que pour l'Etat il y ait devoir sucial à intervenir de la manière dont on l’entend, le devoir social consiste dans l’abstention ; d’où suit cette alternative :

Que le Gouvernement, en se chargeant de l’enseignement, doit être à même d’y joindre ce que, sans danger pour l’ordre social, on ne peut en distraire;

Ou, s’il ne le peut, il prouve sa propre incompétence ; et si, malgré cela, il passe outre, il lègue à l’avenir de redoutables éléments antireligieux.

(.a proposition a été adoptée h une forte majorité, et il ne pouvait en être autrement après un résultat électoral comme celui de 4X60, où le l’arti doctrinaire a éprouvé, contre les Jeunes, la marquante défaite que nous avons constatée.

C'est une de ces choses qui dessinent les situations; qui recèlent en elles-mêmes des conséquences dont il est impossible de se dissimuler la portée, et qui appellent la sollicitude de tout homme soucieux du bien de la Patrie.

Comme on peut s’en convaincre, la proposition soumise au Conseil provincial du Brabant et la lettre du 4 juillet, font partie du même système qui doit doter la Belgique de la véritable CONCI- LIATION... C’est pour ce motif que nous avons voulu les mettre en regard, l’une aidant à apprécier l'autre.

Mais on conviendra avec nous, que ni le professeur dont nous avons fait connaître les doctrines, ni l’auteur du manifeste élecral dont nous avons donné des extraits, n’en dicteraient de différentes.

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