DIAGNOSTIC
Quand on songe aux caractères physiques que nous avons assignés au lipome , à son mode de développement , il paraît difficile d’admettre que le diagnostic présente une difficulté sérieuse, et cependant l’on peut dire, presque sans craindre de se tromper, que c’est l’affection qui a entraîné le plus de chirurgiens dans l’erreur. C’est que le lipome peut se présenter avec des caractères extrêmement divers : tantôt sa consistance est celle d’un corps mou , tantôt celle d’un corps solide, tantôt celle d’u e masse liquide. Dans le premier Il cas, le lipome présente vraiment les caractères que nous lui avons donnés, et c’est de beaucoup le plus fréquent; mais nous avons vu , I à propos de l’anatomie pathologique, que la densité pouvait devenir I très-considérable par suite de l’épaississement des cloisons cellu- I leuses, épaississement dû à de la I\ mphe ou à des produits particu- I liers, stéarine , cholestérine ; enfin que la graisse pouvait se présenter ; Il presque à l’état de liquéfaction. Nous n’avons point l’intention de i il faire un diagnostic différentiel du lipome avec toutes les aifeclions ellqui peuvent avoir quelque rapport avec lui, car nous serions forcé lipde passer en revue presque toutes les tumeurs; nous nous conteniel|terons d’examiner le diagnostic différentiel du lipome avec quelques eslltumeurs liquides et molles, qui, dans certains cas, ont avec lui la ;,i|plus grande ressemblance.
Kystes. Le lipome peut en imposer pour un kyste quand il donne Et la main exploratrice la sensation de fluctuation, et un kyste peut Am imposer pour un lipome quand les plans fibreux qui le recou-
1867. — Perrolie.
vrent ont une épaisseur inégale ou un aspect bosselé. M. Cruveilhier pense qu’il est toujours facile, avec de l’attention, d’arriver à distinguer ces deux sortes de tumeurs. Si l’on a affaire à un lipome, la main éprouve la sensation de petites masses pelotonneuses roulant sous le doigt; je doute que ce caractère existe dans tous les cas, car cette sensation n’est vraiment évidente que dans la forme de lipomes franchement lobulés. Est-il possible de distinguer une vraie fluctuation d’une fausse fluctuation? Oui; mais aussi les connaissances théoriques ne nous sont d’aucune utilité. Ce diagnostic ne se prête point à la description; c’est l’expérience et l’habitude seules qui peuvent nous faire apprécier les différences si minimes qui existent dans les deux cas; et quand nous aurons pour nous une longue expérience, nous reconnaîtrons encore qu’elle a été trop courte pour arriver à la certitude dans de tels diagnostics. Mais, si le doute règne dans notre esprit , il est facile de le lever en pratiquant une ponction avec un trois-quarts explorateur; s’il s’agit d’un lipome, le trois-quarts arrivera dans une tumeur molle, et il sera impossible de lui faire exécuter des mouvements dans son intérieur; cependant il faut être prévenu que quelquefois l’instrument joue librement dans finlérieur d’un lipome, ce qui tient, comme on le comprend, à la faible consislance de la graisse et des cloisons celluleuses. Dans ces cas alors, on est tenté de croire que l’on est arrivé dans un foyer séreux ou purulent, et que, s’il ne s’écoule rien , cela tient à l’obstruction de la canule par des matières concrètes; l’introduction d’un stylet délié lèvera le doute.
Abcès. Les seuls abcès que l’on puisse confondre avec les lipomes sont les abcès froids. Leur consistance, leur mode de développement, leur mobilité, feraient excuser, dans un certain nombre de cas, celte méprise; mais on doit surtout faire entrer en ligne de compte la constitution du malade, l’état général antérieur, l’état général actuel. Il est rare que Ton ne trouve point alors des engorgements slrum^âx , des abcès multiples, des cicatrices, qui viennent
déceler la constitution scrofuleuse du sujet. Le diagnostic deviendra l’une difficulté extrême, quand un abcès se développera dans l'intérieur même d’un lipome; la ponction exploratrice seule pourra mettre sur la voie.
Cancer encéplialoïde. C’est surtout le cancer encéphaloï.le qu’il faut savoir distinguer du lipome, car on comprend combien serait regrettable une méprise qui permettrait à une affection si grave de suivre son cours; heureusement que le plus* souvent les caractères différentiels sont bien tranchés. La nature de la douleur, la sensa- | lion de fluctuation accompagnée u une sorte de résistance éloignée Il de la souplesse caractéristique du lipome , la configuration de la tu- I meur, qui est arrondie mais inégalement bosselée, caractères appartenant à l’encéphaloïde , mettront sur la voie : ajoutons à cela le développement du système veineux cutané, l’état général du malade , etc.
Mais cependant il peut se faire que l’encéphaloïde soit enkysté, alors l'aspect bosselé manque; il peut arriver que la douleur soit il nulle, que la sensation de fluctuation ne diffère en rien de celle du lipome. M. Nélaton propose dans ces cas, comme moyen de diagnostic, la ponction; celle-ci faite, on cherchera à faire exécuter au ^11 trois-quarts des mouvements de circumduction : si ces mouvements .1] sont réalisables, l’on aurait affaire à un encéplialoïde ramolli; mais (Il nous avons vu que ce caractère pouvait aussi se rencontrer pour le lipome. Nous voyons donc que si, dans la plupart des cas, lediag- | noslic est facile, il peut dans d’autres cas se faire que l’on n’ait à sa disposition aucun signe certain qui permette de distinguer ces deux affections. Que faire alors? Prendre les choses au pire et enlever la tumeur.
L’erreur est plus facile à éviter quand il s’agit d’anévrysmes, de tumeurs érectiles; cependant il me suffira de citer trois faits pour démontrer qu'entre les mains de grands chirurgiens, elle a pu être
commise.
Le premier fait appartient à M. Pautrier, qui cite un cas d’anévrysme qui lui en imposa pour un lipome; la tumeur ne présentai! plus de battements, des concrétions fibrineuses s’étaient déposées dans le sac, et la pression n’exerçait plus aucune influence sur son volume.
Les deux autres faits sont cités dans la pathologie externe de M. Nélaton, dont un lui est personnel. M. Nélaton avait diagnostiqué un lipome situé sur la partie latérale du thorax ; le sujet mourut d’une phthisie aiguë, et l’autopsie démontra qu’il s’agissait d’une tumeur érectile.
Dupuytren , à propos d’une tumeur située à l’angle interne de l’œil, avait diagnostiqué une tumeur érectile; l’opération lui démontra que c’était un lipome.
Enfin il est des cas où le diagnostic est presque impossible. Je citerai à l’appui de c(ÿte idée une observation dePellelan, ayant rapport à une tumeur lipomateuse développée dans la cloison recto- vaginale et Faisant saillie entre les grandes lèvres, ce qui pouvait trèsbien en imposer pour un polype utérin.