CHAPITRE PREMIER
Connaître exactement la conformation du bassin, essayer de se rendre compte des variations que peut avoir éprouvées la filière pelvienne, telle est une des essentielles préoccupations de l’accoucheur, en face d'une gestante.
Et l'attention de ce même praticien ne fera que redoubler encore, s’il a affaire à un bassin rétréci. En ce cas il mettra tout en œuvre pour acquérir une notion, nette et précise, des dimensions de ce bassin et, en même temps, apprécier ses moindres défauts.
Aussi, ne faut-il point s'étonner du grand nombre de moyens employés pour arriver à ce résultat. Ce souci constant a suscité l’invention d'instruments multiples et variés (pelvimètres externes, cliséomètres etc), auxquels s'ajoutent des modes d'investigation plus précis tels que la pelvimèêtrie interne, la pelvigraphie, la radiographie. Toutes ces méthodes diverses se proposent de résoudre la question de façon certaine et, pour ainsi dire, mathématique. Empressons-nous d’ajouter que le résultat
cherché est souvent atteint. Cependant, est-ce là une
raison suffisante pour négliger une des bonnes ressources que possède l’accoucheur et qui, en maintes circonslances, lui donne de précieux renseignements: nous voulons parler de l'inspection, portant sur le corps de la femme? Non, certes !.
Aussi, avons-nous cru qu'il serait de quelque utilité pour lui de consacrer une attention spéciale, dans son examen, à l'étude de la région sacrée, du losange de Michaëlis.
Cette région reflète, en ses diverses modalités, d'une façon assez fidèle, les remaniements subis par le bassin interne et si, par l'inspection. la mensuration du creux losangique, nous constatons un changement quelconque survenu dans sa forme, sa direction, son inclinaison, etc., nous aurons acquis la quasi certitude d'une variation de ce même bassin interne.
Il nous sera possible, de cette façon, de compléter quelquefois ou de confirmer, les notions et les résultats fournis par les autres procédés et, comme on ne saurait s'entourer d'assez de précautions, nous estimons que, de ce fait seul, l'étude de la région sacrée mérite d'être prise en considération et d'entrer dans la clinique.
Nous pouvons encore faire une remarque : de lout temps, les artistes se sont montrés les meilleurs observaleurs de la nature humaine; or, l'idéal du beau coïncide avec l'idéal de l’anatomie normale et, comme nous le verrons, par la suite, les sculpteurs et les peintres, anciens ou modernes, lorsqu'ils ont voulu fixer dans le marbre ou sur la toile, l'idéal plastique qu'ils se faisaient de la femme, vue de dos, ont toujours représenté le
losange de Michaëlis, régulier et parfait, et ce. bien
avant que ce dernier auteur en donnât une première description .
Mais, avant tout. qu'entend-t-on par losange de Michaëlis ?
C'est ce que nous voulons essayer de montrer dans
ce premier chapitre C'est ce que, avec Stratz (1),
nous allons étudier d'une facon détaillée.
Si on regarde le dos d'une femme bien constituée, on remarque, au niveau du sacrum, deux petites fossettes, situées des deux côtés de la ligne médiane et à environ cinq centimètres de celle-ci. Elles forment les deux angles latéraux d'un quadrilatère dont l'angle inférieur est situé au point où les deux fesses se réunissent et qui est, en haut, limité par une fossette, située au dessous de l'apophyse épineuse de la cinquième lombaire.
C'est le losange de Michaëlis.
Dans la dernière édition de son traité, Schræder (2) écrit, à ce sujet, ce qui suit :
« L'extrémité postérieure du diamètre de Baudelocque est marquée par une fossette siégeant au dessous de l'apophyse épineuse de la cinquième lombaire. Cette fossette est généralement bien marquée et facile à trouver. Souvent, la simple inspection permet de Ia reconnaître. De plus, à côté du méplat du sacrum, on voit de part et d'autre deux fossettes, au niveau desquelles la peau est plus adhérente qu'ailleurs aux os sous-jacents (épines
iliaques postéro-supérieures). Si on réunit ces fosscttes
(1) Stratz — Die Raute von Michaëlis — Zeitschrift für Geburthshülfe ünd Gynœækologie.
(2) Schræder — Geburthshülfe, 1886.