‹ Du lupus compliqué d'épithéliomaChapitre 2 sur 10 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les travaux récents de MM. Friedlaender, Ivoster, Besnier, Leloir et Cornil ont montré que le lupus est une des formes de la tuberculose du tégument.

Friedlaender et Koster ont montré qu’on trouvait dans le lupus des follicules tuberculeux et ont voulu en faire une forme de maladie de peau. Leloir et Cornil, l'ont prouvé expérimentalement et anatomo-pathologiquement. Les travaux de Koch, sont venus confirmer ceux de Cornil et Leloir.

M. Leloir seul, puis en collaboration avec le P1’ Cornil (Cornil et Leloir. Société de Biologie , Juillet 1883 et Archives de Physiologie , Avril 1884) inocula une grande quantité de cobayes et plusieurs lapins. Ces auteurs, obtinrent une proportion de faits positifs, de tuberculose généralisée à tubercules contenant des bacilles et produisant des tuberculoses inoculables en série, de 6 faits sur 13 négatifs environ.

Depuis ces travaux et depuis la fameuse discussion de Copenhague (août 1884) où Kaposi, mis en demeure par le Professeur Leloir, se trouva seul, dans le camp opposé, pour défendre la non spécificité du lupus, est parue une

série de travaux, en France et à l’étranger, qui ont confirmé les idées de Besnier, de Leloir et Cornil. Même, on voit aujourd’hui MM. Hardy et Vidal, qui, autrefois, n’étaient pas partisans de la nature tuberculeuse du lupus, sur le point de modifier leurs opinions à ce sujet (Hardy, Traité des maladies de peau). Enfin, tout dernièrement M. Leloir, dans un mémoire qu’il a publié dans les Annales de Dermatologie (juillet 1886), relate des faits, tirés de sa clinique de St-Sauveur, qui confirment pleinement ce qu’il a dit en 1882 et 1884.

On sait combien il est rare, de voir coïncider dans un même tissu, les lésions de la tuberculose et celles du carcinome. Cette coïncidence, est tellement rare, que, jusque dans ces dernières années, non-seulement on niait que ces deux processus pathologiques pouvaient siéger dans un même tissu, mais encore, on disait que jamais les tuberculeux ne pouvaient devenir carcinomateux et que la réciproque était vraie. Les travaux de MM. Verneuil et Cornil, ont fait justice de cette opinion, et, actuellement, il est reconnu, que pas plus que d’autres, les tuberculeux ne sont indemnes de la carcinose et que, réciproquement, les carcinomateux ne sont pas plus que d’autres à l’abri de la tuberculose. Néanmoins, il résulte de ces opinions, que le

carcinome est très rare chez les tuberculeux et que c’est une rareté de trouver à la fois, le carcinome et la tuberculose.

C’est peut-être pour cette raison que l’on voit si rarement une dermite chronique, accompagnée de proliférations épithéliales abondantes, comme le lupus, et aboutissant, même parfois, à l’aspect papillomateux (lupus scléreux de Leloir et Vidal), se compliquer si rarement de carcinome.

Il est, tout-à-fait exceptionnel, en effet, de voir les lupus, même les plus anciens, subir, en un point quelconque, la dégénérescence épithéliomateuse. Parmi les nombreux malades de l’hôpital Saint-Louis, qui sont atteints de lupus, on en est encore à compter, ceux, dont les lupus ont subi la dégénérescence épithéliomateuse. Le professeur Leloir, nous rapporte que, sur plus de 300 cas observés par lui, quatre seulement ont subi cette transformation épithéliomateuse. Ceci montre qu’évidemment cette complication est rare ; néanmoins il ne faut pas nier la possibilité de son existence, en disant qu’on a pris pour des épithéliomas des lupus papillomateux. Nous verrons en effet, avec l’anatomie pathologique, que cette confusion a été faite, par quelques auteurs, lesquels ont été trompés par la ressemblance qui existe entre certaines coupes de lupus papillomateux et des coupes d’épithélioma.

MM. Leloir et Vidal ont montré que la confusion pouvait être évitée anatomo-pathologiquement, si l’on faisait des coupes suffisamment profondes ; cliniquement, en tenant compte de l’évolution. Il faut noter, disent ces auteurs, (Société de Biologie du 18 novembre 1882) que, quelle que soit l’importance des lésions de l’épiderme, le lupus est une affection du derme et non une lésion, débutant par l’épiderme. Dès lors, la nécessité pour faire le diagnostic, de pratiquer des coupes jusqu’au derme, s’explique d’elle-même.

Donc, ceci réservé, il est certain que le lupus vulgaire peut, dans certains cas, se compliquer d’épithélioma.

Les travaux de Rayer, Devergie, Lang, Kaposi, Hébra, Besnier, l’ont montré, et c’est ce que nous nous proposons de prouver par les observations que nous relatons.

Nous avons été engagés à faire cette thèse, parce que cette complication du lupus est très rare, parce que jusqu’ici il n’a été fait aucun travail d’ensemble sur ce sujet, en France tout au moins, et enfin, parce que, comme M. Leloir l’a souvent fait remarquer dans ses cliniques, il existe encore, dans cette question, bien des points à élucider et bien des desiderata à signaler.

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