‹ Du lupus compliqué d'épithéliomaChapitre 3 sur 10 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Ce n’est qu’au commencement du siècle, vers 1835, que des cas de lupus compliqué d’épithélioma, ont été sinon relatés, du moins soupçonnés.

Étudiée d’abord par des Français, Rayer (1835) et Devergie (1863), cette question est ensuite abandonnée, et depuis 1863, personne ne s’en est plus occupé en France. Mais, à l’étranger, elle a fait son chemin. Les Allemands et les Autrichiens (chirurgiens et dermatologistes), mis sur la voie par les Français, leurs devanciers, ont produit sur ce sujet des travaux importants dans lesquels nous avons puisé de précieux renseignements.

Rayer, dans son Ti^aitê des Maladies de la peau (Paris, 1835, pages 197, 198), est le premier qui parle d’une variété de lupus exedens, dans lequel les ulcérations se recouvraient de petites tumeurs rouges, molles, comme fongeuses, très proéminentes, qui imprimaient au visage un aspect

repoussant. Il ajoute, que cette variété est rare et une des plus graves.

Plus loin encore, il dit que le lupus exedens peut pendant plusieurs années, envahir successivement, des portions plus ou moins étendues de peau saine ou détruire de nouveau des surfaces cicatrisées; qu’il peut attaquer les cartilages, ronger les os propres du nez et détruire rapidement, toutes ces parties, après avoir fait disparaître la peau qui les recouvre.

En 1863, Devergie en cite quelques cas, dans son Traité des maladies dé la peau.

A une époque plus rapprochée de nous, nous trouvons le cas de Bardeleben, que Kaposi admet ( Traité des maladies de peau de Hébra et Kaposi), sans s’entourer de toutes les précautions nécessaires, car Bardeleben, s’exprime d’une façon vague et analogue à celle de Rayer. Il ne parle, en effet, que d’une « destruction terrible des tissus » et quoiqu’il soit très naturel de rapporter à ce mot destruction, les ravages occasionnés par un lupus compliqué d’épithélioma, il serait peut-être prudent, de n’accepter ce cas, qu’avec réserve, comme le font Hébra (Wiener med. Wochenschrift , 1867) et Weber (Chir. Erfahrungen ) puisque Bardelen, n’emploie nulle part le mot cancer.

Enfin, dans Vierteljahresschrift fur Dermatologie and Syphilis 1875, nous relevons 17 cas de lupus compliqué d’épithélioma, placés les uns à côté des autres sans grand choix :

Cas du professeur Weber, à Heidelberg. . . 3

Id. Volkmann, à Hall . 3

Id. Esmarch, à Kiel ..... 4

Id. Thiersch, à Leipsig. . . . 1

Id. Heine et Lang, àlnnsbrück. 1

Id. Hébra, à Vienne . 5

Ces cas, avons-nous dit, sont jetés pêle-mêle, les uns à côté des autres, car jusqu’ici, aucun travail d’ensemble n’a été entrepris sur la question.

Cependant, les travaux faits jusqu’à ce jour, sur le lupus compliqué d’épithélioma, permettent déjà d’établir deux groupes, comprenant l’un, les cas où le carcinome apparaît sur une cicatrice, sans que pour cela le lupus soit entièrement guéri, et l’autre, renfermant les cas où le carcinome est survenu au milieu du tissu lupeux, en voie d’évolution. Cette division est celle adoptée par le professeur Leloir dans ses cliniques.

Les cas de Devergie doivent être rangés dans ce premier groupe, car dans son Traité des maladies de la peau, 1863, il dit : « Je dois dire, cependant, que j’ai vu naître deux cancers suivis rapidement de la mort, sur des lupus exedens guéris depuis longtemps.-»

Lang ( Vierteljahresschrift fur Dermatologie und Syphilis 1874), critique Devergie à ce propos. Pour lui, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’une cicatrice puisse donner lieu à un cancer, et quand, dit-il, Devergie ajoute « ces deux personnes avaient dépassé 50 ans », cela prouve seulement que ces individus avaient l’âge canonique du

cancer. Pour lui, tant qu’il n’aura pas été prouvé, qu’une cicatrice de lupus prédispose davantage à une pareille complication, il n’est pas utile, de faire cette distinction en deux groupes.

Quoiqu’il en soit de l’opinion de Lang, nous maintiendrons notre division en deux groupes, et, dans la partie clinique de notre travail, nous aurons occasion de passer en revue, dans l’un ou l’autre de ces groupes, les cas connus jusqu'à ce jour, augmentés de ceux que nous apportons.

Mais cette question, qui paraît aujourd’hui débrouillée, n’était pas aussi claire il y a peu d’années encore, puisque en 1875, à Berlin, on discutait pour savoir si le lupus et l’épithélioma de la face, n’étaient pas une seule et même chose. Lewin pensait qu’une grande partie des cas de lupus se transformait en épithélioma, comme il en existe des cas, publiés par Beeren et Hébra, et comme il en a observé lui-même. Langenbeck, au contraire, voulait séparer complètement le carcinome du lupus. L’épithélioma, était pour lui, une maladie caractéristique et l’épithélioma, combiné au lupus, était une production pathologique, excessivement rare.

Enfin, pour terminer la nomenclature des cas observés jusqu’ici, nous trouvons à l’étranger et par ordre de dates, trois cas de O. Weber ( Chir . Erfahrungen u . Untersuchungen , Berlin 1859, p. 293).

Wenk, dans sa thèse (Kiel, 1867), en rapporte

quatre cas, qui sont tirés de la clinique d’Esmarch à Leipzig et Hébra, la même année, en cite cinq cas aussi.

De la lecture des quatre cas, rapportés par Wenk dans sa thèse, il ne ressort pas clairement, que le lupus était guéri, quand l’épithélioma apparut.

Enfin, les derniers cas en date et par conséquent les plus récents, sont le cas de Lang ( Vierteljahresschrift fur Dermatologie ùnd. Syphilis 1874); les trois cas de Wolkmann ( Vieriel jahresschrift 1875) et les trois cas de Langenbeck, de la même année, rapportés, à la Société de Médecine de Berlin (Session de mars 1875), et Kaposi ( Vierteljahresschrift , 1884).

Malgré de consciencieuses recherches, voilà les seuls auteurs, que nous ayons trouvés, s’étant occupés de la question.

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