‹ Du Lupus LingualChapitre 12 sur 18 · RON E · texte numérisé non relu

RON E

ment limitables surtout lorsque les tubercules s'élèvent graduellement et insensiblement de la périphérie au centre. C’est ce que nous rencontrons dans la plupart des cas. Darier seul décrit une plaque dont les contours étaient limités nettement par une collerette de petites élevures papillaires.

« Les régions atteintes offrent une consistance spéciale, une dureté élastique toute particulière» (Dubreuilh), mais l’induration est superficielle, il n'y a pas d’empâtement profond. Le doigt promené sur la muqueuse malade, donne une impression de rugosité due aux saillies des nodules.

Les lésions lupiques retentissent d’une facon généralement peu intense sur le reste de la muqueuse linguale. Michelson, dans les conclusions de ces observations, dit qu’on n'observe jamais autour des lésions de réaction inflammatoire; quant à l'infiltration, elle existe à des degrés différents. Nous avons pu la constater chez nos malades, elle siégeait principalement au-dessous des plaques, ne semblait pas les dépasser quoique n'étant pas nettement limitée. Dans le cas observé par-Leloir, où le lupus occupait les deux tiers de la langue, la muqueuse présentait une induration due à l’infiltration qui régnait dans toute cette partie.

Le lupus de la langue a peu de tendance à s’ulcérer, ce n'est que chez les malades restés longtemps sans traitement qu'on observe cette complication, chez le malade de Leloir quelques tubercules sont seulement exulcérés et présentent à leur surface de petites érosions grisàtres ou d’un jaune clair. Dans l'observation de Fairlie Clarke est notée très brièvement une ulcération siégeant sur le côté gauche de la langue ; Butlin décrit « une ulcération recouverte en grande partie par une croûte épaisse, sous cette croûte la surface était inégale, d’une coloration rosée, les bords étaient tallés à pic, irréguliers. » La pointe de la langue avait été complète-

ment détruite jusqu'au filet. Parfois ces ulcérations se cicatrisent spontanément et on a alors en place de lésions anciennes un tissu cicatriciel lisse, brillant et nacré, comparé par Michelson a du tissu tendineux.

Chaque élément du lupus lingual ayant été décrit séparément, il nous est facile d'en retenir une vue d'ensemble :

Le lupus peut envahir toute la muqueuse linguale, ou se localiser en quelques-uns de ses points. A son élément principal, le néoplasme lupique, qui donne à la langue son aspect mamelonné, peuvent se surajouter des infiltrations, et des cicatrices qui lui donrient une consistance et un aspect particuliers et en font une glossite scléreuse lobulée, comme dans le cas décrit par Leloir. Il en sera tout autrement si l'élément ulcératif domine, il devient alors impossible de donner une description typique lorsqu'on est en présence d’une destruction partielle ou totale de la langue, comme dans les cas de Butlin et de Bazin.

Peut-on faire du retentissement ganglionnaire un signe clinique important? Nous ne le croyons pas, l'adénopathie étant un symptôme des plus variables. En dehors de l’'adénopathie généralisée, qui ne doit pas nous étonner chez des sujets lupiques (Leloir ayant démontré dans ces dernières années l’envahissement habituel du système lymphatique chez ces malades), le lupus ne nous semble pas retentir d’une facon spéciale sur certains ganglions. Michelson signale bien dans son obs. II un ganglion sous-mentonnier. Butlin remarque bien chez son malade une adénopathie sousmaxillaire très prononcée, nous en avons nous-même constaté chez le malade objet de notre deuxième observation. Mais nombre d'auteurs n’en signalent pas, et le système ganglionnaireétaitintactchez deux autres malades (Obs. Tet I).

Des symptômes subjectifs, nous ne dirons qu'un mot: le

Luisa

lupus de la langue est complètement indolore, c'est le signe clinique le plus constant, et c'est là aussi son meilleur caractère différentiel. |

Les deux malades que nous avons interrogées sur ce point, n'ont jamais accusé de douleur, ni spontanée, ni à la pression; à peine un peu de gêne fonctionnelle. Cependant l’éclosion des troubles subjectifs peut suivre l'apparition des complications. Si la plaque lupique s’ulcère, si les sillons internodulaires se crevassent, le contact d'aliments irritants sera suivi de douleurs plus ou moins vives. Si la plaque est très large et que l’infiltration qui l'accompagne soit par conséquent très étendue, la gêne, dans certains mouvements, en sera la conséquence.

Enfin si lesulcérations sont considérables, gagnent le frein de la langue (Butlin), nous observerons une impotence complète de l'organe qui sera plus absolue encore quand (Bazin) la langue sera réduite à un simple moignon.

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