CHAPITRE PREMIER
Historique et Observations
C'est en 1861 dans les Leçons sur la scrofule, de Bazin que nous trouvons pour la première fois notée la possibilité de l’envahissement de la langue par Le lupus. « La langue, dit-il, se détruit par parties et bientôt se trouve réduite à un moignon informe, placé au fond de l'antre qui représente La bouche et les fosses nasales réunies par suite de la chute des dents et de la destruction de la voûte palatine. » Bazin n’attribue sans doute pas une grande importance à cette localisation puisqu'il n’en rapporte pas l'observation et que dans son article « Lupus » du Dictionnaire Déchambre il ne parle plus du lupus lingual.
Dans un ouvrage de Virchow, Die Kraukhaften Geschulfte, nous trouvons seulement la note suivante :
«Ici se trouve une cicatrice calleuse, dure, très étendue, du milieu du dos de la langue, descendant profondément jusque vers la racine de cet organe et à côté de laquelle se montrent des rugosités épaisses, tuberculeuses atteignant le volume d’un pois. Sur une coupe on voit une tumeur tendineuse, allant presque dans la partie charnue de l'organe qui,
se
au microscope, se trouve partout remplie de foyers granuleux dont un petit nombre a subi la métamorphose graisseuse.
L'’épiglotte est très épaissie, elle est dure, et ses bords sont gonflés, une dureté calleuse part de Ià et s'étend jusque dans la trachée. »
Fairlie Clarke dans le 27% Volume de la Société pathologique de Londres (1875) publie un cas dont on trouvera la relation et la discussion dans un article de Butlin que nous citons plus loin.
La première observation de lésions linguales sur laquelle on ait mis le nom de lupus lingual est celle publiée par Homolle en 1875. Nous en donnons ici le résumé. |
Geisel (Charles), vingt-sept ans, mécanicien, Saint-Léon, 56; service de M. le docteur Besnier. Entré le 27 avril 1874.
Constitution robuste. Accidents ordinaires de serofule dans sa jeunesse, Pas de syphilis. A treize ans les lésions lupiques débutent par le nez et en cinq ans toute la portion cartilagineuse en est détruite.
La lèvre supérieure s’est prise depuis trois mois.
Actuellement toute la partie moyenne de la face, le nez, une partie des joues, la lèvre supérieure et la région voisine des commissures labiales sont le siège de la serofulide. La lèvre inférieure ne présente d’altération de la muqueuse, que dans sa moitié droite. Des lésions importantes existent à la voûte et au voile du palais, à l’isthme du gosier, enfin sur la langue.
Je n'insiste pas sur les lésions des lèvres et je passe immédiatement à la description des lésions palatines et linguales.
Sur toute la voûte palatine, la muqueuse, d’une coloration presque normale, présente un état granuleux très prononcé ; au voisinage des dents en particulier, elle est couverte de petites éminences mamelonnées, du volume d’un grain de chènevis à celui d’un très petit pois,