‹ Du magnétisme animal, considéré dans ses rapports avec diverses branches de la physique généraleChapitre 15 sur 36 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De la seule manière de se convaincre de la re'alite' d’une action magne'tique dans l’homme. Etablissement de la socie'te dite harmonique , de Strasbourg.

L’observation que j’avais faite du peu de succès qu’avaient retiré des cours de M. Mes*^ mer tous ceux qui, comme moi, s’étaient empressés de les suivre, m’avait fait faire une réflexion dont ma propre expérience ensuite m’a prouvé la justesse; c’est qu’avant de songer à donner l’explication d’une chose, il faut d’avance s’assurer si ceux qui vous écoutent sont aussi persuadés de l’existence de cette chose, que vous pouvez l’étre vous-même. Comment M. Mesmer, par des raisonnemens, pouvait-il espérer de faire croire à ses élèves la réalité d’un phénomène de la nature qu’ils n’avaient pas aperçu? MM. Sicard et Haüy, avec tout leur génie et leur admirable talent, ont-ils jamais pu parvenir à procurer, l’un aux sourds-muets, l’idée juste des sons, l’autre aux aveugles-nés, celle de la lumière?

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Il est une autre observation particulière au magnétisme janimal; c’est qu’étant le ressort d’une faculté dans l’homme, ce n’est qu en faisant soi-même usage de cette faculté qu’on peut le reconnaître, ou en voyant inopinément ses effets se manifester sur des êtres à la foi desquels on puisse aveuglément se confier.

Tous les effets que produisait M. Mesmer étaient bien réels , sans doute ; mais observés par le doute, et jugés par la prévention, ils ne pouvaient être admis comme des réa-* lités.

Mais c’est après avoir acquis par moi-même la conviction de l’existence du magnétisme animal, que j’ai senti bien plus fortement encore l’impossibilité de la faire partager à d’autres. Le tableau que j’ai tracé du peu de succès des expériences et des faits qu’avait offerts à tout Paris le somnambulisme de la fille Magdeleine, ne peut donner qu’une faible idée des mortifications que la méfiance et la prévention m’avaient constamment fait éprouver. L’estime et l’amitié n’étaient même pas des préservatifs aux doutes élevés contre ma raison et ma bonne foi.

Telle était ma défavorable et pénible position dans le monde, lorsqu’au moment d aller rejoin-

fîre mon régiment à Strasbourg, en mai 1785, je reçus une lettre de M. le comte de Lutzeîbourg, qui, au nom d’une société dont je faisais partie, me témoignait le désir qu’elle avait, non seulement d’être instruite par moi des principes du magnétisme animal , mais encore d’observer les effets que j’annonçais en avoir obtenus. #

' On doit se rappeler l’espèce d’effervescence qu’il y avait alors dans les esprits, à l’occasion des différons systèmes métaphysiques qui, annoncés comme devant conduire les hommes à la connaissance de choses fort extraordinaires, avaient rendu très-célèbres les noms de leurs inventeurs. Les sociétés franc-maconnes d’Al-

lemagrfè et de Suède s’étaient ralliées à Swe^ denborg; à Rome et à Paris, CagUostro avait fait de nombreux prosélytes] il y avait une société de Martinistes à Lyon. M. Mesmer, au milieu de ces grands personnages, ne paraissait que comme un prophète du deuxième ordre, puisque toute sa doctrine n’avait d’autres résultats que la guérison des malades. Mais les phénomènes du somnambulisme magnétique avaient piqué la curiosité] et désirant les connaître, MM. les franc-maçons de Strasbourg me faisaient assurer, que si j’agréais de satisfaire à leur

demande, ils suspendraient, jusqu’à mon arri« vée, toute espèce de recherche sur des objets d’un autre genre.

Enchanté d’une occasion de rapprochement plus intime avec une société dont j’avais, en tout temps, reçu des témoignages flatteurs d’intérêt et d’affection, je m’empressai d’accéder à ses désira, et, muni des pouvoirs que m’en avait donnés M. Mesmer, je partis pour aller, avec tout le zèle possible, remplir à Strasbourg les fonctions de mon apostolat.

Dès le premier jour de mon arrivée, je vis quelques-uns des membres de la société au milieu de laquelle j’étais attendu, et je les priai d’inviter tous les autres à un rendez-vous le lendemain, chez l’un d’entr’eux, où»je trouverais à l’heure indiquée. Ils y vinrent au nombre de quinze ou seize. Une fois réunis, je leur tins à peu près ce discours :

Je suis intimement persuadé, messieurs, de l’existence du magnétisme animal, et ce sera une satisfaction bien grande pour moi de pouvoir vous en convaincre également; mais avant d’entrer en aucune explication avec vous sur la doctrine de M. Mesmer, et sur tout ce que mon expérience m’a appris, tant à l’égard de Fagent-principe magnétique, que sur la manière

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d’en faire usage ^ je vous demande de remplir à mon égard une condition à laquelle ceux qui ne voudront pas souscrire ne seront point admis par moi aux instructions que vous m’avez jugé capable de vous donner. Un consentement presqu’unanirae s’étant manifesté, je continuai ainsi : Cette condition préparatoire, et que j’exige, permettez-moi de vous le dire, impérieusement de vous, messieurs, c’est de croire très -fermement d’avance à la réalité des effets dont je vous promets d’essayer ensuite de vous expliquer la cause. On doit bien juger Fëtonnement que produisit cette annonce. Comment, me dirent quelques-uns d’entr’eux, vous exigeriez de nous un acte préliminaire de foi sur une chose dont nous n’avons nulle idée? Non, messieurs, répliquai-je, je ne vous demande point de croire en moi, mais en vous, et qu’après vous être mis en garde contre toutes les illusions de vos sens et de votre imagination, vous ne vous en rapportiez ensuite qu’à votre propre jugement.

Comme ils s’attendaient tous à ce que je commencerais à leur communiquer sur le champ les cahiers de M. Mesmer (ce que j’avais bien résolu de ne pas faire), il y en eut plusieurs qui trouvèrent une sorte de mysticité dans ma con-

duite. Rendez-nous compte, me dirent' ils, de ce qu’on vous a appris; ajoutez-y ensuite ce que vous savez, nous ne vous en demandons pas davantage; ce sera à nous à voir après si nous voulons croire ou ne pas croire ce que vous nous direz. Non, messieurs, non, leur répliquai-je, je n’ai ni les connaissances physiques et médicales de M. le docteur Mesmer, ni l’élo- ‘ quence entraînante et persuasive de MM. Bergasse et d’Esprémesnil; lorsque ces trois hommes célèbres n’ont pu persuader leurs auditeurs de la vérité du magnétisme animal, je n’aurai pas la folle présomption de m’en croire plus capable qu’eux. La certitude d’un phénomène de la nature a toujours précédé le désir d’en connaître la cause : on ne peut être curieux de savoir l’explication d’une chose à la réalité de laquelle on ne croit pas : les effets du magnétisme animal, messieurs, dès lors qu’il ne vous sont pas connus, sont absolument pour vous comme s’ils n’existaient pas; vous ne pourriez donc regarder l’explication que je vous en ferais, que comme le développement d’une illusion que bien certainement vous ne partageriez pas. J’ai trop de désir de vous amener à reconnaître la vérité dont je suis persuadé, pour ne pas écarter tous les obsla-

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des qui pourraient vous empêcher de Taper ce voir.

Une fois d’accord sur la nécessité de se persuader de la réalité des effets du magnétisme aniiîialj avant d’en recevoir aucune explication, il ne fut plus question que des moyens à prendre pour les opérer; mais comme en agissant isolément, je n’aurais pu que renouveler les scènes de doutes et d’étonnement infructueux que m’avaient offertes mes précédentes expériences, ie fis à ces messieurs Toffre de six semaines de

mon temps., pendant lequel je m'engageais à rester tous les matins chez moi pour y attendre les malades qu’ils m’ameneraient ; qu’il m’était fort égal de quel âge ou de quel s^exe ils seraient, ainsi que de la maladie dont ils seraient atteints; mais que pour éviter toute espèce de suspicion à leur égard, il fallait que quelques-uns d’entr’eux se rendissent tous les jours chez moi avant l’ouverture de la séance, pour en voir le commencement, et n’en sortissent qu’après le départ des malades, de telle sorte enfin c{ue jamais je ne me trouvasse seul avec aucun d’eux. Il est impossible, leur ajoutai -je, que, sur quinze ou vingt individus, il ne s’en trouve pas au moins sept ou huit susceptibles de manifester tous les effets de l’action magnétique. Ce

sera aiors à vous , messieurs , à vous convaincre de leur réalité; lorsque vous m’assurerez que vous n’en doutez plus, non seulement alors je vous donnerai toutes les communications que vous pouvez désirer, mais je vous promets, de plus, de vous indiquer les moyens de répéter vous - même tout ce que vous m’aurez vu opérer.

Cet accord fait entre nous, il fut arrêté que chacun chercherait à se procurer un sujet d’expérience; et quelques jours après, ayant su qu’on pouvait en rassembler un certain nombre, j’ouvris mon traitement à tous ceux qui s’y vinrent présenter. Tout s’y passa ainsi que je l’avais prévu. Dès le premier jour, plusieurs malades ressentirent des impressions de mon action magnétique, et quatre ou cinq séances ne s’écoulèrent pas sans que plusieurs d’entr’eux devinssent somnambules magnétiques. Tant par considération pour les malades, que je ne voulais pas déranger de l’attention qu’ils devaient donner à leurs maux, que pour ne pas exciter une • surprise trop prématurée parmi tous mes observateurs, je ne les soumettais que graduellement à toutes les expériences dont ils étaient susceptibles : parler de leur état, rendre compte de ce qu’ils éprouvaient, et de la cause de leurs

maux, fut ce que je commençai d’abord à leur demander. Il fallait s’assurer s’il était vrai qu’ils ne se ressouvenaient pas, étant éveillés, de ce qu’ils avaient dit en somnambulisme; c’en était assez pour la première fois. Comme parmi tous mes endormis (car il ny avait que des hommes), j’en avais distingué deux plus mobiles que les autres, je les soumis ensuite aux autres épreuves qui devaient leur faire manifester trèspassivement tous les phénomènes de l’aimant et de l’électricité. Chacun des assistans, en imitant ce qu’il me voyait faire, acquérait peu à peu la certitude de ces étonnans effets; mais ce qui acheva de les convaincre, fut la vérification qu’ils firent de l’accomplissement, à l’heure et à la minute, de tout ce que ces somnambules, quatre et huit jours quelquefois d’avance , avaient annoncé leur devoir arriver. Comme je m’étais imposé la loi de n’en aller voir aucun chez eux, je n’étais informé de ces résultats que par le rapport qui s’en faisait le lendemain à l’assemblée.

Un mois nè s’écoula pas sans que ceux qui avaient observé avec le soin et l’assiduité nécéssaires, tous les effets qui s’étaient opérés, ne vinssent m’assurer qu’ils étaient intimement convaincus de leur réalité. S’il en est ainsi, leur

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dis-jej nous pouvons, dès ce soir, commencer nos explications; cela ne nous empêchera pas de continuer tous les matins nos soins à nos malades, car ayant commencé à les traiter, notre devoir est de les guérir; et je dois vous prévenir que la cure d’un somnambule magnétique n’est , complètement effectuée, que lorsqu’après s’être réveillé de lui-même, son magnétiseur ne peut plus le rendormir.

A chacun de mes auditeurs, en particulier, j’aurais certainement pu donner, en peu de mots, la connaissance tant de leur faculté magnétique que de la manière d’en faire usage; mais ce qui, prononcé confidentiellement , persuade souvent un être isolé, n’obtient presque jamais le même succès sur une assemblée nombreuse: Cet appareil de leçons d’ailleurs , et le développement des divers systèmes que je m’étais engagé à faire, ne me semblaient qu’un moyen de plus de disposer les esprits à reconnaître et à admettre la vérité si simple que j’a-* vais à leur présenter.

Comme le magnétisme animal est une découverte dont toutes les sciences pourront probablement retirer quelqu’avantage , je crois qu’on ne sera pas fâché de savoir comment, dans l’origine, il a été conçu et expliqué. C’est ce motif

qui va me faire entrer dans tous les détails de l’instruction que je crus alors devoir donner à la société de Strasbourg.

Je commençai mon cours , selon qu’il est d’usage, par un discours d’ouverture, après lequel j’entrai en matière sur le système de M. Mesmer-Je vais en donner un aperçu, tel que mes notes m’en rappelleront le souvenir.

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