‹ Du magnétisme animal, considéré dans ses rapports avec diverses branches de la physique généraleChapitre 2 sur 36 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Lorsque ce livre parut pour la première fois; le Magnétisme animal , en France, était presqu’oublié ; ayant été moi-même en butte à tous les orages révolutionnaires , j’avais perdu l’espoir d’y recouvrer ass.e;5 de tranquillité d’âme et de liberté d’esprit pour pouvoir encore un jour m’occuper de la belle découverte de Mesmer. Ce qui surtout avait contribué à distraire entièrement mes pensées du magnétisme, est l’obligation dans laquelle je m’étais trouvé d’accepter, en i8oi, la place de maire de Soissons , de cette même ville où j’avais éprouvé toutes les traverses et subi toutes les chances désastreuses de la révolution : la pratique du magnétisme animal , en effet , exige tant de loisirs , que je n’aurais pas voulu alors en tenter le moindre essai , tant j’étais persuadé , ainsi que je le suis encore aujourd’hui, quelle ne peut être fructueuse pour celui qui l’exerce, qu’aùtant qu’il n’a pas à craindre d’en être détourné par des devoirs à remplir ou par de journalières obligations.

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Cependant, lorsque mes pensées me rappelaient le souvenir des jouissances si pures et si paisibles que m’avaient autrefois procurées mes expériences magnétiques et leurs satisfaisans résultats , j’en ressentais vivement la privation ; il me semblait que celles de l’ambition, aruxquelles il allait m’être permis d^aspirer dans la carrière administrative où je me trouvais lancé, ne les remplaceraient ni ne pourraient jamais leur être comparées. Combien il est d’hommes qui ne sont malheureux dans le monde que parce qu’une seule fois dans leur vie, peutêtre, ils se sont laissés entraîner par des circonstances qu’ils n’ont pas su dominer, hors de la sphère de leur intelligence, de leurs habitudes ou de leurs affections ! N^avoir jamais sa pensée à ce qu’on fait, est le supplice de l’âme; il n’en est pas , je crois , de plus cruel à supporter.

Ma résolution de recouvrer mon indépendance était donc bien arrêtée , mais il fallait une occasion de l’effectuer; elle se présenta en 1806. Le ministre dans les attributions duquel était la place que j’occupais, se trouvant alors à Milan, je lui fis passer l’offre de ma démission : d’abord il la refusa ; mais je persistai , et depuis lors on ne pensa plus à moi.

Le premier usage que je fis de mon loisir et de

ma liberté, fut de rechercher dans les cartons où je les avait déposées, toutes mes correspondances anciennes avec les magnétiseurs qui, comme moi, avaient forcément abandonné le cours de leurs eurieuses et charitables expériences, et je n’eus d’abord d’autre dessein que de les offrir au public comme une preuve irrécusable de la vérité de tous les faits et de tous les phénomènes magnétiques que j’avais précédemment publiés ; mais d’autres idées me firent bientôt étendre la sphère dans laquelle j’avais d’abord voulu me renfermer.

Le magnétisme animal considéré comme agent curatif, et le développement de l’instinct dans l’état de somnambulisme provoqué par ce magnétisme, me paraissaient bien sans doute être des phénomènes physiologiques dignes de mériter l’estime et l’étude des classes savantes , et plus particulièrement l’attention des médecins 5 mais la difficulté pour ces derniers de suivre des traitemens étrangers à leur pratique habituelle, et pour les magnétiseurs d’opérer des cures sur la réalité desquelles on ne puisse rien objecter, me paraissait en même temps un obstacle presqu’insurmontable à la conviction universelle de l’existence d’un agent dont on n’avait alors aucune idée.

Avant de s’enquêter, en effet, si tel ou tel phé-

îiomëne qu’on présente à l’observation des hommes est ou n’est pas utile à leur bien-être ou à leur santé, chacun d’eux a bien certainement le droit d’exiger qu’on lui indique la source dont il dérive, ou tout au înoins qu^on*lui dise de quelle cause il est le produit ou l’effet. Jamais bien certainement aucun navigateur, quelqu’intrépide qu’il eût été, n’eût osé, sur des mers immenses et inconnues , entreprendre de faire le tour du monde, si le magnétisme ou l’aimant minéral ne lui eût pas d’avance été, non pas démontré, mais physiquement et expérimentalement prouvé par la constante direction de l’aiguille d’une boussole vers le nord : de même donc, pensais-je alors, jamais aucun savant physiologiste ou médecin ne croirait devoir employer son esprit et son temps à constater l’efficacité curative du magnétisme animal, tant que ce magnétisme ne lui aura pas été aussi expérimentalement , disons plus , aussi occultement prouvé que l’a été à tout l’univers savant, et non lettré , l’existence de l’aimant minéral.

En ne s’occupant, depuis la découverte du somnambulisme magnétique , que des phénomènes merveilleux de cet état extraordinaire , et en négligeant de reproduire sans cesse aux yeux des incrédules à ces phénomènes , les premières expériences de Mesmer tendantes toutes à montrer l’homme aussi suscep-

iible d’être influencé par l’aimaut animal de sou semblable, que le fer aimanté d’une boussole est susceptible de l’être par le contact ou à l’approcbe de son métal analogue , les magnétiseurs ont donc eux-mêmes , et j’ose le leur dire avec d’autant plus de franchise, que j’en suis la première cause, ont donc eux -mêmes retardé le triomphe du magnétisme 'y car il en est de l’éducation des hommes , à l’égard des choses qu’ils ne savent pas encore, ainsi que de celle des enfans auxquels on a tout à apprendre, c’est toujours par l’organe de leurs sens que les uns et les autres doivent être également conduits à connaître et à acquérir la conscience des vérités que leur intelligence n’a pas encore aperçues. C’est au reste en jugeant des autres par moi-même, que je n’ai cessé d’insister sur cette nécessité de prouver aux incrédules au magnétisme animal, la réalité de son existence , avant de leur en faire voir, ou même de leur en raconter les physiologiques et somnambuliques effets. Ce n’eût certainement jamais été par les guérisons qu’on me disait s’opérer autour du baquet de Mesmer, que j’aurais été amené à croire à un aimant animal 5 mais lorsqu’après avoir opéré maintes et maintes foi^ sur les malades qui s’endormaient spontanément autour de ce baquet , tous les phénomènes de l’aimant minéral , et cela par le seul

acte et la seule direction de ma volonté , il a bien fallu cependant que ma raison se soumît à reconnaître dans l’homme une force ou vertu essentiellement magnétique capable de produire de semblables etfets.

Si tous les savans médecins et autres qui ont été moteurs ou témoins chez Mesmer des faits et des phénomènes de l’aimant animal , ne se sont pas rendus comme moi à l’occulte évidence de ces magnétiques expériences, il faut donc attribuer leur résistance, non pas seulement à leur prévention, mais à ta crainte des conséquences qu’il leur aurait fallu déduire de l’admission d’une aussi éclatante vérité.

Tous les savans à qui vous vous adressez sans cesse, m’écrivait dans ce temps un de mes amis auquel je me plaignais de leur opposition au magnétisme de l’homme , sont à votre égard comme cet enfant gâté dont je vous ai parlé , qui , rétif à tout ce que ses parens exigeaient de lui , se moquait de ses maîtres et ne voulait rien apprendre. « Mais comment se fait-il , Adolphe , lui dit un <( jour sa bonne, qu’à votre âge, à 6 ans, vous ne « vouliez pas lire ni seulement même encore épeler « votre alphabet? )> « Tu veux que je te dise pourt( quoi, ma bonne, eh bien ! écoule : Si aujourd’hui « je disais A, demain il faudrait que je dise B, et

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U ainsi d’encore en encore.... Non, ^ non, va, pas « si bête, j’aime mieux jouer.... » Cette plaisanterie n’est plus, je le sais, applicable aujourd’hui à tous les savans actuels 5 et je crois bien qu’à Paris même, il en est en très-grand nombre qui , par respect humain seul pour les décisions prématurées de leurs prédécesseurs, ne se prononcent pas encore en faveur du magnétisme animal; le temps au reste, qui mûrit tout, amènera, je n’en doute pas , le triomphe d’une vérité qui , déjà ostensiblement reconnue en Prusse, en Russie et dans tout le nord de l’Europe , commence à y jeter de profondes racines et à y faire beaucoup de progrès.

Quoi qu’il en soit, au reste, en France aujourd’hui de l’opinion de nos savans actuels pour ou contre le magnétisme, toujours est -il qu’aucun d’eux n’y pensait ni ne s’en occupait certainement plus en 1807 ? prévo3^ant bien que le récit de guéri-

sons nouvelles ou de nouveaux phénomènes physiologiques ou psichologiques opérés par ce magnétisme , ne les amènerait pas à en admettre l’existence, je voulus essayer si par d’autres moyens et d’autres considérations, je ne pourrais pas donner matière à leurs méditations et à leurs réflexions.

L’idée me vint donc de comparer toutes les manifestations connues de la nature morte et inanimée,

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telles que le feu, la lumière, rélectricité, etc. , aux

manifestations du magnétisme de l’homme ; et comme les premières sont reconnues être fatales et invaria-

blés, tandis que les secondes sont toujours dépendantes du libre arbitre et de la direction de la volonté de celui qui les provoque et les produit, il me parut conséquent et raisonnable d’en induire (en jugeant des causes par les effets) que l’agent actif et productif du magnétisme de l’homme, s’il n’était pas la source unique de la vie de bunivers , devait nécessairement être d’une essence éminemment supérieure à tous les autres agens secondaires de ses innombrables phénomènes.

Mais comment nier ou seulement même révoquer en doute refficiente réalité des causes secondes sur lesquelles l’édifice actuel de toutes les sciences humaines repose? et comment oser laisser entrevoir comme inévitable le renversement de cet édifice , sans offenser en même temps tous ceux qui , imbus des antiques préjugés qui font cimenté , n’attachent de mérite et de prix qu’à tout ce qui peut en étayer la vétusté?

L’opinion qu’eurent de moi les savans physiciens, chimistes et physiologistes en 1807, dut donc être celle d’un novateur inhabile, dont l’audace ne leur sembla mériter ni réprimandes ni courroux j et

comme alors aucune réfutation de mon ouvrage ne parut, je dns même en conclure qu’aucun d’eux n’avait pris la peine de le lire. Il en sera probablement de môme aujourd’hui^, puisqu’en persistant dans ce qu’ils appellent mes erreurs (i) , je com-

(i) Toutes nos inductions à l’égard des phénomènes et des fait?; qui Tiennent à frapper nos sens peuvent et doivent souvent en effet n’être que des erreurs; et la marche progressive de toutes les sciences humaines est la preuve et la justification de cet argument. Lorsque je soumets les miennes, à l’égard du magnétisme animal , à la décision à venir des savans de toutes les classes, je ne fais donc en cela qu’un acte très-ordinaire de bon sens et de raison, mais sur quoi je ne prendrai jamais ces savans ni pour juges ni pour arbitres; c’est sur les faits et les phénomènes de ce magnétisme, qui, indépendans de nos perceptions et de tous nos raisonnemens , n’en existent et n’en existeront certes pas moins, soit que ces savans les révoquent en doute ou qu’ils leur restent inaperçus.

Multiplier et reproduire journellement des faits de magnétisme animal a donc été mon occupation constante depuis la publication de ce livre; et le compte que j’en ai rendu dans deux autres ouvrages qui l’ont suivi , est ce qui m’a paru devoir attester la vé* raeité de tous mes précédons récits. Le premier de ces ouvrages, imprimé en 1809, intitulé Recherches , e3:périences et observa-* tions sur Vhomme dans l’état de somnambulisme naturel et dans le somnambulisme provoqué par l’acte magnétique prouve l’identité de ces deux modes d’existence ; le second : ^ppel aux savans du dix-neuvième siècle^ imprimé en i8n prouve l’identité de l’aimant animai et l’aimant minéral.

Jusque-là toutes mes instances et mes appels aux savans avaîeni

* Un vol. in-8®. Paris , J. G. Dextu ; prix : 6 fr»

Un vol. in-S'*. Chez le même ; prix ; 5 fr.

mets la même faute à leurs yeux. Mais j’en appelle à leurs successeurs, au jugement desquels, relativement à toutes mes inductions, je promets de me soumettre, lorsque, moins entraînés par la prévention, et ne se refusant plus à observer et à produire euxmêmes des faits et des phénomènes de magnétisme, ils en auront pu constater l’évidence et en apprécier Tutilité.

été infructueux, et je m’en affligeais, lorsqu’à ma grande satisfaction parut enfin, en 1812, V Histoire critique du Magné~ tisme animal J par M. Deleuze , collaborateur et associé aux travaux et aux recherches de M. Desfontaines, célèbre professeur d’histoire naturelle au jardin tlu Roi. Cet ouvrage, classique pour les magnétiseurs, est le premier anneau de la chaîne qui doit unir un jour toutes les sciences physiques et naturelles avec la belle découverte de Mesmer.

La Bibliothèque du Magnétisme animal ^ publiée ensuite pendant le cours de trois années , de 1817 à 1820, par la Société du magnétisme, à Paris’*', est, après ces ouvrages, ce que les' amis des sciences naturelles et de leurs progrès, trouveront de plus curieux à lire et de plus instructif à méditer.

Huit vol. in-B®. Paris , J. G. Dentu; prix : 45 fi., et 53 fr. franc de port.

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