AVANT-PROPOS
DE l’Édition de 1807.
Lorsque je fis paraître, en 1784 et lySS, des Mémoires pour servir a Vhistoire et h rétablis^ sement du magnétisme animal, j’étais loin d’imaginer l’indifférence que les corps savans mettraient à rechercher et à constater la vérité des phénomènes que, par son moyen, j’annonçais avoir produits pendant le cours de deux années consécutives.
J’avais à lutter contre de fortes préventions, il est vrai, mais j’espérais au moins faire renaître quelques doutes * et quelle reconnaissance j’aurais eue envers les savans et les médecins qui n’eussent pas alors dédaigné de me les communiquer!
Quelques personnes cependant, dont le jugement n’était ni fixé ni entravé par l’esprit du corps, crurent à la vérité des faits exposés dans mes rapports. Le jeune comte de Sérent étant
alors en garnison, m’écrivait : Il existe un tel ahandon de sincérité dans vos Mémoires , que je ne puis me défendre de croire aveuglément a tous les faits que vous rapportez ; V imagination n aurait pu les inventer; je crois à
vous Lorsque nous nous reverrons, vous
ni apprendrez , j' espere , a vouloir, etc.
Cette disposition à croire à ma bonne foi, comme à la véracité de mes écrits, était un préliminaire déjà suffisant pour engager tous ceux qui l’avaient acquise à faire l’essai de leur action magnétique ; aussi arriva-t-il tout naturellement que beaucoup de personnes, les unes, à l’aide de quelques éclaircissemens quelles me faisaient l’amitié de me demander ; d’autres , d’après l’entière conviction qu’elles acquéraient par leur propre expérience , parvinrent à obtenir des résultats semblables aux miens. Dans plusieurs villes de France, il s’établit des traitemens publics ou particuliers; et dans toutes, le magnétisme animal acquit une si grande quantité de partisans, que je ne doute pas que,
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^ans les orages politiques qui s’élevèrent alors en France, et qui durent nécessairement entraîner les esprits vers des intérêts d’un tout autre genre, l’opinion générale n’eût, en peu d’années , forcé les compagnies savantes à reconnaître l’existence d’une lumière dont le voile de la prévention peut seul encore dérober tout l’éclat.
Si les expériences faites par M. le docteur Mesmer devant les commissaires nommés par le Roi pour les examiner, n’ont point eu de
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succès, on ne peut l’attribuer qu’à la complaisance qu’il eut de les leur soumettre avant de s’être entouré de tous les accessoires qui les eussent infailliblement fait réussir. Mais si, par
trop de certitude d’une vérité dont ses propres %
sensations lui donnaient l’évidence, il a erré dâns les moyens de la manifester, il n’en demeure pas moins certain qu’il est le premier qui ait retrouvé et annoncé en France l’existence d’une action et d’une puissance magnétique dans l’homme; et s’il est quelque gloire
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à retirer de celte découverte, c’est à lui seul que la postérité devra la rendre.
Les phénomènes du somnambulisme auraient du peut-être redonner quelque faveur au magnétisme animal ; mais , ainsi que je l’ai observé plus haut, les évènemens politiques, d’une part, et, de l’autre, l’insouciance ou l’improbation des savans, en arrêtèrent tous les progrès. Réduit à être observé dans le silence, il cessa dès-lors de faire le sujet des conversations; et bientôt le public indifférent dut penser, qu’ainsi que toutes les futiles nouveautés qu’un moment d’engoùment met en faveur, le magnétisme animal avait passé de mode.
Il n’en était cependant que plus étudié, et
mieux pratiqué par ceux qui en avaient une
fois reconnu toute l’importance ; mais on ti’en parlait plus, on ne divulguait plus aucune expérience , et l’on se cachait même pour l’administrer aux êtres souvent les plus chers. Que de malades, à l’arrivée imprévue du médecin ordinaire de la maison , ou même d’un ami , qui