‹ Du marasme dramatique, en 1829Chapitre 10 sur 12 · DES MOYENS DE PRÉVENIR LA DÉCADENCE · texte numérisé non relu

DES MOYENS DE PRÉVENIR LA DÉCADENCE

COMPLÈTE DE l'âIIT DRAMATIQUE.

Un des premiers besoins des théâtres, dans l'état de marasme où ils sont , est une organisation uniforme ,

forte , régulière et protectrice , qui les rende à Faction du gouvernement et les sorte du provisoire où ils sont placés depuis quinze ans. Cette organisation doit être générale et soumettre tous les théâtres à la même autorité.

Dans l'état actuel de nos institutions , il est inconstitutionnel qu'un certain nombre de théâtres restent sous l'influence d'un pouvoir sans responsabilité. Toute la partie politique étant dans les attributions du secrétaired'état chargé du département de l'intérieur , il en résulte des conflits continuels de droits et de prérogatives. Les fonds alloués pour l'Opéra sont portés au budget de ce ministre , qui est obligé de les ordonnancer au profit du directeur-général de la maison du roi 5 cette position est déjà une anomalie dans l'ordre administratif -, le bon sens voudrait que les théâtres royaux , comme les autres théâtres , fussent administrés par le ministre de l'intérieur.

Une direction générale des théâtres ferait mouvoir tous les rouages de cette vaste machine 5 elle comprendrait dans ses attributions l'organisation générale , la surveillance administrative , les réglemens généraux et particuliers , la censure dramatique , le classement des genres , les privilèges , les droits des auteurs, la nomination des directeurs de province , le personnel des troupes , et l'emploi des subventions, tant des théâtres royaux que des théâtres des départemens.

L'organisation générale est une des parties importantes de ce travail 5 elle demande surtout pour la province des connaissances locales , qui ne peuvent être fournies que par d'anciens directeurs qui connaissent à fond les ressources de chaque arrondissement.

Pour Paris , cette organisation est simple ; elle devrait se réduire à quatre théâtres royaux subventionnés, l .Académie royale de musique , la Corné die-> Française , r Opéra-Comique et le théâtre Italien. Les théâtres secondaires devraient être réduits à sept , le Vaudeville , les Variétés , le théâtre de Madame , la Porte-Saint-Martin, V Ambigu-Comique et le Cirque- Olympique ; et l'Odéon , puisqu'il faut un théâtre au faubourg Saint-Germain.

Ce nombre suffirait à un classement régulier des genres et aux besoins de la population ; il offrirait à chaque théâtre des chances de succès , et détruirait une rivalité désastreuse.

A V Opéra, la tragédie-lyrique et les ballets d'action ;

Aux Français , la tragédie , la comédie de mœurs , de caractère et d'intrigue , en prose ou en vers , et le drame proprement dit ;

A V Opéra- Comique , les pièces villageoises , féeries, ou héroïques , mêlées de musique ;

Au théâtre Italien , on ne jouerait que des opéras en langue italienne , sur de la musique étrangère ;

Le théâtre de Madame aurait le privilège de la comédie de genre et des petites pièces de mœurs en un acte , mêlées de chant ;

Le théâtre du Vaudeville exploiterait le vaudeville proprement dit , les sujets anecdotiques , les pièces de galerie , les parodies et les arlequinades. Toutes ces pièces devraient avoir des couplets sur des airs connus;

Le théâtre des Variétés jouerait des pièces grivoises, des farces et des parades -,

La Porte- Saint- Martin aurait le privilège exclusif dit mélodrame historique , héroïque ou bourgeois •

Le théâtre de l'Ambigu jouerait des pantomimes féeries ou arlequinades , à la manière anglaise , avec des prologues à deux ou trois acteurs parlant ;

Le Cirque-Olympique jouerait des pièces équestres et des tableaux militaires de toutes les époques.

Le théâtre de VOdéon serait considéré comme un théâtre de province , et jouerait tous les genres , au choix du directeur ;

Les théâtres des Funambules et des Acrobates devraient être bornés aux danses de corde et aux exercices de voltige ;

Le théâtre de Comte serait conservé comme théâtre d'élèves.

Il est inutile de dire que ce projet est inexécutable dans ce moment , où la plupart des théâtres viennent d'obtenir des prolongations de privilèges ; mais il ne m'est pas prouvé que la force des choses n'en rende avant peu l'exécution très-facile. Il serait même possible qu'un intérêt bien entendu amenât deux théâtres à se réunir , le Vaudeville avec les Nouveautés , la Gaîté avec l'Ambigu.

Les genres ainsi classés ,, il y aurait déjà un grand pas de fait vers les améliorations. On aurait rendu à chaque théâtre sa physionomie particulière , détruit la confusion des genres , et réduit le nombre des théâtres dans une juste proportion^

Je sais que ce projet ferait jeter les hauts cris aux partisans de l'émancipation des théâtres, l'un des rêves les plus désastreux pour l'art dramatique , qui puisse passer par un cerveau libéral. Que peut-on gagner à avoir un plus grand nombre de théâtres ? Rien autre chose que de ruiner ceux qui existent , et d'enlever à

( Si ) des professions utiles douze ou quinze cents jeunes gens qui viendront grossir le nombre des mauvais comédiens. M. Moreau, l'un de nos auteurs les plus spirituels et de nos critiques les plus distingués , a publié contre le système de l'émancipation quelques réflexions qui méritent d'être recueillies : « La libre concurrence en <( toute chose nous paraît excellente ; mais il y a cepenu dant pour les théâtres une observation à faire. Les « vieux chefs-d'oeuvre de la scène française , si niaisece ment attaqués de nos jours , par une coterie dont le « ridicule a déjà fait justice, sont l'orgueil de la France; « ils sont nos richesses nationales -, les étrangers nous « les envient. C'est à la représentation de ces chefs- « d'oeuvre , quand ils sont joués par d'habiles corné ce diens , qu'ils étudient la prononciation de notre lank gue. Autrefois, la Comédie-Française était, pour ainsi (c dire , une succursale de l'Académie ; celle-ci indice quait les préceptes, l'autre les mettait en pratique. <( Mais , si du temps de Molière lui-même , la foule dé- <c sertait le Misantrope pour courir à Jodelet , quelle <c est aujourd'hui , je ne dis pas la vieille comédie, mais « la comédie moderne , qui pourrait lutter contre une « pantomime du Cirque - Olympique ? L'École des « Vieillards n'a certainement pas fait autant d'argent que (c le Siège de Sarragosse. Or , quand un spéculateur « exploitera à ses risques et périls lé premier théâtre de <c la nation , de quel droit l'empêcherez-vous de préfé- <( rer le Siège de Sarragosse (i) à l'Ecole des Vieil- « laids ? Il nous parait impossible de regarder la Go-

(i) Le Siège de Sarragosse est un tableau militaire composé par un homme d'esprit et de talent , qui a prouvé sur la scène Française qu'il était appelé à obtenir des succès dans tous les genres.

u médie-Fiauçaise comme une entreprise commerciale .« c'est un établissement national qu'on peut assimiler <( en quelque sorte à la bibliothèque du roi ; c'est le dé- (( pôt de notre vieille gloire dramatique ; c'est l'école « où viennent s'instruire les jeunes poètes qui doivent « continuer cette gloire. Il faut donc que l'existence des « comédiens interprètes de nos grands-maîtres soit as- (( surée de telle sorte , qu'ils puissent rester fidèles aux (t bonnes traditions , et que , loin de suivre le mauvais « exemple de tel ou tel petit théâtre qui n'a rien de com- (( raun avec la littérature , ils opposent sans cesse une « digue aux débordemens du mauvais goût. »

Quels avantages peut-on retirer de l'émancipation des théâtres ? Je n'en découvre aucun , et j'y vois de grands inconvéniens. L'émancipation entraîne avec elle le droit de tout jouer , et nous retombons alors dans une confusion plus affligeante encore que celle où nous sommes 5 la censure elle-même ne pourra plus mettre un frein à la licence du théâtre , et la morale et le goût en recevraient des outrages journaliers. Nous re verrons lesboulevarts et les carrefours remplis de sales échoppes où l'on jouera la comédie , et quelle comédie ! sans doute du genre de celle qu'on jouait chez Mareux , chez Salle , chez Doyen , aux Associés, chez Lazari, au théâtre Sans Prétention , et sur vingt autres tréteaux où la langue et le bon sens étaient écorchés sans pitié et insultés sans pudeur.

D'ailleurs , où placerait-on de nouveaux théâtres â Paris ? Toutes les salles construites sont occupées ; trouvera-t-on , malgré le décevant appât de gain qu'offrent les théâtres , des capitalistes assez audacieux pour risquer deux millions en achats de terrains et en construc-

( 53) lions 3 afin de pouvoir rivaliser avec les salles élégantes qu'on vient de bâtir depuis quelques années ? Comme je viens de le dire , on jouera la comédie et on chantera l'opéra dans des granges et dans des écuries , avec des acteurs ramassés dans les plus mauvaises troupes ambulantes $ on mettra les billets d'entrée au plus bas prix , et tout ce qui résultera de ce nouvel ordre de choses , sera d'avoir enlevé les petites places aux théâtres établis, et d'avoir rendu leur position plus précaire et plus embarrassée. Les théâtres échelonnés autour des barrières , depuis les Termes jusqu'au Mont-Parnasse , leur font déjà assez de tort , sans chercher à augmenter , intrà mur os , les dangers de la concurrence. Cette concurrence funeste servira à avilir nos chefs-d'œuvre y qui jusqu'ici ne sont que dédaignés. On verra se renouveler toutes les turpitudes qui déshonoraient la scène il y a trente ans. Les ouvrages de nos grands-maîtres , livrés à la plus honteuse médioerité , et défigurés sur les tréteaux , nous verrons les successeurs de Cadet Roussel recommencer les orgies dramatiques du théâtre de T Estrapade , et couvrir de leurs ridicules les plus belles productions de notre langue $ le scandale arrivera à tel point, que le Cid, le Tartuffe, Athalie et Œdipe travestis à Paris , ne seront plus respectés et dignement représentés qu'à Londres , à Berlin ou à Moscow , où les interprètes de Corneille , de Molière , de Racine et de Voltaire, forcés d'abandonner la place aux parodistes de leur art , iront chercher une protection qu'on leur refusera dans leur pays.

Je vais à présent examiner les moyens possibles d'assurer à chaque théâtre une organisation fixe et convenable.

Le titre de théâtre royal ne doit être pour une administration dramatique qu'un titre honorifique , qui ne doit pas la faire sortir du droit commun. On peut être comédien ordinaire du roi , pensionnaire du roi , membre de V Académie royale de musique ou de danse , et cependant être sous l'administration du ministre de l'intérieur. Quelques personnes paraissent intéressées à ne pas laisser sortir les théâtres royaux des attributions de la maison du roi \ elles semblent craindre que ces théâtres ne perdent de leur dignité en cessant d'être dirigés \ régis , administrés et manipulés par des chargésdes beaux-arts, des inspecteurs des beauxarts et des directeurs des beaux-arts . Tout cela est ridicule ç on aime et on protège autant les beaux-arts rue de Grenelle, n° 101, que rue de Grenelle ,n° 119 ; et je ne vois pas pourquoi les théâtres royaux ne seraient pas aussi bien placés à côté des académies , des bibliothèques et des autres grands établissemens littéraires , qu'à côté des porcelaines de Sèvres et des tapis d'Aubusson.

On sent aisément qu'il serait ridicule que l'administration des théâtres royaux fut confiée directement au ministre de l'intérieur, qui ne doit exercer sur eux qu'une surveillance générale et réglementaire -, il faut que chaque théâtre conserve son administration particulière et ne se rattache à la juridiction ministérielle que comme tous les autres théâtres du royaume : ainsi l'ancienne Comédie-Française reste sous l'empire de l'acte de société de Molière. L'Opéra-Comique et l' Opéra- Italien conservent leur directeur aux charges et conditions établies dans leur privilège, le ministre est là pour veiller à l'exécution des réglemens et des statuts , et dis-

(55 ) tribuer la subvention royale d'après les bases qui seront établies. Quant à l'Opéra, son administration doit être confiée à la ville de Paris soit pour son compte , soit à l'entreprise : les avantages de cette organisation qui n'est pas nouvelle sont nombreux et faciles à apprécier.

A Rome les édiles étaient chargés du soin des représentations dramatiques , ils faisaient construire les théâtres , présidaient à tous les ornemens de la scène , qui devaient toujours être riches et précieux. C'étaient les édiles qui payaient les acteurs et les auteurs des poëmes et de la musique ; toutes ces dépenses étaient supportées par les édiles curules ; aujourd'hui nous sommes moins exigeans : à Rome les spectacles étaient offerts gratis au peuple, à Paris on n'entre pas à l'Opéra à moins de 3 fr. 5o cent., ce qui diminue de beaucoup les charges de l'édilité.

En ij^g,le roi donna l'administration de l'académie Royale de Musique à la ville de Paris, M. de Berna ge alors prévôt des marchands en prit possession et la dirigea jusqu'en i^5^ où la ville traita du privilège pour trente ans avec Rebel et Francœur 5 différentes administrations se succédèrent pendant ce temps , et api es plusieurs chances de bonnes et de mauvaises fortune , ce théâtre fut de nouveau administré par la ville en 1789 jusqu'en 1792, où l'on nomma pour directeurs Francœur et Célérier.

Ainsi , en rendant l'administration de l'Opéra à la ville de Paris , on ne ferait que renouveller un plan q[ui a été tenté plusieurs fois avec succès. Ce mode s'arrangerait à merveille avec notre système administratif , et rendrait au ministre de l'intérieur toute son autorité, sur un théâtre qui , plus que tout autre a besoin dètie

(56) soumis à son influence 5 les rapports entre le ministre et le préfet étant réguliers et légaux, on serait débarrassé de ces fiorssemens continuels de droits, de prérogatives et d'attributions qui s'élèvent chaque jour au sujet des théâtres royaux entre le ministère de l'intérieur et le ministère de la maison du roi.

Nous vivons dans un siècle tellement positif, que l'art d'administrer n'est aujourd'hui qu'une opération mathématique ; nos hommes d'état établissent chaque jour notre position politiqua avec des chiffres $ on classe les crimes et les vertus par colonnes ; on opère sur les consciences en partie double ; la fidélité et le dévouement se calculent : il n'est pas jusqu'à la faculté de penser et d'écrire qui ne soit résolue par une règle d'arithmétique. Enfin , la triste prérogative de naître et de mourir est soumise au calcul des tables du bureau des longitudes : on ne trouvera donc pas ridicule que je fasse de l'Opéra avec des chiffres, quand je vois tous les jours faire de l'a monarchie avec des additions.

Voici un petit calcul dont on ne me contestera pas la modération et qui prouvera que la ville de Paris est plus intéressée que qui que ce soit à la prospérité de l'Académie Royale de Musique.

La nouvelle salle de l'Opéra contient 2000 personnes, je suppose un succès non pas comme celui de Moïse ou du Siège de Corintlie , mais un de ces succès de bon a loi , comme nous en avons vu quelques-uns , tels que celui de la Vestale, de la Lampe Merveilleuse et même de la Muette de Portici , qui produisent 7 , 8 et quelquefois 10 mille fr. de recette, et qui amènent de ces chambrées nombreuses et brillantes semblables à celle s qui sont honorées de la présence de la famille royale.

Je partage les spectateurs par nombre égal d'hommes et de femmes , nous aurons donc mille hommes et mille femmes.

Sur ces iooo hommes il n'en est pas un qui ne dépense au moins 20 sous de toilette j pour venir à l'Opéra ne fut-ce qu'en linge blanc : ci 1,000

J'en compte 5oo dont la toilette est plus soignée et qui , en gants , souliers, rafraîchissemens , boites de pastilles , etc. , etc. , n'en sont pas quittes à moins de 20 fr. : ci 10,000

J'en compte 200 pris dans les plus hautes classes de la société , dans l'élite des fashionables qui n'oseraient pas se montrer à l'Opéra sans un costume neuf ou à -peu-près , et je ne force pas en dépense en leur allouant i5o fr à chacun pour leur soirée : ci 3o,ooo

On avouera que la toilette des femmes est incomparablement plus chère et leurs goûts plus dispendieux , en n'accordant à la plus modeste que 5 fr. de menue toilette je suis presque ridiculement parcimonieux : ci 5,ooo

J'en compterais aisément à l'amphithéâtre, aux secondes et aux troisièmes loges 5 00 qui n'ont pu consentir à venir à l'Opéra sans une légère dépense de 4° fr. ; tous les hommes mariés et même beaucoup de ceux qui ne le sont pas savent ce qu'on peut avoir dans la rue Vi vienne , pour deux pièces d'or , la moindre folette ,1e plus petit brin de fleurs, un ruban , un chiffre suffisent pour faire dé-

A reporter. 4^7°°°

D'antre part, passer de beaucoup cette somme, j'aurai donc pour ces 5oo dames que je range au nombre des plus raisonnables et des plus modestes : ci

Je ne serai pas exagéré dans mon calcul quand je porterai à 200 , le nombre des femmes de la cour , de la haute finance , en un mot toutes les notabilités sociales féminines qui , en toques , en bonnets à la Caroline, en bérets et en élégantes merveilles sorties des magasins de madame Céliane , de Franchet et de tant d'autres artistes qui contribuent à la toilette d'une femme depuis le marchand de cachemires , jusques aux joailliers; auront dépensé 5oo francs pour leur soirée : ci

Je trouve donc que cette représentation aura valu au commerce de la capitale pour une seule soirée : ci

46,ooci

Si on pouvait parvenir à obtenir un de ces succès qui font courir tout Paris pendant cinquante représentations, on aurait jette dans les magasins de Paris une somme de 8 millions 3oo mille francs, dans l'espace de 4 mois environ et avec un seul succès.

Il me parait incontestable que la ville de Paris a le plus grand intérêt à faire prospérer l'Opéra ; et pour lui en faciliter les moyens, il faut lui en confier l'administration : en outre des ressources quelle peut y trouver , ce théâtre en recueillera d'immenses avantages , il sera

régi avec plus d'économie, plus de splendeur et plus de justice : je vais en donner la preuve.

La ville de Paris qui jouit de 4o millions de revenus et qui les dépense, entretient une foule d'établissemens publics dont la consommation est immense et dont les fournitures sont données à l'entreprise ; plusieurs de ces fournitures sont les mêmes que celles de l'Opéra : on éclaire l'Opéra comme on éclaire les rues de Paris , et on le chauffe comme les hospices et les prisons ; dans le cahier des charges de ces entreprises, l'éclairage et le chauffage de l'Opéra passeraient presque inaperçus ; ce que je dis ici pour la bougie , pour l'huile et pour le bois , je pourrais le dire aussi pour la toile des décorations , pour les bois de construction , pour la ferblanterie et pour un grand nombre d'autres services qui se trouveraient remplis à l'Opéra sans que la ville de Paris augmentât ses dépenses d'un centime ; on me répondra sans doute , que la ville de Paris a des marchés passés , pour toutes ces fournitures, pour plusieurs années, j'en conviens • mais ce qui ne peut pas s'exécuter aujourd'hui, pourra l'être très-facilement quand'on renouvellera ces marchés.

La justice serait plus sévère et plus scrupuleuse, confiée aux soins d'une magistrature toute paternelle , les grandes discussions entre le directeur et ses pensionnaires seraient seules décidées par le préfet, qui habitué à discuter de graves intérêts administratifs , serait audessus d'une foule d'intrigues de coulisses et de petites tracasseries d'amour-propre ; il verrait avec la même impartialité les exigences du directeur et les caprices du comédien , et déciderait toujours avec sen bon sens et son équité , au lieu de décider comme il arrive trop

(6o) souvent avec des passions, des haines ou des affections. Les chanteurs et les danseuses n'oseraient pas demander une audience au préfet pour faire changer l'heure d'une répétition ou pour obtenir une place dans un pas de trois.

La ville de Paris qui , je le pense , donnerait l'Académie Royale de Musique à un entrepreneur , et qui lui donnerait une belle salle sans loyer, un théâtre bien machiné et garni de toutes ses équipes , qui pourrait lui donner cette salle éclairée et chauffée ; qui pourrait mettre à sa disposition des toiles et des bois pour toutes les décorations nouvelles (i) ne ferait plus un marché à titre onéreux, et au lieu de donner une subvention de 8 ou 9 cent mille fr., avec une somme moindre de moitié ou des deux tiers peut-être , exigerait de lui un grand luxe de mise en scène , une grande variété de répertoire, la conservation de notre tragédie lyrique et de notre école de danse , et la réunion pour les deux genres des talens les plus distingués ; la ville de Paris exercerait une grande surveillance sur toutes les parties du service; et sans courir des chances de pertes , pourrait stipuler son admission au partage des bénéfices quand ils dépasseraient une certaine somme , ainsi qu'elle le fait dans plusieurs marchés et notamment dans celui du onzième, dans le droit des indigens; elle interdirait surtout l'abus de ces congés accordés aux premiers sujets de la danse , si nuisibles aux intérêts de l'Opéra dont les talens sont aujourd'hui plus connus à Londres qu'à Paris.

Pour fixer l'état de la Comédie-Française , il ne faut

(1) Ne fut-ce même qu'en se servant des immenses matériaux et du mobilier de théâtre, sans emploi, enfouis dans les magasins des. Menus -Plaisirs.

(6. ) rien faire de neuf, il faut remonter aux anciens statuts qui ont fait ses succès et sa splendeur , ce théâtre qui a constamment attiré la bienveillance de nos rois, possède dans ses archives les élémens de sa régénération. Louis XIV voulant en 1680 assurer l'existence du Théâtre Français, ordonne lu réunion dans une même troupe des meilleurs comédiens de Paris } afin de rendre les représentations plus parfaites ; et pour leur donner les moyens de se perfectionner de plus en plus , sa Majesté veut , que cette seule troupe puisse représenter des comédies dans Paris. Louis XV, en 17 58 , assura par de nouvelles précautions le régime intérieur de la Comédie-Française; il voulut donner de nouvelles marques de sa protection pour ce spectacle formé en France par le talent des plus grands auteurs quelle ait produits > à V exemple duquel il en a été établi de semblables dans les principales cours de V Europe et qui ajuste titre a été honoré de la protection particulière du feu roi Louis XIV , etc.

Ces titres, il me semble, sont assez beaux pour que les Comédiens Français se montrent jaloux de les conserver ; propriétaires de toutes nos richesses dramatiques , ils en doivent compte au public , et au lieu de chercher des ressources passagères , et je dirai même honteuses , dans le genre bâtard du mélodrame , ils devraient , puisqu'ils sentent leur insuffisance pour représenter dignement nos chefs-d'œuvre , qu'ils laissent dans un coupable oubli , prendre tous les moyens de leur rendre leur éclat : ce qu'ils ne font pas il faut que l'autorité le fasse en employant toute son influence pour obtenir des sujets qui puissent venir au secours des acteurs de la rue de Richelieu 5 ces moyens , il les trouvera dans des débuts

nombreux et bien entendus , et dans l'emploi de la subvention royale, non plus au profit dune coterie, mais dans le véritable intérêt de l'art.

Les débuts ne seront pas dans ce moment un grand moyen de succès, parce que la province est aussi pauvre que Paris en comédie et en tragédie ; mais quand une organisation des théâtres de province, telle que je l'entends , aura au bout de quelques années ramené la faveur sur ces deux genres, la Comédie-Française pourra y trouver de grandes ressources : en attendant il faut qu'elle appelé à elle tous les lalens des théâtres secondaires de Paris , et qu'elle en éloigne toutes les médioerités qui se groupent autour de quelques-uns de ses premiers sujets : il faut qu'on employé les fonds de la subvention à attirer à la Comédie-Française, Potier , Perlet et Lepeintre , en leur assurant un rang et un traitement dignes d'eux ; qu'on dépouille un sot amourpropre et qu'on cherche des acteurs parmi les réputations du boulevart -, il n'y a d'aristocratie au théâtre que celle du talent , et rien n'est plus aisé que de faire d'un bon acteur un comédien du roi ; qu'on se souvienne seulement que Damas , Baptiste aîné et Michot ont commencé au boulevart, et que mademoiselle Mars ellemême , a fait ses premiers essais sur le théâtre Montansier (i).

(i) En Angleterre , on ne connaît pas la ridicule hiérarchie que les comédiens établissent entre eux à Paris. Les talens les plus distingués des trois royaumes jouent successivement dans les comtés et dans les capitales , dans les grands et dans les petits théâtres. On voit tous les jours un acteur du premier mérite passer de Cobourg à Cowent-Garden , de Cowent-Garden à l'Adelphi, et quitter l'Adelphi pour remplir le premier emploi à Drury-Lane.

La Comédie-Française n'a pas pu penser qu'en lui accordant la jouissance exclusive et gratuite de nos richesses dramatiques, on lui avait aussi donné le droit de les enfouir et d'en priver le public , sous le ridicule prétexte qu'elle est hors d'état de les représenter dignement. Est-il juste que nous soyons privés de Cinna et de Britannicus , parce qu'on ne trouve à la Comédie Française que des acteurs en état de jouer V Espion et le Cid d'Andalousie ? (f)

Au reste , tout ceci se rattache à un système dont le public n'est plus la dupe , et dont les journaux ne font plus un mystère. Je n'entrerai pas dans la question do savoir si les auteurs qui ont adressé une supplique au roi , ont fait ou non une chose convenable ; les auteurs qui l'ont signée , sont tous gens d'honneur et de talent , et n'ont pas pu faire une démarche contraire aux lois de la délicatesse et aux intérêts d'un art auquel ils ont dû tous leurs succès ; mais ils ont peut-être été effrayés y comme tous les gens de goût , de la direction qu'on veut donner au Théâtre -Français. Que doit-on penser , quand on voit les adeptes du parti qui domine à ce théâtre , s'écrier : « Quoi ! faudra-t-il toujours as- « sister au lever & Agamemnon et au réveil à'Arcas j « voir Hjppolite quitter le séjour de l'aimable Trezènes « et suivre tristement le chemin de My cènes ? La joue <( de Don Diègue n'a-t-elle pas reçu assez de soufflets., « et Cinna n'est-il pas assez accablé de la clémence « d'Auguste P Qui nous délivrera des chefs-d'œuvre ? « S'il est une autorité qui en ait le pouvoir , c'est le « public ; cette heureuse réforme a été commencée sous <( ses auspices. )> Le manifeste est clair et n'a pas besoin de commentaires , on le trouve dans la Pandore

du 3o juin 1827. Un autre éerivain de ce parti , que je ne nommerai pas , s'écrie dune manière encore plus énergique : « Quand eessera-t-on de nous fatiguer des « viragos de Corneille , des marquis de Racine , et des a pédans sententicux de Voltaire. » Depuis ,.on a été plus loin ; on est venu insulter les bustes de ces grands hommes jusque dans le foyer de la Comédie-Française j attendons-nous à les voir briser et traîner dans les rues au premier succès romantique.

Qu'on ne pense pas que je veuille proscrire un genre dont je ne blâme que les écarts; et ces écarts même , je ne les trouve condamnables qu'à la Comédie-Française. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a essayé d'agrandir le cercle des émotions dramatiques , et nos grands-maitres eux-mêmes n'ont-ils pas été chercher des situations et des caractères plus neufs dans les théâtres étrangers. Sophocle, Euripide, Plaute , Térence , Sénèque , n'ont-ils pas fourni le sujet de nos plus beaux ouvrages dramatiques ? Corneille a mis à contribution Guilhem de Castro , Lope de Véga et Calderon ; Voltaire a trop timidement , peut-être , essayé de nous faire connaître Schakespeare ; ces essais , et ceux de Ducis , n'ont pas été repoussés du public ; et plus près de nous encore, Marie Stuart et V Amour et V Intrigue , de Schiller, arrangés avec goût pour la scène française , ont été accueillis avec faveur *, mais vouloir, sur la même scène , nous donner Schakespeare avec toute l'incohérence de son génie , ses fantômes, ses fossoyeurs , ses sorcières et ses revenans, Schiller avec tous les longs développemens de son sublime talent, Gœthe avec tous les écarts et toutes les rêveries de son imagination poétique et de sa métaphysique allemande, c'est dégrader notre pre-

(65) mier tliéâtre , abâtardir son genre et pervertir le goût national.

Je voudrais, dans l'intérêt de nos chefs - d' œuvre , qu'on établît un théâtre romantique, où l'autorité laisserait jouer ce genre avec tout le développement et le dévergondage de sa poétique j je voudrais qu'aucune production de notre jeune littérature n'en fût repoussée, et que tout y trouvât place , depuis les pièces du théâtre chinois jusqu'au Cromwell de M. Victor Hugo. Nous verrions combien de temps durerait cette lutte , et dans un an , on jugerait de quel côté sont restés les spectateurs (i).

Il est inutile de parler ici de l' Opéra-Comique , qui commence une nouvelle ère dont il faut attendre les résultats : une nouvelle salle , un nouveau directeur , presque une nouvelle troupe et un nouveau répertoire, voilà bien des élémens de succès et des chances d'espérance ; d'ailleurs , ce théâtre est le seul qui soit sans concurrent ; il a su maintenir ses privilèges avec force et est resté unique dans son genre. Sa troupe peut se renouveler au besoin ; Grétry > plus heureux que Corneille , trouve des acteurs pour le soutenir au répertoire à côté des partisans de Boïeldieu , d'Auber , d'Hérold et de Caraffa , qui ont eu le talent d'ajouter de nouveaux agrémens à la musique française et d'en-

(1) Pour comble de disgrâce , la nouvelle route que la Comédie- Française a cherché à se frayer , ne l'a pas conduite à des résultats avantageux. S'il faut en croire mademoiselle Duchesnois , les parts , l'année dernière, ne se sont élevées qu'à 7 mille francs , et la Comédie s'est endettée de près de 100 mille. Jamais Racine ni Molière n'ont réduit les desservans de leur culte à une portion aussi congrue.

richir notre orchestre , sans leur rien faire perdre du caractère national.

Si j'ajoute à la liste des théâtres royaux dont je viens de parler, l'Opéra-Italien , sur lequel il y aurait trop à dire , et l'Odéon , sur lequel il n'y a plus rien à dire , j'aurai parcouru l'examen d'une partie des domaines que la nouvelle organisation donnerait au ministre de l'intérieur , et je m'aperçois en même-temps que M. le chargé des beaux-arts , où , pour mieux dire , le directeur des beaux-arts , vient de disparaître de la scène administrative , comme jadis Romulus disparut dans une tempête. C'est , au reste , un léger inconvénient du nouveau système , ou, pour mieux dire , c'est un bienfait pour les théâtres royaux , et un bonheur pour M. de La Rochefoucauld lui - même , qui trouve loin de ces foyers d'intrigues et de tracasseries , un repos dont il n'a pas joui depuis cinq ans , et dont il a été privé pour des fautes qui n'étaient pas les siennes. M. le vicomte de La Rochefoucauld est un homme d'une loyauté chevaleresque , dévoré du désir de bien faire , et de faire beaucoup. Il aime les arts et se plaît à encourager les artistes ; peu d'hommes sont plus dignes de la confiance du roi , qu'il aime avec un respect touchantet un dévouement plein de noblesse. Les fautes qu'il a commises dans son administration ne peuvent pas lui être attribuées ; les mesquineries, les ridicules , les niaiseries lui ont toujours été étrangers } les idées généreuses et les choses de grâce et d' à-propos sont les seules qui lui appartiennent. On n'oubliera jamais ce quil a fait pour les châteaux royaux et pour le Louvre, et le zèle qu'il a mis à suivre les nobles inspirations qui lui ont été données par les deux hommes de talent

(<>7 ) qui sont à la tète des Musées (i). Mon opinion sur M. le vicomte de La Rochefoucauld est bien désintéressée 5 je ne lui ai jamais rien demandé , et je ne lui demanderai jamais rien j je désire qu'il reste longtemps à la tête de la direction qui lui a été confiée , mais qu'il quitte le plus tôt possible l'administration des théâtres royaux.

Les théâtres secondaires, réduits et classés, doivent retrouver avant peu la prospérité qui leur est échappée depuis quelques années -, surtout si , par des mesures bien concertées , ils peuvent parvenir à diminuer les dépenses effrayantes du personnel de leur troupe. Le système d'actions que tous ont adopté est une source d'entraves et de tracasseries qui nuisent à la marche de l'administration. Les journées entières se passent, pour la plupart , en assemblées d'actionnaires , en audiences arbitrales , en conférences judiciaires , en visites chez les juges, et pendant ce temps les affaires du théâtre restent en souffrance ; le régisseur est quelquefois obligé d'aller chercher le directeur dans la salle des Pas-Perdus , pour en obtenir un répertoire, ou pour lui faire signer un ordre de répétition. J'ai fait le relevé des procès qui , direc.U meut ou indiroc -tement, se rattachent au théâtre', et j'en ai compté 278 depuis deux ans ^ aussi n'y a-t-il pas un théâtre qui n'ait à sa charge un conseil judiciaire aussi cher et aussi nombreux qu'une troupe de comédiens.

Les théâtres secondaires étant des entreprises particulières , il ne m'est pas permis de faire connaître les fautes administratives qui ont amené quelques-uns d'eutre eux à l'état de malaise où nous les voyons.

(i) MM. do Fôrbiri et «le CaiHeux.

(68) L'examen de ces matières touche de trop près au crédit de ces entreprises , pour qu'une pareille investigation soit convenable ; j'ai pu discuter librement les vices d'administration des théâtres royaux , parce que la subvention qu'ils reçoivent les rend justiciables de la critique. Quant aux intérêts privés , un écrivain qui se respecte sait les respecter 5 il parle des généralités et des moyens d'amélioration , et laisse aux amateurs de scandale le vaste champ des personnalités.

Je parlerai avec quelques développemens de l'organisation des théâtres de province , parce que je pense que de là dépend en grande partie la prospérité et la régénération des théâtres de Paris. Nous acquerrons chaque jour la preuve qu'on n'obtient de succès au théâtre qu'avec de bons acteurs, et que, sans acteurs , les meilleurs ouvrages ne peuvent se soutenir. Les acteurs ne se forment qu'en jouant ce qu'on appelle le grand trottoir $ c'est la comédie et la tragédie qui sont la base de toute éducation dramatique -, tant que ces deux genres ne seront pas protégés, soutenus et exigés , dans toutes les grandes villes , on n'aura rien fait pour relever l'art théâtral ; il faut beaucoup de choses pour faire un comédien : du temps , des planches , du rouge, des quinquets et un public qui repousse les médiocrités , et qui encourage le mérite. Dans un conservatoire, on fait des chanteurs et des instrumentistes ; mais on ne fait pas des acteurs. Les meilleurs professeurs ne feront jamais que des écoliers : où sont les élèves de Talma ? qu'ils nous montrent ce que leur maître leur a laissé. Est-ce Monvel qui a fait mademoiselle Mars , dont le talent ne s'est développé qu'après avoir joué dix ans la comédie sans succès ? Quels ont été les maîtres de

(69) Lekain , de Préville , de Mole et de Talma ? Leur génie et le public.

La pépinière des théâtres de Paris doit être la province. Faites fleurir la comédie en province , et vous la verrez bientôt florissante à Paris. Mais , dira-t-on , la Comédie-Française ne peut-elle pas former des élèves sur son théâtre ? Non , car elle ne peut pas courir les chances de leur médiocrité ou de leur mérite ; elle ne peut pas perdre son temps en essais et en éducations souvent manques ; il faut qu'elle joue un jeu sûr et qu'elle ne s'entoure que de talens faits , et ces talens ne peuvent lui arriver que des grandes villes 5 c'est donc à l'organisation des théâtres de province qu'il faut avoir recours pour en obtenir.

La comédie et la tragédie doivent être obligées dans toutes les grandes villes qui ont un théâtre sédentaire 3 F opéra-comique et les autres genres ne doivent y être qu'accessoires.

La comédie et la tragédie pourront n'être qu'accessoires dans les troupes d'arrondissement , mais devront y être jouées l'une ou l'autre au moins une fois par semaine.

Mais pour obliger les directeurs à jouer ces deux genres qu'on a laissé tomber dans le discrédit le plus complet , il faudra les soutenir par une allocation , qui devra être au moins de la moitié des frais de personnel de la troupe ; cette allocation pourra être réduite , s'il est démontré par les comptes que le directeur a gagné plus de 10 pour cent , toutes ses dépenses payées -, elle devra être augmentée , s'il est certain que le directeur est en perte réelle. Il est prouvé que les grandes villes ne

(7°) peuvent pas se passer de spectacles , et il est encore mieux prouvé que le plus grand nombre des di recteurs se ruinent. Il est temps qu'on cesse d'offrir aux entrepreneurs de spectacles le leurre des ressources d'une grande ville , et que les administrations locales jouissent , aux dépens du directeur , des avantages qu'elles reçoivent d'un théâtre, pour la police, la tranquillité et les plaisirs d'une grande population.

Je prendrai pour exemple Metz , où tous les directeurs , depuis quinze ans , ont perdu de l'argent , et je produirai les ressources de la ville , puisqu'on les a publiées dans le journal de la Moselle du i3 janvier dernier (g).

La ville accorde i2,ooofr.

Les abonnemens militaires. . . 3 0,000

Les loges et les abonnés civils. 3o,ooo } 14^,200 fr.

Les recettes journalières 72,000

Et les droits sur les forains. . . 1 ,200

Il est impossible , quand tous ces calculs seraient exacts , que le directeur qui donnera à la ville un opéra complet , une comédie et un vaudeville accessoires , ne perde pas vingt mille francs -, encore faudra-t-il qu'il n'ait qu'une troupe très-ordinaire et qu'il se refuse à toute dépense de mise en scène -, et cependant Metz ne peut pas se passer d' une troupe sédentaire avec une population de quarante mille âmes et une garnison de dix mille hommes 5 est-il plus juste que ce soit le directeur qui perde , que la ville ? Il faut donc offrir aux directeurs tous les moyens de se soutenir , en les obligeant à concourir à la prospérité de l'art dramatique.

Il faut diviser la France en quatre grandes directions

dramatiques , et en huit directions secondaires. Les premières seront Bordeaux , Lyon , Marseille et Rouen ; les secondes seront Nantes , Toulouse , Strasbourg , Lille, Montpellier, Versailles, Dijon et le Havre. De chacun de ces théâtres dépendraient deux troupes qui seraient au compte de chaque directeur , et dont il pourrait sous-traiter à des charges et conditions qui seront établies plus tard. Il y aura pour toute la France douze troupes ambulantes qui desserviront , à des époques déterminées, les villes dont les directeurs des villes du troisième ordre leur auront laissé l'exploitation, au moyen d'une redevance. Les troupes de second et de troisième ordres ne seront sédentaires et annuelles que lorsque les maires auront fait des traités avec les directeurs sur les bases établies plus haut. Dans les cas contraires , elles seront libres de parcourir leur arrondissement et de fermer leur théâtre pendant trois mois d'été , si les directeurs le jugent convenable à leurs intérêts , ou même de ne commencer l'année théâtrale qu'au mois de septembre.

Aucun acteur ne pourra contracter un engagement avec un dircteur , s'il ne s'est fait inscrire dans les bureaux du ministère de l'intérieur , et s'il ne justifie qu'il sait au moins lire et écrire sa langue correctement -, il fera connaître depuis combien de temps il joue la comédie , l'emploi qu'il y tient, le genre qu'il a choisi, les troupes dans lesquelles il a joué , et il laissera copie certifiée de son répertoire.

L'acteur qui commence la comédie devra s'inscrire ou se faire inscrire au ministère de l'intérieur, établir qu'il sait lire et écrire sa langue correctement, produire l'autorisation de ses parens ou de ses tuteurs , et un certi -

(7*) ficat de bonne conduite du maire de sa commune ; on ne pourra être inscrit sur le contrôle dramatique avant l'âge de seize ans pour les garçons , et avant celui de quatorze pour les filles; les enfans des comédiens, connus sous le nom à" enfans de la balle, seront inscrits du jour où ils commenceront a paraître en scène.

Les comédiens qui commenceront la comédie ne pourront débuter que dans les troupes de la banlieue des environs de Paris ou dans les troupes ambulantes.

Ils ne pourront être engagés dans une troupe d'un ordre supérieur qu'après avoir tenu leur emploi au moins un an dans une troupe inférieure.

Sont exceptés de cette disposition les enfans de comédiens , qui pourront jouer dans les troupes ou jouent leur père et mère , au moins jusqu'à l 'âge de quinze ans.

Aucun comédien ne sera admis à débuter sur un théâtre royal que lorsqu'il aura tenu son emploi au moins trois ans dans une ville de premier ordre , cependant, sur le rapport d'un des inspecteurs dramatiques, un comédien pourra être admis aux débuts avant cette époque.

IL sera choisi quatre inspecteurs par le ministre, deux pour la comédie , la tragédie et le drame , et deux pour l'opéra, l' opéra-comique et le vaudeville; ils feront au moins deux tournées par an , chacun dans les villes qui leur auront été assignées , et fourniront des rapports sur l'état des troupes , tant pour le personnel que pour le matériel , sur la position et la gestion des directeurs , le répertoire et les progrès de l'art , et indiqueront dans chaque genre les sujets qui pourront être admis aux débuts dans les théâtres royaux.

Les directeurs des théâtres secondaires de Paris pour-

ront obtenir , au ministère de F intérieur , des renseignemens sur la capacité et les talens des acteurs de province.

Le ministre décidera des emplois qui seront admis aux débuts dans les théâtres royaux -, il prononcera sur l'admission des débutans , soit comme pensionnaires , soit comme sociétaires, et pourra, en cas de contestation, leur assurer des appointemens sur les fonds de la subvention.

Il sera formé pour chaque genre un répertoire général, qui sera le même pour toutes les troupes ; il sera arrêté par une commission composée des deux inspecteurs du genre , de deux acteurs du théâtre dont le répertoire dépendra , de deux membres de l'Académie française, ou de deux membres de l'Académie des Beaux- Arts , pour le répertoire lyrique , et de deux anciens directeurs de spectacle ; elle sera présidée par le chef de la division des théâtres ; son travail sera soumis à l'approbation du ministre , qui arrêtera définitivement chaque répertoire, et en adressera aux maires de chaque ville et aux directeurs, qui seront obligés de s'y conformer; chaque année le ministre désignera les pièces nouvelles qui devront y être ajoutées.

Aucun acteur ne sera admis à débuter à Paris s'il ne sait, et n'a joué au moins les deux tiers de son emploi dans le répertoire général.

Toutes les distributions des pièces seront arrêtées par emplois par la commission, et les acteurs et les directeurs seront obligés de s'y conformer.

Il y aura chaque année , pendant le mois de clôture des théâtres , une commission nommée par le ministre , qui tiendra ses séances au moins deux fois par semaine,

(74) et qui recevra les réclamations des directeurs tant de Paris que des départemens; les directeurs des quatre grandes villes seront obligés de s'y rendre ; pour les autres , cette clause ne sera que facultative : le travail de la commission sera soumis au ministre.

Je n'ai pas eu la ridicule prétention de faire un Code Dramatique dans une brochure de quelqnes pages, je n'en ai ni la mission ni les moyens , ce soin appartient à l'autorité compétente; je n'ai voulu que lui soumettre quelques observations que je crois justes et qui sont le fruit de vingt-cinq ans d'études et d'expérience ; elles sont fort incomplètes sans doute, mais je crois qu'elles peuvent servir de bases à une organisation théâtrale aussi utile qu'urgente , si on veut prévenir la perte totale d'un art auquel la France doit une portion de sa gloire , portion aussi brillante et aussi respectée que celle que nous avons acquise par nos victoires; celle-là nous laisse l'orgueil de penser qu'aujourd'hui même nos chefs-d'œuvre dramatiques font l'admiration de tous les peuples et sont joués dans toutes les capitales de l'Europe , quand nos drapeaux ne flottent plus sur leurs remparts , et que les noms de Corneille , de Racine , de Molière et de Voltaire ne sont pas moins honorés de l'étranger que ceux de Condé , de Turenne , de Catinat , de Luxembourg , de Masséna , de Lannes , d'Oudinot et de Macdonald.

hx protection exagérée qu'on a accordée à l'Opéra-Italien et les dépenses folles qui ont été faites pour lui , ont non-seulement servi à perdre la Musique française , mais elles ont servi encore à perdre l'Académie royale de Musique , en faisant de ce théâtre étranger un spectacle de mode et de caprice qui attirait la plus haute société de Paris. Qu'est-il arrivé ? C'est qu'on a déserté l'Opéra-Français pour aller à l'Opéra-Italien.

En 1814, il y avait à l'Opéra pour 180 mille francs de loges louées ; à mesure qu'on a fait valoir l'Opéra-Italien aux dépens de l'Académie royale de Musique , la location des loges a diminué : elle n'était plus que de iao mille francs en 1824 > et successivement elle n'a plus rapporté que 80 mille francs. Enfin , depuis qu'on a interdit l'entrée du théâtre aux membres du corps diplomatique et aux seigneurs de la cour, la location est tombée à 40 mille francs,

Je crois cependant que , depuis le succès de la Muette de Portici , elle s'élève un peu plus haut.

Paris, le juin 1827.

Au Rédacteur du Courrier des Théâtres.

Monsieur ,

Tous les amis de l'art dramatique se sont réjouis des succès que mademoiselle Georges et Eric Bernard ont obtenus à Londres , sur le théâtre du roi. Il y a loin de l'accueil qui vient d'être fait à nos artistes français, au traitement qu'éprouvèrent, il y a cinquante ans , Monet et sa troupe ; à la vérité , entre ces deux événemens, il

s'en est passé beaucoup d'autres qui ont puissamment contribué à diminuer cette haine brutale qui a trop long-temps existé entre deux peuples faits pour s'estimer et pour se prêter mutuellement le secours de leur industrie , de leur littérature et de leur civilisation.

L'établissement d'un théâtre français à Londres , et , par réciprocité, celui d'un théâtre anglais à Paris , serait du plus haut intérêt ; les gens de lettres et les artistes des deux nations le désirent, et sous le point de vue politique et sous le point de vue littéraire , on en retirerait de grands avantages.

J'ai fait pour ma part tout ce que j'ai pu pour y contribuer , et j'aime à croire que mes efforts n'ont pas été sans quelque influence sur les résultats qu'on obtient aujourd'hui.

Lors de mon premier voyage en Angleterre , je fus convaincu que le théâtre anglais pouvait offrir , comme étude , de grandes ressources à nos acteurs et à nos auteurs; j'en causai souvent avec Talma , qui , très-versé dans la littérature anglaise , et lié d'amitié avec les plus grands acteurs de ce pays , était sur cet objet pour le moins aussi anglomane que moi.

Dès que j'eus un théâtre à ma disposition , je voulus faire une tentative ; elle ne fut pas heureuse. J'avais engagé, pour quelques représentations à la Porte-Saint-Martin , la troupe de Penley , que je fis débuter dans les premiers jours de juillet 1822. Cette troupe était médiocre, quoiqu'on y remarquât quelques acteurs d'un mérite distingué; mais eût-elle été excellente, elle n'eût pas réussi; la sottise de l'esprit de parti s'en mêla , et l'on crut remporter une victoire nationale sur les Anglais , en forçant à la retraite quelques pauvres comédiens compatriotes du duc de Wellington , qui n'étaient pour rien dans notre défaite de Waterloo. Le désordre et le scandale furent poussés jusqu'à la barbarie , et les Anglais retournèrent chez eux chassés ignominieusement , au moment même où les gens de la plus haute distinction, à Londres, accueillaient avec une bienveillance exquise la petite troupe française d'Argile Rooms.

Cette mésaventure ne me découragea pas , et je voulus faire un nouvel essai , qni n'était qu'une nouvelle tentative pour arriver à de plus grands résultats. J'engageai à Londres , l'année dernière , un des meilleurs mimes de l'Angleterre. Le succès prodigieux qu'obtint M. Cooke me fit espérer que , l'année suivante , je pourrais

montrer à Paris la tragédie et la comédie anglaises dans tout leur éclat. Des circonstances particulières ne m'ont pas permis de réaliser ce projet , mais je pense que le moment est arivé de l'exécuter avec avantage.

Le gouvernement a, t3it-on , accordé un privilège pour un théâtre anglais à Paris , mais ce privilège est trop borné pour qu'il puisse servir utilement l'art dramatique. Jamais le théâtre de la rue Chantereine ne pourra suffire au développement et à la splendeur qu'exige la scène anglaise ; il faut un théâtre plus vaste , plus noble, plus digne de Schakespeare : ne serait-il pas convenable d'accorder à la Melpomène britannique la salle Favart , les jours où on laisse reposer le gosier de madame Pisaroni et les bruyans accords de M. Rossini ? M. le vicomte de La Rochefoucauld rendrait un grand service à notre scène , en accordant à une troupe d'élite d'acteurs anglais une portion de cette généreuse protection qu'il prodigue avec tant de noblesse à tous les faiseurs de roulades de l'Italie.

Quelques représentations des chefs-d'œuvre anglais sur un théâtre royal, pendant les mois de clôture des grands théâtres de Londres , époque où nous pourrions jouir des talens de Kean , d'Young , de Kemble , de Macready , d'EUiston , de miss Foote , devmistrisse Davenport , et d'un grand nombre d'autres talens aussi distingués , seraient d'un grand intérêt pour notre littérature dramatique , et avanceraient peut-être l'époque glorieuse pour la France , où Corneille , Racine et Molière seront applaudis et admirés dans le pays et par les compatriotes de Schakespeare.

Le zèle ardent et éclairé que vous montrez chaque jour pour la prospérité de notre scène , et la persévérance, avec laquelle vous soutenez les droits de nos artistes , me font espérer que vous accorderez une place dans votre journal à cette lettre, dont vous approuverez du moins l'intention.

Recevez , Monsieur , etc.

J.-T. Merle.

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ETAT des Recettes des théâtres de Paris pendant Cannée 1828.

Théâtre de F.

Madame 688658 non compris la location des loges,

Cirque-Olymp . . 60081 5

Opéra 50597a non compris id.

Opéra-Comique». 5 334 n non compris id.

Variétés.. .... 49o83i

Coméd. Française. 488184 non compris id.

Vaudeville 45oai4

Gaîté 4 348219

Italiens . . . . .... 43464* ncm compris id.

Nouveautés 38773»

Porte-St-Martin. . 36o8i8 fermé 4 mois.

Ambigu 232429 fermé 5 mois.

Odéon 184723 fermé 2 mois.

Moniteur du 17 juillet 1828. — NOTE sur les subventions accordées par le Roi aux théâtres royaux.

Académie royale de musique 85 0000 fr.

Théâtre Italien. o58oo

Théâtre Français 200000

Opéra-Comique . i5oooo

Odéon. | subvention 100000

) dépenses accessoires 11 800

Pensions et retraites des artistes du second Théâtre

Français . 9108

A reporter. .- . 14 16708

D'autre part. . . . 141 6708

l Pensions aux hommes de lettres et aux artistes. . . f 36oo

Secours annuels 3ooo

Ecole royale de musique i36ooo

Institution de musique religieuse 45ooo

Subventions aux écoles de Lille et de Toulouse. . . • 6000 Gratifications pour le service de santé des théâtres. . 3ooo Traitement des compositeurs du roi et inspecteurgénéral du chant , chargé de composer des ouvrages nouveaux 20000

Traitement du vérificateur attaché à la commission

des comptes 2000

Fonds de réserve 23492

Total 1785200

Le fond subventionne! n'étant que de. ....... 1460000

Reste à la charge de la liste civile . . . 325ioo.

Napoléon , qui allait souvent à la Comédie-Française , et qui arrivait presque toujours dans sa loge sans être attendu , manquait rarement , quand il en avait le temps , la représentation d'une tragédie de Corneille , qui était son auteur favori. En 1807, il arrive un soir, à l'improviste , au moment où l'on jouait le Cid , dont les principaux rôles étaient confiés aux doubles ; il rentre aux Tuileries de fort mauvaise humeur , et fait appeler M. de Rémusat., chambellan , chargé du Théâtre Français ; il lui adresse de vifs reproches sur le scandale d'une pareille représentation , et lui ordonne de prendre une plume et d'écrire la distribution suivante :

Le Cid , Talma ;

Don Diègue y Monvel;

Le comte de Gormas , Saint-Prix ;

Clùmène , Mlle Duchesnois ;

Le Roi, Lafon;

Don Sanche , Damas.

« Allez à la Comédie Française sur-le-champ s lui dit-il , faites sa- « voir aux Comédiens que je serai après-demain , à sept heures du « soir , dans ma loge , et que je veux voir le Cid joué d'une manière « digne de Corneille. »

La représentation eut lieu au jour indiqué , et produisit une recette de 5 mille francs.

Journal de la Moselle , mardi i3 janvier 1829.

De l'Administration théâtrale.

Aura-t-on un théâtre à Metz l'année prochaine , c'est à dire , au 21 avril 182g, ou en sera-t-on privé? telle est la question qu'on se fait. La solution en est difficile. En effet , trois années de suite ont malheureusement eu un résultat peu encourageant pour les directeurs ; aussi l'entreprise n'a-t-elle cessé d'être onéreuse pour l'administration qui s'en est chargée ; car toujours les dépenses ont surpassé de plusieurs milliers de francs les recettes. D'où provient donc ce d éficit annuel dans la caisse du théâtre de Metz ? A-t-il pour cause une dépense mal entendue , ou des charges que s'impose l'administration , et qu'elle pourrait éviter ? Nous ne le pensons pas , et dans le cas où quelques suppressions indispensables s'effectueraient, elles seraient loin de suffire pour combler un déficit qu'il est presqu'impossibîe d'éviter , vu le prix élevé qu'exigent aujourd'hui la plupart des artistes , prix si peu en rapport , non pas avec leurs talens , mais bien avec les ressources que peuvent en général offrir les villes où ils exploitent.

Le déficit qui frappe les directeurs ou les entreprises théâtrales provient donc de la faiblesse des recettes que l'on prélève sur le public. Si Metz veut conserver son spectacle, il faut incontestablement s'écarter de la marche routinière suivie depuis vingt ans, et donner a l'exploitation théâtrale de nouvelles ressources, qu'elle ne peut trouver que dans une perception plus lucrative ; et dont les moyens nous paraissent assurés , s'ils sont adoptés par la majorité des habitans de cette importante cité. En voici les principales dispositions :

L'administration municipale continuerait de donner annûelfè • nient , à titre de secours, la somme de ia,ooo francs.

Tous les dimanches indistinctement seraient réservés à l'administration théâtrale.

Le prix des abonnemens , pour seize représentations , lesterait le même qu'autrefois.

MM. les abonnés militaires auraient le privilège d'entrer auspecacle les dimanches , moyennant un franc.

MM. les abonnés civils , en ajoutant trois francs par mois en sus du prix de leur abonnement, jouiront de leur entrée le dimanche. Mais si cette condition leur paraissait trop onéreuse , alors ils seront libres de prendre cinq ou dix billets à i fr. 5o c. chacun , qui leur procureront leur entrée les dimanches , quand bon leur semblera.

Le prix des troisièmes loges sera fixé à ^5 centimes, au lieu d'un fr. Les mardi et vendredi , moyennant un fr., on aura deux entrées aux troisièmes loges.

Vu la réserve du dimanche , les jours d'abonnemens courans seraient les lundi, mardi , jeudi et vendredi de chaque semaine , 1 e samedi étant consacré aux études et répétitions générales.

De cette manière , on pourrait atteindre à un résultat qui mettrait l'administration à l'abri de toute chance fâcheuse et en situation de remplir honorablement ses obligations à l'égard du public et de ses pensionnaires.

Par cette mesure , les recettes pourraient s'élever , d'après l'expérience du passé , approximativement à i45ooo francs, ainsi qu'il suit :

Subvention accordée par la ville 12000 fr.

Abonnemens militaires 3oooo

Abonnemens civils 3oooo

Recettes journalières 72000

Droits sur les divers spectacles forains et bals. . . 1200

Total i45ooo

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