‹ Du massage et de son application dans le traitement de l'entorse [electronic resource]Chapitre 1 sur 3 · BRUXELLES · texte numérisé non relu

BRUXELLES

IMPRIMERIE DE TOINT-SCOHIER

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Tout ce qui est capable d'ag-ir sur rovg-auisme humain peut être employé comme remède, dit Hufeland.

Cette interprétation doit donc certainement s'appliquer aussi bien aux agents extérieurs, qu'aux substances destinées à être absorbées. Il en résulte que le massage et différentes autres manipulations dont nous faisons l'objet de ce mémoire, peuvent être considérés comme quelques anneaux de la vaste chaîne thérapeutique et comme un remède efficace, lorsque ces moyens sont suffisamment connus et étudiés dans leurs procédés, leurs buts et leurs effets.

Le mot d'empirisme dont on gratifie parfois ces différentes opérations, ne leur sied guère, lorsqu'on les subordonne au raisonnement et à la science; elles constituent, dans l'espèce, des moyens rationnels, que des noms bien connus en chirurgie, ont maniés avec succès, surtout dans le traitement de l'entorse.

Déjà, au siècle passé, Tissot a proposé dans ses ouvrages, ce moyen pour le traitement de l'entorse. \

Aujourd'hui ces manipulations thérapeutiques sont devenues classiques et exécutées en général avec avantage par bon nombre de chirurgiens, comme l'indique la littérature médicale, et avec Béranger Féraud (1), nous formulons le vœu de voir ce moyen foncièrement bon, s'infiltrer plus largement encore dans la pratique.

Ayant eu l'occasion d'être appelé à traiter pendant plusieurs années un grand nombre d'entorses (il s'agit ici d'entorses du pied) nous avons cru utile de jeter sur le papier quelques réflexions sur cet accident, son mécanisme, ses dangers, ses caractères et enfin son traitement.

(1) Bulletin thérapeutique, t. '72, p. lA.

Mécanisme de la production de l'entorse du pied

L'articulation tibiotarsienne constitue une articulation trocliléenne, qui ne permet que des mouvements de flexion et d'extension. Les mouvements d'adduction et d'abduction ne se passent pas dans cette articulation, ils ont lieu par suite d'un léger mouvement de glissement : 1" de l'astragale sur le calcaneum et le ssaphoide, 2» du calcaneum sur le cuboïde.

Si ces premiers mouvements, c'est-à-dire de flexion et d'extension, sont exagérés, le pied étant immobilisé, les ligaments seront distendus outre mesure et l'entorse pourra s'en suivre. Cette variété est cependant assez rare, nous n'en avons eu qu'un cas; ce sont les mouvements d'abduction et d'adduction qui la produisent dans la généralité des cas, d'où l'entorse latérale est la plus fréquente.

Avec Philippeaux (1) nous croyons que tel en istle motif: le pied ne touche le sol non pas

(1) Êticde 'pratique sur les frictions et le massage.

par tous les points de la face plantaire, mais par une espèce de voûte à 3 piliers ayant pour point de repère le talon, la ligne saillante des articulations métatarso phalang-iennes et aussi le bord externe du pîed.

Si le poids du corps passant par l'axe vertical de l'articulation tibio tarsienne tombe dans la base de sustentation formée en joig-nant ces différents points, le pied est perpendiculaire à l'horizon et en parfait équilibre ; survienne un faux pas, une chùte, un écart, le poids du corps au lieu de passer par la base de sustentation, ira tomber soit en dedans soit en dehors, le pied appuiera par son bord interne ou externe et sa face dorsale tendra à devenir momentanément interne ou externe. Les lig-araents devront donc supporter une traction plus considérable au point de déterminer l'entorse que nous divisons ainsi en: 1" Entorse interne,

2" Entorse externe.

Il est à noter que cette seconde variété est plus commune que la première- dans la proportion de 12 h 1 pour les hommes et de 5 à 1 pour les femmes (Dupuytren) (1).

(1) Leçons orales.

Ce cliifurg'ien explique cette différence par la prédominance des adducteurs sur les abducteurs,

Nélaton (1) l'attribue à ce fait que dans le renversement du pied en dehors, le corps se porte en dedans, du côté de l'autre membre et que celui-ci supporte une partie de l'effort.

Suivant Bonnet (2) cette différence dépend de la disposition anatomique du pied, car la face supérieure de l'astrag-ale est oblique de haut en bas et de dedans en dehors, d'où il résulte que le poids du corps a plus de tendance à se porter en dehors qu'en dedans du pied ; il est à remarquer en outre que l'adduction du pied est bien plus facile et étendue que l'abduction.

Ces différentes appréciations nous expliquent aisément la tendance que nous avons signalée.

Il est encore à remarquer que le pied droit est plus souvent affecté que le gauche dans la proportion de 3 sur 1 .

(1) Éléments de pathologie chirurgicale.

(2) Maladies des articulations.

Symptomatologie

Aussitôt après qu'un mouvement forcé a été imprimé à l'articulalion, une douleur vive s'y fait sentir. Les mouvements deviennent très-difficiles et un gfonflement plus ou moins considérable y fait disparaître toutes les saillies qui se trouvent dans cette région.

Cette douleur tient non comme l'a cru Bichat et les auteurs qui l'ont suivi, à la distension des lig-aments, qui par eux-mêmes sont ou insensibles ou d'une sensibilité très-obtuse, mais elle est due à la distension des nerfs qui rampent à la surface des lig-aments .et de la synoviale tapissant leurs parties internes (Magendie.)

Les nerfs plus superficiels comprimés par répancliement sanguin qu'occasionne l'entorse, contribuent pour une large part aussi à provoquer la douleur de ce traumatisme.

Cette compression, cause de la douleur, explique l'action bienfaisante du massage sur ce symptôme pathologique. Il est à remarquer que la douleur est d'autant plus manifeste que le gonflement est plus considérable et que, sous l'influence du massage méthodiquement administré on la voit diminuer pour disparaître bientôt.

Diagnostic

D'après ce qui précède, nous sommes disposés à reg-arder l'entorse comme une tentative de luxation qui n'a pas réussi. Les surfaces articulaires ont fait en vain effort de déplacement, des tiraillements et des torsions pli'is ou moins considérables ont été seules imprimées aux lig-aments et aux autres parties molles qui entourent l'articulation. Il en résulte que dans les cas ou les lig-aments sont forts et nombreux tels que dans les articulations g-inglymïodales, ils résistent davantage aux violences extérieures, empêchent plus souvent les luxations de se produire et occasionnent dans ces jointures plus fréquemment l'entorse que la luxation.

Telle est la raison de la fréquence plus g-rande de l'entorse tibiotarsienne sur la luxation de cet article.

Suivant la violence de la cause productrice on peut diviser cette entorse en :

1° Simple, 2" Compliquée.

La première n'est accompag-née d'aucune déchirure ligamenteuse ; la seconde présente ce

caractère de complication. Nous ne nous occuperons que ici de la première espèce, qui est de loin la plus commune. D'après certains auteurs elle serait quasi générale.

Pour Elliaume (1) la déchirure de quelques fibres ligamenteuses ou même de la synoviale lui paraît extrêmement rare, il la considère plutôt comme une complication de l'entorse.

Lebatard sur 19 entorses n'a point constaté de déchirure (2).

Girard sur 59 (3).

Ranson sur 135 (4).

EtGuenot sur 150 (5).

L'entorse étant généralement comme le constatent ces auteurs, exempte de complication, son diagnostic est facile dans la plupart des cas ; les symptômes cités au paragraphe précédent en révéleront la présence et c'est seulement dans les cas compliqués que l'on pourrait la confondre soit avec la luxation ou la fracture.

(1) Gazelle des hôpifaiix (1859).

(2) Sur l'entorse simple, Paris 1855.

(3) Académie des sciences.

(4; De l'entorse (Paris 1853).

(5) Académie de médecine (1859).

Comme nousl'avons imliqué plushaut, n'ayant eu en vue que le traitement de l'entorse simple par le massage et autres manipulations thérapeutiques, nous ne nous occuperons point de cette question de diagnostic différentiel.

Pronostic

L'entorse est souvent considérée comme une aflPection de nature bénig-ne, aussi apporte-t-on peu de soins à se faire traiter pour ce traumatisme.

Cependant que de fois n'a-t-on pas vu de petites causes engendrer de grands effets, c'est aussi à propos de l'entorse que l'adag-e ancien est toujours vrai : « Principiis obsta, sero medicina paratur. »

Que de malades, dit Nélaton (1), affectés d'une simple entorse ont dû plus tard être amputés d'un membre.

Les auteurs les plus contemporains la reg'ardent comme la cause la plus fréquente des tumeurs blanches et Boudin, dans son mémoire présenté à l'académie de médecine, dit que sur 78 amputations de jambe ou de pied, 60 avaient pour cause une entorse, 18 seulement étaient étrang-ères à cette cause.

Lisfranc, écrit dans le Bulletin de Ihérapeu-

(1) Éléments de pathologie chirurgicale.

tique médical et chirurgical, qu'il vaut mieux souvent avoir une fracture qu'une entorse ; nous ne partao:eons point sa manière de voir estimant qu'une entorse traitée dès le début ne résiste point au traitement bien appliqué.

Certaines circonstances cependant rendent le ]iroiiostic très-variable et le font porter avec ft-rande réserve. L'âge, la constitution, la présence ou l'absence de complications, le siég-e des lig-ameuts tiraillés, doivent entrer en lig-ne de compte dans la solution de cette question.

Il est à remarquer que l'entorse siégeant au niveau des articulations du cuboïde et du scaphoïde avec la troisième cunéiforme le long" du tendon du péronier latéral guérit facilement de même que celle qui a pour siège les ligaments scaphoïdo cunéiformes, calcaneo cuboïdiens.

Daily (1) prétend que les entorses des ligaments interrosseux, des ligaments antérieurs peroneotibial, du ligament peroneoastragalien extérieur demandent un temps plus considérable.

(1) Des manipulations tliérapeut'qucs [Dictionnaire des sciences médicales.)

— ir,

Traitement

Avant d'aborder l'objet principal de ce mémoire qui a pour but de déterminer l'influence salutaire du massage sur l'entorse, nous tenons à rejeter toute prétention de vouloir employer cette médication dans l'entorse dite compliquée. Aussi nous n'hésitons pas à dire que là ou il y a déchirure ou fracture, la méthode amovoinamovible est la seule qui puisse être sanctionnée par la raison et l'expérience.

Mais dans l'entorse simple, notre conviction basée sur une assez longue expérience, est, que le massage méthodiquement administré par une main intelligente, soustrait aux caprices du hazard et soumis à des règles fixes, donne les meilleurs résultats. Nous tenons toutefois à remarquer que le succès ne couronne pas toujours la médication et que l'on doit s'attendre à des revers dont il n'est pas toujours facile de donner l'explication (quod natura negat, nemo potest reddere).

Quoiqu'il en soit, nous croyons avec Magendie (1) que le temps n'est pas éloigné ou le mas-

(1) Gazette médicale de Paris.

sage sera devenu un art sérieux, lorsqu'on connaîtra suffisamment ses procédés, son but et ses effets.

Lemassag-e, dans son acception la plus primitive a sans doute été employé instinctivement chez tous les peuples êt dans tous les temps. Quoi de plus naturel, en effet de voir une mère, d'une main caressante effleurer le membre douloureux de sa progéniture. N'est-ce point là l'action du massage, réduit à son extrême simplicité.

Les premières traces du massage plus ou moins réglé se rencontrent chez les chinois selon Amyot (1) 3468 ans avant l'ère chrétiennne.

Les Grecs lui imprimèrent un commencement de perfection, sous le nom de tripsis et Hippocrate essaie les indications de son emploi judicieux en thérapeutique. Le massage, dit-il, relâchera une articulation trop rigide, en resserera une trop lâche (livre des articulations) ; il ajoute

(1) Abrégé chronologique de tempire Chinois. (N. Daily.) Cinésio-ogie ou science du mouvement .

à tort, selon nous, que le massage de longue durée diminue le volume de la partie travaillée.

Toutefois le massage resta longtemps à l'état d'enfance et ce n'est que dans ce dernier siècle, que cette opération des anciens, grâce au génie du suédois Ling, digne compatriote de Linné et de Berzélius, a été développé de façon à répondre à son but et à se trouver en harmonie avecles progrès des sciences natuj^elles et médicales.

Les recherches de Ling trouvèrent un appui puissant dans le gouvernement de son pays, qui créa à 8tockolm une institution (1) pour le développement de cette branche de guérir. A cette école normale Ling a perfectionné cet agent thérapeutique du massage (2), ou mouvement passifs (repos absolu du malade), et y a ajouté tout un système nouveau et merveilleusement combiné de mouvements de résistance appelés peu logiquement demi actifs (coopération partielle du malade).

(1) Selon le dernier rapport annuel on y a tr!iité,en 1813, 433 personnes dont 250 hommes et 133 femmes de différentes affections. De ces malades 110 ont été parfaitement rétablis et 230 ont subi une amélioration sensible, tandis que cette amélioration a été nulle pour 36.

(2) Voir Hygica, 1872. Le mémoire du D"" Curman.

Le système de Ling', perfectionné après sa mort par Brantiug-, lit rapidement des prosélytes tant chez ses concitoyens que parmi les nombreux étrangers venus à Stockolm pour l'étudier. Ceux-ci l'ont rapidement répandu dans une grande partie de l'Europe. Citons entre autres Georgi (1), Berling (2), Neuman (3), etc., etc.

Je l'ai moi-même introduit en 1861 en Danemark où on a pu se convaincre de son efficacité.

Désirant jeter en Belgique les bases de cet admirable système, j'ai formé pendant les dernières années de mon séjour à Copenhague, M. Krarup, médecin danois, comme mon successeur. Sous sa direction intelligente, l'œuvre commencée a continué sa marche dans la voie du progrès.

La méthode suédoise est un puissant agent thérapeutique dans les maladies chroniques des

(1) Kinésithérapie ou traitement des maladies selon la méthode de Ling et Branting-.

(2) Uber die massage St-Pétersboupg.il/^c;?c. Zeitsehrifû.

(3) Thérapie der chronischen Krankheiten von heilorganischen Standpunkt.

systèmes vasculaires et nerveux, ainsi que dans les affections des organes respiratoires et digestifs.

L'action considérable que le système de Ling méthodiquement localisé, exerce sur les muscles, en fait le remède principal contre les déviations de la colonne vertébrale, résultant très-fréquemment d'une faiblesse musculaire partielle du tronc (!)•

Au point de vue de Tentorse et de son traitement par le massage, nous constatons que c'est en Hollande (docteur Metzger) (2) et en France, que l'on s'est occupé de cet agent thérapeutique (3).

(1) Voir dans le journal de \b. Société des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles notre mémoire intitulé : Aperçu sur les déviations de la taille suivi des conseils pour les prévenir,

(2) Voir l'intéressant rapport sur le massage par Bergman etHelleday às^ns NordisTi médicinsh Arkiv.

(3) Nous avons eu l'occasion de citer plusieurs auteurs dans ce mémoire, nous ajouterons ;

Bazin. De Ventorse et de son traitement par le massage. Thèse de la faculté de médecine de Paris, 1860.

Debout. De Ventorse et de son traitement.

Eenault de St Malo. Gazettt des Mpitaux civils et militaiees, 1862.

Tebrieb. Eesue de thérapie medico chirurgical, 1858.

Cabasse. Gazette des hôpitaux, 1871.

Le massag-e est une opération imprimée à un sujet qui n'y prend aucun rôle, y reste donc complètement passif.

Cette opération peut parties :

se diviser en quatre

1° Pression

2° Percussion

Taxis.

Pétrissag'e.

Pression des vaisseaux

et des nerfs.

Hachement.

Claquement.

Foulement.

Ponctuation.

Tapotement.

3" Glissement, vulg-airement appelé massag-e.

Flexion.

Extension.

Abduction.

Adduction.

Pronation.

Supination.

Rotation.

Circumduction.

Traction.

Le l^gToupe se caractérise par llntermittence dans l'opération. Le 2" s'en disting-ue par la force

4° Mouvements articulaires communiqués par les mains de l'opérateur : proprement dits passifs

plus grande qu'on imprime et par la répétition de la pression.

J'emploie parfois le foulement que j'appelle humide, c'est-à-dire qui se fait la partie étant recouverte d'un ling'e trempé dans l'eau.

Pour augmenter l'intensité et la vitesse du claquement, je me sers de palettes.

Nous n'avons guère à nous arrêter aux deux premières classes, qui n'entrent point dans le traitement de l'entorse, nous nous occuperons plus spécialement de la 3' classe.

Dans celle-ci nous rangeons l'opération dans laquelle le pouce ou la main exerce une pression continue.

Au point de vue de la force nous distinguons cette espèce de massage en :

1° Passe.

2° Effleurement.

3° Frôlement.

4° Glissemenf.

Au point de vue de la direction nous le divisons en deux classes :

A. Centripète.

B. Non centripète.

La immière se subdivise eu massage eu forme de :

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