‹ Du mécanisme des échanges gazeux chez les plantes aquatiquesChapitre 3 sur 29 · II. — APPAREILS EMPLOYÉS · texte numérisé non relu

II. — APPAREILS EMPLOYÉS

J'ai fait mon possible pour employer des méthodes très simples, évitant la complication des appareils qui apporte si souvent des erreurs graves, pour rechercher le plus possible à ne faire entrer seulement que les facteurs dont je voulais étudier l’action. Je décrirai ces méthodes au fur et à mesure qu’elles se présenteront. En fait d'appareils un peu compliqués, je n’en ai employé que deux, l’un destiné à l’extraction des gaz de l’eau, l’autre à faire les analyses.

1. Appareil d'extraction des gaz. — C’est l'appareil classique qui sert à l’extraction des gaz du sang : une pompe à mercure d’Alvergniat est reliée à un ballon à long col par un tube de gros diamètre, entouré d’un réfrigérant ascendant, tandis que le ballon lui-même est plongé dans un bain-marie d’eau chaude; dans cet appareil tous les joints sont à fermeture hydraulique, ce qui empêche absolument la rentrée de l'air une fois le vide complet effectué. Lorsqu'on a commencé à faire le vide partiel, on détermine par une tubulure latérale du ballon, munie d’un tube à robinet, la rentrée d’un peu d’eau qui se met aussitôt à bouillir en s’échauffant dans le bain-marie; les vapeurs abondantes ainsi produites chassent les dernières traces d’air dans le récipient de la pompe à mercure d’où on les rejette au dehors. L'appareil est alors prêt à fonctionner, et c’est par cette même tubulure latérale que l’eau, dont on veut extraire les gaz, est directement aspirée dans une éprouvette graduée au moment où on ouvre le robinet du tube correspondant.

Je dois ici faire mention d’une difficulté spéciale qui s’est présentée dès le début de ces recherches. Après avoir fait le plus complètement possible l'extraction des gaz d’un volume

déterminé d’eau ordinaire, j'avais laissé l'appareil pour m’occuper de l'analyse des gaz extraits. En revenant à l'appareil un moment après, je fus surpris de trouver un volume assez notable d’un gaz qui, analysé, se trouva être très riche en gaz carbonique. Laissé tel quel, l'appareil me donna le lendemain une nouvelle et notable proportion d’un gaz qui se trouvait être du gaz carbonique presque pur. Ayant examiné la pompe avec som, j'acquis la certitude qu’elle ne laissait entrer ni l’eau, ni l'air, et que ce gaz ne pouvait provenir que du contenu même du ballon.

Ce fait s’est produit constamment dans le cours de mes recherches toutes les fois que j'ai dû extraire les gaz de l’eau ordinaire (voy. p. 126). J'ai pensé qu’il devait être dû à l’existence de bicarbonates et de sulfates calcaires dans cette eau ; et, dès lors, qu’il suffirait d'employer de l’eau distillée aérée pour l’éviter absolument.

C’est ce que l’expérience a pleinement vérifié : en deux ou trois coups de pompe, il est facile d'extraire tous les gaz de cette eau, surtout si la température du bain-marie est un peu élevée (60 à 80 degrés). Je sais, du reste, que tous les auteurs qui ont entrepris d'extraire les gaz des eaux naturelles ont eu à se heurter contre cette difficulté : nous avons vu que Boussingault n’a pu réussir à chasser complètement ces gaz par l’ébullition, et les recherches nombreuses des chimistes qui se trouvaient à bord du Challenger (1), ainsi que de beaucoup d’autres, ont montré que l’extraction totale est réellement fort difficile toutes les fois que l’eau contient des substances fixes en dissolution.

2. Appareil à analyse des gaz. — C’est le même appareil que celui qui a permis à MM. Bonnier et Mangin de faire leurs belles recherches sur la respiration des végétaux (2). Cet

(1) Report on the scientific results of the Voyage of H.M.S. Challenger during the years 1873-76 (Physics and Chemistry), vol. I, p. 103 et 160.

(2) Voy. G. Bonnier et L. Mangin, Recherches sur la respiration des tissus sans chlorophylle (Ann. sc. nat., 6° série, 1885, t. XVIII, p. 293).

appareil a été légèrement modifié par ses auteurs, en ce sens que le mercure est poussé dans le tube capillaire gradué, par un piston mû par une petite manivelle. Schématiquement, l’appareil se réduit à une pompe terminée par un long tube capillaire gradué ; l’ouverture libre de ce tube capillaire vient s’ouvrir sous le mercure d’une petite éprouvette profonde, et c’est par cette ouverture que les gaz et les réactifs sont introduits ou rejetés.

Cet appareil est donc très simple et d'un maniement facile; les analyses se font par absorption de l'acide carbonique par la potasse, et de l’oxygène par le pyrogallate. Convenablement manœuvré, cet appareil donne des analyses d’une précision extrême : le tube capillaire est divisé en 600 divisions; mais, avec l'habitude, j'ai pu apprécier bien souvent les dixièmes de division; ceci porte l’appréciation des analyses à — environ, résultat qui n'avait encore jamais été atteint. J’ai pu apprécier ainsi et mesurer à peu près la quantité si faible de gaz carbonique qui se trouve dans l’air, et ceci sur un volume total ne dépassant pas un tiers de centimètre cube. Voici par exemple le détail de deux analyses faites le 20 juillet, vers midi :

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