III. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
1° Simplicité de structure des plantes aquatiques. — Les plantes aquatiques submergées, que je me suis particulièrement proposé d'étudier, sont des plantes vasculaires ; on sait que chez les plantes qui leur sont voisines par leurs affinités systématiques, mais qui sont terrestres, les vaisseaux sont en général très développés, abondants; ici, au contraire, ils sont comme atrophiés, très peu nombreux, parfois même détruits de bonne heure et remplacés par des espaces pleins d'air. Il en est de même des fibres et de tous les tissus si richement différenciés des plantes terrestres : /a plante entière est presque exclusivement formée par du tissu cellulaire n'ayant subi pour ainsi dire aucune différenciation.
L’épiderme, en particulier, n’est guère caractérisé que par sa position à l'extérieur et par la juxtaposition intime de toutes ses cellules ; il ne possède qu’une cuticule très mince et qui tend à disparaître à mesure que l’habitat aquatique devient plus exclusif; les stomates y sont le plus souvent absents et, quand ils existent, ils sont rares et sans aucune utilité pour la plante. Par contre, cet épiderme présente généralement de la chlorophylle dans ses cellules, ce qui est une modification importante au point de vue physiologique.
Cest surtout dans l'organe principal des échanges gazeux, dans la feuille, que s’observe bien la simplification générale que nous venons de signaler : le limbe s’y réduit parfois à ses deux épidermes, en dehors de la nervure médiane (Ælodea, fig. 10); plus souvent, un tissu cellulaire lâche se trouve entre les deux assises épidermiques, et forme des mailles plus ou moins larges, de telle sorte qu’il existe un réseau de lacunes qui communiquent toutes ensemble non seulement dans la feuille, mais encore dans tout le végétal.
2 Atmosphère interne des plantes aquatiques. — Du reste, c’est en quelque sorte une caractéristique des plantes vivant
dans l’eau de posséder à un haut degré de développement ces espaces aérifères ramifiés à l'infini qui apportent presque à chaque cellule, si éloignée qu’elle soit, de l'air gazeux dans lequel elle respire comme une cellule de plante aérienne; il n’est qu'un petit nombre de cellules qui, chez ces plantes, n’ont pas au moins une portion de leur surface libre en contact avec une surface gazeuse, de sorte qu’il est assez vrai de dire que, par l'intérieur, les plantes que nous étudions sont peu différentes des plantes aériennes au point de vue des échanges gazeux. Il n’y a que leurs cellules épidermiques qui, par leur position, se trouvent en contact avec le milieu extérieur, et encore même, gràce aux atmosphères superficielles, il n’y à bien souvent qu’un contact indirect avec l’air dissous dans l’eau ; en tous cas, vers l’intérieur, elles conservent souvent leurs relations avec l’air libre des lacunes, par exemple chez l'Elodea, où de petites lacunes en forme de prismes à quatre faces courent entre les cellules de l’épiderme et forment à l’intérieur de la feuille, vue de face et vivante, une série de lignes noires parallèles et serrées (fig. 5).
L’atmosphère interne est donc d’une grande importance chez ces plantes; elle est véritablement un milieu intérieur avec lequel la plupart des éléments vivants du végélal effectuent leurs échanges gazeux, et son étude doit nous donner de précieux renseignements sur ces échanges. Cette étude, pour se faire méthodiquement, doit commencer tout d’abord par chercher comment les gaz internes se renouvellent, par quelle voie et avec quelle rapidité.
Lorsque nous saurons exactement quelle sorte d'équilibre existe normalement entre l’atmosphère libre intérieure et l’atmosphère dissoute extérieure, nous pourrons entreprendre l'étude plus délicate des échanges gazeux de la cellule avec son milieu, étude qui comprendra la manière dont les gaz arrivent à la cellule, et leur pénétration à travers sa membrane Jjusqu'aux particules vivantes, aux éléments mêmes du protoplasma.
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7e série, BoT. T. IX (Cahier n° 1).